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Full text of "Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique"

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SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE NANTKS 



1885.— \" Sem. 



BULLETIN 



DE LA 



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SOCIETE ARCHEOLOGIQUE 



DE NANTES 



ET DU DÉPARTEMENT DE LA LOIRE-INFÉRIEURE 



TOME VINGT-QUATRIÈME 



Année 1885 



PREMIER SEMESTRE 




NANTES 

IMPRIMERIE DE VINCENT FOREST ET EMILE GRIMAUD 

4, Place du Commerce, 4 
1885 



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UBRARY 



EXTRAITS 



DES 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 



SÉANCE DU MARDI 13 JANVIER 1885. 

Présidence de M. le marquis de Bremond d'Ars Migré, 

Etaient présents : MM. Emile Alizon, Charles Bastard, le baron Bertrand- 
Geslin, René Blanchard, Bougoiïin, G. de la Brosse, du Champ-Renou, l'abbé 
Chevillard, Ludovic Cormerais, le comte Régis de l'Estourbeillon, l'abbé 
Grégoire, Emile Grimaud, Adolphe Josso, de Lisle du Dreneuc, Léon Maître, 
Jules Montfort, Claude de Monti de Rezé, de la Nicollière-Teijeiro, Charles 
Perrion, Louis Petit, Paul Poirier, Raymond Pouvreau, Jean Résal et 
Riardant. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté sans modification. 

M. le Président fait, en quelques paroles, l'éloge funèbre de notre très 
regretté confrère, M. le docteur Constant-Jacques Merland, chevalier de la 
Légion d'honneur, décédé à Nantes, le 8 janvier, à l'âge de soixante-seize 
ans, l'auteur si estimé des Biographies vendéennes, et l'un des premiers et 
plus zélés travailleurs du Bas-Poitou. M. Merland avait également publié une 
intéressante brochure sur un habitant de Fonlenay, Narcisse Pelletier, qui 
vécut dix-sept ans chez les sauvages. 

M. le président dépose ensuite sur le bureau les ouvrages suivants, dont il 
fait verbalement l'analyse sommaire, mais seulement pour ce qui peut inté- 
resser la Bretagne et les travaux de la Société : 

lo Discours prononcé par Mgr Bouché, évêque de Saint-Brieuc, le 8 sep- 



— VI — 
tembre 1884, à la messe du Saint-Esprit qui a précédé le Congrès breton de 
Lannion (offert par la Société des Bibliophiles bretons) ; 

2o Bulletin de la Société des Antiquaires de France. — 2e semestre 1884; 

3° Bulletin de la Société archéologique du Finistère. — T. X, 8 e livrai- 
son, 1883 ; 

4° Bulletin d'Archéologie chrétienne, de M. le commandeur J.-B. de Rossi. 
Edition française, par M. l'abbé Duchesne. 4° série, II e année, livres 3 et 4; 

5» Mémoire sur les clochers du Finistère, par M. Bigot, architecte dio- 
césain; 

6° Journal des Savants. — Novembre 1884. 

Il est ensuite procédé à l'élection de deux membres du Comité central, on 
remplacement de MM. l'abbé Cahour, démissionnaire, et Riardant. MM. Riardant 
et Jules Montfort sont élus. 

M. André Lemut, ingénieur civil à Nantes, est présenté par MM. Raymond 
Pouvreau et Emile Alizon, comme membre résident. M. Emile Alizon, l'un 
de ses parrains, fait ainsi valoir les titres de ce candidat : « M. André Lemut, 
« dit-il, est un ancien élève de l'École centrale, aujourd'hui ingénieur civil ; 
« il a constamment témoigné le plus vif intérêt pour l'étude et la conscr- 
it vation des antiquités de notre pays, et sa compétence dans tous les tra- 
< vaux d'art ne peut manquer d'êire utile à la Société archéologique, notam- 
« ment à l'occasion du congrès de 1886 où les hommes spéciaux nous 
a apporteront un concours précieux. » 

MM. Paul Poirier et Léon Maître présentent M. Félix Chaillou comme 
membre titulaire : « M. Félix Chaillou, dit M. Poirier, n'est point un étran- 
« ger ni un inconnu : propriétaire aux Cléons, en Haute-Goulaine, fils d'un 
« ancien député de Nantes, il s'est déjà fait remarquer par son zèle de cher- 
« cheur persévérant, et en a été récompensé par la découverte, aux Cléons 
« même, d'une importante villa gallo-romaine. M. Félix Chaillou u'est pas 
« seulement un archéologue érudit, c'est aussi un artiste de mérite, un peintre 
« de talent; ses œuvres ont eu plusieurs fois les honneurs du salon. Nous 
« serons donc heureux de voir parmi nous un nouveau confrère unissant ces 
>« conditions, si rarement réunies chez un candidat : artiste, peintre, archéo- 
« logue et propriétaire dune villa romaine qui semble une mine iuépuisable 
« de trésors de tout genre. » 

M. le comte Amédée de Bejarry, chevalier de la Légion d'honneur, lieute- 
nant-colonel de l'armée territoriale, au château de la Roche-Louherie, près 
Sainte-Hermine, est présenté en qualité de mtmbre correspondant par 
MM. de Dremond d'Ars et le baron de la Tour du Pin Chambly : « M. le comte 



_ vil — 
« de Bejarry, dit M. le président, sera le bienvenu parmi nous, non-seule- 
« ment pour son propre mérite, mais aussi en mémoire de son excellent et 
« regretté père, que nous avons tous connu comme le plus courtois, Je plus 
« bienveillant, et, en même temps, le plus assidu de nos anciens confrères. 
« M. de Bejarry, — m'écrit à l'instant M. de la Tour du Pin, retenu chez 
« lui par une réunion de famille, — est connu depuis longtemps par les 
« souvenirs de sa valeur personnelle tt de ses blessures au siège de Paris 
« comme commandant des mobiles vendéens, ce qui lui a mérité dêtre 
« légionnaire et actuellement colonel d'un régiment territorial. De nos jours, 
c en Vendée, il est le digne continuateur des traditions de son père, l'un 
« des membres fondateurs de notre Société, et qui réunissait à l'amabilité 
« des relations les connaissances les plus variées. Le concours de M. Amédée 
«r de Bejarry sera celui d'un esprit sérieux dont l'obligeance, en toute occa- 
« sion, nous deviendra très heureusement acquise. » 

MM. de Bremond d'Ars et Emile Grimaud présentent ensuite, comme 
membre correspondant, M. PaulEudel, qui avait déjà fait partie de la Société 
lorsqu'il habitait Nantes, sa ville natale. Aujourd'hui, M. Eudel réside à Paris, 
où il occupe une position distinguée parmi les hommes de lettres et les 
publicistes. Notre compatriote ne nous avait pas oubliés et il nous offrait 
ces jours-ci son dernier volume : Les Locutions nantaises. En priant notre 
président de le présenter de nouveau aux suffrages des membres de la 
Société, il évoquait ainsi des souvenirs que M. de Bremond d'Ars demande 
la permission de citer : 

« Je me suis rappelé, disait-il, l'époque, déjà lointaine, où j'étais des 
« vôtres s je me vois encore, bien jeune alors, car je n'avais guère que vingt ans, 
« assister à vos séances dans la sacristie de l'Oratoire. J'étais heureux et fier 
« d'être le collègue d'homme» aussi distingués que M. Nau, l'architecte de goût, 
« présidant nos réunions ; l'abbé Fournier, nous lisant son Voyage à Rome ; 
« M. Bizeul, l'ami des ruines et des voies romaines ; Armand Guéraud, esprit 
« d'élite, très grand amateur d'autographes; Fortuné Parenteau, un cher- 
« cheur infatigable, qui savait si bien dans quelles poussières se rencontrent 
« les heureuses trouvailles, — et bien d'autres, aujourd'hui disparus. — 
« Ces souvenirs sont pour moi des plus précieux, et je me reporte souvent 
« vers eux avec plaisir ! Je ne puis même les évoquer en ce moment, sans 
« regretter de ne point être resté votre collègue, et, si vous voulez bien, 
« Monsieur le Président, me faire admettre comme membre correspondant 
<( dans votre savante et sympathique compagnie, j'en serai personnellement 
« très flatté. » 



— VIII — 

M. Emile Grimaud, l'un des parrains de M. Paul Eudel, s'associe aux sen- 
timents de M. le président et ajoute que, depuis longtemps, notre compa- 
triote est connu de tous les membres de la Société archéologique. Ses remar- 
quables publications lui ont créé un rang distingué dans le monde de la 
littérature et des collectionneurs. Chacun sait que le journal le Figaro a été 
heureux de l'attacher à sa rédaction. 

M. de Lisle du Dreneuc demande la parole pour rappeler que dernièrement 
M. Paul Eudel a mis la plus charmante bonne grâce à faciliter l'acquisition 
de la belle collection Seidler, destinée à notre musée; il demande que, sans 
faire passer au scrutin le nom si sympathique de notre ancien collègue, 
l'assemblée se prononce à haute voix sur son admission. Cette demande est 
chaleureusement accueillie par le Bureau et par tous les membres présents, 
qui admettent M. Paul Eudel et successivement MM. André Lemut, Félix 
Chaillou et le comte Amédée de Bejarry, à l'unanimité des suffrages. 

L'ordre du jour appelle la communication de M. Louis Petit sur un dessin 
inédit du pont de l'Echellerie, à Nantes, en 1646. 

« Pour répondre, dit M. Petit, a la demande de quelques-uns de nos col- 
lègues, je vous présente, Messieurs, un dessin du pont de l'Echellerie construit 
au XHIe siècle, dessin original de 1646 et inédit. 

Me réservant de donner, dans une autre séance, des notes plus expli- 
cites sur les murailles élevées par Pierre Mauclerc et sur toute la partie 
des bords de l'Erdre qu'il adjoignit à l'ancienne cité, les dix lignes que je 
vais lire, ce soir, doivent être considérées comme la légende succincte et 
obligée qui, suivant l'usage d'autrefois, accompagnait les gravures représen- 
tant les panoramas et vues de villes. » 

Le pont de l'Echellerie. — En 1227, le duc Pierre de Dreux, voulant éten- 
dre les limites de la ville au delà de l'ancienne enceinte, porta la construction 
de ses murailles, de la porte de Saint-Pierre jusqu'au bord de l'Erdre, vers 
le bas de la Motte de Saint-André. 

« Suivant la courbe de la rivière, il les continua sur une longueur de plus 
de 280 toises (550 mètres), jusqu'au point faisant face au sommet du rocher 
isolé de l'autre rive qu'il voulait englober en entier dans la ville nouvelle. 
Pour arriver à ce rocher des Antipodes aspectant la ville vers Test, et qui, 
par son escarpement à l'ouest, du côté du rocher du Marcheil et du côté de 
la Fosse, présentait un rempart naturel s'inclinant au sud vers la Loire et 
facile h fortifier, Pierre Mauclerc fit construire ce pont sur l'Erdre et ces 
hautes murailles. 
« Ce pont fut nommé pont de l'Echellerie, en raison de l'escalier divisé par 



— IX — 

plusieurs paliers qu'il fallut établir pour atteindre le rocher, à 5 toises 
environ de son arête. Sur une longueur de 32 toises (60 m. 25 c), il fallait 
monter ou descendre 80 marche?, pour aller ou venir d'un point à l'autre. 
Plus tard il fut dénommé : les Murailles. Ce ne fut que cinq siècles après, 
et postérieurement à 1723, qu'on appliqua le nom des Petits Murs à sa 
partie est, arrivant au point dit maintenant : le Marché à la paille, et qui, 
précédemment, avait été nommé : Place de la République. 

« A ces renseignements, je pourrais beaucoup ajouter, mais je ne dois 
pas, aujourd'hui, dépasser les limites d'une simple communication. » 

M. Paul Poirier communique à la Société un très intéressant mémoire sur 
l'antiquité de l'industrie du fer. Nous ne voulons pas nous borner à analyser 
cet important travail, fort apprécié par tous ceux qui en ont eu connaissance ; 
il figurera au prochain Bulletin. Disons seulement que, dans une de ses 
conclusions, M. Poirier admet que tous les métaux ont dû être simultané- 
ment découverts, mais il pense que la difficulté de travailler le fer a été 
l'une des causes pour lesquelles il n'a pas été employé tout d'abord. 

M. Alcide Leroux, inscrit à l'ordre du jour pour parler des établissements 
gallo-romains de Saffré et de Wort, se trouvant absent, M. Léon Maître, 
archiviste du département, annonce qu'il peut suppléer, en partie, son col- 
lègue, en communiquant le résultat des fouilles qu'il vient de faire pratiquer 
à Nort, à six kilomètres du théâtre romain de Coussol en Petit-Mars. 

Il dépose sur le bureau divers fragments de briques à rebords, d'amphores, 
de supports d'hypocauste, de poterie et trois morceaux de carrelage portant 
en creux la trace d'une section de cercle. Tous ces objets, dont la prove- 
nance romaine est parfaitement reconnue par toute l'assistance, ont été 
trouvés dans les vignes plantées sur le sommet qu'on nomme la Motte, à 
côté des terrains qui dépendaient du prieuré de Saint-Georges de Nort. Les 
tuiles de carrelage, prises sur place, reposaient sur une aire de mortier 
rougeâtre, dans une couche de terre végétale de 60 centimètres. 

Malgré les sondages multipliés opérés dans les vignas et aux alentours, 
il n'a pas été possible de rencontrer la moindre trace de substruction, et 
cependaut les fossés sont pleins de matériaux de murs renversés et de tuiles 
de toiture. S'il fallait en croire la tradition répétée par tous les vieillards du 
pays, les pierres des constructions auraient été employées pour édifier la 
première église paroissiale. La fouille est voisine des carrières de Saint- 
Georges, d'où sont sorti» les matériaux qui composent les maisons de Nort; 
il est donc fort possible que les habitants du moyen âge aient commencé par 
utiliser les ruines avant d'ouvrir la carrière. La Motte de Saint-Georges 



— X — 

avait non-seulement l'avantage de renfermer de la pierre à bâtir, mais 
encore celui d'être h proximité du sable. Ce dernier élément de construction 
se trouve en abondance au pied du versant nord qui regarde le marais de 
la Trudelle. M. Retière, après en avoir extrait une grande quantité, fit com- 
bler la cavité avec plusieurs tombereaux de tuiles à rebords et de débris 
qui, suivant son témoignage très affirmalif, provenaient des terrains supé- 
rieurs de la Motte. Les vignerons du pays, qui ont retourne, tous les sillons, 
planté les arbres, labouré et ouvert des fossés, assurent que l'espace dans 
lequel se rencontrent les débris romains ne dépasse pas la contenance 
d'un hectare et demi sur le plateau de la Motte de Saint-Georges. 

C'est en vain qu'on chercherait sur d'autres points de la ville des gise- 
ments du même âge, personne n'a rencontré de ruines romaines en dehors 
du périmètre ci-dessus, et pourtant l'éminence de Saint-Chiislophe, qui fait 
face à celle de Saint-Georges de l'autre côté de la vallée de l'Erdre, à l'ouest, 
offrait une situation non moins pittoresque que sa voisine. Le$ tombeaux ne 
sont pas rares à Nort : ils sont tantôt en pierre de Nozay, tantôt en calcaire 
coquillier, mais rien, dans leur forme, ne rappelle les sépultures antérieures 
au XI e siècle. 

Jusqu'à plus ample information, il faut donc persister à croire que Nort 
est une agglomération du moyen âge, et que la Motte de Saint- Georges a 
simplement servi d'assiette à une villa romaine ou à un poste d'observa- 
tion. 

A ce propos, M. Pitre de Lisle communique de curieux détails sur une 
villa gallo-romaine que notre collègue, M. Gustave de la Brosse, lui a fait visiter 
le mois dernier, près de Bois-de-Cené. A environ deux cents mètres du bourg, 
dans un champ qui borde sur la droite la route de Bouin, des travaux de 
terrassements ont mis à découvert une série de murs solidement construits 
et formant 1» base de plusieurs pièces rectangulaires. Trois sont parallèles à 
la route, et leur aire, formée par un mortier très épais, est à des niveaux 
différents. Eu retour d'équerre, dans la direction du nord, se trouve une 
autre pièce qu'il est facile de reconnaître pour une piscine. Le dallage, 
composé de carreaux eu grès dur, d'un poli admirable, est d'une pai faite 
solidité. Les murs sont parementés d'un enduit qui devait complètement 
empêcher les eaux du filtrer a travers les joints de la pierre. Des marches 
permettaient de descendre facilement dans la piscine, et, en avant, se trou- 
vait une salle chauffée par un hypocausle dont les piliers sont encore 
visibles. 

B est probable, d'après les petites dimensions de ce réservoir, que ces 



— XI — 

bains dépendaient simplement de l'habitation d'un riche Gallo-Romain. Cepen- 
dant de très petites bourgades a\ aient quelquefois >îes bains publics. Des 
fragments de terre cuite, des briques à rebords, des enduits en ciment 
colorié sont mêlés aux terres qui recouvraient ces ruines. Comme la plupart 
des villas romaiues de nos contrées, celle de Bois-de-Cené est sur un ter- 
rain calcaire. M. Jules de la Brosse, qui habite le château de l'Ile-Chauvet, 
situé à peu de distance de là, a suivi, dès le début, cette intéressante décou- 
verte et a obtenu que l'on déblayât méthodiquement les chambres mises à 
jour par les travaux. Il voudra bien, nous l'espérons, nous donner de nou- 
veaux renseignements sur ces fouilles. 

M. le baron Bertrand-Geslin remet au conservateur du musée archéolo- 
gique deux objets d'une antiquité incontestée et dont la provenance est 
parfaitement certaine. L'un de ces objets est une hache en roche dioritique, 
extrêmement grossière; elle diffère étrangement des belles haches polies 
données au musée de Nantes, il y a une vingtaine d'années, par M. Bertrand- 
Geslin, père de notre collègue. Celle-ci n'est guère qu'une ébauche dont la 
surface a été usée par endroits à l'aide d'un pulissoir très rugueux, mais elle 
n'en est, par cela même, que plus intéressante, parce qu'elle permet de 
suivre le travail préparatoire que subissaient ces haches avant de devenir 
complètement luisantes. Provenance: Saint-Laurent-des-Autels (Maine-et- 
Loire). L'autre objet est une petite javeline celtique en bronze, dont la 
douille a été brisée ; elle a été découverte à 50 centimètres sous terre, en 
creusant une fosse dans la forêt de la Foucaudière (commune de Saint-Lau- 
rentdes-Autels). 

M. de Lisle du Dreneuc remercie, au nom du musée archéologique, M. le 
baron Bertrand-Geslin du don de ces deux objets. 

M. du Champ-Renou expose ensuite une pierre polie, d'un travail très 
particulier; au centre elle est forée d'un trou en double cône destiné à rece- 
v dr un manche ; mais, au lieu de présenter un côté tranchant, comme nos 
haches-marteaux, elle est arrondie des deux bouts. C'était une sorte de 
casse-tête ou de marteau, et l'on en eonnaît un semblable trouvé à Scarbo- 
rongh (Yorkshire), figuré dans l'ouvrage de sir John Evans. 

A la suite de ces diverses communications, M. de Lisle donne lecture de 
cei tains passages de son inventaire archéologique de l'arrondissement de 
Paimbœuf, qui intéresse vivement l'auditoire et figurera in extenso au Bul- 
letin. 

Eu terminant, M. le président communique une lettre-circulaire de 
M. le Minisire de l'Instruction publique et des Beaux- Arts, faisant connaître 



— XII — 

aux sociétés archéologiques des départements un programme d'études pré- 
paré par la section des Sciences économiques et sociales du Comité des 
travaux historiques et scientifiques. Ce programme recommande particuliè- 
rement aux savants et aux chercheurs l'étude des anciens domaines ruraux; 
les recherches comparatives sur l'état et la valeur des propriétés bâties 
avant 1789 et à noire époque : l'étude des effets économiques dus à la créa- 
tion des voies de communication sous l'ancien régime et de notre temps; et 
enfin des recherches, dans une région déterminée, sur les modifications qui 
se sont introduites dans la pratique des régimes matrimoniaux, depuis l'adop- 
tion en France du Code civil. 

M. le président adresse de justes éloges et de sincères remerciements, au 
nom de la Société, à MM. Louis Petit, Paul Poirier, Léon Maître, Pitre de 
Lisle, Bertrand-Geslin et du Champ-Renou, pour leurs diverses lectures et 
intéressantes communications. 

M. de l'Estourbeillon fait connaître à la Société que la Commission prépa- 
ratoire du Congrès de 1886 se réunira le mercredi 4 février, dans la salle 
ordinaire des séances de la Société, a l'Oratoire. 

La séance est levée à dix heures et demie. 

le Secrétaire général, 
C te Régis de l'Estourbeillon. 



Séance du mardi 3 février 1885. 
Présidence de M. le marquis de Bremond d'Ârs Migré. 

Etaient présents : MM. le marquis de Surgères, vice-président, le baron 
Bertrand-Geslin, René Blanchard, Bougouin, Frédéric Chaillou, l'abbé Che- 
villard, P. Coquillard, le comte Régis de l'Estourbeillon, Evellin, Stanislas 
Gahier, le docteur Genuit, le baron des Jamonières, Alcide Leroux, de Lisle 
du Dreneuc, Jules Montfort, de la Nicollière-TVijeiro, Charles Perrion, Paul 
Poirier, Riardant et A. Van Iseghem. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. le président dépose sur le bureau les ouvrages suivants : 

lo Bulletin de la Société des Archives historiques de la Saintonge et 
de l'Aunis. T. V., 3 e livraison, 1er janvier 1885; 



— XIII — 

2o Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe. 
2° série, T. XXI ; 

3° Annales de la Société académique d'Architecture de Lyon. T. VII, 
1881-82; 

4° Mémoire de la Société des Antiquaires de l'Ouest. T. VI, 1883. 

M. le baron de la Tour du Pin Ghambly écrit pour s'excuser de ne pou- 
voir assister à la séance. 

M. le président souhaite la bienvenue à notre nouveau confrère, M. Fré- 
déric Chaillou, qui remercie la Société de son admission. 

M. Paul Eudel remercie également, par une lettre adressée au président, 
d'avoir été nommé par acclamation membre correspondant de la Société 
archéologique. 

« D'ici longtemps, — écrit notre nouveau confrère, — je ne pourrai, 
« ainsi que je le voudrais, payer ma bienvenue et reconnaître, par un mémoire 
« composé spécialement pour la Société, son accueil extrêmement bienveil- 
« lant. Cependant, je désire vivement être le plus largement représenté 
« parmi vous qu'il me sera possible. Ne pouvant l'être tout de suite dans les 
« Annales, je le serai du moins sans retard dans la Bibliothèque. En consé- 
o quence, j'ai prié M. Pitre de Lisle, votre très intelligent secrétaire, de 
« me donner la liste des ouvrages d'art que j'ai pu envoyer jusqu'ici à la 
« Société et dont je n'ai pas conservé la liste. Je serai très heureux de vous 
« faire hommage de ceux qui vous manquent. Mais, plus favorisé qu'Ovide 
« lorsqu'il envoyait l'un de ses livres et qu'il lui disait : 

« Sine me ibis in urbem » 

« j'espère bien, n'étant pas en exil, pouvoir me rendre à Nantes avant la 
« fin de Vannée, et assister, autour de la grande table verte de jadis, à l'une 
« de vos intéressantes séances. » 

La parole est accordée à M. Félix Chaillou, inscrit à l'ordre du jour, pour 
entretenir la Société de ses nouvelles découvertes à la station gallo-romaine 
des Cléons. Notre confrère, après avoir remercié l'assemblée de l'avoir admis 
à l'unanimité des voix à la dernière séance, donne lecture de quelques notes, 
aussi intéressantes que brèves, sur ce sujet qu'il connaît si bien. Il nous 
apprend que le résultat le plus important de ses fouilles récentes est la mise 
au jour d'un bassin presque rectangulaire, aux bords légèrement évasés et 
ayant 44 centimètres de profondeur sur un diamètre de 1 mètre 40 centi- 
mètres à l'intérieur. Ce bassin était circonscrit et pavé de tuiles à couver- 



— XIV — 
ture de grandes dimensions, et dont les bords saillants étaient disposés 
extérieurement de façon à obtenir une surface polie. Aucun conduit d'écou- 
lement ne lui permettait de déverser son contenu au dehors. De plus, la 
chaux liquide pénétrant par les joints aurait, dès le piiocipe, rempli tous les 
vides existant entre le sol et les tuiles, et, par suite de la dessication, s'était 
transformée en lamelles jaunâtres encore adhérentes à ces dernières. 
M. Félix Chaillou en déduit la manière dont les Gallo-Romains utilisaient la 
chaux des Cléons, et pense que la chaux vive, placée dans le bassin, était 
éteinte avec rapidité, puis aussitôt enlevée pour être remplacée par d'autre. 

M. l'abbé Chevillard vient ensuite communiquer à la Société quelques 
notes sur les silex taillés du Plateau central. Après s'être demandé si l'on 
ne pourrait pas admettre que, dans bien des cas, ur.e forme déterminée de 
hache celtique peut servir à en indiquer la provenance, notre honorable 
collègue émet l'opinion que, souvent du moins, certaines tribus devaient 
avoir adopté des haches ou des armes de formes spéciales. Il termine cette 
communication riar de curieux détails : 1° sur les haches longues et étroites, 
atténuées un peu au tranchant, et surtout au sommet, mais jamais polies, 
que l'on rencontre en assez grand nombre aux environs d'Oucques, sur le 
bord de la route de Deaugency et de celle de Fréteval à Châteaudun ; 2 J sur 
les haches ovales des pays de Villetrun, de Coulominiers, de Selomraes et de 
la vallée du Loir. 

M. de l'Estourbeillon donne lecture du travail de M. le marquis de Sécil- 
lon, sur la première entrée des évoques de Nantes en la ville de Guérande. 
Ces intéressants documents, recueillis par l'auteur dans les archives dépar- 
tementales et dans celles du château de Kerfur, ne sauraient être analysés ; 
ils seront publiés in extenso dans le Bulletin. Disons seulement qu'à la suite 
de cette lecture, plusieurs membres de la Société se sont demandé si les 
cérémonies particulières usitées lors de la première entrée des évoques à 
Guérande, à l'exclusion des autres villes du comté nantais, ne pouvaient pas 
être un dernier vestige des prétentions épiscopales de cette vieille cité. 

M. le président, se faisant en cela l'interprète de l'assemblée, a cru devoir 
appeler spécialement sur ce point l'attention des historiens de notre pro- 
vince. 

Il charge, en même temps, M. de l'Estourbeillon de transmettre à M. de 
Sécillon les félicitations de la Société pour son étude, où l'érudition est unie 
a l'attrait d'un document inédit. 

Après avoir fait connaître sommairement le curieux Armoriai de Gelre, 
le célèbre héraut d'armes du XIVo siècle, dont la Société vient de recevoir 



— XV — 

le troisième volume, M. Pitre de Lisle communique la suite de son inven- 
taire archéologique de la Loire-Inférieure, C'est l'arrondissement de Paim- 
bœuf que décrit notre savant confrère, et il le fait avec son talent habituel. 
En effet, son récit des fouilles de l'allée couverte du Carreau vert, en la 
paroisse de Saint-Michel Chef-Chef, captive l'attention générale et fait dési- 
rer à plus d'un archéologue le prompt retour des longs jours d'été pour 
suivre l'exemple de M. de Lisle, et tenter également, avec le même zèle, si 
c'est possible, le sort des recherches préhistoriques. 

Pour raviver davantage cette noble émulation, M. Alcide Leroux entretient 
l'assemblée des nombreuses découvertes que plusieurs propriétaires ont 
successivement faites dans la paroisse de Saffré où se trouvaient d'importants 
établissements gallo-romains. Le pays de Nort n'a point échappé aux inves- 
tigations de M. Alcide Leroux : les débris de la Motte Saint-Georges ont 
plus d'une fois attiré son attention ; et le village de la Rivière, où Ton a 
découvert de très anciennes substructions, est de ceux qui mériteraient 
certainement une visite et des fouilles spéciales. 

M. le président remercie vivement, au nom de la Société, M. Alcide Leroux 
de son exposé si complet et à la fois si précis; il adresse les mêmes témoi- 
gnages de gratitude aux auteurs des différentes communications faites dans 
la soirée, et la séance est levée à dix heures. 

Le Secrétaire général, 
Cte Régis de l'Estourbeillon. 



SÉANCE DU 3 MARS 1885. 

Présidence de M. le marquis de Bremond d'Ars Migré. 

Etaient présents : MM. le docteur Anizon, le baron Bertrand- Geslin, Félix 
Chaillou, Jules du Champ-Renou, Léon Châtellier, Pierre Goquillard, le comte 
Régis de l'Estourbeillon, le baron des Jamonières, Alcide Leroux, Léon 
Maître, Jules Montfort, de la Nicollière-Teijeiro, Charles Perrion, Alexandre 
Perthuis, Paul Poirier et Louis Viau. 

Au début de la séance, M. Jules Montfort dépose sur le bureau les plans 
et vues suivants : 

1° Une aquarelle représentant le Kreisker, à Saint-Pol-de-Léon ; 2<> un 



— XVI — 

petit plan de Saint-Pol-de-Léon; 3° une photographie de la cathédrale de 
Quimper ; -4° des dessins représentant les églises de Roscotf, Plouaret, Saint- 
Thégonnec, Saint-Martin-de-Lamballo, Guimilliau, Lampaul et le Folgoët; 
5° deux vues du bourg de Batz ; 6° un album de voyages avec différentes 
vues ; 7° deux vues de l'église fortifiée de Saint-Martin-de-Lamballe. 

M. le président donne lecture d'une lettre de M. le comte de Bejarry, qui 
s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. 

Il est procédé à l'élection, comme membre résident, de M. le vicomte 
Frotier de Bagneux, présenté par MM. de Bremond d'Ars et Xavier Le Lièvre 
de la Tousche. 

M. le vicomte de Bagneux, dit M. le président, déjà membre de la Société 
bibliographique de France et de la Société des Bibliophiles bretons, est 
l'un de nos meilleurs collectionneurs nantais et possède un grand nombre 
de médailles et douvrages rares. On lui doit la récente publication des 
Mémoires de Pierre Devaud sur les guerres de la Vendée, avec introduction 
et notes, par l'abbé Augereau, curé du Boupère. (ln-8°. Nantes, 1882). 
Opuscule fort curieux, tiré à cent cinquante exemplaires. 

Pierre Devaud était un brave capitaine vendéen du canton de Cholet, qui, 
simple cultivateur, eut néanmoins, après la guerre, l'idée d'écrire l'histoire 
de ses campagnes. 

Par la seule rareté du fait, son récit devait être conservé. 

Celte laconique narration se termine par ces mots d'une admirable sim- 
plicité : 

« Pierre Devaud a partie 45 fois et ses batu 58 fois. 

« Pierre Devaud, 
« Capitaine. » 

Voilà de magnifiques états de services. 

M. le vicomte de Bagneux a donc été bien inspiré en faisant imprimer 
cette relation de la guerre de Vendée, écrite par un des héroïques combat- 
tants. 

Le manusciit de Pierre Devaud est à la bibliothèque du château de 
Froshdorf ; il avait été olfert à M. le comte de Chambord par M. Tom Drake, 
qui le tenait directement du fils de l'auteur. Celui-ci le lui avait donné pen- 
dant que M. Drake prenait les croquis de son Album vendéen. 

C'est M. de Bagneux qui a prêté à M. Claude de Monti de Rezé l'exem- 
p'airc qu'il possédait des Roollcs des Bans et Arrière-Bans de Poitou, 



— XVII — 

Xaintonge etAngoumois, publiés, en 1667, par Pierre de Sauzay, exemplaire 
presque unique, d'après lequel notre érudit et si laborieux confrère a donné 
cette magnifique réimpression d'une pièce historique aujourd'hui si précieuse 
pour les familles et pour l'histoire de cette province. 

M. le vicomte de Bagneux est élu à l'unanimité. 

L'assemblée procède ensuite à la nomination de ses délégués au Congrès 
de la Sorbonne en 1885. — Sont délégués : MM. Léon Maître, comte Régis 
de l'Estourbeillon, Alcide Leroux et Jules Montfort. 

La Société archéologique a reçu les ouvrages suivants, dont M. le prési- 
dent fait verbalement une brève analyse : 

lo Annuaire de la Société d'Émulation de la Vendée. 31 e année, 1884 

2° Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie. Année 1884, n° 4 

3° Bulletin de la Société des Antiquaires de VOueit. 3e trimestre de 1884 

4° Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la 
Corrèze. Tome VI, 4e livraison ; 

5° Bulletin de la Société de Statistique des Deux-Sèvres. N os 10 à 12 
de 1884 ; 

6o Tables générales des Mémoires et Bulletins de la Société de Statistique, 
Sciences, Lettres et Arts des Deux-Sèvres, (de 1836 a 1882), par Léo 
Desaivre; 

7° Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Beaux-Arts de Cholet 
et de l'arrondissement. 1884 ; 

8» Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord. 
2 e série, tome I er , 2 e livraison ; 

9° Journal des Savants. Livraisons de janvier et février 1885; 

10° Revue de la Société des Etudes historiques, faisant suite à l'Investi- 
gateur. 4e série, tome II, 1884; 

11° Bulletin du Comité des Travaux historiques et scientifiques. Section 
d'Archéologie. Année 1884, n° 4; 

12° Répertoire des Travaux historiques. Tome II. Supplément-Index; 

13° Répertoire des Travaux historiques. Tome III, n° 2. 

M. Léon Maître, rappelant une communication faite par lui en 1883, dit 
que contrairement à ce qu'il avait cru tout d'abord, et à l'inverse des cou- 
tumes de beaucoup d'autres régions, les dénominations de Paradis, appli- 
quées à certaines localités, n'indiquent point dans le pays nantais un ancien 
cimetière, mais sont simplement synonymes de Champ fleuri. Il entretient 
également, pendant quelques instants, la Société du culte de saint Clément, 
patron des marins et des passagers, invoqué souvent par les populations 
1885.— 1 er Sem. il 



XVIII — 
habitant le long de nos rivières et les territoires sabloneux du département. 
Il serait à souhaiter, dit-il, qu'on réunît toutes les traditions et les souvenirs 
qui s'y rapportent dans notre pays, de façon à en faire un jour l'histoire. 
Les traditions du culte de saint Clément sont également vivaces dans plu- 
sieurs de nos localités présentant des traces de l'occupation romaine ou 
possédées par les évoques de Nantes, comme par exemple Mauves et Gué- 
mené-Penfao. Ces traditions pourraient donc, par suite, à un moment donné, 
fournir des points de repère importants pour les origines de notre histoire 
locale. 

M. de l'Estourbeillon parle brièvement ensuite du culte de sainte Agnès, 
encore en grand honneur à Abbaretz et dans tout le pays de la Mée. De 
nos jours encore, on y va de fort loin en pèlerinage pour obtenir que les 
moissons soient préservées des insectes, et notamment de ceux que nos 
paysans gallos appellent la teigne. Les pèlerins, en partant, prennent dans 
le champ infecté une teigne vivante et l'emportent dans des feuilles vertes 
jusqu'au but de leur pèlerinage. En arrivant, et aussitôt après avoir fait le 
signe de la croix avec de l'eau bénite, ils écrasent la teigne sur le seuil de la 
chapelle et y entrent ensuite pour y faire une prière, Leur prière dite, ils 
font trois fois le tour de la chapelle, tête nue, en l'honneur de la Trinité, 
puis arrachent près d'elle un petit genêt qu'ils font toucher à la sainte 
(sainte Agnès) et le trempent dans l'eau bénite. Ils le rapportent ensuite 
soigneusement chez eux, et, aussitôt leur retour, vont le piquer dans le bord 
du champ atteint. Si celui-ci reste vert et prend racine, leur champ, disent- 
ils, est à jamais préservé des insectes, car sainte Agnès veille dessus. Bien 
dis traditions, un grand nombre de curieux usages existent encore ça et là 
dans nos campagnes. Ils tenaient jadis une grande place dans la vie de nos 
ancêtres et formèrent souvent les principaux éléments de leurs craintes ou 
de leurs espérances. « Hâtons-nous donc, dit M. de l'Estourbeillon, de les 
recueillir pieusement partout où nous pourrons les rencontrer, avant qu'ils 
aient totalement et pour jamais disparu. » 

La parole est ensuite donnée à M. Jules Montfort, pour entretenir la 
Société d'une intéressante brochure publiée par M. Bigot, sur lej Clochers 
du Finistère, et que la Société a reçue récemment à litre d'hommage. Avec 
sa compétence si connue, M. Montfort expose à l'assemblée les principales 
divisions adoptées par l'auteur pour le classement de nos églises de Basse- 
Bretagne, et fait tour à tour ressortir, par de savants commentaires donnés 
à l'aide des plans et dessins qu'il a déposés sur le bureau, les méiites et 
l'intérêt archéologique des églises du Kreisker, de RoscofF, de Lampaul, de 



— XIX — 

Saint-Thégonnec, du Folgoët, de Plouaret, de Saint-Martin -de-Lamballe et 
des différents édifices religieux que chaque siècle vit s'élever en Bretagne. 
Mais nous ne déflorerons pas ici cet intéressant travail, qui figurera dans nos 
annales de 1885 et qui fut écouté par tous nos confrères avec une religieuse 
attention. 

M. le président fait connaître à la Société une curieuse brochure de notre 
confrère M. Charles Marionneau, intitulée : Une Visite au château de Mon- 
taigne. Cette visite du savant archéologue a été faite après l'incendie du 
château, et il constate, dans son récit, que la tour où Montaigne avait sa 
librairie et a écrit ses Essais y a été préservée du sinistre. M. le président 
annonce qu'il demandera pour la Société un exemplaire de ce travail. 

M. Félix Chaillou fait ensuite part de ses nouvelles recherches à la station 
des Cléons. Au cours de ses fouilles, il a eu la bonne fortune de rencontrer 
une médaille de Gallien et une de Claude II, avec un fragment d'enduit 
peint, revêtu de sept lignes de texte. Notre zélé collègue se propose de 
continuer ses fouilles et veut bien promettre à la Société qu'il lui commu- 
niquera leurs résultats. 

M. le président remercie les auteurs de ces diverses communications, et la 
séance est levée à dix heures un quart. 

Le Secrétaire général, 
C te Régis de l'Estourbeillon. 



SÉANCE DU 21 AVRIL 1885. 

Présidence de M. le marquis de Granges de Surgères, vice-président. 

Etaient présents: MM. Anizon, René Blanchard, BougoûiD, du Champ- 
Renou, baron des Jamonières, de l'Estourbeillon, Jules Montfort, Claude de 
Monti de Rezé, de la Nicolière-Teijeiro, Charles Perrion, Paul Poirier, Resal 
et Viau. 

Lecture est donnée d'une lettre par laquelle M. de Bremond d'Ars, retenu 
par les travaux du Conseil général du Finistère, s'excuse de ne pouvoir 
assister à la séance de la Société. 

M. le marquis de Surgères, président, fait en termes émus l'éloge de notre 



— XX — 

collègue, M, le marquis de la Bretesche, décédé au commencement de cette 
année. 

« J'ai à vous annoncer, Messieurs, dit-il, la perte douloureuse faite der- 
nièrement par notre Société, en la personne de notre collègue, M. le marquis 
de la Bretesche. Sa mort remonte à quelques semaines déjà : des empêche- 
ments divers et l'irrégularité apportée par les vacances de Pâques à l'ordre 
de nos réunions mensuelles se sont opposés à ce qu'il vous en fût fait part 
plus tôt. 

« M. delà Bretesche était membre de cette Société depuis le 3 avril 1860; 
si ses nombreuses occupations, si un séjour presque constant à la campagne 
ne lui ont pas permis d'assister souvent à nos réunions et de nous faire part 
du fruit de ses recherches, au moins l'intérêt très vif qu'il portait à nos 
travaux et la parfaite bonne grâce avec laquelle il se mettait toujours à la 
disposition de chacun, nous sont-ils bien connus. 

« Outre une collection d'estampes anciennes, fort intéressante sinon très 
nombreuse, M. de la Bretesche possédait un précieux médailler dont les 
éléments curieux et variés témoignaient de ses goûts très purs de collec- 
tionneur et de sa connaissance approfondie de l'histoire de cette province. 

« Au reste, l'étude de l'histoire bretonne eut toujours pour lui les plus 
vifs attraits, et lorsque, il y a quelques années, se fonda, à Nantes, la Société 
des Bibliophiles bretons, ce fut avec le plus grand empressement qu'il y 
donna son adhésion et qu'il voulut bien — laissez -nous, messieurs, rappeler 
ici ce détail dont nous avons conservé l'honorable souvenir — nous deman- 
der d'être l'un de ses parrains. 

et Grand propriétaire, essentiellement bon et charitable, jouissant de l'es- 
time de tous ceux qui l'approchèrent pendant le cours de sa longue carrière, 
M. le marquis de la Bretesche laisse dans la société nantaise un vide irré- 
parable ; ce vide n'est pas moins grand au sein de cette Société, qui avait 
l'honneur de le compter depuis vingt-cinq ans parmi ses membres. » 

Après l'expression de ces regr* ts, auxquels s'associe l'assistance tout 
entière, il est procédé au vote pour l'admission, comme membre résident, 
de M. Adelson Nogues fils, présenté par MM. de Bremond d'Ars et de la Nicol- 
lière-Teijeiro. M. Adelson Nogues est admis à l'unanimité. 

M. le président donne ensuite la parole à M. de l'Estourbeillon pour 
entretenir l'assemblée du dernier Congrès de la Sorbonne, auquel il vient 
d'assister comme délégué de la Société. M. de l'Estourbeillon rappelle briève- 
ment les principaux travaux des diverses sections et fait connaître le bon 
accueil que les différents bureaux, ainsi que tous les membres du Congrès, 



— XXI — 

ont bien voulu faire, comme par le passé, aux communications des membres 
de la Société archéologique de Nantes. 

M. le marquis de Surgères lit un rapport sur un fort curieux registre dont 
il s'est rendu acquéreur, lequel contient les titres d'un grand nombre de 
fondations faites dans les églises et établissements hospitaliers de Nantes. 

Après l'examen de ce précieux recueil, qui figurera au bulletin de 1885, 
la séance est levée à neuf heures et demie. 

le Secrétaire général, 
C te R. de l'Estourbeillon. 



SÉANCE DU MARDI 12 MAI 1885. 

Présidence de M. le marquis de Bremond d'Ars Migré. 

Présents : MM. le docteur Anizon, le vicomte de Bagneux, Félix Chaillou, 
le baron des Jamonières, Pitre de Lisle du Dreneuc, Léon Maître, Jules 
Montfort, Claude de Monti de Rezé, Adelson Nogues, Charles Perrion, 
Alexandre Perthuis, Henri La Peyrade, Paul Poirier et Ch. Riardant. 

La lecture du dernier procès-verbal est remise à la prochaine séance. 

On procède au scrutin pour l'élection de M. Alfred de Veillechèze, présenté 
par MM. de Bremond d'Ars et Jules Montfort. 

M. Alfred de Veillechèze est le fils de M. R. de Veillechèze, qui fut pendant 
longtemps conseiller général et maire du Pellerin. Son nom est bien connu 
des archéologues de notre département. Plusieurs pièces rares et intéres- 
santes, découvertes dans l'Acheneau, à Pilon, sont déposées au musée et 
portent le nom de M. de Veillechèze, leur donateur. 

L'amateur érudit et distingué, proposé aujourd'hui aux suffrages de la 
Société, peut rendre de réels services, par son savoir et sa connaissance 
approfondie de localités que l'on pourra prochainement explorer et sur 
lesquelles tout porte à croire qu'une fructueuse moisson est réservée aux 
chercheurs. 

M. Alfred de Veillechèze est admis à l'unanimité membre résident. 

Les ouvrages suivants, offerts à la Société, sont déposés sur le bureau : 

1° Journal des Savants. Mars et avril 1885. — M. le président fait remar- 



— XXII — 

quer dans ces livraisons une intéressante étude de Dom Pîaine sur les 
anciennes liturgies de la Bretagne; 

2° Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome XI, 1884; 

3° Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine -Inférieure, 
tome VI, 2e livraison ; 

4° Bulletin de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de 
VAunis, 5e volume, 4 e livraison ; 

5° Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, 2e série 
tome XIII, 1883-84; 

6° Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Ven- 
domois, tome XXIII, 1884; 

7° Bulletin de la Société archéologique de Tam-et-Garonne, tome XII, 
1884; 

8o Prospectus de M. Edouard Forestié, sur son ouvrage : Livres de 
Comptes des Frères Bonis, 14 e siècle ; 

9o Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, 
tome VIII, 3« et 4 e trimestres 1884; 

10° Bulletin de la Société archéologique et histoiique de l'Orléanais. Titre 
et table du tome VII e , 1878-1882; 

11° Bulletin de la Société polymathique du Morbihan. Années 1883 
et 1884; 

12° Bulletin de la Société des Sciences historiques et naturelles de l'Yonne, 
38« volume, 1884; 

13° Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 4e trimeslre 
de 1884; 

14° Bulletin archéologique du Comité des Travaux historiques et scienti- 
fiques, 1885, n° 1, et liste des membres titulaires, 1885; 

15° Annales de la Société d'Agriculture, Industrie, Sciences, Arts et Belles- 
Lettres du département de la Loire, 2 a série, tome IV, 1884; 

16° Mémoires de la Société académique de Maine-et-Loire, tome XXVIII, 
1883; 

17° Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre {Bourges), 
Xlle volume, 2e fascicule contenant l'armoriai général de 1696; 

18° Annales de la Société académique de Nantes. Vol. V de la 6« série, 
1884. 

M. le président, après avoir indiqué brièvement les travaux les plus 
remarquables contenus dans ces différents Bulletins, nous donne communi- 



— xxm — 

cation d'une lettre qui lui a été adressée par M. le comte de Marsy, directeur 
de la Société française d'Archéologie. 

La durée du Congrès ne devant être que de huit jours, M. le directeur 
recommande de limiter à une vingtaine de questions le programme des 
conférences archéologiques. Trois excursions, en dehors de celles qui pour- 
ront être faites dans la ville même, seront également suffisantes. 

L'ordre du jour appelle la communication de M. le docteur Anizon sur 
Sainte-Marie de Pornic. Notre érudit collègue nous entretient d'une curieuse 
statue placée dans l'église de Sainte-Marie et qu'il attribue au XIII siècle. 
Cette statue, assez rigide de forme, offre une particularité très curieuse : 
elle est percée vers le milieu de la poitrine d'une excavation ovale qui ser- 
vait sans doute à exposer les saintes espèces. M. le président complète cette 
communication en faisant circuler deux photographies représentant la statue 
de Sainte-Marie. Il est à déplorer que cette œuvre, d'un faire assez original, 
ait été dernièrement plâtrée et modernisée par une malencontreuse répa- 
ration. 

M. Léon Maître ajoute quelques précieuses notes à la communication de 
M. Anizon ; il se propose de revenir plus au long sur ce sujet dans une 
monographie de l'abbaye de Sainte-Marie. 

M. Pilre de Lisle donne ensuite lecture d'une étude sur la Grande-Brière 
à l'époque gauloise. Le Brivet, qui traverse cette tourbière, existant déjà à 
l'époque où les armes de bronze étaient en usage, ce qui est bien démontré 
par les nombreuses épées de bronze trouvées dans son lit, l'auteur se demande 
comment on peut faire coïncider l'existence de ce fleuve avec celle d'une 
baie ouverte à la pleine mer au temps de César, baie qui couvrirait presqu'en 
entier le cours du Brivet. 

M. Poirier ajoute quelques observations sur la formation des tourbes qu'il 
a étudiées sur les hauts plateaux du Jura, où elles forment trois couches 
distinctes. 

M. le président donne la parole à M. Alexandre Perthuis pour entretenir 
la Société au sujet d'anciennes cartes à jouer qui sont mises sous les yeux 
de la Société. 

« Par une circonstance toute fortuite, dit M. Perthuis, j'ai fait la décou- 
verte de cartes à jouer qui datent au moins du commencement du XVIIa siècle. 
Ces débris formaient la couverture d'un roman « du sieur de Préfontaine, » 
intitulé « la Diane des Bois, » « achevé d'imprimer le premier jour d'avril, 
mil six cent vingt-huit. » 

Il n'est pas facile, il faut le dire, par le temps qui court, de rencontrer 



— XXIV — 

des cartes aussi anciennes et de l'époque de Henri II ou de Charles IX ; 
peut-êlre peut-on môme remonter plus loin. Aussi pensons-nous, vu la rareté 
de ces spécimens, qu'il ne sera pas sans intérêt d'en faire une courte des- 
cription. Malheureusement, il n'est parvenu jusqu'à nous qu'une planche de ce 
jeu, contenant huit cartes à figures. 

C'estle sortdes jeux tronqués de la Bibliothèque nationale, de celle deRouen, 
etc. Principalement pour le XVI e siècle, on n'a que des séries dépareillées. 

Donc, ces cartes sont disposées sur deux files de quatre portraits, c'est- 
à-dire qu'en commençant par la gauche, nous trouvons d'abord : 

Une reine, un valet, un roi qui s'appuie sur une lyre, une reine. Trois 
de ces figures sont fragmentées par le haut; puis, au-dessous, dans le même 
ordre, viennent : 

Un roi, un valet, une reine, un roi; celui-ci soutient l'écu portant l'aigle 
à deux têtes, aux ailes éployées, rappelant les armes anciennes de Dugues- 
clin, c'est-à-dire sans le bâton en bande. 

Ces dernières cartes sont légèrement rognées dans le bas par le ciseau 
du relieur. Du reste, aucune n'a les couleurs ; les signes de cœur, carreau, 
pique et trèfle sont supprimés; elles ne portent ni noms ni devises. 

Cependant, je signalerai les deux valets, qui méritent d'être mention- 
nés. Aux pieds du premier, dont une partie du corps est endommagée, règne 
une banderolle sur laquelle on lit le nom du maître cartier en caractères 
gothiques : 

Clauto <fi>ene»0g. 

Nous n'avons pas souvenir que ce nom ait été rappelé dans les publications 
qui ont paru sur les cartes h jouer; puis, dans un cartouche supporté par la 
hampe, on voit les lettres G. D. — A quelle généralité se rapportent-elles? 

Maintenant, dans l'autre valet, qui est placé immédiatement au dessous 
du premier, nous avons un visage à l'humeur belliqueuse : l'image d'un 
soudart cuirassé, avec le morion en tête et la hallebarde au poing. Sur le 
fer sont répétées les lettres G. D. à l'envers. Il y a encore à regretter que 
la partie intéressante de cette carte ait disparu, car on ne voit que le com- 
mencement et la fin d'un rouleau qui donne sans doute encore le nom de 
Claude Genevoy. Nous sommes obligé de dire que les autres figures nous 
paraissent d'un dessin grossier. 

Les privilèges de la corporation des maîtres cartiers, qui sont imprimés 



— XXV — 
en 1613, ordonnent qu'ils ne pourront s'abstenir de mettre leur nom au 
valet de trèfle, ce qui, jusque là, avait presque toujours eu lieu. 

Enfin, pour conclure, il faut ajouter que les anciennes cartes, surtout 
celles qui provenaient de la fabrique d'Epinal, au XVIe siècle, peuvent avoir 
donné le type de notre trouvaille. On sait que c'est à peu près celui des 
cartes de piquet du roi Charles VII. » 

H. le président, au nom de la Société, remercie M. Alexandre Perthuis de 
cette intéressante communication. 

M. le président expose une vue du vieux Nantes prise en face de l'ancienne 
Bourse et dont l'acquisition est proposée à la Société. Le Comité, dans sa 
prochaine séance, statuera sur ce sujet. 

M. Chaillou nous entretient ensuite de nouvelles fouilles qu'il vient de 
faire à sa villa des Cléons. Une chambre, de dimensions moindres que celles 
de la grande pièce où se trouvaient les mosaïques découvertes l'an passé, a 
été explorée par notre zélé collègue. Cette chambre appartient à la seconde 
époque des constructions observées aux Cléons ; différents objets en fer, de 
grands clous, des gonds, une poignée de porte et de nombreuses tuiies ont 
été recueillis dans ces fouilles et enrichiront le petit musée des Cléons. La 
Société se propose d'organiser quelque jour une excursion sur ce point. 

M. de Bremond d'Ars donne lecture d'un article du Bulletin du Comité 
des Travaux historiques, consacré aux savantes recherches de M. Léon 
Maître a Petit-Mars. 

M. le président termine la séance en nous annonçant que M. Henri Bou- 
main de la Touche, propriétaire à Charaptoceaux et président du conseil 
d'arrondissement d'Ancenis, a commencé d'intéressantes recherches sur les 
restes de la vieille tour de Champtoceaux ; il invite ceux de nos collègues 
que ces fouilles pourraient intéresser à venir visiter ses travaux. Les ruines 
historiques de Champtoceaux se dressent auprès du nouveau château construit 
d'après les plans de notre collègue M. F. Bougoûin, dont le talent est bien 
connu : c'est, à coup sûr, une des habitations les plus pittoresques de la vallée 
de la Basse-Loire. Tous ces attraits réunis engagent vivement les assistants à 
diriger de ce côté une excursion, et il est convenu que M. le président s'en- 
tendra à ce sujet avec le propriétaire de Champtoceaux. 
La séance est levée à neuf heures et demie. 

Le Secrétaire général, 
Pitre de Lisle du Dreneuc. 



— XXVI — 



SÉANGE DU MARDI 2 JUIN 1885. 



Présidence de M. le marquis de Bremond d'Ars Migré. 



Etaient présents : MM. le doc'eur Anizon, Charles Bastard, le comte Amé- 
dée de Bejirry, le baron Bertrand-Geslin, Bougoiïin, P. Coquillard, Ludovic 
Cormerais, le comte Bégis de l'Estourbeillon, Henri Espitalier-La Peyrade, 
le docteur Genuit, le baron d'Izarn, Alcide Leroux, Léon Maître, Jides Mont- 
fort, Claude de Monti de Bezé, de la Nicollière-Teijeiro, Charles Perrion, 
Alexandre Perthuis, Paul Poirier, le marquis de Surgères et Alfred de Veille- 
chèze. 

A l'ouverture de la séance, lecture est donnée par M. de l'Estourbeillon 
du procès-verbal de la séance du 21 avril qui est adopté. 

Il est procédé à la présentation, comme membre résident, de M. Olivier 
de GourcufF, secrétaire général de la Société des Bibliophiles bretons. 

« J'ai l'honneur, dit M. le président, de vous proposer, de concert avec 
« M. Alexandre Perthuis, la candidature de M. Olivier de Gourcuff, en qua- 
« lité de membre résident. 

« Je n'ose me flatter que la détermination de M. de Gourcuff soit due à 
« l'appel que je m'étais permis de lui adresser en le citant parmi nos plus 
t érudits bibliophiles; en tout cas, nous serons tous fort heureux de le voir 
« apporter à notre Société son concours si précieux. Je n'ai pas besoin 
« d'énumérer les titres multiples et variés de ses travaux ; les lecteurs de 
t la Revue de Bretagne et de Vendée le connaissent de longue date, et les 
« bibliophiles bretons le nomment, depuis huit ans, secrétaire général de 
« leur importante association. La science bibliographique possède, il est 
« vrai, peu d'interprètes aussi compétents et surtout aussi laborieux que 
« M. Olivier de Gourcuff, qui sait parer des charmes d'un style toujours 
« gracieux et spirituel les dissertations les plus arides sur la bibliographie 
« ancienne. Il est vrai aussi que M. Olivier de Gourcuff, poète lui-même, se 
« trouve fort a l'aise pour parler de ses confrères du vieux Parnasse breton 



— XXVII — 

« que l'Anthologie des Poètes bretons du XVII e siècle ajustement remis en 
« honneur ». » 

M. le président présente ensuite, comme membre correspondant, M, Fran- 
çois Le Ghauffde Kerguennec, maire de Saint-Molff. 

« Il y a six ans, Messieurs,— dit M, de Bremond d'Ars, — M. Léon Maître 
K et notre regretté confrère M. l'abbé Gallard nous présentaient, comme 
« membre résident, l'honorable M. François Le Chaufï de Kerguennec, qui, 
« depuis, est allé habiter Guérande, près de ses propriétés de la commune 
« de Saint-Molff. Notre ancien confrère n'a pas voulu demeurer plus long- 
ci temps séparé de la Société archéologique de Nantes, et il nous a donc 
« priés, M. Léon Maître, son premier parrain, et moi, pour remplacer M. l'abbé 
« Gallard, de vous demander de nouveau vos suffrages pour faire encore 
« partie de notre compagnie à titre de membre correspondant. Nous devons 
« nous féliciter de la demande de M. François Le Chauff de Kerguennec : 
« c'est un lien de plus qui nous rattache à la noble et vieille cité de Gué- 
« rande où nous comptons déjà d'excellents confrères. Nous devons égale- 



1. Voici la nomenclature, par ordre chronologique, des publications de M. Olivier de 
Gourcuff : 

1° La Polyarchie de Pierre Belordeau, sieur de La Grée, avocat au parlement de Bretagne, 
par Olivier de Gourcuff. — Nantes, Vincent Forest et Emile Grimaud, 1882. 

2» Œuvres badines de Meusnier de Querlon, réimprimées pour la première fois sur les 
éditions originales, aveenotice et notes par Olivier de Gourcuff. Bruxelles, H. Kistemaec- 
kers, 1882. 

3° Un poète bretonignoré.— Du Bois-Hus. Nantes, Vincent Forest etEmile Grimaud, 
1883. 

4" Un poêle breton, disciple de Ronsard, François Auffray. — Nantes, Vincent Forest 
etEmile Grimaud, 1883. 

Le Ca/fë, épitre inédite, attribuée à Sénéce, publiée avec notices et notes. Nantes, Vier, 
1883. 

5° Satires de Louis Petit, réimprimées sur l'édition originale de 1086, avec notice et 
notes, Paris, librairie des bibliophiles, 1883. 

G Un du Bartas en Bretagne. Alexandre de Rivière, magistrat poète. — Nantes, Vincent 
Forest et Emile Grimaud, 1883. 

7° Petites études sur le XVI' siècle. — La 50" édition de Robert Garnier. — Le président 
Bouju. — Nantes, Vincent Forest et EmileGrimaud, 1884. 

8» Anthologie des poètes bretons du XVII' siècle, avec MM. Stéphane Halgnn, le C" de 
Saint-Jean et Bené Kerviler. — Nantes, Vincent Forest et Emile Grimaud, 1884. (Publi- 
cation de la Société des bibliophiles bretons.) 

9° Le mouvement poétique en Bretagne, de la fin de la Restauration à la Révolution de 
1848. — Nantes, Vincent Forest et Emile Grimaud, 1885. 



— XXVIII — 
« ment attendre d'intéressantes communications de la part de M. Le Ghauff 
« de Kerguennec, ne ferait-il que puiser dans les archives de son ancienne 
« famille. « J'ai des papiers, m'écrivait -il, il y a peu de temps, qui offrent de 
« l'intérêt au point de vue historique et scientifique : le dépouillement n'en 
« est pas complètement achevé, mais j'espère pouvoir mettre ce travail à 
u jour, grâce à la collaboration de mon ami le baron Hulot de Collart — un 
« de nos collègues de Guérande. — » 

« Ces lignes nous prouvent, Messieurs, — ce que nous savions déjà, — 
« que M. François Le Chauff de Kerguennec est tout dévoué aux études 
« que nous avons mission d'encourager. ■> 

A la suite du vote réglementaire, MM. Olivier de Gourcuff et François 
Le Chauff de Kerguennec sont élus à l'unanimité. 

La Société archéologique de Nantes a reçu, depuis sa dernière séance, 
les brochures et ouvrages suivants : 

1° Discours prononcé par M. Bené Goblet, ministre de l'Instruction publique 
et des Cultes, le H avril 1885, à la Sorbonne. 

2° Revue historique et archéologique du Maine, tomes XV et XVI (année 
1884). 

Ces volumes contiennent, entre autres articles : d'intéressantes recherches 
sur la famille de Ronsard ; — une monographie de la paroisse de Bazouges- 
Brée ; — une appréciation de l'Etude sur V ancienne Géographie de la 
presqu'île armoricaine, par notre compatriote M. René Kerviler ; — une 
analyse du livre du docteur Légué sur Urbain Grandie r; — une étude sur 
la répression du blasphème dans l'ancienne législation, curieux travail où 
l'on constate que le Pape Clément IV fit modifier au roi saint Louis son 
ordonnance à ce sujet, à cause de sa trop grande sévérité. 

3o Bulletin de la Société de Statistique, Sciences, Lettres et Arts des Deux- 
Sèvres (janvier- mars 1885). 

4o Bulletin de la Société historique et archéologique de la Corrèze, 
tome VU, ire livraison. 

Ce volume contient une intéressante étude sur les œuvres des émailleurs 
de Limoges, conservées à l'étranger. 

5o Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de VAveyron. 

On y remarque un important travail de M. l'abbé Revel sur l'histoire du 
Comté et des Comtes de Bodez, rédigé par Antoine Bonal, premier historien 
du Rouergue, mort en 1628. Il est regrettable que ce travail manque de 
tables. 
6° Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de VAveyron. 



— XXIX — 

Ce nouveau volume renferme un essai sur la Flore du Sud-Ouest de la 
France, par l'abbé Joseph Revel, directeur de l'institulion Saint-Joseph de 
Villefranche-de-Rouergue. 

7° Bulteti7i de la Société des Antiquaires de Picardie. Année 1885, n° 1. 
8° Collections et Collectionneurs, par M. Paul Eudel. (Paris, Charpen- 
tier, 1885). Curieuse étude offerte par l'auteur, membre correspondant de 
la Société archéologique de Nantes. 

9° Description des minéraux de la Loire-Inférieure, suivie d'une notice 
sur une espèce nouvelle, la Bertrandite et sur une argile non décrite, par 
M. Ch. Baret, membre de la Société académique de Nantes et de la Société 
minéralogique et géologique de France. 

Cette espèce nouvelle, la Bertrandite, ainsi nommée en l'honneur de 
M. E. Bertrand, le célèbre minéralogiste qui a décrit les caractères optiques 
et cristallographiques de ce minéral, fut trouvée dans le département de la 
Loire-Inférieure par notre compatriote M. Charles Baret, qui eut encore la 
bonne fortune de découvrir aux environs de Couëron et Saint-Nazaire un 
gisement de fibrolite qui jusqu'à présent était inconnue en France. 

Ce qui attire notre attention spéciale sur ce fait, Messieurs, c'est que ce miné- 
ral (silicate d'alumine), très dur et résistant, a été employé, dans les temps 
préhistoriques, à faire des haches et autres instruments : ce qui prouve que 
les peuples primitifs savaient déjà discerner les principales propriétés des 
minéraux. 

Dans le Morbihan, notre confrère M. de Limur, guidé par les indications 
de M. Cli. Baret, se mit à la recherche de la fibrolite et en trouva un gise- 
ment sur la côte armoricaine, offrant un filon où l'on aurait pu facilement 
tailler des haches d'une certaine dimension. 

Ce minéral est plus abondant aux Indes orientales. 11 serait curieux de 
vérifier si les haches antiques trouvées dans cette contrée sont faites avec 
cette matière ; si le fait était constaté, on pourrait en conclure que les 
populations celtiques, originaires de l'Inde, avaient conservé la tradition de 
cet usage de fabriquer les haches avec le minéral le plus résistant, c'est-à- 
dire avec la fibrolite. 

La Société tout entière s'associe ensuite à la proposition de M. le président, 
d'envoyer ses remerciements à M. Ch. Baret. 

La Société archéologique de Nantes a reçu une circulaire de la Commis- 
sion ornithologique instituée au ministère de l'instruction publique, la priant 
de vouloir bien répondre aux questions qu'elle y indique. La Société décide 
que cette circulaire sera communiquée à MM. Bonjour et Bureau, conserva- 



— XXX — 

teurs du Muséum, que leurs fonctions et leur compétence mettent à même 
de répondre à ces questions. 

M. le président annonce en quelques mots la fondation d'une nouvelle revue 
à Nantes, la Revue historique de l'Ouest, qui a pour directeur M. Gaston de 
Carné, le jeune et savant auteur de l'ouvrage sur les Chevaliers bretons de 
Saint-Michel, et pour secrétaire de la rédaction M. le comte R.del'Estour- 
beillon. « Cette revue, purement historique, est destinée surtout à la publi- 
cation de documents concernant l'histoire des familles, et nous ne saurions 
trop, ajoute-t-il, encourager les membres de la Société archéologique à s'y 
intéresser; nous sommes d'ailleurs vingt-huit membres de la Société parmi 
les nombreux collaborateurs de cette nouvelle publication, à laquelle nous 
souhaitons tous les succès dont elle est digne par le but si louable qu'elle se 
propose : « L'étude du passé, dans ses mœurs, dans ses institutions privées 
et dans la vie de chacun des membres qui composaient autrefois le corps 
social. » 

Les noms de beaucoup d'autres de nos confrères, ajoute M. le président, 
figurent également dans les publications de notre région. Nous aimons à les 
relever et les signaler chaque fois que nous les rencontrons. Il n'est pas 
possible de demeurer indifférent, quand, dans un journal, une revue, un bulle- 
tin quelconque, nous apparaît le nom de nos confrères, tels que : MM. Pitre 
de Lisle, René Kerviler, l'abbé Dominique, Arthur de la Borderie, de l'Es- 
tourbeillon, Joseph Rousse, de Surgères, l'abbé Grégoire, Léon Maître, 
Alcide Leroux, etc. Vous me permettrez de les noter et de les consigner 
dans notre Bulletin : c'est une solidarité que nous devons revendiquer, 
car elle nous rappelle le lien qui nous unit. » 

M. le président, qui a l'habitude de souhaiter la bienvenue à chacun de 
nos nouveaux confrères, dit qu'il est heureux de voir deux nouveaux confrères 
assister à cette séance, M. le comte Amédée de Bejarry, dont le père, si 
regretté, fut pendant longtemps un des doyens de notre Société, et M. Alfred 
de Veillechèze. Du reste, le zèle tout particulier que l'on montre depuis 
quelque temps pour venir à nos réunions est d'un bon augure pour la 
Société, qui se recrute de plus en plus. 

En quelques mots, M. le président rappelle ensuite les conditions géné- 
rales de l'excursion qui doit avoir lieu le lendemain à Champtoceaux chez 
M. Henri de la Touche et pour laquelle seize membres se sont déjà fait 
inscrire. 

La parole est ensuite à M. le docteur Anizon qui complète de vive voix 
les notes si intéressantes qu'il avait données dans une précédente séance 



— XXXI — 

sur Sainte-Marie de Pornic, et qui doivent figurer à notre bulletin de 1885. 

M. de l'Estourbeillon demande qu'il soit écrit au maire de la commune de 
Mauves, au nom de la Société archéologique, pour le prier de concourir avec 
elle à la conservation de la pierre tombale de Messire Louis d'Avaugour, 
ambassadeur de Louis XIV en Suède, l'un des plus grands personnages du 
XVIIe siècle et l'une des illustrations du comté nantais. — La Société adopte 
cette proposition et charge M. le président de s'entendre avec M. de l'Es- 
tourbeillon pour la rédaction de cette lettre. 

La séance est levée à dix heures un quart. 

Le Secrétaire général, 
O Régis de l'Estourbeillon. 



ARRONDISSEMENT DE PAIMBŒUF 



DICTIONNAIRE ARCHÉOLOGIQUE 



DE LA LOIRE-INFERIEURE 



(Époques primitive, celtique, gauloise et gallo-romaine) 



ARTHON 

Période Celtique. 

Le souterrain de ta Roche-Trocante. 

Cette grotte est bien connue dans le pays d'Arthon ('), 
où on lui attribue une longueur légendaire. Mais si Ton 
veut éviter de prendre un guide, il faut des points de 
repère très sûrs, car l'entrée de ce souterrain n'est guère 
plus apparente que celle d'un terrier de blaireau. Voici la 
méthode la plus facile pour la trouver. Prendre à la sortie 
du bourg d'Arthon la route de la Feuillardais et la suivre 



(') On prétend que ce souterrain vient aboutir sous l'église de Chauve, 
distante de cinq kilomètres; en réalité il a un peu moins de 8 mètres de long. 
1885 — 1er Sem, 1 



ce- 
pendant l'espace de 1.200 mètres environ à travers une 
plaine aride où les ajoncs et les bruyères se développent à 
loisir. On trouve alors sur la gauche une haie d'aubépine 
tellement haute qu'elle ressemble à une avenue ; à l'angle 
de cette haie arborescente se trouve une croix, sur le bord 
d'un petit chemin qui côtoie une vigne. Il faut suivre ce 
chemin dans toute la largeur du clos, puis remonter à angle 
droit le long de la lisière de la vigne. On découvre bientôt 
quelques petites excavations, puis l'entrée du souterrain 
orientée vers le sud. Tout à côté s'étendent les bois de la 
propriété de la Meule. 

L'ouverture de la grotte est très basse et l'on est forcé 
de ramper pour s'introduire dans ce conduit ; peu à peu il 
augmente de hauteur et atteint vers le fond une élévation 
de 1. m. 90. La forme générale du souterrain est celle d'un 
T dont la tige centrale mesure 7 m. 80 de long sur 2 m. 10 
de large à son point de rencontre avec la crypte du fond. 
Celle-ci se prolonge davantage à l'ouest qu'à l'est. Le caveau 
de l'ouest mesure 1 m. 90 sur 2 m. 20 ; celui de l'est, 84 c. 
de profondeur sur environ 2 mètres. Ce souterrain, arrondi 
en forme de voûte, est régulièrement taillé dans le calcaire : 
c'est une ancienne grotte sépulcrale de l'époque dolménique, 
et sa forme de même que ses dimensions sont à peu près 
celles de nos allées couvertes. Les tombes de ce genre, très 
rares dans nos contrées granitiques, sont bien connues dans 
certaines régions calcaires, et les beaux travaux du baron 
de Baye nous en ont donné de très curieux spécimens. 



Période gallo-romaine. 

Aqueduc d'Arthon. 

Lorsque je visitai la première fois ce monument, à 
coup sûr un des plus curieux de l'époque romaine en 



— 3 =- 

Bretagne, je fus étonné qu'il n'eût pas été l'objet d'une 
étude particulière et que des plans, des nivellements 
bien pris ne nous eussent pas donné le mot de cette gigan- 
tesque énigme. Des moulins de Retz près d'Arthon jusqu'au 
village de la Poitevinière, il traverse une distance de près 
de trois kilomètres. Pour le visiter., le plus simple est de 
gagner par un chemin ledit village de la Poitevinière où 
ses soubassements sont très apparents sur une longueur 
de 5 à 600 mètres, et de suivre après cela son prolongement 
pour retrouver les conduits souterrains dans les coupures 
faites pour l'extraction de la pierre. Mais, si l'on préfère 
prendre un guide, il faut se souvenir que l'on perdrait son 
latin en lui parlant de l'aqueduc; dans le pays, on ne le 
connaît que sous le nom de la dalle. 

Au sortir de la Poitevinière l'aqueduc borde le côté d'un 
petit chemin qui sert de clôture à de vastes pièces; sa lar- 
gueur est de 90 c. et il a 50 à 70 c. de haut ; ses parements 
sont bien appareillés, en pierres calcaires rejointaiilées avec 
soin. Le conduit de l'aqueduc, placé jadis sur ce mur, a par- 
tout disparu. On suit ce soubassement jusqu'à une petite 
dépression du sol où se trouve une sorte de pile en maçonne ; 
de là l'aqueduc oblique légèrement vers l'ouest, puis va 
disparaître sous terre. 

Plusieurs carrières ouvertes sur son parcours permettent 
de le retrouver. Là il est d'une merveilleuse conservation. 
Au fond d'une tranchée de 6 à 8 pieds de profondeur taillée 
dans la roche, il forme un canal de 17 c. de haut sur 20 de 
large au sommet et 13 c. vers la base. Le fond se rétrécit 
subitement, de façon à former deux petits ressauts à l'inté* 
rieur; il est arrondi et composé d'un ciment très mélangé 
de parcelles de briques. 

Cette forme trapézoïdale et les deux angles ménagés près 
du fond devaient servir à empêcher le conduit de se bou- 
cher lorsque les dalles qui le couvraient venaient à tomber 
à l'intérieur. L'épaisseur du blocage en maçonne qui enve- 



— 4 — 

loppe le conduit est de 22 c. sur les côtés ; de gros fragments 
de charbon apparaissent çà et là dans la chaux. (Voir l'échan- 
tillon placé au Musée archéologique de Nantes.) Dans la 
partie qui traverse les landes des Chaumes, l'aqueduc était 
supporté par 74 piliers ayant un peu moins d'un mètre de 
large et qui servaient évidemment à soutenir des arcatures 
pour exhausser le [conduit. Ce travail a été malheureu- 
sement détruit vers le commencement du siècle; il y a 
quelques années, la base des piles était encore apparente, 
et je crois qu'en fouillant un peu le sol on en retrouverait 
les fondations. 

On admet généralement que cet aqueduc servait à con- 
duire à Arthon l'eau de la Fontaine Bonnet, située à trois 
quarts de lieue du bourg, au delà du village de la Poite- 
vinière. Cela me semble bien douteux ; à première vue, le 
bourg d'Arthon paraît plus élevé que la Fontaine Bonnet ; 
et puis, l'eau est rare et marécageuse dans cette fontaine, 
tandis qu'à Arthon il suffit de creuser le sol à peu de pro- 
fondeur pour avoir une eau très potable et dont les habi- 
tants ne se plaignent aucunement. Donc, quand bien même 
on admettrait que l'aqueduc aurait la pente qu'on veut bien 
lui attribuer, pourquoi ce gigantesque travail destiné à 
prendre de l'eau dans un endroit où il y en a fort peu pour 
la conduire sur un point où elle est commune? M. Fillon 
s'était tiré de cette difficulté en disant qu'autrefois la mer 
était plus rapprochée d'Arthon et que les sources devaient 
être saumâtres ; je ne crois pas que les calcaires de ce pays 
aient eu de grandes modifications géologiques depuis le 
temps de l'occupation romaine, et ces explications qui bou- 
leversent à volonté les continents et les mers sont un peu 
du domaine de la fantaisie. Il serait donc intéressant d'étu- 
dier la pente donnée par les conduits et de chercher, au 
delà de la Fontaine Bonnet, quelque point où des construc- 
tions romaines viendraient expliquer le but de cet aqueduc. 

Au presbytère d'Arthon, on m'a obligeamment montré 



— 5 — 

quelques substructions gallo-romaines, dans un jardin pota- 
ger: les murs, détruits jusqu'au niveau du sol, dessinent 
quelques pièces de petites dimensions; la terre est jonchée 
de fragments de briques et de ciments. On y voyait, il y a 
une vingtaine d'années, deux murs romains de 6 à 7 pieds 
de haut et qui n'étaient guère que les parements des mu- 
railles primitives. 
Près de là a été découvert un bracelet en or. 
Des briques romaines trouvées en grand nombre dans 
l'enclos de la Sicaudais ont été signalées par M. Orieux ( ! ). 
La partie nord de cette commune est traversée de l'est à 
l'ouest par une voie romaine, entre le Pas Bochet et le 
village de Biais (où l'on trouve un grand nombre de tuiles 
et de briques). Une autre voie, également signalée par 
Bizeul, se bifurquait sur la première près du pont de Pilon 
et, passant au-dessus du vieux Chaléons, venait aboutir au 
bourg. 

L'avenue occidentale du château de Prince ressemble 
beaucoup à un tronçon de voie romaine, surtout à son 
extrémité la plus rapprochée du chemin de fer; elle est 
flanquée au sud d'une sorte de rempart ou de talus en 
terre. 

I | Le 2 mars 1880, un paysan découvrit près du mou- 
lin de Retz, sur le bord du chemin, une tombe en pierre 
ornée de sculptures; malheureusement elle a été brisée. 

LA BERNERIE 

Période celtique. 

I — ] d Dolmen de Chantail. — En suivant la côte, entre 
la Bernerie et le gros village de Sennetière, on voyait, il y 
a une quarantaine d'années, les ruines d'un dolmen formé 



(*) Études archéologiques dans la Loire-Inférieure. 



- 6 — 

da quatre pierres. M. François Verger avait pris note, à 
cette époque, des dimensions de la pierre qui avait servi 
de couverture : elle mesurait deux mètres de long sur un 
de large. En 1884, j'ai inutilement cherché les vestiges de 
ce monument. 

A Menhir de la Roche-Bourdin. — A 400 mètres au 
sud-est du village de Sennetière et à 150 mètres de la côte, 
j'ai vu, dans une pièce nommée le Champ Bourdin, un 
menhir debout dont la hauteur est de 1 m. 15, la largeur de 
1 m. 40 et l'épaisseur de 63 c. Il est en grès, très trapu 
de forme, et ses faces sont aplanies. (Septembre 1875.) 

BOURGNEUF 
Période celtique. 

Une grande partie du territoire de cette commune était 
anciennement recouvert par la mer, ce qui diminue quelque 
peu le cadre de nos recherches archéologiques. En certains 
endroits, le retrait de la mer a été très rapide ; depuis la 
publication du Dictionnaire de Bretagne, à la fin du siècle 
dernier, la côte a gagné près de deux kilomètres sur cer- 
tains points. 

& Menhir de la Nohleterie. — Les maisons de la 
Noblèterie, qui servent à désigner cette pierre, sont à 
gauche de la route qui va de Saint-Cyr-en-Retz à Saint- 
Hilaire-de-Chaléons, et à environ une lieue à l'est de 
Bourgneuf. 

Période romaine. 

Une médaille d'or, à l'effigie d'Honorius, a été découverte 
près du bourg, en 1846. 

Des briques à rebords ont été trouvées en grand nombre 
à Saint-Cyr-en-Retz, petit bourg situé sur la route de 
Bourgneuf à Fresnay. 

Lieux dits: la Massière, le Pé, la Motte, Malabri. 



— 7 



CHAUVE 

Période celtique. 

2 n Deux dolmens sont indiqués dans la commune de 
Chauve par la Commission d'inventaire des mégalithes de 
France. Je n'ai point le droit de les effacer sur ce simple 
motif que, malgré d'activés recherches, je n'ai pu les retrou- 
ver ; mais je me défie un peu de ces indications données à 
cent lieues de distance et basées parfois sur des renseigne- 
ments qui datent d'un demi-siècle. 

J^ Menhir de la Croterie. — A cinq kilomètres de 
Chauve, la route qui conduit à Saint-Père-en-Retz laisse à 
une certaine distance sur la gauche le village de la Cro- 
terie. Il faut pour y arriver suivre un petit chemin qui 
se trouve tout juste au point où la route sort de la com- 
mune de Chauve. Au bout d'un fort quart de lieue, on 
arrive aux maisons de la Croterie; là, près d'une sorte de 
hangar, on aperçoit un gigantesque menhir dressé debout. 
Sa forme est triangulaire; il mesure 4 m. 20 de hauteur, 
2 m. 70 à la base, tandis qu'au sommet il se rétrécit brus- 
quement pour se terminer en pointe ; l'épaisseur n'est que 
de 1 mètre environ (grès). On a utilisé un des côtés de ce 
menhir pour former le mur d'un appentis en branchages. 

Cette pierre, plantée comme une aiguille de cadran dans 
l'orientation sud-nord, présente une particularité curieuse, 
elle forme avec le grand menhir de la Mégerie et la pierre 
Boivre un immense triangle dont chaque pointe est mar- 
quée pa. une pierre triangulaire de grandeur exception- 
nelle et orientée de la même façon (voir l'article Saint- 
Brévin). 

Au pied de ce menhir se trouve un énorme bloc de forme 
carrée, également en grès. 



— 8 — 

Menhirs des Platennes. — Du menhir que nous venons 
de décrire, on traverse une vaste pièce dans la direction de 
l'est, puis, vers l'angle du champ, près d'un chemin de 
traverse, on trouve trois énormes pierres dont les dimen- 
sions colossales ont quelque chose d'imposant. 

A Celle du centre, qui était encore debout vers 1835, 
mesure 5 m. 10 de long sur 2 m. 20 de large et 55 c. d'é- 
paisseur. Elle est bien régulière de forme et très plate du 
côté qui regarde terre. Un vieux fermier du village voisin 
m'a assuré que cette pierre, qui du reste était peu enfoncée 
clans le sol, avait été abattue de son temps par une tem- 
pête. En tombant, elle est venue s'appuyer sur un bloc de 
grès qu'elle a brisé et qui la tient encore soulevée de terre. 

A L'autre menhir au sud-ouest, également abattu, 
mesure 4 m. 40 sur 1 m. 70 et 55 c. 

A Le troisième, du côté opposé, a 5 m. 30 sur 3 m. 65 
et 1 m. 35 d'épaisseur. 

Ces trois énormes pierres sont en grès et leur forme est 
régulière; ils sont tellement rapprochés qu'à première vue 
on les prendrait pour les tables d'une allée couverte. 

De l'autre côté du fossé, à la rencontre de deux chemins, 
d'autres blocs à moitié cachés par la haie ont été désignés 
à tort sous le nom de dolmens. Ce sont de grosses roches en 
grès, qui, ce me semble, n'ont jamais été remuées par la 
main de l'homme. Le bloc principal mesure 3 m. 26 de 
long sur 90 c. d'épaisseur; il a été en partie entamé par 
la mine et il est facile de voir qu'il ne repose sur aucun 
support. 

A Menhir de la Pierre-Lhommas. — A cinq ou six 
cents mètres de là, dans la direction du sud, et près du 
village de Pierre-Lhommas, on trouve sur la droite du 
chemin qui mène à la Caillerie un beau menhir planté 
debout dans un clos de vigne. Sa hauteur est de 3 m. 75, 
' sa largeur de 2 mètres et son épaisseur de 90 c. à 1 m. 05; 



— 9 — 

il est en grès poudingue. Près de sa base, un autre bloc 
de même nature, long de 1 m. 50, est couché à terre. 

La Pierre-Lhommas, assez plate de forme, est orientée 
nord-sud, c'est-à-dire que ses deux côtés les plus étroits 
regardent ces points. J'ai vu sur ses faces des cupules à 
une hauteur de six à sept pieds ; ce menhir est à 250 m. 
au sud-est du village du même nom. 

Dans la haie, au bord du chemin, deux énormes blocs 
avec cupules (juillet 1883). 

J'ai trouvé dans les archives du Musée archéologique de 
Nantes la note suivante, transmise à mon prédécesseur 
par M. Legland, agent-voyer : « A la Flachousière, il y a 
un cromlech disposé en cercle et composé de 18 pierres. 

« A quelques cents mètres de ce monument, il y a une 
pierre placée debout sur unefposée à plat. » Ces renseigne- 
ments que je n'ai pu vérifier malgré mes recherches mais 
qui sont donnés avec une certaine précision, ne font pas 
double emploi avec les indications précédentes, M. Legland 
ayant également noté les menhirs indiqués ci-dessus. 

Des peulvens ont été signalés à la Masserie. 

J'ai vu sur ce point une magnifique pierre blanche qui 
se dresse dans un champ, sur la droite du grand chemin de 
Chauve à Saint-Père-en-Retz, presqu'en face d'une maison 
isolée sur le bord de la route; cet énorme bloc n'est pas 
un menhir. 

6 A Six haches en pierre polie ont été recueillies par 
nous en 1884 sur différents points de cette commune. 
1° Près de la Bâte, une hache en diorite, noire à la sur- 
face ; longueur 8 c. 2° A l'Aiguillon, une grande hache en 
roche dioritique altérée; longueur 20 c. 3° A la Croterie, 
deux haches en diorite, l'une brisée, l'autre longue de 9 c. 
4° A la Pauvrederie, deux haches de même nature, l'une 
de 10 c. 5, l'autre de 8 c. (Collection G.-P. de Lisle.) 

Lieux dits. — La Ville-Hubert, la Villorsière, le Pas, 
le Pas Bosseau. 



- 10 - 



CHEIX. 

I — | Un dolmen est signalé dans l'annuaire général de 
la Loire-Inférieure, 1884, page 548. Je n'ai point de raisons 
sérieuses pour révoquer en doute cette assertion, bien que 
le recueil en question soit plutôt commercial qu'archéolo- 
gique. Toutefois, je dois mentionner ici une pierre qui a pu 
donner le change aux auteurs de la susdite publication. 
Elle est située au-dessous du bourg, dans la direction de 
l'ouest et tout au bord de l'Acheneau. Les paysans la dési- 
gnent sous le nom de Pierre de saint Martin, parce que, 
dit-on, saint Martin de Vertou rassembla ses disciples en 
cet endroit avant de les envoyer fonder les paroisses 
voisines. 

En dehors de cette roche, qui n'offre pas un grand inté- 
rêt au point de vue de l'archéologie celtique, je n'ai trouvé 
aucun mégalithe sur le territoire de Cheix. 

& B En 1838, pendant les travaux exécutés pour le 
creusement de l'Acheneau, on découvrit, près des ruines 
de la Malnoë, une lame de bronze, à soie plate percée de 
trois trous de rivets et séparée dans toute sa longueur par 
une nervure ronde. (Voir : Epées et poignards de bronze de 
la Bretagne, Saint-BrieuCj 1883.) 

Période romaine. 

O De 1838 à 1840, on découvrit dans l'Acheneau, au 
Port-Pilon, près de 800 monnaies romaines aux types 
d'Auguste, Néron, Agrippa, Germanicus, Maxime et Domi- 
tien. Parmi ces pièces se trouvait une monnaie gauloise. 
M. Aristide de Granville recueillit une partie de cette trou- 
vaille et la donna à la Bibliothèque publique de Nantes. 
Le reste a été dispersé. M. Bizeul, qui avait noté cette 



— 11 — 

découverte, indique également dans la commune de Cheix 
les débris d'une voie romaine, près de la borne 24 de la 
route de Paimbœuf, un peu au delà de la métairie du Bois; 
j'ai cherché, sans le retrouver, ce tronçon de la voie de 
Rezay à Saint-Père-en-Retz. 



CHEMERÉ 



Période celtique 

A Menhir de la Pierre- Levée. — Ce menhir est à en- 
viron 2 kil. 500 m. au nord du bourg, dans une bauche de 
la forêt de Prince, à l'est du château et près d'une route. 
Sa hauteur est de 2 m. 15 et il est large d'un mètre envi- 
ron sur 60 c. d'épaisseur. On raconte dans le pays que 
lorsque Barbe-Bleue habitait le château de Prince, il se 
défendit contre une armée qui l'assiégeait en lançant contre 
les assaillants d'énormes blocs de cailloux. L'un d'eux, notre 
menhir, tomba tout droit et resta piqué en terre si solide- 
ment « qu'oncques depuis on ne put l'arracher. » 

A Chevas signale un second menhir en Chemeré, à 
1500 mètres du bourg, sur la propriété de Vauloup. La 
hauteur indiquée est de 3 à 4 mètres (?). A vérifier. 

Sur plusieurs points de cette commune on voit des entas- 
sements de blocs de grès. 



Période gallo-romaine. 

□ Un camp romain nous est signalé en Chemeré par 
M. Ch. Marionneau. 

U A cent mètres du bourg, on a découvert des sarco- 
phages en calcaire madréporique. 



— 12 — 



LE CLION (») 
Période celtique. 

• 

Entre le village de la Joselière et celui de la Boutinar- 
dière on trouve trois petits vallons qui nous serviront de 
points de repère pour préciser la position de nos méga- 
lithes: le premier, en descendant du nord au sud, est près 
de la Joselière et bordé par un bois de pins ; le second 
est nu et aride ; le troisième est ombragé par les plan- 
tations qui dépendent du petit domaine de M. l'abbé 
Pétard. 

[~~| Dolmen du Chiron. — Quittant la route de Pornic 
à Bourgneuf au village de la Joselière, on descend vers la 
côte en longeant les derniers chalets au nord-ouest (les 
derniers pour 1885). Au coin d'un champ fermé au nord 
par un mur et à peu de distance de la falaise, on aperçoit 
les grandes pierres d'une allée couverte dont la forme est 
très caractérisée; elle est construite sur le plan d'une croix 
de Lorraine ou d'une double croix sans tête. 

La longueur totale du monument dans la direction du 
nord au sud est de 7 m. 45. La chambre du fond forme un 
rectangle allongé de 6 mètres environ sur 1 m. 75. Huit 
montants, dont trois sont abattus, jalonnent son pourtour; 
la partie du nord-ouest, couverte par une table de 2 m. 40 
de long sur 1 m. 40 de large et 20 à 25 c. d'épaisseur, est 
la plus dégradée. 



(*) Une grande partie de la côte, au sud de Pornic, dépend de la commune 
du Glion. 



— :*» — 

Après cette cella, vient une petite galerie étroite, formée 
par quatre montants et longue de 1 m. 80. 

Le monument s'élargit ensuite en forme de transept et 
atteint une largeur totale de 6 m. 80. Le croisillon du côté 
de l'est mesure 2 m. 90 sur 1 m. 85 de large ; il est flanqué 
de quatre supports et recouvert en partie par une table de 
2 mètres sur 1 m. 80, qui repose d'un côté sur un empâ- 
tement de terre et de pierrailles. — L'autre loge vis-à-vis, 
fermée par un large montant, est entourée de cinq ou six 
pierres debout. Sa largeur est de 1 m. 90 et sa longueur 
de 3 mètres; une large table couvertière de 2 m. 45 sur 
2 m. 10 et 20 c. d'épaisseur, touche à peine un des mon- 
tants et vient s'appuyer sur des terres et quelques pierres 
de soutien placées là depuis peu et qui s'écrasent sous 
son poids. 

La petite allée qui sert d'entrée est longue de 2 mètres, 
cantonnée de quatre pierres dont les deux premières sont 
hors de place. 

Toutes ces pierres sont en grès. D'autres blocs dissé- 
minés sur les talus du monument devaient compléter cette 
curieuse galerie. 

j~l Petit dolmen de la Joselière. — De la galerie que 
nous venons de décrire en se dirigeant vers le bois de pins 
du premier vallon, on trouve sur la lisière d'une vigne, à 
150 mètres des dernières maisons de la Joselière dans la 
direction du sud-est, une petite butte de terre recouverte 
de broussailles et flanquée de trois pierres debout. Ce mi- 
nuscule dolmen a été éventré de façon à laisser d'un côté 
les terres de recouvrement, tandis que la paroi orientale 
de la galerie est entièrement dégagée. 

Le premier montant au sud est en micaschiste et mesure 
1 m. 15 de haut sur 1 mètre de large et environ 30 c. d'é- 
paisseur; le second, un bloc de grès, a la même hauteur 
sur 60 c. de large ; le troisième support est très bas, irré- 
gulier de forme et mesure en largeur 1 m. 20. Il est en 



— 14 — 

micaschiste ainsi qu'une autre pierre couchée à l'ouverture 
de la tranchée. L'emploi de cette roche dans les dolmens 
Pornicais est un fait exceptionnel; presque tous les méga- 
lithes de cette contrée sont en grès ou en quartz. C'est du 
reste le seul caractère intéressant que m'a semblé présen- 
ter ce mince débris d'allée couverte, dont la longueur totale 
atteint seulement 2 m. 70. 

Xs, Menhir. — De l'autre côté du bois de pins enclavé 
dans le vallon de la Joselière, au-dessus d'une cabane de 
garde-côte, un menhir en grès blanc brisé en trois mor- 
ceaux, est signalé par M. le baron de Wismes (1876). 

Continuant à suivre la côte dans la direction de la Berne- 
rie, on arrive à un petit ravin dénudé qui forme brèche 
dans la falaise. Avant de le franchir, deux groupes de mé- 
galithes sont à examiner. 

n D ? Celui qui est le plus rapproché de la mer est 
composé d'une pierre piquée debout et ressemblant assez 
à un montant de dolmen; auprès est une large pierre 
posée à plat sur le sol, puis un troisième bloc en poudingue 
de couleur violacée. Il est possible que ce soient les débris 
d'un dolmen. 

f~l D ? Le second groupe de pierres est à vingt pas 
plus haut; il est formé: d'une table de dolmen de 1 m. 80 
sur 1 m. 45; de deux montants piqués debout l'un près de 
la table, l'autre plus au midi, et de sept blocs de grès dissé- 
minés çà et là. 

Le caractère de ces mégalithes est fort problématique'; 
je ne veux point cependant les biffer par déférence pour la 
Commission d'inventaire des mégalithes de France qui les 
a notés sur ses registres. 

Ils ont été fouillés en 1878 par M. le baron de Wismes 
qui n'y a rencontré aucun objet intéressant. 

U~] Dolmen de la Pierre-Creusce. 

De l'autre côté du ravin, sur la pointe qui domine la mer, 



-15 - 

on aperçoit de loin les grandes pierres grises d'une allée 
couverte. 

Le plan de ce monument est exactement celui du dolmen 
du Chiron, près la Joselière: Une longue galerie flanquée 
vers le centre de deux chambres latérales, l'une en face de 
l'autre, et terminée par une crypte rectangulaire ; la cella 
du fond est moins longue que celle de la Joselière. 

L'ensemble du monument mesure 9 mètres du nord au 
sud ; l'entrée est formée par une allée de 1 mètre de large 
et de 2 m. 60 de long, flanquée de cinq montants. Elle 
donne accès dans une sorte de transept dont l'étendue est 
de 6 m. 90 de l'est à l'ouest. Le caveau du côté de l'ouest, 
long de 2 m. 80, est entouré de cinq supports et celui de 
l'est de six ; il a 30 c. de plus que le premier ; la largeur 
de ces deux caveaux est de 1 m. 85. 

Après ce transept la galerie se rétrécit de nouveau sur 
une longueur de 2 m. 20 (elle est bordée de quatre mon- 
tants) ; puis elle débouche dans une cella carrée de 2 m. 30 
sur 2 m. 40, entourée de sept pierres et couverte en partie 
par une énorme table de 3 m. 65 sur 2 m. 20 de large. 
L'orientation de cette galerie est à peu près nord-sud. 

Au-devant de l'entrée se trouve une large pierre que l'on 
a commencé à creuser en forme d'auge. Les pierres taillées 
de cette façon ne sont point rares dans les fermes du pays; 
le michaschiste de la côte se travaille assez facilement et 
l'on obtient ainsi à peu de frais des timbres pour abreuver 
les bestiaux. 

Fouilles. — En 1878, M. le baron de Wismes entreprit 
l'exploration de ce monument et j'eus le plaisir de visiter 
ses fouilles. Les caveaux contenaient: 1° un grand cou- 
teau de dolmen en silex de Pressigny ; sa longueur est de 
22 c. 5 et sa largeur de 4 c. 5. 2° Une petite hache en silex, 
de 7 c. 5. 3° Une amulette ronde, épaisse et percée d'un 
large trou en forme de cône. 4° La moitié d'une hache- 
marteau terminée d'un côté par une surface plane. 5° Une 



— 16 — 

charmante amulette en roche vert-pâle semée de pail- 
lettes de couleurs chatoyantes ; elle est plate, de forme 
ovale et d'un très beau poli. Un trou percé près du bord 
s'est échancré et l'on a foré plus au centre un second 
trou de suspension. — Des fragments de poterie et des 
éclats de silex. 

Le monument semblait complètement déblayé lorsqu'en 
palpant les terres massées le long de la paroi du dernier 
caveau nord-ouest, je trouvai un très beau couteau en silex 
blond; il est pointu, très épais au centre et constellé de 
petites retouches ; longueur, 223 mètres. (Musée de Nantes.) 

[~~3 Dolmen de la Villa Pétard. 

En continuant à suivre la côte dans la même direction, 
on arrive à une charmante vallée dont les versants sont 
couverts de bois de pins encadrant une longue bande de 
prairie qui descend vers la mer; à droite, une petite cha- 
pelle s'élève sur un bloc de rocher; au fond, un manoir 
modestement caché entre les deux pentes du ravin. 

A cent mètres au sud-est de la lisière des pins, en face 
de la chapelle, on trouve dans une pièce de terre une allée 
couverte à demi ensevelie sous les ajoncs. 

Le plan de ce monument est une équerre; la galerie prin- 
cipale, longue de 7 m. 20 sur 1 m. 18 de large, est formée 
par neuf supports fichés en terre, trois à l'ouest, cinq à 
l'est et une pierre de 1 m. 25 sur 1 m., au fond, dans la 
direction du nord. 

La seconde, qui forme un angle droit avec la première, 
est longue de 2 m. 30 et large de 1 m. 05; il ne lui reste 
plus que cinq montants. 

Quatre des tables sont encore conservées; la plus grande, 
celle qui recouvre la crypte du côté de l'est, mesure 2 m. 30 
sur 1 m. 05. 

Fouilles. — Cette galerie a été fouillée en 1879 par 
M. le baron de Wismes qui n'y trouva que quelques silex, 



— 17 — 

des fragments de poteries dolraéniques et deux ou trois 
morceaux de briques à rebords. 

I ] Dolmen ruiné de la Pierre du Ruant. 

Avant de franchir le ravin qui sépare, près de la côte, la 
commune du Clion de celle de la Bernerie, on trouve à peu 
de distance de la falaise les ruines d'un monument connu 
dans le pays sous le nom de la Pierre du Ruaut. Il est à 
une centaine de mètres du vallon, sur une hauteur qui 
domine un petit poste de garde-côte. 

Une longue pierre piquée debout mesure 1 m. 75 sur 
65 c. de large et 36 c. d'épaisseur; près d'elle, une autre 
pierre couchée est longue de 1 m. 90 sur 1 m. de large et 
35 e. d'épaisseur. Un montant de dolmen abattu mesure en 
largeur 1 m. 10; il est haut de 85 c. Cinq autres blocs 
placés auprès complètent les ruines de ce problématique 
dolmen. 

A Plusieurs haches en pierre polie ont été trouvées 
dans la commune du Clion. 



Période gallo-romaine. 

En 1851 on découvrit au Clion des amphores gallo- 
romaines et un objet en bronze représentant une tète de 
cheval. 

Çà et là des briques à rebords. Au champ de Moliny, 
près de la (ôte de Gourmalon, M. Thibaud signale des 
débris de constructions romaines, des fragments d'enduits 
cimentés et des tuiles. 



GORSEPT 

d Dolmen du Moulin-Pêret Section K. N° 5. 
Tout au bord de la Loire, à 1 kil. à l'ouest de Corsept, 
1885. - 1« Sem. 2 



— 18 — 

on voit au delà du village du Paquiand différentes mai- 
sons d'habitation et un jardin clus de murs dépendant d'un 
moulin abandonné que Ton nomme le moulin Péret. 
En ouvrant la petite porte qui donne dans ce jardin, je me 
trouvai en face des ruines d'une grande allée couverte 
dont les belles pierres étaient en partie adossées aux murs 
de cet enclos. Les constructions nouvelles sont si bien jux- 
taposées sur ce vieux monument qu'une grande pierre 
debout, sorte de menhir précédant la galerie dolménique, 
est maintenant renfermée dans une étable. 

Le plan général du monument forme une équerre; une 
galerie composée de 3 énormes tables se dirige de l'est à 
l'ouest, tandis que la base orientée nord-sud affecte de 
moindres dimensions. 

La première allée est longue de 10 m. 07 sur une lar- 
geur de 2 m. 10 à 2 m. 20. En commençant par l'ouest 
nous trouvons : 1° Une table de 3 m. 30 sur 2 m. 25 et 35 c. 
d'épaisseur, 4 montants sont encore en place; celui qui 
forme le fond de la galerie a 2 m. 30 sur 1 m. 24 et 45 c. 
d'épaisseur; les deux autres, qui soutiennent l'angle sud- 
est de la table, mesurent 80 c. et 1 m. 45. La deuxième 
table est écartée de son support; elle a 2 m. 40 en longueur 
et largeur, sur 42 c. d'épaisseur; le support placé au sud 
mesure 1 m. 85; il est en granit. La truisième table vient 
s'appuyer sur la base de la seconde galerie. 

Cette deuxième allée, beaucoup plus étroite et plus basse 
que la première, mesure 1 m. 05 de largeur intérieure. 
5 supports sont alignés parallèlement soutenant 2 tables; 
le premier support au sud-ouest a 82 c. de haut sur 1 m. 25 
et 18 c. d'épaisseur ; celui qui lui fait face a 95 c. sur 1 m. et 
15 c. d'épaisseur; le second de la rangée de l'ouest a 1 m. 10 
sur 1 m. 24 et 20 c. d'épaisseur; son vis-à-vis, maintenant 
abattu, mesure 1 m. 05 sur 1 m. 45 et 30 c. d'épaisseur. Le 
dernier support de la rangée du fond al m. 24 de haut 
sur 2 m. 30 de large et 40 c; il formait l'angle externe du 



— 19 - 

monument et présentait la même largeur que le premier 
support qui lui fait face à l'autre bout de la galerie. 

Dans la galerie principale, les matériaux, très réguliers 
de forme, sont presque tous en grès; dans la seconde allée, 
ils sont en granit et en micaschiste. Le menhir enclavé 
dans l'étable est en grès et mesure 1 m. 75 de haut sur 
80 c. d'épaisseur; mais les murs le cachent en partie. Il est 
strié de rainures creusées dans le sens de la longueur. 

Au mois de septembre 1883, nous avons déblayé, avec 
l'aide du fermier, les parties de ce monument que les terres 
ne permettaient pas d'apercevoir. Dans ces fouilles, nous 
avons dégagé la chambre du fond à l'ouest, le dessous de 
la seconde table et une partie de la petite allée. Le rem- 
plissage se composait d'un terreau noir, léger et qui, selon 
toute apparence, avait remplacé le blocage ancien. Une 
poterie absolument semblable à certains vases des tumulus 
du Finistère se trouvait sous la table de la première allée. 
Malheureusement, nous n'en avons eu qu'un fragment. C'est 
le seul spécimen de ce genre que nous connaissions en 
Loire-Inférieure. Quelques autres débris de vases et des 
éclats de silex, tels furent les seuls résultats de ces fouilles; 
il est évident que ce beau dolmen avait été fouillé et sac- 
cagé autrefois. 

Pour arriver à ce monument, il faut, en sortant de 
Corsept, suivre la route de Saint-Brévin, puis prendre un 
chemin qui se trouve à 100 mètres de la borna 3, sur la 
main droite. 

& Menhir du Plessis (S» 1 »" J., N° 89). 

A 3 kil. 500 m. de Corsept, on trouve, sur la droite de la 
route qui conduit à Saint-Brévin, un petit chemin macada- 
misé qui passe devant les maisons de la ferme du Plessis. 
A 200 m. environ à l'est de la rencontre de ces deux routes, 
on aperçoit dans une pièce de terre un menhir piqué 
debout et tout entouré de blocs abattus. Sa hauteur est de 
2 m. 40 sur 1 m. 35 et 65 à 70 c. d'épaisseur; il est en 



— 20 — 

granit. Les pierres qui l'entourent ne m'ont paru présenter 
aucune disposition particulière. 

La pièce de terre où se trouve ce menhir figure au 
cadastre sous lu n° 89 de la section J., dite le Car ter on 
des bois. 

| ] Dolmen des Pierres-Blanches . 

Le village de la Chaperonnaie est à 1 kil. 500 m. au 
sud-ouest de Corsept, un peu à droite de la route qui con- 
duit de ce bourg à Saint-Père-en-Retz. Dans un large 
chemin, devant les maisons de ce village, j'ai vu une table 
de pierre de 2 m. 50 de long sur 1 m. 55 et 40 à 45 c. d'é- 
paisseur (granit). M. Orieux l'indique comme table de dol- 
men renversé depuis quelque temps (1865). 

& Menhir. — En face de cette pierre, de l'autre côté 
du chemin, un menhir piqué debout mesure 1 m. 60 de 
haut sur 67 c. de large et 65 c. d'épaisseur; il est en granit 
feuilleté, ressemblant à du micaschiste. On nomme ces 
pierres les Pierres-Blanches. (Septembre 1883.) 

Pseudo-dolmen de la Mouraudière. 

« Ii existe en la commune de Corsept, près de la métairie 
de la Mouraudière, un dolmen ou table de pierre d'environ 
2 m. sur 1 m. de large. Cette table est supportée par 
quatre petites pierres placées à chacun des angles. » Je 
transcris respectueusement la note de Bizeulet je conserve 
à son dolmen la place qu'il lui a donnée, mais je n'ai abso- 
lument rien vu à la Mouraudière et aux environs comme 
monument dolménique. Les gens de l'endroit, même les 
plus anciens, n'ont souvenance d'aucune pierre pouvant se 
rapporter à la description qui précède. 

Malgré cela, j'ai une telle confiance dans les indications de 
Bizeulqueje cherchai à une autre localité portant presque le 
môme nom et située dans la commune voisine; mes investi- 
gations furent également infructueuses. Enfin, on m'indiqua 
une troisième Mouraudière à peu de distance au sud de la 
limite de Corsept. Là, plusieurs personnes me dirent avoir 



— 21 — 

vu sur une hauteur, dans la forêt de la Guerche, une grande 
pierre plate soutenue aux quatre coins par d'autres plus 
petites. La forêt de la Guerche couvre une assez grande 
étendue de terrain entre la Mouraudière et îe Bois-Joli; 
elle se compose de taillis très fourrés, enchevêtrés de 
ronces et d'épines noires. Mais cette considération ne 
pouvait nous arrêter au moment de retrouver le dolmen 
tant cherché. D'ailleurs, nous fûmes guidés dans nos 
recherches par un garçon de la ferme voisine qui, après 
nous avoir fait traverser une ou deux bauches, nous laissa 
devant une magnifique pierre calcaire supportée par des 
moellons. Ce dolmen n'était malheureusement qu'une 
simple pierre d'autel avec des caractères du XVI siècle, 
soutenue par quatre petits piliers. Comment se trouvait- 
elle là, abandonnée au milieu d'une forêt? Quelle était 
l'inscription gravée sur ses bords? Ma déconvenue était si 
forte que je ne pris point la peine de le savoir. 

J\, Menhir de la Pierre-Bonde. — Section C, dite des 
Guérets, N° 338. 

Un petit cours d'eau qui descend à la Loire auprès do 
Corsept, forme la séparation entre cette commune et celle 
de Saint -Père-en-Retz. Il s'élargit à une demi-lieue au 
dessous du bourg de Corsept et recouvre, pendant l'hiver, 
une plaine marécageuse, sillonnée de canaux et de douves. 
On voit alors se détacher sur cette masse d'eau le menhir 
de la Pierre-Bonde, qui s'élève à plus de 2 m. 70 au-dessus 
du sol, mais que les eaux recouvrent jusqu'à la hauteur 
d'un demi-mètre environ. 11 est en granit à gros grains et 
sa base est fortement délitée par les bains prolongés que 
l'hiver lui fait subir. Sa forme est assez régulière, mais il 
penche un peu vers l'ouest. 11 mesure 1 m. 45 sur 1 m. 30. 

Pour trouver ce menhir, il faut suivre la rive occiden- 
tale du marais jusqu'en face d'une propriété entourée de 
vieux murs. Le nom de cette terre et du marais en question 
est orthographié ou plutôt estropié de trois façons diffé- 



— 22 — 

rentes. Le cadastre l'écrit Marage d'eau, l'état -major, 
Marchedrau, et la carte de ïollenare, marais Gedeau. 
Quoi qu'il en soit, les gens du pays prononcent Maraichedeau 
et connaissent fort bien le menhir qui nous occupe. Un 
paysan qui travaillait dans un champ près de là me conta 
la légende que voici: Lorsque Gargantua construisait la 
Rochette (cromlech composé d'un grand nombre de blocs 
de grès et que nous retrouverons en Saint-Père-en-Retz), il 
revenait un soir portant une grosse pierre sur son épaule, 
lorsqu'il trouva devant lui le ruisseau; il voulut le sauter 
d'une enjambée; mais, dans le temps qu'il était en l'air, la 
pierre lui échappa et se piqua tout debout dans la rivière, 
dont elle arrêta le cours; peu à peu les eaux grossirent et 
formèrent le marais que l'on voit maintenant. C'est pour- 
quoi on nomme cette roche la Pierre-Bonde. 

Au pied de ce menhir, j'ai aperçu une large pierre plate, 
un peu soulevée de terre et ressemblant assez à une table 
de dolmen. Sa largeur est de 1 m. 75, elle a 1 m. 30 de large 
et 45 c. d'épaisseur. (Septembre 1883.) 

r~l Dolmen de l'Aubinais. S tion E., N° 100. 

En continuant de s'avancer vers le sud, à une lieue de 
Corsept sur la route de Saint-Père-en-Retz, on trouve à 
gauche la maison de campagne de l'Aubinais et à droite le 
village de la Ganterie. De ce même côté et très près du 
bord de la route, le sommet d'une petite côte a été entamé 
pour extraire de la pierre. Cette malencontreuse carrière 
est venue saper un des plus beaux dolmens de notre con- 
trée. La gigantesque table à demi renversée sur le bord 
de cette cavité mesure près de 5 m. sur 3 m. 10 et 1 m. 15 
d'épaisseur; sa forme n'est pas régulière et se rapproche 
un peu du losange; elle est encore soutenue à l'ouest par 
un montant de 1 m. 46 de haut sur 1 m. 40 de large et 
20 c. d'épaisseur. Ces pierres sont en grès. 

Tel que je l'ai vu (juillet 1883), le dolmen de l'Aubinais 
ne peut donner qu'une faible idée de ce qu'il était autre- 



— 23- 

fois. — En 1865, il possédait encore deux de ses supports 
piqués debout (notes de M. Orieux). En 1858, il était soutenu 
par 4 pierres (voir les notes de M. Verger). 

Jusqu'ici les mégalithes que nous avons indiqués nous 
ont fait suivre la direction nord-sud; arrivés à l'Aubinais, 
nous prendrons une direction opposée, en nous dirigeant 
vers l'ouest. 

A Menhir des Bétonnières. S on D.,N 0S 497-98. 

A moins d'un kilomètre de l'Aubinais se trouve le village 
de la Mégerie; un petit ravin coupe, à 2 ou 300 m. à l'est 
du village, le bord d'une pièce de terre nommée le carteron 
des Devonnières; le long de la haie de ce champ, au-dessus 
du vallon, j'ai vu un menhir très trapu et très carré ; il est 
en granit et mesure 1 m. 60 sur 1 m. 20 et 1 m. 10 d'épais- 
seur. 

^ Menhir de la Pierre-Levée. S on D., N° 451. 

Un peu à l'ouet du village de la Mégerie, à 100 m. 
avant d'arriver à une petite route neuve qui va de Corsept 
• à Saint-Michel, on aperçoit un très beau menhir piqué sur 
le bord d'un champ; sa hauteur est de 3 m. 78, il mesure 
3 m. 44 de large à la base et 55 c. dans le sens de l'épais- 
seur; il est en grès, et de profondes nervures ont entamé 
le côté qui regarde le nord. 

La forme de ce menhir est particulière; très large à la 
base, il se rétrécit subitement vers le haut et son épaisseur 
est disproportionnée avec sa hauteur; je connais trois 
menhirs affectant les mêmes proportions: celui-ci, le grand 
menhir des Pierres-Boivres et le menhir de la Groterie. 
Tous les trois sont de très grande taille, orientés de la 
même façon, c'est-à-dire présentant les côtés les plus larges 
à l'est et à l'ouest. Enfin ces trois menhirs triangulaires 
sont disposés de façon à former les trois sommets d'un 
triangle presque équilatéral, de 2 lieues de côté. Pour 
compléter cette trilogie, ajoutons que, près de la deuxième 
pierre Boivre, existent encore 2 menhirs formant un petit 



— 24 — 

triangle équilatéral tout près du moulin de la Croterie, 
deux menhirs maintenant couchés à terre; enfin, près de 
la Pierre- Levée, le menhir des Landreaux (*) cité plus loin 
et le menhir des Devonnières. Cette disposition singu- 
lière avait sans doute un sens religieux. 

Dans l'arrondissement de Saint-Nazaire j'ai signalé éga- 
lement, en la commune de Besné, un triangle formé par 
trois menhirs et connu sous le nom de trépied du Diable. 

Cromlech de la Bigotais. S on N., N° 115. 

A deux kilomètres à l'ouest du village de la Mégerie, où 
nous a conduit le menhir que nous venons de décrire, on 
trouve le gros village de la Simonais; puis, de l'autre 
côté d'un petit vallon, la ferme de la Basse-Bigotais. Un 
peu au sud- est de cette ferme, dans la deuxième pièce au 
midi du chemin qui passe devant les maisons de la Bigotais, 
j'ai vu un monument bizarre que je ne puis désigner que 
sous le nom de cromlech, bien qu'il ne réponde pas pxacte- 
ment à la définition habituelle de ces mégalithes. Sur une 
butte rocheuse, quinze blocs de pierre sont disséminés de 
de la façon suivante: Une pierre piquée debout est entou- 
rée de 6 blocs à demi enfoncés en terre, dont la face la 
plus large est tournée vers le menhir central ; ils dessinent 
un cercle de 10 m. de diamètre; 5 autres blocs forment 
une sorte de quadrilatère dans le prolongement du premier 
cercle. 

La pierre debout mesure 1 m. 20 sur 95 c. de large; elle 
est étayée d'une pierre carrée; un bloc de 1 m. 75 de large, 
ressemblant à un support de dolmen, est enfoncé en terre 
devant l'ouverture du cercle. 



( 4 ) Un peu au sud des deux meDhirs de la Mégerie, sur la limite de la 
commune de Saint-Père-en-Retz (voir cette commune), se trouve un menhir 
abattu, au nord du village des Landreaux. 



— 25 — 

Toutes ces pierres dépassent le sol de 40 à 50 c. en 
moyenne; elles sont en granit. 

Des fouilles, en déblayant ces roches, permettraient de 
se rendre mieux compte de la forme primitive du monu- 
ment qui, du reste, a été bouleversé (juillet 1883). 

Pierre du Quarteron des Bougons. 

Une large table de dolmen, mesurant 3 m. 05 sur 1 m. 70 
et 50 c. d'épaisseur, se trouve dans une pièce buttée, au- 
dessus de la ferme de la Bigotais, dans le Quarteron de 
Bougon. Elle est appuyée sur un autre bloc abattu 
(juin 1883). 

T~] Dolmen du Pont-Sorbé. 

De là, en remontant à 400 m. au nord-est, on trouve une 
vaste gagnerie qui se termine à un petit ravin, où sont 
cachées les maisons du Pont-de-Pierre. Au-dessus de ce 
ravin, j'ai vu les ruines d'un tumulus avec une cella dol- 
ménique en partie détruite. Elle mesure, à l'intérieur, 3 m. 
de long du nord au sud, sur 1 m. 90 de large. Six supports 
en forment les parois, et une large table est appuyée sur 
la pierre du fond. 

La base du tumulus qui recouvrait cette crypte est encore 
visible; elle mesure 34 m. de tour sur une hauteur de 
1 m. 40 environ. Près de là, une sorte de butte pierreuse, 
sur laquelle nous avons trouvé quelques silex. 

5 a Nous avons trouvé en Corsept: 1° à Fessais, une 
hache en aphanite de 13 c. 5 de long; 2° près de Bois- 
Loup, une hache en diorite de 13 c.;M. P. du Boischevalier 
a également trouvé trois haches en pierre polie, sur le ter- 
ritoire de cette commune : deux sont en diorite, la troisième 
en eurite. 



— 26 — 



Période romaine. 



On a voulu retrouver à Corsept (') l'ancien Portus Sicor 
des géographes; il est vrai qu'on Ta retrouvé également à 
Rezay, à Saint- Père-en-Retz et vers Beauvoir: ce sont là 
des sujets de contestations scientifiques qui dureront 
autant que les textes de Ptolémée et de Marcian d'Héraclée. 

Lieux dits: les Masses -Vertes, la Roche-Blanche, le 
Carteron du Tertre, les Pierres, le Tertre, la Grée, la 
Chaussée. 

FRESNAY 

□ A la Briancière, à trois kilomètres au nord-nord-est 
du bourg de Fresnay, «dans le champ des Cordeliers, se 
trouve une enceinte fortifiée de retranchements et de 
douves, au milieu de laquelle est bâti le logis du fermier»: 
renseignement fourni par M. le docteur Aubinais, Provinces 
de l'Ouest, 1857, p. 605. 

Lieux dits: la Motte au Rou, la Jarrie, le Brulay. 



FROSSAY 

J\, Menhir du Puits. 

Les maisons de la Mégerie sont à deux kilomètres et 
demi au sud du bourg de Frossay, sur la droite de la route 
qui conduit à Vue. Le menhir du Puits, près de la Mégerie, 
a été indiqué dans la Revue des Provinces de l'Ouest, 



(*) Corsept, Corpus septimum. st-ptième paroisse fondée sous le vocable 
de Saint-Martin; ceci est de M. Maiteville. 



— 27 — 

p. 489, tome IV. Sa longueur est de 2 m. 70. — Il est à 
remarquer que deux des menhirs de Gorsept sont également 
placés près d'un hameau portant ce nom de Mégerie. 

A Menhir de Sainte- Marie. 

Mon excellent collègue et ami, M. X. de la Touche, me 
communique les indications suivantes sur un menhir qu'il 
a vu en cette commune. « A 1.500 mètres à l'est de Frossay, 
entre la Voirie et le Bois-Péan, se trouve un menhir de 
2 m. 60 de haut; sa largeur est de près d'un mètre, et son 
épaisseur de 70 c. Il est sur le bord d'un clos de vigne, au 
bas d'une butte surmontée d'un moulin, à peu de distance 
d'une ferme qui porte le nom de ferme de Sainte-Marie. 
Orientation est, ouest parallèle à la Loire. 

A Une hache en fibrolithe blanche semée de grains 
verts a été trouvée en Frossay. (Exposition archéologique 
de Nantes, catalogue de 1872.) 



Période gallo-romaine 

f i Un cimetière gallo-romain a été exploré en 1857 
par M. B in Fillon; il y découvrit des urnes et divers objets 
funéraires. Le terrain occupé par ce cimetière appartenait 
à M. de Gharette. 

Lieux dits: la Roche, la Masse, les Gats, les Ferrières. 



LA MONTAGNE 



?Z± Un tumulus est signalé en cette commune, dans 
l'annuaire général de la Loire-Inférieure. (1884, p. 548.) 
Renseignement à vérifier. 



— 28 — 



LES MOUTIERS 



Période celtique. 



& Menhir des Moulins de Vrigny. 

Le chemin qui conduit des Moustiers au village de 
Prigny vient traverser la route de Bourgneuf à Pornic; à 
une centaine de mètres au nord du point d'intersection de 
ces deux routes, on prend à droite un petit chemin qui 
remonte vers les moulins de Prigny. Dans un grand clos 
de vigne, incliné vers l'est, se trouve une pierre piquée 
debout dont la hauteur est de 1 m. 75, et la largeur de 70 
à 75 c; elle est en roche schisteuse et fort mince sur les 
côtés. J'ai visité ce menhir en juin 1885. 

La Bulte de Prigny. 

La butte de Prigny a été désignée à tort sous le nom de 
tumulus (') et cette classification erronée a été plusieurs 
fois reproduite. En réalité cette ancienne défense est for- 
mée d'un cône rocheux qui se dresse à l'extrémité d'un 
vallon, au-dessus des bas-fonds de Bourgneuf maintenant 
abandonnés par la mer( 2 ). De larges douves creusées dans 
la roche le séparent du coteau. Sa hauteur est de près de 
20 mètres et il servait de base à un donjon actuellement 
détruit. Les côtés de cette butte sont régulièrement arron- 
dis et le sommet, nivelé et abaissé de plusieurs mètres, est 
maintenant en culture. 

Dans une excursion que je fis à Prigny avec M. H. du 



(*) Lycée Armoricain, première année, p. 23. 

(') J'ai vu une ancre de très grande Lille, trouvée dans les terres près de 
Prigny, et dont la tige sert de pilier à un hangar. 



— 29 — 

Bois de la Patelière, on nous montra, à l'ouest de la cha- 
pelle, une cavité creusée dans le roc et qualifiée du nom 
de souterrain. La route et des constructions récentes ont 
fait disparaître la plus grande partie de ce conduit. 

Période gallo-romaine. 

A 1.500 mètres au nord-est des Moutiers, sur les con- 
fins de la commune du Clion, j'ai vu près de la ferme 
de la Rairie une pièce de terre désignée sous le nom 
de cimetière et une autre, tout auprès, appelée la Mala- 
drerie. M. le D r Aubinais avait trouvé sur ce point de nom- 
breuses briques à rebords et quelques substructions. Malgré 
nos recherches dans ces pièces, nous n'avons pu découvrir 
le moindre débris gallo-romain. 



PAIMBŒUF 

Paimboeuf est situé sur une île laissée à sec par l'accrois- 
sement des alluvions ; les grandes prairies plates qui l'en- 
tourent ont été formées pou à peu par les vases que la 
Loire rejette vers son embouchure. 

Le territoire de la commune est fort petit, et ne s'étend 
guère au delà des limites de la ville. 

j\^ Menhir de la Pierre-Pointue. 

Pour trouver ce menhir, on peut suivre, de l'autre côté de 
la gare de Paimboeuf, les palissades du chemin de fer, en s'é- 
cartant de la ville ; puis, au bout de quelques cents mètres, 
tourner à l'est par un petit sentier qui tombe sur la ren- 
contre de deux chemins. Le menhir est là, dans le premier 
champ du sud. 

Sa hauteur est de 2 m. 07, sa largeur de 1 m. 60; il est 
épais d'environ 50 c. Il m'a semblé être en granit. 

2 o Deux monnaies gauloises ont été trouvées près de 



& 



— 30 -, 

Paimbœuf.La première, un quart de statère en or, présente, 
au droit, une tête d'Apollon; au revers, un bige avec l'au- 
riga. 

La seconde, un statère d'or, a, au droit, la tète d'Apollon 
ornée de cordons perlés et tournée à gauche ; au revers, 
un coursier androcéphale, à crinière hérissée. 



LE PELLERIN 

Je ne connais aucun monument primitif, aucune trou- 
vaille d'objets anciens sur le territoire de cette commune 
que je n'ai, du reste, explorée qu'en partie. 



LA PLAINE 

Cette grande et monotone commune est fort pauvre en 
mégalithes, malgré la longue ceinture de falaises qui l'en- 
toure; il semble que la ligne de dolmens et de menhirs qui 
suit le littoral vienne ici couper cette large pointe sans 
contourner le bord de la mer. Les clôtures des champs et 
les routes nouvelles ont bien pu dévorer quelques blocs 
intéressants; mais, cependant, la partie méridionale de la 
côte, entre Port-Men et le Port aux Goths, est restée fort 
sauvage; des landes couvrent le versant au-dessus la mer, 
et le haut de la falaise est à peine enrubanné de ces petits 
sentiers que battent nuit et jour les pa^ monotones du 
gabelou. C'eût été pourtant là un excellent refuge pour nos 
vieux granits, et je ne m'explique guère la cause de cet 
abandon. 

Quoi qu'il en soit, voici le résultat de mes recherches 
dans ces paragos. 

[ 1 Tumulus de la Vallée. 

En suivant la côte du Cormier, à 1.500 mètres de ce vil- 



— 31 — 

lage, on aperçoit une butte de terre sur laquelle est couchée 
une large pierre de grès. Elle est située à 80 mètres au 
sud-est d'un-*, petite cabane de garde-côte, sur la hauteur, 
à l'ouest de la Vallée. 

Au mois d'août 1883, nous avons fouillé, avec l'aide de 
notre bon collègue M. Xavier de la Touche, le centre de 
ce tumulus. Il est composé de pierres de médiocre grosseur 
et posées sans ordre; sa forme est une ellipse dont le grand 
diamètre est de 11 mètres et le petit de 6 mètres; sa hau- 
teur est de 1 m. 90 c. 

A l'intérieur se trouvaient de nombreux fragments de 
charbon, des débris de poteries et quelques éclats de silex. 
Il est évident que cette sépulture avait été violée; la table 
de recouvrement était hors de place. Le fermier qui nous 
prêtait main-forte dans nos recherches ne se souvenait 
aucunement de l'époque où ce bouleversement avait eu 
lieu. 

La longueur de la table est de 2 m. 02, sa largeur 1 m. 47. 
Elle est épaisse d'environ 25 à 30 c. 
( i Dolmen de Quirouard. 

En remontant de la source vers Quirouard, on trouve, 
à l'entrée de ce village, un chemin qui se dirige à gauche 
vers Préfailles. A deux cents m* très environ sur la droite 
de ce chemin, au et nord à peu de distance des premières 
maisons, j'ai vu, à l'angle d'un champ, les restes d'un 
tumulus et les débris d'un dolmen. Les terres et les pier- 
railles du tumulus couvrent un espace circulaire de 30 m. 
environ. Une belle pierre plate, table ou support abattu, 
est couchée à l'est et mesure 1 m. 85 sur 95 c. et 45 c. 
d'épaisseur : elle est en quartz et très régulière de forme. 
Deux autres blocs sont enfouis près d'elle. 

Il y a une quarantaine d'années, ce monument se com- 
posait encore d'une large table en quartz, supportée d'un 
côté par deux montants piqués en terre et hauts d'un 
mètre; l'autre bout de la salie reposait sur le sol. 



— 32 — 

Cromlech {détruit) de Peremeleu. 

Un cromlech composé de 5 grosses pierres de quartz 
blanc et de plusieurs blocs de moindres dimensions, existait, 
il y a peu d'années, à 300 mètres au sud-^st t'es maisons 
de Quirouard. Ces pierres formaient un cercle dont la par- 
tie interne était remplie par un amoncellement de terre 
et de cailloux. En 1877, sur l'avis d'un archéologue de pas- 
sage à Prélailles, M. Houary, propriétaire du terrain où se 
trouvait ce cromlech, ouvrit une tranchée dans l'intérieur 
du cercle, fouilla jusqu'à la base des pierres et ne trouva 
rien. Les blocs ainsi déblayés lui parurent bons à enlever, 
et maintenant des ceps de vigne ont remplacé le cromlech; 
il ne reste plus qu'un des blocs, rejeté à l'intérieur du 
fossé. Cette pièce se nomme le Champ des Cailloux. (Mai 
1885.) 

La Pierre de la Plaine, menhir. 

J\^ d. Un menhir de quartz blanc, dont le poids était 
évalué à plus de 6.000 kilog., se trouvait jadis sur la droite 
du chemin qui conduit de la Plaine au Bernier, à 1 kilo- 
mètre du bourg, et tout sur le bord de la route. Ce fâcheux 
voisinage a causé sa perte et, depuis une vingtaine d'années, 
notre beau mégalithe est réduit en macadam. 

J\, Le Caillou d'Archer, menhir. 

A 200 mètres à l'est du moulin de Mazure, j'ai vu dans 
un carrefour, au milieu d'une grande Champagne, un menhir 
abattu de 1 m. 55 de long sur 1 mètre de large et 40 c. 
d'épaisseur. Cette pierre, qui est en quartz blanc, est bien 
connue sous le nom de Caillou d'Archer ; elle était encore 
debout il y a environ quinze ans. 

[ | d. Dolmen du Moulin de la Guerche. 

M. Verger, qui a exploré cette contrée il y a bientôt 
quarante ans, avait remarqué les restes d'un dolmen près 
du moulin de la Guerche. Il n'existe plus maintenant, en 
cet endroit, que deux gros cailloux blancs placés près du 
cerne du moulin. 



- 33 - 

D En suivant la côte, entre Port-men et Quirouard, 
j'ai vu un large talus coupant la base d'un petit promon- 
toire formé par une saillie de la falaise. La hauteur de ce 
talus est de près de deux mètres; il est précédé d'un val- 
lum très effacé du côté de terre. 

Cette minuscule défense, que la mer a détruite en grande 
partie, rappelle un peu ces lingiilœ dont parle César. Quoi 
qu'il en soit, la côte porte en cet endroit le nom de Port- 
aux-Goths. 

Il y a bien aussi, près de Préfaille, en allant vers la 
pointe Saint-Gildas, une défense circulaire de 25 mètres 
environ de diamètre, entourée d'un large fossé que domi- 
minent des talus de 2 m. 50 à 3 m. de haut ; mais je crois 
que ce petit fortin, muraille à l'intérieur, est de date assez 
récente; on le nomme château des Huttes. 

Les silex sont abondants sur toute la côte sud de la 
Plaine; quelques-uns sont éclatés de façon à ressembler à 
certains outils préhistoriques, mais on en trouve assez peu 
ayant un caractère archéologique bien tranché. 

A Une petite hache en diorite, longue de 7 c, trouvée 
près du village de la Musse. (Georges de Lisle.) 

PORNIG 

Les dolmens des environs de Pornic sont si nombreux, 
que, pour éviter toute confusion, nous les classerons ici en 
trois groupes: les tumulus du moulin de la Motte, les dol- 
mens de Gourmalon, et enfin, ceux du bord de la côte entre 
la Josselière et le village de la Rogère, dans la commune 
du Clion. 

Le premier groupe, à peu de distance et à l'ouest de la 
ville, se compose de 3 tumulus et de 8 galeries dolmé- 
niques. 

Le deuxième groupe, de l'autre côté du port, sur le ter- 
1885. , - 1er Sem, 3 



— 34 — 

ritoire de Gourmaloa, compte 5 galeries dolméniques et 
1 menhir. 

Le troisième s'étend sur la commune du Clion, depuis 
la Josselière jusqu'au ruisseau qui sert de limite à la 
Bernerie; il compte 4 allées couvertes, 3 débris de dolmen 
de forme indéterminée et un menhir brisé. 

Nous passerons successivement en revue chacun de ces 
groupes, décrivant avec le plus de soin possible les dimen- 
sions et la forme de chaque galerie. Je sais très bien que 
ces descriptions monotones, ces mesures de longueur, de 
hauteur et largeur sont parfaitement ennuyeuses ; je le 
sais d'autant mieux que j'ai pris la peine de les relever et 
de les transcrire. J'ai persisté ceppndant, bien que l'ennui 
soit chose mortelle, et voici pourquoi je l'ai fait. Plus tard, 
nos descendants eu sauront plus long que nous, je l'espère 
bien; ils pourront classer les mégalithes, leur trouver des 
styles et les répartir en différentes époques, suivant leur 
mode de construction. Mais, alors, il ne leur restera plus 
guère de dolmens pour exercer leur savoir. Il est donc 
bon de conserver par des descriptions exactes, complétées 
par des plans et des dessins, ces monuments que nous 
avons encore sous les yeux et qui, pour la plupart, n'ont 
que bien peu de temps à vivre. 

Ainsi, jusqu'à ce que l'étude des mégalithes ait fait de 
sérieux progrès, j'engage charitablement mes collègues à 
passer ces longues descriptions. 

Dans leur ensemble, les galeries dolméniques du pays 
Pornicais présentent de grandes variétés. Une des formes 
les plus remarquables du plan de ces galeries est la double 
croix ou croix de Lorraine à tête tronquée ; elle est assez 
particulière à nos dolmens de la Loire-Inférieure. Il y en 
a cinq ou six de ce genre parmi ceux que nous allons 
passer en revue. D'autres ont simplement un caveau carré 
précédé d'une allée couverte; quelquefois, le caveau est 
placé en équerre au bout de la galerie. Enfin, des monu- 



- 35 — 

ments plus simples présentent une seule allée élargie vers 
le bout; cet évas^ment remplaçait la crypte terminale. 

Il est à remarquer que les cryptes des environs de Pornic 
sont rarement construites sur un plan circulaire, forme dont 
nous voyons cependant d'assez nombreux exemples de 
l'autre côté de la Loire et surtout dans le Morbihan. 

Les procédés de construction présentent aussi de notables 
différences: tantôt les pierres servant de couverture sont 
posées à plat sur les montants, de façon à donner à la 
galerie une section rectangulaire; tantôt elles sont placées 
en encorbellement sur l'extrémité d'autres tables; ou bien, 
comme dans les tumulus des trois squelettes, de véritables 
murs en pierres sèches exhaussent les supports et se cour- 
bent en demi-voûte pour soutenir la table. Ce procédé 
permettait de dresser des dolmens avec des pierres de 
médiocre grandeur. C'était évidemment là un grand pro- 
grès. Nos constructeurs de dolmens avaient commencé par 
bâtir leurs caveaux avec des murs et des plafouds d'une 
seule pièce; plus tard, on trouva plus commode de les 
élever morceaux par morceaux, ce qui simplifiait éton- 
namment le transport des matériaux. 

Voici, je crois, comment ce progrès est arrivé. Quelque- 
fois, lorsque 1 un des bouts des supports se trouvait trop 
bas, on mettait à cette place une pierre servant de cale et 
empêchant la table de basculer. Dans certains dolmens, où 
un montant tout entier est au-dessous de la ligne du pla- 
fond soit par suite d'un tassement au moment de le mater, 
soit par la difficulté de trouver deux pierres bien pareilles, 
ce montant est surélevé dans toute sa largeur par une 
rangée de petits moellons. Dès lors, on s'aperçut qu'il 
était aussi facile de faire pour les trois côtés de la crypte 
ce que l'on avait fait accidentellement pour un, et l'ère 
des murailles en pierres sèches s'ouvrit pour nos caveaux. 
Après avoir ainsi marchandé au défunt la hauteur des 
murs de son tombeau, on gagna sur la grandeur des tables; 



- 36 — 

les moellons furent posés horizontalement, les uns dépas- 
sant les autres, de façon à ven.r soutenir une pierre de 
recouvrement beaucoup pins étroite que la crypte. Dans 
certains tumulus, la chambre intérieure est même entiè- 
rement faite avec des moellons. 

Il est bien sur que les dolmens de cette dernière caté- 
gorie sont plu3 récents que les autres, j} n'en veux pour 
preuve que cet axiome bien connu: « L'esprit humain 
marche toujours du simple au composé, » et aussi la re- 
marque suivante: les galeries dolméniques, composées en 
partie de petits matériaux employés d'une façon plus sa- 
vante, contiennent toujours les plus belles armes et les 
plus belles poteries. Les magnifiques objets trouvés à 
Tumiac,au Mané-er Hérocgh, et au tumulus des 3 squelettes, 
dans des caveaux de ce genre, en sont des preuves irréfu- 
tables. 

Les mégalithes Pornicais sont presque tous des grès 
quartzeux ou quartzite, roche que l'on trouve par blocs de 
grandes dimensions, agglomérés sur beaucoup de points 
du pays de Relz. Malgré cela, on a voulu lég^nder sur le 
transport de nos pierres dolméniques; un esprit plus aven- 
tureux que les autres les a même fait venir de l'île de 
Noirmoutier. Cette explication me semble aussi difficile à 
admettre que celle que nous donnait certain bonhomme, en 
montrant un menhir piqué dans son champ. « Bien sûr, 
disait-il, vous ne trouverez point de pierres pareilles dans 
le pays, car celle-ci est tombée du ciel. » Les autres maté- 
riaux employés sont des grès ferrugineux et des quartz, 
roches que l'on trouve aisément aux alentours. 

Il est bon de remarquer que lorsque, dans les matériaux 
d'un dolmen, il se présente des pierres de na'ure différente, 
comme des quartz et des grès, on avait soin de mettre l'un 
vis-à-vis de l'autre les blocs pareils. Dans plusieurs gale- 
ries des tumulus de la Motte, nous voyons, parmi des ran- 
gées de supports en grès, des blocs de quartz se faisant 



— 37 - 

pendant: au caveau des trois squelettes, l'entrée est ainsi 
formée de trois blocs de quartz, doux <ie chaque côté sup- 
portant un linteau également en quartz blanc. 

Avant de passer outre, disons que les dolmens de Pornic 
ont été merveilleusement fouillés par M. le baron de 
Wismes. J'ai ru, à deux années différentes, l'avantage de 
suivre ses travaux, et j'ai admiré avec quelles [.récautions 
l'infatigable explorateur ménageait la solidité de ces ruines. 
Parfois, il abandonnait certains angles pleins de promesses, 
pour ne pas enlever un appui à la base des montants. Sur 
plusieurs points, où il m'avait montré des amas de blocs 
enchevêtrés de ronces et des vestiges impossibles à classer, 
je retrouvais, l'année suivante, des galeries, des caveaux 
incomplets sans doute, mais ayant pris, grâce à des amé- 
nagements bien dirigés, un aspect fort satisfaisant, du 
moins aux yeux d'un amateur. 

Enfin, les beaux objets qu'il recueillit dans ses fouilles 
et dont plusieurs sont d'une rareté hors ligne, furent don- 
nés par lui au Musée de Nantes, et une notice très détaillée 
fit connaître toutes les péripéties de ses heureuses recher- 
ches. 

1 er GROUPE : LES TUMULUS DE LA MOTTE 

Un vieux chemin traverse le fond de la vallée du jardin 
de Retz et conduit directement de Pornic au moulin de la 
Motte. Là, sur une élévation qui domine au loin la mer et la 
campagne, se trouvent trois larges monticules dressés de 
mains d'hommes et qui se font suite dans la direction de 
l'est à l'ouest, en décrivant un angle très ouvert vers le sud. 

Dolmsns du tumulus des Mou&seaux, n° cadastral G08 de 
la section C. 

Le premier de ces tumulus, dans la direction de l'ouest, 
occupe le centre d'une sorte de carrefour sur la lisière 
d'un chemin qui sert de limite à la commune de Pornic. Il 
est de forme circulaire et mesure environ 15 m. de diamètre 



— 38 — 

vers la base; les bords sont presque droits, flanqués à 
l'ouest et au nord de petits murs construits en pierres 
sèches et que je crois de l'époque du monument; ils étaient 
destinés à soutenir les terres du tumulus. Le sommet de 
la butte est aplani et laisse voir les pierres colossales 
dont les galeries sont couvertes. 

Première galerie dolménique (sud). 

A l'entrée, un couloir de 4 m. 20 de long est bordé de 
six pierres, trois de chaque côté ; leur largeur, en partant 
de l'ouverture (rangée sud), est de 90 c, 1 m. 20 et 1 m. 05. 
Hauteur 1 m. 60. 

Au bout de ce couloir, le monument s'élargit en forme 
de transept ; le caveau du côté nord, le mieux conservé, 
est formé de trois énormes pierres surmontées de moel- 
lons qui soutiennent la table; il mesure 1 m. 45 de large 
et 1 m. 90 de haut. 11 est presque carré, comme celui qui 
lui fait face. Celui-ci est composé de 4 pierres, deux (dont 
l'une est abattue) sur la paroi de l'est, une au fond et une 
à l'ouest. 

Les angles de ce transept sont cantonnés de hautes 
pierres dressées comme des piliers au point de jonction du 
second couloir. La hauteur sous voûte est en cet endroit 
de 2 m. 30. Ce couloir, long de 1 m. 90 sur 70 c. de large, 
n'est pas tout à fait dans l'axe de la galerie d'entrée ; il 
vient déboucher dans la crypte du fond, qui est rectangu- 
laire et dont la largeur nord-sud est de 3 m. 40 sur 1 m. 90 
de profondeur. 

La paroi du fond est faite de trois pierres ; quatre autres 
(2 de chaque côté) sont placées en ôquerre et rejoignent 
la galerie. 

Les matériaux employés sont de grandes dimensions; 
d'autres blocs, cachés dans l'épaisseur du tumulus, ve- 
naient étayer les côtés de la crypte et empêcher les mon- 
tants de s'écarter sous la pression des pierres formant la 
voûte. 



— 39 

Le plan général du monument est une croix latine ter- 
minée en tête par un caveau rectangulaire ; sa longueur 
totale est de 10 m. 40, et encore la première travée a 
été détruite. 

Deuxième galerie dolrnénique (côté du nord). 

La seconde allée couverte, parallèle à la première, pré- 
sente une disposition presque analogue, mais elle n'a de 
croisillon au sud ni à la crypte, ni au transept ; cela 
tient au rapprochement des deux galeries qui ne per- 
mettait point à la seconde de se développer du côté du 
midi. Ce fait prouve, à mon avis, d'une façon certaine, que 
la galerie du côté nord a été construite après l'autre, sans 
cela, il n'y aurait eu aucun mot:f pour déformer ainsi le 
plan de ce monument. 

Voici quelles sont ses dimensions. L'allée couverte qui 
forme l'entrée est flanquée de six montants ; elle est longue 
de 4 mètres et large de 1 m. 05 à l'ouverture; sa hauteur 
est de 1 m. 40. 

Arrivé devant la première crypte, on trouve une élé- 
vation de 2 m. 35 dans la partie où. les tables sont posées 
en encorbellement; cette crypte latérale, presque carrée, 
entourée de deux pierres de chaque côté, est fermée par un 
large montant; elle mesure 2 m. 50 en comprenant la lar- 
geur de la galerie et 1 m. 60 de l'est à l'ouest. 

L'allée se rétrécit de nouveau et présente les mêmes di- 
mensions que vers l'entrée, 1 m. 05 ; elle se continue ainsi 
sur une longueur de 1 m. 85 et vient aboutir à la cella du 
fond. 

Ce dernier caveau est rectangulaire et vient au nord 
élargir la galerie de 1 m. 50. Il mesure ainsi 2 m 55 N.-S. 
sur 2 m. 20 ; sa hauteur est de 1 m. 97. 

Une énorme pierre ferme le fond ; quatre autres com- 
plètent le pourtour du caveau : une au sud, deux au 
nord et la quatrième servant de paroi à l'est, entre la ga- 
lerie et le fond de la crypte. 



— 40 — 

Ainsi, depuis l'entrée jusqu'au fond, le côté sud offre une 
ligne droite de 9 m. 65, composée de 7 supports bien régu- 
liers, sauf vers le centre, où plusieurs pierres superposées 
font face à la petite crypte. 

Six tables, d'une étonnante grandeur, sont alignées sur ces 
montants et couvrent la galerie d'une extrémité à l'autre; 
une septième est placée sur la première crypte. La grande 
pierre qui recouvre le caveau du fond mesure 3 m. 70 sur 
2 m. 10 et 50 c. d'épaisseur. 

Grâce à l'heureuse initiative de M. Joseph Rousse, con- 
seiller général, ces belles galeries ont été cédées à la ville de 
Pornic, qui prendra sans doute les mesures nécessaires 
pour assurer leur conservation. 

Les deux allées couvertes que nous venons de décrire 
étaient remplies de terre jusqu'à la hauteur des voûtes, 
lorsqu'en 1840, M. Verger les fit déblayer. Il y trouva 
une grande quantité de poteries presque toutes brisées ou 
qui tombèrent en morceaux, faute de précautions pour les 
enlever de la terrehumide; quelques-unes étaient luisantes 
à la surface ; puis des ossements, des dents d'animaux, et 
une hache en silex de forme triangulaire. Une très jolie 
gouge en serpentine et une hache de môme roche déposées 
au Musée de Nantes (collection Parenteau) passent pour 
avoir été trouvées dans un de ces dolmens, mais je tiens 
cette assertion comme fort douteuse. 

Tumulus des Six-Dolmens. 

De l'autre côté de la butte qui supporte le moulin de la 
Motte, un tumulus d'environ 40 mètres de large sur 3 m. 
d'élévation domine le ravin qui descend vers Pornic. Ce 
tumulus a été merveilleusement exploré par M. le baron de 
Wismes, et le récit de ses fouilles, communiqué au Congrès 
de la Sorbonne, a eu un très légitime succès (187G). 

Les six galeries dolméniques découvertes par M. de 



— 41 — 

Wismos sons ce tumulus présentent une disposition bizarre, 
bien faite pour contrarier les partisans de l'orientation des 
dolmens. En effet, ces galeries sont tournées à peu près dans 
toutes les directions, l'une a l'entrée vers l'est, l'autre au 
nord, la troisième à l'ouest, et deux autres regardent le sud- 
ouest; elles présentent de plus des différences extrêmement 
tranchées dans le système employé pour leur construction. 

I. Première galerie dolménique. Caveau de la Croix 
[orienté à V ouest). 

Cette galerie, élargie transversalement en forme de 
croix, mesure 9 m. 50 de long et dans la partie transver- 
sale, 6 m. 30. On y entre par un couloir de 4 m. 30 sur 1 m. 10 
de large, bordé de 6 pierres, trois de chaque côté; les 2 
premières, qui forment l'ouverture, sont en quartz blanc; 
les deux autres se faisant face, en grès ferrugineux; enfin, 
les 2 dernières en grès de couleur grisâtre. J'ai vu plusieurs 
exemples de cette disposition parallèle des pierres de même 
nature dans les constructions dolméniques ; à Gavrinis, 
deux blocs de quartz, perdus dans les longues files de granits 
ornementés, se font pendants. 

Après cette galerie, le monument s'élargit soudain, ou- 
vrant à droite et à gauche sur deux caveaux rectangulaires. 
Celui du côté sud est le plus grand ; il mesure 3 m. de long 
sur 1 m. 45 de large et 1 m. 40 de haut; quatre grandes 
pierres et trois petites composent les parois. Le montant 
qui forme le côté est, est remarquable par les signes qui y 
sont gravés et dont M. de Wismes a donné la reproduction 
exacte au Musée de Nantes. Les plus caractérisés sont un 
signe en forme de croix et deux autres ressemblant à des 
crosses tournées en sens opposé. 

Les pierres dolméniques portant des signes gravés sont 
extrêmement rares dans notre département; on ne pourrait, 
je crois, citer en dehors de celle-ci que les pierres de 
Brandu, de Signac et du Meniscoul. (Voir arrondissement 
de Saint-Nazaire.) Quant au personnage entrevu sur la 



— 42 — 

pierre du dolmen de Port-Faisan, malgré la description 
donnée par le Bulletin des Sociétés Savantes de France, il 
faut le reléguer au nombre des mythes. 

Le caveau qui fait face est large de 1 m. 40 et profond 
de 2 m. 35 ; une large dalle forme le fond; une autre à 
l'ouest et deux à l'est complètent ses murs. Sa hauteur est 
de 1 m. 60. 

La crypte terminale est fort dégradée vers le fond; deux 
montants de chaque côté en forment les parois; un cin- 
quième, placé un peu de biais, est le seul qui reste au fond. 
Les dimensions de cette crypte sont: 3 m. 50 de long, sur 
1 m. 40 de large; hauteur 1 m. 90. 

Les tables qui couvraient ce monument ont été enlevées 
il y a une quinzaine d'années, sauf une longue pierre placée 
de travers sur la crypte. 

Fouilles. 

C'est par ce caveau que M. de Wismes commença, en 1875, 
ses intéressantes fouilles. 

L'intérieur de la galerie était rempli de terre et de pier- 
railles; lorsque ce blocage fut enlevé, M. de Wismes 
recueillit sur le sol de l'allée et des chambres : 

1° Un grand couteau en silex noir, longueur 15 c. 

2° Deux autres plus petits en silex jaune, 12 et 13 c, 

3° Des grattoirs et des éclats de silex. 

4° Une jolie hache en silex gris, très usée au tranchant. 

5° Une plaque de forme ovale en grès ferrugineux, 
percée d'un trou, longueur 7 c. 

6° Dhs poteries brisées en terre grossière et un frag- 
ment d'une poterie une en terre brune et luisante. 

Je note brièvement ces objets et ceux qui suivent; ils 
ont été donnés par M. de Wismes au Musée Archéologique 
de Nantes, et, pour plus de détails, on doit consulter la très 
consciencieuse notice où M. de Wismes a publié le résultat 



— 43 - 

de ses fouilles. (Voir bulletin de la Société Archéologique, 
1876.) 

II. Deuxième galerie dolménique. Caveau des 3 squelettes. 

Le plan de cette galerie est des plus simples: un caveau 
fermé au fond par une grande pierre plate se rétrécit pour 
déboucher dans une petite allée couverte. Le tracé linéaire 
d'une bouteille donne à peu près le contours intérieur du 
monument. 

L'entrée de la crypte est faite de deux blocs de quartz 
qui en soutiennent un troisième servant de linteau, posé 
de travers et fortement incliné vers l'est; le montant du 
côté sud, de tonne triangulaire, oblique vers l'ouverture 
de la crypte. 5 pierres de grès forment les trois côtés de la 
chambre, dont l'aire mesure 1 m. 70 sur 1 m. 50. Au-dessus 
de ces montants, des blocs de forme oblongue, placés en 
encorbellement les uns au-dessus des autres, servent à 
exhausser la table, disposition très curieuse et qui carac- 
térise, à mon avis, la seconde période des constructions dol- 
méniques. 

Le couloir qui précède la crypte est large de 1 m. 15 à 
l'ouverture; il est formé de quatre montants privés de leurs 
tables et mesure 2 m. 20. La longueur totale du monument 
est de 4 m. L'ouverture regarde le sud-sud-est. 

Fouilles. 

Découverte pendant les travaux dont nous venons de 
parler, cette chambre était masquée par un épais fouillis 
de ronces; aucun remplissage intérieur n'encombrait le 
caveau. M. de Wismes y trouva tout au fond les fragments 
de plusieurs squelettes; il y avait près d'une centaine d'os 
ou fragments d'os; ils ont été analysés par les docteurs 
Osmond Le Roy et Albert Malherbe, qui ont reconnu les 
restes de trois squelettes, l'un d'homme, l'autre de femme 
et le fragment d'un tibia d'enfant de cinq ans. 



— 44 - 

Il y avait en outre dans le même caveau : 

lo Un vase en forme de bombe avec deux dépressions 
près du bord; hauteur 11 c, dia nètre 17 c. 5. 

2° Un vase de même forme, en terre noire, hauteur 7 c, 
diamètre 12 c. 

3° Un très petit vase en forme de tulipe, très évasé à 
l'orifice; hauteur 7 c. 5 ; diamètre 6 c. 

4° Une petite poterie, très bien conservée, en terre jau- 
nâtre, arrondie au fond et légèremer t évasée vers les bords, 
hauteur 12 c. 1/2; grand diamètre 10 c. 5. 

5° Deux cailloux percés et un grattoir circulaire en silex 
jaune. (Voir bulletin de la Société Archéologique, 1876, 
p. 2G7.) 

111. Troisième galerie dolménique, en face du moulin, et 
parallèle au caveau des trois squelettes. 

Cette galerie, très voisine du caveau des trois squelettes, 
a la même orientation vers le sud-est, la même disposition 
et presque la même grandeur. Deux pierres de quartz blanc 
marquent aussi les deux côtés de rentrée de la crypte et sont 
tournées de façon à en rétrécir l'ouverture. Cette crypte est 
formée de trois montants et large de 1 m. 65 sur 2 m. 10 de 
long. Une table supportée par des assises de gros moellons 
couvre ce petit édifice, dont la hauteur intérieure est de 
1 m. 30. 

En avant des deux blocs de quartz, quatre montants pri- 
vés de leurs tables dessinent la galerie qui précède la crypte 
et dont la largeur est de 70 c. à l'extrémité sud-est; sa lon- 
gueur est de 2 m. 40. 

Fouilles. 

M. de Wismes découvrit dans ce caveau un grand vase 
dentelé sur les bords et orné d'un double raniz de petits 
trous de forme ovale. Cette curieuse poterie fut malheureu- 
sement brisée au moment où on l'enlevait de terre. — Puis 



- 45 — 

des fragments d'an vase semblable et d'autres poteries, 
également brisées; quelques éclats de silex et des osse- 
ments humains non incinérés. (Voir fouille dutumulus des 
trois squelettes, p. 221.) 

IV. Quatrième galerie dolménique. 

Du côté opposé à l'allée couverte dite de la Croix (que 
nous avons décrite en premier lieu), se trouvent plusieurs 
pierres placées très près de l'habitation du meunier. 
M. de Wismes y a reconnu les ruines d'une allée couverte, 
trop mutilée pour que nous puissions la décrire ici. Huit 
pierres de grès, abattues sur deux lignes presque paral- 
lèles, formaient ies seuls débris d'une galerie, détruite 
lors de la construction de la ferme. (Fouilles de sep- 
tembre 1877.) 

V. Cinquième galerie dolménique. Caveau du Chêne. 
Cette galerie est fort différente de celles que nous venons 

de décrire; elle se compose d'un couloir très court, de 
1 m. 10 de longueur, et formé de deux pierres; puis d'une 
crypte ovoïde jalonnée par des piliers étroits, et enfin d'une 
table de 2 m. 56 de long, exhaussée par des moellons. La 
hauteur de la crypte est de 1 m. à l'entrée, 1 m. 35 vers 
le fond. 

La longueur totale du monument est de 4 m. 55. Orien- 
tation nord, nord-est. 

Fouilles. 

Au fond de cette petite crypte, M. de Wismes recueillit 
un des plus curieux produits de la céramique primitive; 
c'est un vase arrondi au fond et à bords droits entouré 
d'une couronne de 18 pointes ou perles, ayant la forme 
d'un demi-losange. A l'intérieur se trouvait un très petit 
vase noir de môme forme et sans ornementation. 

Une petite coupe faite à la roue. 

Une hache en diorite verdàtre. 



— 46 — 
Un fragment de couteau en silex jaune. 

VI. Sixième galerie dolménique. 

Enfin, près d'un puits placé à peu de distance du caveau 
de la Croix, apparaissent de larges dalles et, dans les son- 
dages exécutés dans cet endroit, M. de Wismes a reconnu 
l'existence d'un sixième caveau. 

Deuxième groupe, les dolmens de Gourmalon. 

En fac » de Pornic, de l'autre côté du port, se trouve la 
pointe de Gourmalon. C'était naguère une sorte de butte 
aride sur laquelle se détachaient nettement les gros blocs 
des monuments que nous aUons décrire; maintenant, de 
charmantes constructions, des chalets entourés de frais 
jardins couvrent une partie du sol et il nous faut prendre 
des points de repaire pour nous guider vers nos vieux mé- 
galithes. 

Le plus simple est de se diriger sur le moulin de Gour- 
malon, piqué tout au centre de la pointe; de là, on trouvera 
aisément les cinq monuments qui suivent : 

I ] 1° Allée couverte du moulin de Gourmalon. 

A deux pas de la maison du meunier, on voit une galerie 
dolménique longue de 6 m. 30 et orientée du sud au nord. 
La crypte qui la termine au nord, est longue de 2 m., et la 
table qui la recouvrait s'est abattue à l'intérieur; elle de- 
vait être soutenue par des moellons posés en encorbelle- 
ment, car ses dimensions sont trop petites pour qu'elle ait 
pu tenir seule sur les montants. La galerie, large d'un 
mètre 05, se rétrécit vers l'entrée, où elle n'a guère que 
70 c. d'ouverture. 

Voici, en commençant parle nord, la description des deux 
côtés du monument : rangée de l'ouest : l 6 support de 
2 m. de large sur 1 m. 35 de haut et 20 à 25 d'épaisseur 
formant la paroi de la crypte ; 2° petit bloc de micaschiste ; 
3° premier montant de la galerie, 1 m. 10 de haut, 



— 47 — 

1 m. 40 de large, 35 c. d'épaisseur moyenne; support de 
1 m. 05 de large, 95 de haut et 35 à 40 d'épaisseur. 
Rangée de l'est. 

1° Bloc de quartz à l'angle de la crypte; 2° support de 
60 c. de haut sur 75 de large ; 3° pierre de 1 m.20dehaut, 
1 ni. 05 de large et 30 à 35 d'épaisseur ; 4° autre de 1 m. de 
haut sur 1 m. 05; 5° le dernier montant à l'entrée ; il me- 
sure 1 m. 35 de haut sur 95 et 30 c. d'épaisseur. Toutes 
ces pierres, sauf celles que nous déterminons, sont en grès 
et percées çà et là de petites cavités rondes. La forme gé- 
nérale du monument n'est ni celle de l'allée droite, sans 
élargissement terminal, ni ia galerie étroite donnant accès 
dans un caveau; c'est une sorte d'allée évasée au fond, 
en forme de triangle très allongé. Ce monument a perdu 
ses pierres couvertières et bientôt, je le crains, il sera com- 
plètement ruiné. 11 est malencontreusement coupé par la 
ligne de partage de deux terrains. Le meunier, proprié- 
taire de la rangée de l'ouest, a creusé une sorte d'abreu- 
voir entre les grandes pierres et la galerie ; l'autre côté 
sera vendu sous peu, et il n'est guère présumable que les 
deux voisins s'entendent pour conserver les ruines de ce 
vieux tombeau. 

L'allée couverte de Gourmalon a été fouillée une pre- 
mière fois par M. le marquis de Vibraye, puis par MM. de 
Wismes et Ch. Marionneau, présidents de la Société ar- 
chéologique de Nantes; aucune trouvaille. 

I ( Du moulin de Gourmalon, en se dirigeant au plus 
près vers la côte, on trouve les ruines d'un dolmen, situé 
à peu de distance de la mer: sept pierres, dont deux pla- 
cées en avant, entourent un espace de cinq mètres de 
long sur 1 m. 20 de large. 

La première pierre, en commençant par l'angle nord-est, 
a 1 m. 20 de haut et 1 m. 10 de large ; celle du fond 
est irrégulière ; elle mesure environ 1 m. 20 sur 50 c; 
deux autres à l'ouest ont : l'une 1 m. de haut} 95 de large 



— 48 — 

et 40 c. d'épaisseur (elle est debout); la suivante est abattue. 
Un bloc de 1 m. sur 55 est placé devant l'entrée. Sur la 
paroi est, une pierre très unie à la partie supérieure a 
1 m. sur 95 c. 

Une longue pierre en forme de peulven est abattue dans 
le sens de la longueur, devant l'entrée de la crypte; deux 
autres blocs sont plus en avant. 

Cette galerie est complètement ruinée; je l'avais vue, il y 
a quelques années, et les rangées de pierres avaient encore 
un aspect quelque peu monumental. 

Fouilles. 

M. de Vibraye fouilla cette galerie en 18G8 et y trouva : 

1° Une hache en pierre polie, longue de 11 c, amphibole 
d'un vert foncé, semée de grenats. 

2° Petite hache en fibrolithe blanche à grains verts, 
longueur 5 c. 

3° Un très beau grattoir ovale, en silex jaune, long de 
9 c. 

4° Un grattoir allongé en silex pyromaque et divers 
outils en grès lustré ou silex. 

5° Un grand couteau en silex de Pressigny, longueur 
lGc. 

6° Un fragment de poterie épaisse, percée d'un trou 
rond, régulier. 

\~~\ Troisième dolmen. Pierre de la Lionne. 

Du moulin de Gourmalon en prenant dans la direction 
du château de Pornic, on suit une nouvelle rue qui des- 
cend vers le quai de Gourmalon. A gauche, dans l'angle 
formé par ce quai et la rue, on aperçoit dans un enclos, sur 
une sorte de monticule, une énorme pierre à demi enfouie 
sous les herbes; le profil de cette grosse roche ressemble 
quelque peu à celui d'une lionne, ce qui lui a valu le nom 
dont M. de Wismes l'a baptisée. 



— 49 — 

En 1873, ce tumulus, encore bien conservé, recouvrait 
huit pierres formant une sorte de caveau qu'il est bien 
difficile de décrire actuellement. La grosse pierre servant 
de table est longue de 2 m. 25, large de 1 m. 15 et épaisse 
de 70 c; elle est sillonnée de rainures et de cupules. En 
avant, un montant abattu mesure 1 m. 40 sur 40 c. Une 
autre pierre, de forme triangulaire, est large de 2 m. 
environ. 

J'avais visité ce monument en 1878; il était alors moins 
dégradé. La lionne, maintenant couchée de travers sur la 
butte, était bien horizontalement campée sur deux supports. 
Il est inconcevable que l'on n'ait point songé à conserver 
ces ruines, ne fût-ce que pour remplacer les rocailles dres- 
sées à grands frais dans les villas de Gourmalon (*). 

M. de Wismes fouilla ce monument en 1873, il y décou- 
vrit une lame en silex et quelques autres objets. 

& Menhir de Malmy. 

Un menhir de 3 m. 50 à 4 m. de long, abattu dans un 
champ près de la villa Bourgette, a été signalé par M. de 
Wismes. Je l'ai inutilement cherché à plusieurs reprises 
depuis cinq ou six ans. Il a sans doute été absorbé par les 
nouvelles constructions de Gourmalon. Je n'ai pu avoir 
aucun renseignement précis sur la position qu'il occupait. 

[~1 Monument des Hautes-Folies. 

C'est un des monuments les plus bizarres de cette riche con- 
trée. Sur un espace de plus de 100 m. carrés se dressent de 
larges pierres plates, les unes en ligne droite, d'autres en 
retours d'équerre. Après un long examen, il m'a semblé 



(*1 Le monument de la Lionne, dont les cinq pierres sont maintenant com- 
plètement déblayées, est entouré d'un joli jardin; il est à souhaiter que l'ac- 
quéreur de ce terrain respecte les ruines de ce vieux monument. (Pornic, 
juin 1885). 

1885.— 1«Sem. 4 



— 50 — 

retrouver dans ce fouillis mégalithique deux longues allées 
couvertes très ruinées, et vers l'ouest, dans la partie ados- 
sée au fossé, des restes d'une crypte latérale. Biais il n'est 
point facile d'indiquer à coup sur le plan primitif du monu- 
ment. Les terres du tumulus ont été enlevées, il ne reste 
plus que le squelette fort disloqué des galeries et des 
caveaux. 

Allée couverte de l'est. 

Orientée parallèlement à la côte, cette allée se compose : 

1° Galerie ouverte dans la direction du sud-est, longue 
de 4 m. et jalonnée par six pierres, trois de chaque côlé. 
Deux des montants, du côté de l'ouest, sont abattus. 

2° D'une partie transversale, en forme de transept rec- 
tangulaire, longue d'un mètre 70 et fermée à chaque bout 
par une seule pierre plate. Le côté de l'est, le moins mal- 
traité, est profond de 2 m. 20. 

3° Un petit couloir de 1 m. 30 sur 2 m. de longueur dans 
l'axe de la galerie d'entrée, conduit au caveau du fond. 

4° Cette crypte terminale est longue de 2 m. 40 ; elle est 
rectangulaire, et le fond est fait d'une seule grande pierre. 
La paroi de l'est est composée de 2 montants; une autre 
forme l'angle et vient rejoindre le couloir ; les pierres du 
côté de l'ouest sont abattues dans l'intérieur de la crypte. 

Allée couverte de l'ouest. 

Parallèle à la première, cette galerie est tellement in- 
complète qu'il est impossible de la décrire. On peut y re- 
connaître cependant une galerie de 7 m. environ de lon- 
gueur, composée de 12 pierres dont 3 formant encore une 
travée entière, la table et les deux supports. Peut-être avait- 
on allongé ainsi cette galerie pour dépasser le caveau trans- 
versal de la première allée qui eût empêché la construc- 
tion des chambres latérales. L'ensemble du plan aurait été 
ainsj : deux croix placées de façon à ce que le bras gau< ho 
de la première fût au-dessous du bras droit de la seconde. 
Ceci est tant soit peu conjectural. 






— 51 — 

Ce qui est malheureusement plus certain, c'est que ce 
monument a été fouillé en 1866-68, par M. de Vibraye, qui 
n'a publié aucun récit de ses fouilles. J'ai vu seulement au 
Trocadôro, en 1878, trois vases à fond rond, en terre noi- 
râtre, provenant des galeries des Hautes-Folies. L'un d'eux 
mesurait 10 c. de diamètre. 

Je ne suis point certain, comme je l'ai dit plus haut, que 
le champ où se trouvent ces pierres soit compris dans la 
nouvelle enclave du territoire dePornic; mais le monu- 
ment se relie si bien au groupe de Gourmalon que je n'ai 
pas voulu l'en distraire. 

Presque en face de la gare de Pornic, dans un clos de 
vigne qui domine la rive droite du canal, nous avons vu 
une sorte de butte de 6 à 7 mètres de diamètre; auprès 
se trouve une large table de grès et quelques blocs de 
roche. Peut-être sont-ce les restes d'un tumulus. 

Période gallo-romaine. 

Pornic serait, suivant l'opinion émise par notre érudit 
confrère M. Orieux, l'ancien Portus-Sicor des géographes. 

£2± Au nord de la ville, on voit une motte d'une largeur 
considérable et dont le sommet a été transformé en 
calvaire. 

Une amphore gallo-romaine a été trouvée à Pornic. 



PORT-SAINT-PÈRE 

r~l (?) Un dolmen est signalé en cette commune, dans 
le Dictionnaire de Topographie des Gaules (1878). La Com- 
mission d'inventaire des mégalithes de France l'a éga- 
lement inscrit sur ses tableaux de recensement publiés en 
1880. — J'ai bien retrouvé l'origine de ce dolmen, dans une 
note du Bulletin archéologique de 1868; quant au dolmen 



— 52 — 

lui-même, je crois qu'il serait fort difficile à découvrir. 
Voici cette note: 

« Au mois de juin 1851, on trouva sous un dolmen de 
a la dernière époque, dans la commune de Port-Saint-Père 
« (Loire-Inférieure), un bandeau d'or semblable à celui de 
« Madame Lebail (de Plouharnel), du poids de 190 grammes, 
« et un second torques, formé par un filet plat, terminé par 
« deux disques et pesant six grammes. Avec ces deux 
« bijoux, on rencontra deux haches (plates); le bronze était 
« grossier, grenu. » Bulletin de la Société archéologique, 
p. 25. 

A Une hache en silex, trouvée à Port-Saint-Père, a été 
remise à Madame Pichelin, propriétaire au Pré-Mériet. 

A Une hache en diorite, longue de 8 c. 5, nous a été 
cédée par un cultivateur du Fay-Souden. 

l re Découverte de bronze. 

En janvier 1861, un paysan de Port- Saint-Père trouva, 
en creusant un fossé, une masse d'objets de bronze enfouis 
dans un trou. Parmi ces objets., nous indiquerons : 
6 haches à ailerons. 
1 valve de moule en bronze pour fondre les haches à 

ailerons. 
4 pointes de lance, brisées. 

Des fragments d'épées à nervure centrale, saillante et 
arrondie. 

2 e Deuxième découverte de bronze. 

Lors des travaux exécutés pour le tracé du chemin de fer 
de Pornic, on découvrit, près de l'Achenau, une cachette 
contenant près d'une centaine de haches en bronze de la 
forme dite à talon. (1874.) 

M. d'Arondel signalait, en 1852, l'existence d'une an- 
cienne voie allant du lac de Grandlieu à Port-Saint-Père. 



— 53 — 



ROUANS 

^^ Tertre de Messan. 

Un peu à l'est de la chaussée de Retz, la grande route 
de Paimboeuf à Nantes est traversée par un chemin qui 
descend au sud dans la direction de Rouans et passe par 
le village de Messan, situé dans une petite île de la vallée 
de la Chenau. En prenant à droite, après avoir passé le 
pont, on aperçoit à très peu de distance des maisons, au 
fond d'un jardin, unebutte arrondie, mamelonnée, dont les 
flancs sont couverts d'arbrisseaux et de broussailles. Ce 
tertre, dont la hauteur dépasse 5 m., mesure environ cent 
mètres de tour à la base. 

Lorsque je l'ai visité, on venait d'ouvrir sur son dia- 
mètre une section transversale de quelques pieds de pro- 
fondeur, et dans cette section apparaissaient, vers le sommet 
des couches horizontales alternées d'argile et de quartz 
brisé. 

& Un peulven,nomméla Pierre-Droite, est signalé, dans 
la Revue des provinces de l'ouest, près de Launay. On m'a 
montré, près de ce village, une longue pierre de granit 
renversée près d'un fossé, au bord d'une route qui remonte 
vers le Pellerin. Elle mesure 2 m. 10 sur 60 c. et 45 c. 

& Près des maisons de Lunière, à l'ouest d'un chemin 
qui conduit de Launay à Cheix, j'ai vu dans une pièce un 
bloc debout nommé le Gros-Caillou. Il mesure 1 m. 40 de 
haut, sur 1 m. d'épaisseur au moins; sa forme est très irré- 
gulière, et je ne l'aurais point noté ici s'il n'avait déjà été 
signalé comme menhir. La pièce où il se trouve porte le 
nom de champ de la Pierre. 

Ces deux blocs ne sont pas, à mon avis, de véritables 
menhirs. 



-54 — 



Période romaine. 

Un ouvrage assez considérable, la chaussée le Ray, est 
attribué à l'époque romaine. Cette chaussée, qui mesure 
près de 800 m., mettait en communication la voie romaine 
de Nantes vers Saint-Père-en-Retz avec l'île de Vue, où 
se trouvait une très forte défense destinée à protéger ce 
passage et dont nous parlerons plus loin. 

Lieux dits. — La Rochette, la Basse-Ville, la Garnerie, la 
Mortière. 



SAINT-BRÉVIN 

Cette commune s'étend le long de la côte, depui3 Saint- 
Michel jusqu'à l'embouchure de la Loire; elle est, par con- 
séquent, dans d'excellentes conditions pour posséder de 
nombreux mégalithes. Nous l'avons explorée avec l An 
et nous y avons vu près d'une dizaine de monument? 

Voici, en suivant la direction du nord au sud, qu^les 
sont les antiquités que nous avons notées en Saint-Brévin. 

TV La Roche des Prés. — Menhir. 

Entre Men-Den et les villages de la Prinais s'étend une 
vaste prairie, unie comme un lac et assez souvent recouverte 
par les eaux. Dans la partie nord-ouest de cette prairie, 
nous avons vu un menhir piqué au milieu d'une petite 
flaque d'eau et fortement incliné vers le sud ; il est en 
granit; sa hauteur est de 1 m, 45, sa largeur moyenne de 
1 m. 05, et sur les côtés il mesure de 30 à 40 c. 

On raconte dans le pays que Gargantua voulut autrefois 
bâtir un pont sur la Loire ; il apporta force grosses pierres 
et les laissa près du rivage pour aller en chercher d'autres. 
Mais, quand il revint, les pierres tenaient si bien en terre 
que jamais il ne put les arracher. 



— 55 — 

& Menhir du Pont-Bossu. 

Un menhir abattu forme maintenant un petit pont sur 
un étier au bord de la prairie dont nous venons de parler, 
tout auprès des maisons de la Basse-Prinais; il est en 
granit et long de 2 m. 20 sur 95 c. de large et 25c. d'épais- 
seur. 

Ces deux menhirs ont été trouvés par mon frère 
Georges de Lisle, 

£2^ Tumulus du Rosai. 

De là, en me dirigeant au sud, je vis près du hameau de 
Rosai une butte pierreuse qui me sembla bien être un 
tumulus; cette butte est dans un champ à cent pas à Test 
des maisons ; sa largeur est de 17 mètres. On voit encore 
à sa partie supérieure un bloc à demi enfoui sous terre; 
deux ou trois autres apparaissent sur les côtés. J'ai trouvé 
depuis une note manuscrite de Chevas, remontant à une 
quarantaine d'années et qui vient à l'appui de mes conjec- 
tures : « Au village du Rosai plusieurs pierres en désordre 
affectant la forme circulaire. Au milieu du monticule deux 
grosses pierres couchées et sur un point du cercle exté- 
rieur, une autre debout; hauteur au-dessus du sol :1 mètres; 
largeur 1 m. 40; ép. 1 m. d'un côté et 75 c. de l'autre. » 

J\d Cette dernière pierre était bien évidemment un 
menhir ; ces mégalithes auront été brisés et employés 
comme matériaux dans la construction d'une m?\son neuve 
élevée près de là. (Septembre 1884.) 

Dans une vigne située à 300 m. au sud du Rosai, on voit 
un espace butté, de forme circulaire, et tellement en- 
combré de rocs et de cailloux quB l'on a dû renoncer à le 
défricher. Une très jolie hache en roche d'un vert bleuté 
a été trouvée tout près de là et m'a été remise par le 
fermier. 

^ Menhir du Plessis-Gamat. 

Du point où nous ont conduit les monuments qui pré- 
cèdent, on trouve à peu de distance vers l'est une large 



— 56 — 

Champagne nommée le Quarteron du Plessis-Gamat. Un 
beau menhir est planté dans cette pièce ; il est en grès 
blanc très quartzeux et sa forme est assez bizarre; haut de 
2 m. 60 au-dessus de terre, il mesure 1 m. 25 de large, 
35 c. d'épaisseur au nord et 50 c. vers le sud. Ses deux 
faces les plus larges regardent l'est et l'ouest. 

J'ai vu auprès quelques blocs couchés çà et là, accom- 
pagnement assez ordinaire de nos menhirs. 

Tertre du Quarteron de la Briordais. 

Du village du Plessis-Gamat, on rejoint la route de Cor- 
sept à Saint-Brevin. A 500 m. avant d'arriver à ce bourg, 
j'ai aperçu, sur la gauche de la route, une butte dominée 
par de grosses roches grises superposées et ayant tout à 
fait l'aspect d'un dolmen. Un petit sentier que l'on trouve 
à main gauche, un peu après avoir dépassé une croix de 
fer sur le bord de la route, conduit tout droit à cette butte, 
dont la hauteur est de 2 mètres environ et le diamètre de 
21 m. Sur le sommet, une large pierre irrégulière de 2 m. 35 
de long est posée sur un autre bloc ; autour, une quinzaine 
de pierres sont disséminées sur les flancs de la butte. 
Trois, placées à angle droit et bien enfoncées en terre, for- 
ment comme le fond d'un petit dolmen ; cinq autres, sur le 
versant du nord, s'alignent à peu près sur deux lignes pa- 
rallèles, mais tous ces blocs sont grossiers, irréguliers et 
ne présentent point l'aspect ordinaire des matériaux de nos 
dolmens. 

Ce tertre a beaucoup d'analogies avec les groupes de mé- 
galithes que j'ai cités près de là, en Corsept, aux environs 
de la Bigotais. 

<^ Tumulus de la Guerche. 

A 1 kilomètre au sud de Saint-Brevin, on trouve, près 
d'un petit village que traverse la route de Saint-Michel, la 
maison de campagne désignée sous le nom de château de 
la Guerche. A cent pas à l'ouest dudit château, j'ai vu 
une butte artificielle de 30 mètres de diamètre sur 4 mètres 



_ 57 — 

d'élévation ; quelques arbres ont poussé sur le sommet qui 
a été tronqué et arrangé en plate-forme. 

Motte ou tumulus? D* j s fouilles nous diraient sans doute 
le mot de cette grosse énigme. Je pense que les terres qui 
ont servi à former cette butte proviennent du creusement 
d'un étang qui existe tout auprès. 

Pierre à bassin. 

A l'angle de la première maison du village de la Guerche, 
tout au bord de la route, se trouve une grosse pierre ados- 
sée au mur; elle est en granit très rugueux et creusée de 
deux cavités ovales de 25 c. de large sur 40 c. de long, 
rappelant absolument la forme des doubles bassins de la 
Pierre de laBemboire en Maisdon, connue dans le pays sous 
le nom des Fesses du Diable. 

[~1 Dolmen du douanier. 

Quittant la route de Saint-Brevin à Pornic, on traverse 
de grands bois de pins pour rejoindre le bord de la mer. 
Aune lieue environ au-dessous du Pointeau, la côte est 
bordée par une longue plage que traverse l'écluse du 
Boivre, vieux fleuve tellement amoindri que ses eaux se 
déversent maintenant dans la mer par une sorte de tuyau. 
Cette plage est fermée au midi par des roches basses que 
les eaux recouvrent aux grandes marées. Nous avons vu 
sur cette pointe une grande table de grès, jetée de travers 
et fort dépaysée sur les micaschistes de la côte. Cette 
bizarre rencontre nous fut expliquée par la présence 
d'un montant de dolmen, couché près de là, un peu au- 
dessous de ia table. Ces deux pierres étaient les restes d'un 
dolmen arraché de la falaise par l'envahissement de la mer. 

Ce fait nous fut bientôt confirmé par le témoignage d'un 
douanier, qui se rappela parfaitement avoir vu les pierres 
en place sur le haut de la côte. En creusant à l'endroit 
indiqué, nous trouvâmes des terres noires et très com- 
pactes, mélangées de charbons, des silex éclatés et quelques 
petits fragments de poterie. 



- 58 — 

La table mesure 2 m. 50 de long sur 1 m. 45 de large ; 
le montant G2 c. 

Ce dolmen, en assez mauvais état, comme on le voit, n'a 
jamais été décrit ni désigné sous aucun nom; j'ai cru pouvoir 
le dédier à l'honorable préposé qui nous a guidé dans nos 
recherches. Puisse ce faible hommage encourager nos 
gardes -côtes à surveiller dans leurs rondes oisives les 
mégalithes du littoral! 

Les Pierres Boivre. 

& Menhir de la Pierre attelée. 

Ce menhir, caché dans un bois, près de la mer, est assez 
difficile à trouver; j'indiquerai deux méthodes pour y arri- 
ver: l'une très pratique, l'autre plus pittoresque ; il y en a 
bien une troisième, qui consiste à prendre un guide, mais 
cela est souvent fort ennuyeux. 

Voici la première méthode : prendre, à l'ouest de la route 
de Saint-Michel, le village de la Rousselerie, puis, en face 
des dernières maisons de ce village, remonter à 150 m. au 
nord par un petit chemin sablonneux, et traverser un clos 
de vigne sur la gauche-, le menhir est là, sur la lisière 
d'un bois de pins. — Pour l'autre méthode, il faut des- 
cendre le vallon où sont éparpillées les maisonnettes de la 
Rousselerie jusqu'à un petit gué tout encombréde grosses 
roches. On remonte à droite, à travers des dunes, puis on 
suit un petit sentier sous bois, qui longe une clairière jon- 
chée de blocs de grès; bientôt après, on aperçoit le menhir, 
dont la masse tranquille est caressée par les branches des 
sapins. 

Sa hauteur au-dessus du sol est de 2 m. 90, mais il est 
trè^ profondement enfoui dans le sable ; sa largeur est de 
1 m. 40 et son épaisseur de 1 m.; i! est en grès quartzeux. 
15 juillet 1883. 

Au sommet, on voit les restes d'un petit socle en maçon- 
nerie qui servait de base à une croix. Chaque printemps, 
on enguirlande de fleurs la tète de ce menhir. Cette pieuse 



— 59 — 

coutume a inspiré à l'auteur des Poèmes Bretons une de 
ses plus charmantes poésies (*). 

& Pierre de Couche. 

La route de Saint-Brevin à Saint-Michel traverse une 
large vallée, peu profonde, sorte de fiord dont les dunes 
ont fermé l'entrée; puis elle passe dans de grands bois de 
pins, dépendant de la terre de M. Golombel, maire de 
Nantes. Après avoir laissé sur la gauche une route neuve 
qui conduit vers Saint-Père-en-Retz, on trouve quelques 
bâtiments d'exploitation, puis un clos de vigne séparé de 
la route par une rangée de sapins. Au milieu de ce clos, 
on aperçoit un menhir pointu et assez irrégulier de forme; 
il est en grès quartzeux et mesure 2 m. de haut sur 97 c. 
d'épaisseur de l'est à l'ouest, et 90 c. dans l'autre sens. On 
assure qu'il est enfoui sous terre d'une fois sa hauteur. 

&, Menhir du Boivre. 

En continuant à suivre la même route dans la direction 
du sud, on dépasse le village de Boivre, puis, avant d'arri- 
ver à une côte que domine un moulin, on aperçoit à 300 m. 
sur la gauche un grand menhir de forme pyramidale. Il 
mesure 3 m. 80 en hauteur sur 3 m. de large à la base et 
1 m. d'épaisseur ; ses deux faces les plus larges regardent 
l'est et l'ouest. 

Les trois menhirs que nous venons d'indiquer sont placés 
en triangle, à égale distance l'un de l'autre; telle est du 
moins l'opinion des gens du pays, et cette opinion est con- 
firmée par le témoignage de notre excellent collègue 
M. Orieux, agent-voyer en chef du département. 

Le grand menhir de Boivre fait à son tour partie d'un 
gigantesque triangle, dont les trois sommets sont marqués 
par trois menhirs, également de très haute taille et de 



(*) Le Menhir. Au pays de Retz, par M.Joseph Rousse. 



— 60 — 

forme triangulaire, tous trois orientés nord-sud, comme 
des aiguilles de cadran. ( Voir plus haut Chauve, Corsept 
et le Trépied du Diable, commune de Besné.) 

8 A Nous avons trouvé en Saint-Brevin huit haches 
en pierre provenant de différents pointe de cette commune: 

1° Une hache plate, pointue (type vannetais); longueur 
12 c. 5. Village de la Maillardière. Elle est en roche ser- 
pentineuse vert pâle et d'un très beau poli. 

2° Hache en diorite, noire, à bords carrés, longue de 
8 c. — La Rousselière. 

3° Une hache en aphanite, longueur 10 c. — Le Plessis. 

4° Grande hache en diorite trouvée près de la Lande, 



longueur 20 c. 



5° Hache en eurite de couleur blanche ; longueur 7 c. 5. 

— Le Rosay. 

6° Hache en diorite de 11 c. 5. — La Lande. 

7° Hache en eclogite verte, longueur 6 c. — Le Bouillon. 

8° Une très jolie hachette en roche serpentineuse verte. 

— Le Rosay. 

(Explorations G. et P. de Lisle, 1881-1884.) 

Période gallo-romaine. 

Des substructions romaines ont été découvertes il y a un 
demi-siècle à l'occident du cimetière de Saint-Brevin. Des 
murs solidement construits en grandes pierres atteignaient 
environ 1 m. de haut ; ils étaient recouverts par un pied de 
sable. Ce fait est consigné dans les notes de M. Verger. 

Des vestiges du même genre ont été trouvés au sud du 
bourg ; là les briques romaines sont abondantes. Les gens 
du pays prétendent que ce point était anciennement très 
important et qu'il reprendra un jour sa richesse première. 
Un double dicton, assez saugrenu, conserve ce souvenir 
dans la mémoire des paysans : Pontoise, tu périras, Saint- 
Brevin tu deviendras. — Nantes périra, Saint-Brevin re- 
naîtra. 



— 61 — 

Je ne sais si les délices trop vantées du Pointeau, en 
Saint-Brevin-l'Océan, vont inaugurer cette renaissance 
tant prédite par les sibylles Brévinoises. 

O Deux monnaies gauloises trouvées dans cette com- 
mune en 1861 ont été données au Musée de Nantes, par le 
maire de Saint-Brevin. 

Des sarcophages en calcaire ont été trouvés par M. Her- 
sart dans les sables de Saint-Brevin. 



SAINT-HILA.IRE-DE-CHALEONS 

J\^ Menhir du moulin Penaud. 

À 1200 mètres au sud-est du bourg, sur la gauche de la 
route de Sainte-Pazanne, on trouve un moulin à vent, dit 
le moulin des Penaud. Près de là est une pierre debout qui 
mesure, d'après la description donnée par M. Orieux ', 
1 m. 60 de haut, 70 c. de large et 60 c. d'épaisseur; d'autres 
pierres sont amassées tout autour. 



SAINT-JEAN- DE-BOISE AU 

Période celtique. 

A Une hache en eurite, longue de 10 c. 5, trouvée dans 
la commune de Saint-Jean-de-Boiseau, nous a été donnée 
par M. Gruget. 

Découverte de haches en bronze. 

Au sud et près du bourg de Saint-Jean-de-Boiseau,dans 
une vigne nommée le Trait de la Cour, on découvrit, en 
avril 1821, une cachette contenant huit haches en bronze 
de la forme dite à talon, placées dans un vase en terre. Ce 



( 4 ) Etudes archéologiques (1864). 



- 62 — 

vase était enfoui dans une cavité du rocher creusée pour 
le recevoir, et son orifice était fermé par une sorte de pla- 
teau également en terre cuite; le tout était recouvert de 
25 c. de terre végétale! Nous empruntons ces détails à une 
note insérée dans le Lycée Armoricain de 1828, sous ce 
titre: du Matarh, arme gauloise. 

Deux de ces haches ont été conservées, l'une au Musée 
d'histoire naturelle, l'autre au Musée archéologique de 
Nantes; leur longueur est de 10 à 12 c. 



SAINTE-MARIE 

Les belles galeries dolméniques des tumulus de la Motte 
ont été indiquées à l'article de la commune de Sainte-Marie 
par la Commission de topographie des Gaules. Le terrain 
qu'elles occupent appartient à la commune de Pornic et il 
est fort à souhaiter que la municipalité pornicaise prenne 
quelques mesures pour assurer leur conservation. 

I 1 d Dolmen des Mazères. Section G, n° 302. 

Dans le haut de la pièce des Mazères, entre la Rochan- 
dière et les Bouillons, existait un dolmen dont la table, 
large de 2 m. 50 c. environ, était supportée par quatre 
montants en quartz. Il a été détruit en 18GG, et le fermier 
qui m'en montrait les derniers vestiges avait trouvé sous 
les pierres un certain nombre de rondelles en cuivre comme 
des deniers. Ce dolmen occupait le centre d'une pièce de 
terre inscrite au cadastre sous le n° 302 de la section G, un 
peu au midi d'un petit vallon qui sépare Sainte-Marie de 
la commune de Saint-Michel (18 juin 1883). 

I I d M. II. du Buis, propriétaire à Sainte-Marie, nous a 
signalé un retranchement, maintenant détruit, et qui se 
trouvait à l'est de la nouvelle route de Saint-Père-en-Retz, 
entre les maisons de Huchepie et les ruines de la chapelle 
du Tabier. Ce retranchement se composait d'une butte 



— 63 - 

ovale entourée de larges fossés. Nous avons indiqué des 
défenspsdu même genre, situées à peu de distance de là en 
Saint-Père-en-Retz. Cette butte, jadis entourée de landes, 
a été nivelée, et on l'aperçoit à peine sous les sillons. Le 
champ qu'elle occupe se nomme les Meurts. 

A Une hache en diorite, longue de 9 c. 5 et large de 
4 c. 5 a été recueillie par M. H. du Bois ; elle avait été 
trouvée dans une de ses pièces près du village du Porteau. 
(Juin 1885.) 

A J'ai trouvé près du tumulus de la Motte une hache 
en roche dioritique, brisée au tranchant. 

A Une hache en fibrolite, longue de 8 c. 7 et extrê- 
mement épaisse, a été trouvée près du Doiterneau. (Col- 
lection G. et P. de Lisle.) 

O Une pièce d'or à l'effigie de Zenon a été découverte 
près de Sainte-Marie en 1849. 



SAINT-MICHEL-CHEF-CHEF. 

[""] Allée couverte du Corps-de-Garde. 

Le Redois est situé dans une coulée qui descend du bourg 
de Saint Michel à la mer ; quelques villas égaillées çà 
et là dans le vallon ou campées sur les hauteurs, forment 
une station balnéaire très modeste, mais qui par cela même 
a un charme tout particulier. A gauche, s'étendent de 
grands bois de pins; à droite, la côte est festonnée de belles 
roches aux teintes rosées ou d'un gris d'argent. 

En suivant un chemin au-dessus de la falaise, un peu 
au nord du Redois, j'ai trouvé, prés d'une ancienne maison 
de garde-côte, les ruines d'une allée couverte. Elle est 
parallèle à la route et traverse en entier le petit champ 
qui entoure la maison du garde. — Celle-ci en est telle- 
ment rapprochée, que l'on a dû bouleverser une partie de 



— 64 — 

la galerie dolménique pour construire le mur qui fait face 
à l'océan. 

La longueur totale du monument est de 15 m. 80; son 
orientation est nord-sud. En commençant par le nord, j'ai 
noté: 1° une table de 2 m. 71 sur 1 m. 90, supportée par 
deux montants et adossée au fossé. Devant elle, quatre sup- 
ports formant un petit couloir de 1 m. 10 de large; les 
deux montants les plus rapprochés de la table sont en pou- 
dingue ferrugineux ; ils mesurent : celui de l'ouest, 1 m. 05 
sur 90 c. et 30; celui de l'est, 1 m. 20 sur 1 m. 25 et 32 c; 
les deux autres ont 1 m. 10 de hauteur. 

Puis, à peu près dans le prolongement de cette crypte, 
une série de tables et de montants, en place ou abattus; 
la dernière table au midi est énorme; le fossé la couvre 
en partie et elle semble avoir été rejetée en dehors de l'axe 
de la galerie ; sa largeur est de 2 m. 50. Vers le centre, 
une autre table mesure 2 m. 25 sur 1 m. 50 et 30 c. d'épais- 
seur. 

Les sondages que nous avons fait faire pour déblayer le 
fond du monument nous ont donné la certitude d'avoir été 
devancé dans nos recherches. 

n Dolmen du Carreau- Vert. S 011 C le B, N° 684. 

En explorant les pièces qui avoisinent cette allée cou- 
verte, je trouvai, dans un champ séparé de la côte par 
deux ou trois pièces de terre, une sorte de butte que dépas- 
saient çà et là quelques pointes de roches. La disposition 
symétrique de ces blocs ne me laissait aucun doute sur 
leur destination; il était aisé d'y reconnaître une double 
allée couverte. 

M. Th. Grisolles, propriétaire des métairies dont dépen- 
dait le champ en question, m'accorda très aimablement 
l'autorisation d'y pratiquer des fouilles, et je suis heureux 
de lui en témoigner ici ma vive gratitude. 

Ce monument élevé sur un plan bizarre, sans doute modi- 
fié à plusieurs reprises, forme une sorte de galerie brisée 



— 65 — 

au centre et flanquée de trois caveaux rectangulaires 
deux à l'ouest et un à Test. Un plan peut seul en donner 
une idée. 

Nous avons déblayé d'abord la cella du sud-est, qu'une 
large table recouvrait en partie ; sa longueur totale est de 
3 m. 10 c, elle a 1 m. 10 de large vers le sud et 95 c. seu- 
lement sous la table ; elle est formée par six montants. 

Après avoir enlevé une assez forte couche de terre vé- 
gétale mêlée de pierres, nous avons rencontré un terreau 
compact et de couleur rougeâtre, puis au-dessous, une 
épaisseur de 7 à 10 c. d'argile jaune pâle, extrêmement 
dure et battue comme l'aire de nos fermes bretonnes. Cette 
couche, qui s'étendait partout à l'intérieur du monument, 
diffère tout à fait du sol naturel sur lequel elle a été ap- 
pliquée. 

Les objets dont l'énumération suit, étaient posés sur cette 
argile mais sans y adhérer, et se trouvaient empâtés dans 
le terreau rouge de la seconde couche. 

La première partie de la galerie contenait : 

1° Un vase en forme de boulet de canon tronqué vers le 
sommet ; la pâte en est grossière mais extrêmement dure, 
ce qui est assez rare dans les poteries de dolmens. Nous 
avons eu la preuve de la solidité de cette poterie, car elle a 
résisté au coup de pioche qui l'a fait sortir de son alvéole. 

2° Une flèche à tranchant transversal, en silex jaune et 
d'un très beau travail. 

3° Un vase en forme de cône tronqué, à fond plat avec 
un petit rebord à la base, terre rouge. (Brisé.) 

4° Une scie en silex translucide ; lame mince et fine- 
ment dentelée de petites échancrures arrondies et bien ré- 
gulières. 

5° Très petit vase à fond plat, en forme de gobelet, il 
est bien intact et façonné grossièrement dans une terre 
rougeâtre pleine de fragments de quartz. 

6<> Grand vase à fond bombé, en forme de demi-sphère. 

1885. — !" Sem. 5 



— 66 — 

7° Autre vase du même type, mais plus petit, en terre 
luisante. 

Ces deux vases étaient dans la partie recouverte par la 
table et adossés au montant de l'ouest ; auprès se trouvait 
un couteau en silex. 

8° Vis-à-vis, un autre vase en terre noire très fine ; les 
bords sont minces et légèrement retournés en bourrelet. 

9° Un énorme vase se trouvait un peu en avant de la table 
du côté sud. Il est muni d'un oreillon de 3 cent, de long, 
percé d'un trou horizontal. On passait une cordelette par ce 
trou pour servir à porter le vase. La terre qui a servi à 
le faire, est noire en dedans et grise à la surface. Ce vase 
est le plus grand que nous ayons vu dans les dolmens de 
la Basse-Loire. 

Enfin, dans l'étroit couloir protégé par la table, se trou- 
vait en outre une autre petite pièce d'un intérêt tout par- 
ticulier : c'est un grattoir double en silex violet foncé, ad- 
mirablement taillé et long de 4 c. Cet objet, qui appartient 
sans conteste à un des types les plus caractérisés des silex 
de l'époque du renne, est singulièrement dépaysé dans 
notre dolmen. La substance siliceuse dont il est formé est 
toute différente de celle qui a été employée pour les 
autres outils qui l'accompagnent. 

La crypte du nord-ouest, adossée à l'extrémité de la gale- 
rie, est recouverte par une grande pierre plate ; ses dimen- 
sions intérieures sont 1 m. 70 sur 1 m. 47. 

J'y ai trouvé une hache en silex violacé, très usée au 
tranchant, des fragments de plusieurs vases, et parmi une 
sorte de coupe ou de couvercle dont les bords sont brus- 
quement relevés de façon à dessiner un angle à vive arête. 

La crypte de l'ouest, parallèle au centre de l'allée, m'a 
donné un petit vase en forme de calotte, haut de 7 cet large 
de 8; des poteries brisées, dont l'une est ornée d'un oreil- 
lon percé d'un trou. — Une hache-marteau très allongéo 
et percée d'un trou cylindrique pour recevoir un manche ; 






— 67 — 

elle est en roche dioritique altérée et brisée par le milieu 
(partie du tranchant). 

Le centre du monument contenait un grand nombre 
d'autres poteries incomplètes. Un petit vase à bords retour- 
nés, très uni, très fin de pâte. — Un grand vase de forme 
hémisphérique, en terre cassante inégalement durcie au 
feu. — Un pot en terre rouge, très épais de bords et gros- 
sièrement façonné en forme de cône tronqué. — Des 
fragments d'un grand vase avec oreillon pointu sur le côté; 
bords droits, terre micacée, peu cuite. — Un petit vase en 
terre luisante avec un oreillon très mince près du bord. 
— Un vase on forme d'écuelle , avec un trou rond de 
11 m m de diamètre, au-dessous du bord. — Fragment de 
vaso en terre grisâtre, très luisante et striée de petites 
rayures creusées horizontalement. — Fragment d'un vase 
en forme de tulipe; terre rouge et noire. 

Parmi les silex provenant de cette sépulture, nous indi- 
querons 3 lames bien tranchantes, longues de 7 à 10 e ; 
4 flèches à tranchant transversal, 2 scies et un couteau en 
grès siliceux, à lame triangulaire, trouvé vers le fond de la 
galerie par notre excellent ami et collègue M. Xavier de 
la Touche, qui nous avait activement aidé dans la dernière 
partie de nos fouilles. 

On peut juger par l'inventaire qui précède de la richesse 
de cette allée couverte, qui ne contenait pas moins de 18 
poteries, de 16 outils et armes en silex et de deux haches 
taillées et polies. 

Point d'ossements; nous les aurions sûrement rencontrés 
dans cette terre rougeâtre qui empâtait les vases et les 
silex; partout des charbons et des cendres. Il est probable 
que l'incinération a été le mode employé pour les sépul- 
tures de cette galerie. Juillet 1883. 

& Menhir de la Source. 

Un menhir piqué au-dessus de la falaise, à peu de dis- 



— 68 — 

tance au nord du chemin qui conduit à la source, a été 
détruit il y a une vingtaine d'années. 

De ce point, nous nous dirigerons à l'est pour visiter les 
mégalithes de Saint-Michel, et passant ensuite au sud par 
la Souchais, nous reprendrons la direction de l'ouest. 

J\, ? Près d'une ferme située entre les maisons de 
Gohaud et la route de Saint-Michel, on voit une pierre 
couchée de 1 m. 60 c. de long sur 65 c. de large et 35 c. 
d'épaisseur ; elle est en grès. 

J^ Menhir de la Combe. 

Avant d'arriver devant le village du Boivre, la route de 
Saint-Brevin passe devant un grand menhir triangulaire 
que nous avons décrit à l'article consacré à cette commune. 
En remontant à quelques cents mètres à l'est de ce ce mé- 
galithe, sur la limite de Saint-Michel et de Saint-Brévin, 
j'ai trouvé un grand menhir abattu dans une pièce dési- 
gnée au cadastre sous le nom de pièce de la Combe, et 
située au midi du moulin à vent qui domine la butte. Il est 
en grès et sa longueur est de 3 m. 07 ; il mesure environ 
80 c. d'épaisseur moyenne, mais il se rétrécit vers le haut. 

A Au-dessus de celui-ci, à deux ou trois champs de là 
dans la direction du nord, autre menhir couché de 3 m. 35 
de long, sur 1 m. 10 de large et 80 c. d'épaisseur ; il est en 
grès et également de forme pointue. 

J\, Menhir de la Souchais. 

Un magnifique bloc de quartz blanc est piqué debout sur 
le bord de l'avenue qui conduit à la Souchais (côté sud) ; sa 
hauteur est de 1 m. 65, sa largeur de 1 m. 10, et il mesure 
environ 55 c. d'épaisseur. Sa forme est très irrégulière ; il 
m'a semblé orienté sud-nord. Pour le trouver, le plus 
simple est de quitter la route de Saint-Michel au village 
des Gatineaux et de se diriger à l'est, en traversant un 
petit vallon, vers les futaies de la Souchais. 

Le long du chemin qui part de la route, en face des Ga- 
tineaux, j'ai vu une pierre debout, sur le bord du champ; 



^ 



— 69 - 

elle est en quartz blanc et mesure un peu moins de 1 m. 
de haut sur 92 c. de large. 

Hl d Dolmen de la Morinière, section H, n° 376. 

Du village des Gatineaux, en rejoignant à l'ouest la route 
de la Plaine, on arrive à un point assez élevé, près de la 
Morinière ; là, dans une sorte de lande coupée par la route, 
existait un dolmen en quartz blanc dont la table est main- 
tenant enfouie sous terre de façon à laisser libre passage 
à la charrue. Cette table mesurait 2 m. sur 1 m., elle était 
un peu soulevée de terre d'un côté. M. Verger qui l'a dé- 
crite dans ses notes sur ces communes, lui donne près d'un 
mètre de hauteur. 

| ] d Dolmen du Patureau. 

Dans le champ voisin (champ du Patureau), également à 
l'est et au bord de la route, le même auteur signale « un 
joli dolmen de quartz blanc et brillant, sur une élévation 
au milieu du champ. La table repose sur d'autres pierres 
couchées à plat les unes sur les autres. L'ouverture au 
midi est fermée par une pierre de la même nature que 
celles du dolmen; l'autre ouverture au nord est dégagée. 
Sa hauteur est d'environ un mètre; sa largeur est irrégu- 
lière à cause de l'inégalité de ses supports; elle a un peu 
plus d'un mètre. Tout autour de ce monument, remar- 
quable par ses petites proportions et par la belle qualité 
de ses pierres, sont d'autres bloos de quartz irréguliers et 
qui formaient probablement un cercle. » Je suis arrivé 
quelques années trop tard pour voir ce dolmen. Le fermier 
m'a montré la butte où il était placé; la route a depuis 
plusieurs années dévoré ces belles roches blanches. 

15 A Dans nos excursions en Saint-Michel, nous avons 
recueilli une quinzaine de haches en pierre polie, trouvées 
sur le territoire de cette commune. 
N° 1 hache en diorite, 13 c. — La Rousselerie. 
N° 2 hache en silex jaune, 9c — Même provenance. 
N° 3 hache en diorite, 10 c. — Les Gatineaux. 



— 70 — 

N° 4 hache en aphanite, d'un gris bleuté, 12 c. 

N° 5 hache eu diorite, très épaisse, 12 c. — Le Rédois. 

N os 6 à 15. Dix haches en diorite, longues de 8 à 12 c. 



SAINTE-PAZANNE 

f— | Dolmen de Port-Faisant. 

A trois quarts de lieue de Sainte-Pazanne, la route de 
Sainte-Lumine oblique vers l'est et franchit la petite ri- 
vière du Tenu. Sur le côté nord de la route, un peu avant 
d'arriver au pont, on trouve les ruines d'une allée cou- 
verte connue sous le nom de dolmen de Port-Faisan. 

Le fond de la galerie, formé par un large montant, et 
le premier support de la rangée du sud sont debout ; leur 
hauteur est de 1 m. 35. La grande table qui recouvrait 
cette crypte est appuyée de biais sur la paroi du fond ; sa 
longueur est de 2 m. 75 et sa largeur de 2 m. 30. Une autre 
table abattue dans le prolongement de la première pré- 
sente à peu près les mêmes dimensions. Cinq bloi s jetés 
hors de place servaient à compléter cette galerie dont les 
splendides matériaux nous font regretter la destruction. 

Il existe au sujet de ce dolmen une légende toute ré- 
cente et qu'il ne serait pas bon, je crois, de laisser s'accré- 
diter ; en voici l'origine : Il y a une trentaine d'années, un 
bon antiquaire du comté nantais signalait sur la table du 
dolmen de Port-Faisan « une figure monstrueuse taillée 
en relief et fort connue dans le pays sous le nom de la 
bête de Port-Faisan. Je crois, écrivait-il, avoir été le pre- 
mier à signaler cette figure à l'attention des savants. » 

Les savants auxquels on signalait un bonhomme taillé 
en relief sur une pierre de dolmen s'émurent à juste titre; 
la Société des Antiquaires inséra une notice sur la figure 
sculptée du Port-Faisan dans le tome VIII de sa seconde 
série. L'affaire n'était pas oubliée, lorsqu'e 1 1875,1e grand 



- 71 — 

congrès de l'Association française pour l'avancement des 
sciences amena à Nantes des archéologues de tous les 
pays. Une excursion fut dirigée vers Port-Faisan, chacun 
s'efforça de retrouver dans les fissures de la pierre une 
apparence de tète quelconque ; mais les avis furent très 
partagés et les conclusions du rapport extrêmement nua- 
geuses. Cela se conçoit, il n'y a en réalité aucune figure de 
bête ni d'homme sur la table du Port-Faisan ; la surface du 
grès est légèrement mamelonée et forme des enroule- 
ments à peu près semblables aux contours de certains 
nuages ; c'est, je pense, ce relief accidentel qui avait jadis 
induit en erreur notre vénérable antiquaire. 

Vis-à-vis, de l'autre côté du Tenu, existait un autre 
dolmen (commune de Saint-Mars-de-Coutais). 

A Menhir de la Briancière. 

Le village de la Briancière est tout à l'extrémité de la- 
commune de Sainte- Pazanne, à 7 kilomètres du bourg sur 
la route de Fresnay. Voici les renseignements que M. Camille 
de la Bmsse fils a bien voulu me transmettre sur les 
mégalithes de la Briancière: « Dans un petit chemin de 
traverse conduisant de ce village à une route neuve qui 
va de Fresnay à Saint-Hilaire, à 200 mètres environ des 
maisons de la Briancière et au milieu môme du chemin, se 
trouve la Pierre de la Briancière. Elle est couchée et 
mesure 1 m. 75 de longueur, 85 c. dans sa plus grande lar- 
geur et 30 c. d'épaisseur; elle est en grès. — A 200 mètres 
plus loin, une autre pierre est debout et sort de terre de 
55 c; les paysans prétendent qu'elle est enfoncée en terre 
de plus d'un mètre. Enfin, dans un taillis qui borde ce 
chemin, se trouve une troisième pierre presque semblable 
comme forme et dimensions à la seconde. Les anciens du 
pays racontent que sous ces pierres sont cachées des bour- 
sées d'argent. Octobre 1884. » 

□ Près du château d'Ardennes, dans les bois à l'est de 
l'avenue, se trouve une enceinte de terre de forme ellip- 



— 72 — 

tique et d'une disposition très particulière-, elle est formée 
de plusieurs vallums et talus concentriques. La motte qui 
occupe le centre est plate et sans talus sur le bord. 

A 4. Quatre haches en pierre polie, trouvées au nord 
de Sainte-Pazanne, nous ont été remises par le fermier de 
la métairie du Bignon : 1° hache en aphanite, longue de 
10 c. 2° Hache en eurite, longueur 15 c. 5. 3° Hache en 
petro-silex, longueur 12 c. 4° Hache en roche schisteuse, 
micacée, d'un vert bleuâtre, longueur 12 c. 



SAINT- PÈRE-EN RETZ . 

Une des curiosités archéologiques de ce canton est l'an- 
cien fleuve de Boivre, maintenant à sec et dont la vallée 
aride et nue a l'aspect désolé d'une immense ruine. Au pied 
de ces coteaux, dans ce large lit que sillonnaient jadis les 
navires remontant vers Saint-Père, quelques troupeaux de 
moutons et des bandes d'oies se disputent tristement un 
maigre pâturage. 

Mais ce fleuve tari a ses titres bien en règle; vers 1049, 
c'est le fluvius Bibere, au XII e siècle, la Boivre, Boira, puis 
la Bouèvre et le Boivre. Peu à peu, en perdant ses eaux, il 
a perdu jusqu'à son nom ; les paysans l'appellent aujour- 
d'hui l'Etier, et si faible est son cours qu'il n'est plus 
même nommé sur nos cartes modernes. De son antique 
splendeur il lui reste un port situé sur la rive gauche et 
qui n'est plus maintenant qu'un hameau. (On m'a assuré 
qu'il y existait des boucles en fer pour amarrer les navires.) 
D'anciens titres mentionnent aussi un droit d'ancrage pour 
la seigneurie de la Rodière, située à 2 kil. du bourg; enfin, 
dans le fond de ses vases, on retrouve de temps à autre de 
vieilles carènes, des ancres et des débris de cargaisons 
enfouies depuis bien des siècles. 

Toutefois, je pense que ce vieux Boivre n'a jamais été 



— 73 — 

un fleuve bien sérieux ; c'était plutôt une sorte de fiord 
recevant les eaux de la mer et lui en donnant fort peu ; ce 
qui me le fait croire, c'est que maintenant l'entrée en est 
coupée par la chaîne des dunes de Saint-Brevin et que si 
le Boivre avait été un fleuve digne de ce nom il eût 
repoussé cette digue, ou bien ses eaux grossies eussent 
formé un immense lac. Mais non, la séparation s'est faite, 
et il est facile de voir que l'onde amère entrait pour beau- 
coup dans son ancienne grandeur ; l'apport qui lui vient 
de tous ses affluents remplit à peine un tuyau de maçonne- 
rie servant d'écluse aux basses marées. 

Au reste, les constructeurs de mégalithes, qui choisis- 
saient toujours avec une prédilection marquée le bord 
de l'Océan, ne s'y sont point trompés ; ils ont reconnu le 
vieux Neptune dans les eaux de cette voilée et sur ses 
rives ils ont dressé de nombreux monuments. 

En commençant par la partie de l'ouest, nous trouvons : 
sur une butte, en face des maisons de la Noue, un gros 
bloc de grès, long de 2 m. 45, large de 1 m. 20 et épais de 
60 c; tout autour nous avons recueilli de nombreux silex 
travaillés, couteaux, grattoirs, etc. La butte que couronne 
cette pierre devait former autrefois une petite île. Vis-à-vis, 
de l'autre côté du Boivre, existait un menhir qui a été brisé 
depuis peu. 

n Allée couverte du Port. 

En remontant de là dans la direction de l'est, on trouve 
à la métairie du Port les ruines d'une allée couverte. 
Sept ou huit pierres plantées debout forment le fond et 
l'un dos côtés d'une galerie dont la paroi occidentale a été 
détruite depuis peu pour construire un hangar. (G. de 
Lisle.) Près de la ferme du Port on a découvert quatre 
haches en pierre polie qui m'ont été cédées par le fermier. 

^ Menhir du Port. 

Des maisons du Port un chemin conduit à la route de 
Saint-Père-en-Retz. Dans un champ qui borde ce chemin, 



— 74 — 

du côté de l'est, j'ai vu un assez beau menhir arrondi au 
sommet et dont la hauteur au-dessus de terre est de 2 m. 57 ; 
il mesure 1 m. 40 de large et 30 e. d'épaisseur. Il est un 
peu incliné vers le midi ; une sorte de cavité en forme de 
bénitier est creusée sur la paroi de l'est. Ce trou est dû. à 
un phénomène géologique assez fréquent sur les grès de 
cette nature, mais il est à remarquer que les autres 
menhirs que nous allons rencontrer sur la môme ligne ont 
aussi une cavité semblable. 

Entre le Port et la Riaudais, dans un fouillis de brous- 
sailles au bord du sentier qui relie ces deux hameaux, j'ai 
vu une large pierre de grès, très régulière de forme et 
appuyée à l'est contre un support vertical ; une trentaine 
de blocs sont agglomérés dans le prolongement de ces 
deux pierres. La table mesure 2 m. 65 sur 1 m. 35 et 67 c. 
d'épaisseur; le montant: 1 m. sur 94 c. et 35 c. Grès. 

Menhirs de la Riveraie. 

La Riveraie ou Livraie est un long village situé à 5 ki- 
lomètres à l'ouest de Saint-Père-en-Retz et traversé par 
une route neuve qui coupe la vallée du Buivre. 

J^ Dans un clos de vigne, à quelques cents mètres à 
l'ouest des dernières maisons de la Riveraie (les plus rap- 
prochées de la Vallée), on trouve un menhir de 2 m. 80 c. 
de haut sur 1 m. 85 et 60 c. d'épaisseur. 

Il est plat, très uni à la surface et de forme anguleuse ; 
vers le sommet on aperçoit une cavité irrégulière. 

J\^ A peu de distance de là, en se rapprochant du vil- 
lage, j'ai vu dans un pré un autre menhir du môme genre; 
il est haut de 3 mètres et large de 2 m. 50; son épaisseur 
est d'environ 80 c. Le profil de ce bloc de grès est mouve- 
menté d'une façon bizarre et sur une de ses faces on voit 
un creux circulaire de 12 c. de diamètre. 

Ces deux menhirs sont orientés sud-nord. 

Dans le prolongement de la ligne donnée par les deux 
menhirs de la Riveraie il en existait un troisième, abattu 



— 75 — 

depuis longtemps, et que l'on a brisé ces dernières années; 
on m'a montré la place qu'il occupait à l'ouest du premier 
menhir indiqué ci-dessus. 

Au village même de la Riveraie (*), on trouve beaucoup 
de blocs de grès à demi enfouis sous terre ; un de ces blocs 
couché près de la route, le long d'un hangar, mesure 3 m. 10 
sur 1 m. 20 et 60 c. 

Il est probable que les peulvens de la Riveraie ont formé 
jadis un alignement. 

^ Menhir de la Paragère. 

A 2 kilomètres au nord-est du bourg de Saint-Père-en- 
Relz se trouve, près de la Paragère, une pierre que 
M. Orieux a ainsi décrite parmi les menhirs de Saint-Père- 
en-Retz: ( 5 ) « A la Paragère, une pierre qui était couchée 
sur le bord du chemin a été relevée et plantée debout à 
200 mètres de sa première place ; sa hauteur est de 3 m. 75, 
sa largeur de 2 m. 30 et son épaisseur de m. 55. » L'érec- 
tion de ce mégalithe remontant seulement à quelques 
années, je crois qu'il faut le ponctuer d'un point de doute. 

J\^ Menhir des Landreaux. 

Le village des Landreaux est à 3 kilomètres au nord de 
Saint-Père-en-Retz; une petite route neuve part du village 
et remonte daus la direction de Saint-Brevin. A 3 ou 
400 mètres du village, en prenant un peu à droite de cette 
route, nous avons vu un menhir de granit dont la lon- 
gueur est de 4 m. 20, la largeur de 1 m. 70 et l'épaisseur de 
75 c. Il a été abattu récemment, lorsque l'on a défait le 
fossé dans lequel il était encastré (août 1883). 

Cromlech de la Rochelaie. 

La fermede la Rochelaie dépend delà terre de la Verrie 



( d ) Voir la notice de M. l'abbé Dominique, insérée daus le Bulletin de notre 
Société, 1880. 
( 2 ) Société Académique de Nantes, 1864, p. 406. 



— 76 — 

près Corseptet est à plus d'une lieue et demie au nord du 
bourg de Saint- Père-en-Retz. Un peu à l'ouest des maisons, 
j'ai vu, sur la pente d'un coteau, une série de blocs de granit 
déjà signalée sous le nom de cromlech. Une vingtaine de 
pierres, les unes debout comme des montants de dolmens, 
les autres abattues et à demi cachées sous la butte, des- 
sinent tant bien que mal un ovale de 13 mètres de long 
sur 9 de diamètre vers le centre. Le tout est encombré 
d'un amoncellement de pierrailles et de terre, semblable 
au remplissage d'un dolmen. Trois pierres debout me- 
surent de 1 m. à 1 m. 20 de hauteur. (6 septembre 1883.) 

Tertre des Masses. 

Au sud de la Rochelaie, et à un demi-kilomètre à l'ouest 
de Saint-Viaud, on aperçoit une butte élevée sur le sommet 
du coteau, tout au haut d'un grand clos de vigne. Sa hau- 

# 

teur est d'environ 4 mètres et elle est en partie formée 
par une tête de rocher. Auprès se trouvent les maisons 
des Masses. 

£^ Tumulus de Saint-Père-en-Retz. 

Dans le bourg même do Saint-Père-en-Retz et à très 
peu de distance de l'église, on voit un tumulus formant 
un énorme mamelon de 30 à 35 mètres de diamètre sur 
4 à 5 m. d'élévation. Cette butte n'a point été fouillée ;je 
ne crois pas qu'elle renferme de galerie dolmênique, mais 
on y trouverait peut-être, comme à la butte de Touvois, 
des traces de sépultures de l'époque gauloise. 

A Un anneau celtique en or, plat et terminé par doux 
petits crochets pris l'un dans l'autre, a été trouvé en Saint- 
Père-en-Retz (sous un dolmen?). Il rappelle beaucoup la 
forme des colliers d'or de Plouharneï. — Musée Archéo- 
logique de Nantes. 

17 A Sur différents points de cette commune, nous 
avons recueilli des haches en pierre trouvées par des cul- 
tivateurs. 

1° Une hachette en jadéiie verte, transparente et d'une 



— 77 — 

beauté remarquable; elle est parfaitement intacte et d'un 
très beau poli. Longueur 63 mm . Provenance: la Souinaie. 

2° Hache en diorite ; longueur 9 c. 5. — P ce : le Grand- 
Rouaut. 

3° Hache en roche indéterminée, d'un vert sombre -, lon- 
gueur 12 c. 5. — P ce : la Coquillère. 

4° Hache en diorite, longue de 20 c. — LesQuatre-Vents. 

5° Petite hache en serpentine, d'un vert foncé; lon- 
gueur 4 c. 3. — La Marchandière. 

6° Hache en diorite ; longueur 11 c. — Le Port. 

7° Hache en diorite, bords carrés; longueur 15 c. — La 
Nicollière. 

8° Hache en silex, brisée par le milieu. (Côté de la pointe.) 

9° Hache en diorite, bords droits ; longueur 14 c. — La 
Nicollière. 

10° Hache en petro-silex, brisée. — Environs du Boivre. 

11° Hache à bords carrés, en roche verte (eclogyte?) — 
La Riveraie. 

l u 2° Hache en diorite, longue de 11 c. — Bellevue. 

13° Hache en diorite, longue de 8 c. 5. — Le bourg de 
Saint-Père-en-Retz. 

14° à 17° 4 haches en diorite, de 10 à 15 c. — Village de 
îa Riaudais. 

(Excursions G. et P. de Lisle, 1881-85.) 

A Découverte de bronze du champ des Joncs. 

Au mois d'août 1873, Massé, fermier de la Tièdenaie, 
découvrit, eu creusant un fossé au bord de la pièce des 
Joncs-Bonainy, une quantité considérable d'objets en bronze 
enfouis sous terre dans un trou. 

Une partie de ces objets fut vendue à un brocanteur et 
achetée par M. Parenteau, pour le Musée de Nantes. 
M. Blandin, propriétaire de la Tièdenaie et conseiller géné- 
ral de ce canton, donna généreusement au Musée le reste 
de ces bronzes. 



— 78 — 

Le caractère le plus remarquable de cette trouvaille est 
la rencontre simultanée de quatre haches de types diffé- 
rents: hache plate, hache à talon, hache à ailerons et hache 
à douille. Il est à noter aussi que les haches plates, d'un 
type assez primitif, sont mêlées à des épées de la forme la 
plus perfectionnée. — Voici rénumération de ces bronzes: 

5 poignées d'épées ( l ) (brisées) et 35 fragments de lames à 
nervure ronde entre deux filets. 

3 fragments de poignards; 2 pointes de lance (brisées). 
1 hache plate, très rugueuse d'un côté ; 1 hache plate 
munie de deux apophyses latérales; tête droite. 
1 hache à talon entière et deux fragmen's. 

6 haches à ailerons et 7 fragments. 

1 hache à douille, avec 3 filets en relief; 3 haches à 
douille, unies; 10 fragments. 

2 bracelets cylindriques et 7 fragments. 

1 grattoir percé (extrêmement usé). 1 fragment de no- 
vacle. 
22 fragments de eulots de bronze. 
Une cinquantaine de morceaux de haches, épées, etc. 
Tous ces objets ont une très forte patine verte. 

Période gallo-romaine. 

Les travaux exécutés pour la construction de la nouvelle 
église ont mis à jour un certain nombre de sarcophages 
en calcaire coquiller. J'en ai vu plusieurs assez bien con- 
servés; l'un d'eux, très irrégulier de forme, avait les côtés 
et surtout la paroi du côté de la tète, taillés obliquement. 
Tout autour se trouvaient des fragments de briques à cro- 
chets. 



(M Voir Epées et poignards de bronze de la Bretagne, par V. Micault et 
P. de Lisle du Dreneuc. Saint-Brieuc, 1883. 



— 79 — 

M. de la Pilaye, dans une note manuscrite citée par 
Bizeul, indique un certain nombre d'objets gallo-romains 
trouvés aux environs de Saint-Père-en-Retz. Il signale 
également trois camps attribués à la période romaine ; voici 
leur description : 

□ « Le premier de ces camps est sur le chemin de 
Pornic, à un quart de lieue au-dessus du moulin de Sion. 
— Il est placé sur le point le plus élevé des environs, de 
manière à pouvoir surveiller même rentrée de la Loire. On. 
prétend qu'à l'aide d'une lunette, on découvre la ville de 
Nantes. Ce camp est carré, sans butte prétorienne et entou- 
ré de fossés. Un reste de rempart s'élève encore à 10 pieds 
de hauteur. Il est situé entre le moulin et la métairie de 
Coët-ar-Gan. 

□ « Le second camp est à Château-Gaillard, au bord des 
Marais. » 

□ « Le troisième est à un quart de lieue plus loin, aux 
Riaillières, dans le taillis de Rigolet. Ce dernier, situé au 
midi des marais, est moins élevé que le précédent. Mainte- 
nant que les lieux ont été mis en culture, il reste à peine 
quelques traces de ces deux derniers, mais, en 1820, leurs 
fossés et remparts étaient encore presque entiers. » 
J'ai seulement aperçu les restes du premier de ces camps 
sur la butte du moulin de Sion. 



SAINT-VIAUD. 

A 3 kilomètres au sud-est de Paimbœuf, sur la gauche 
de la route qui conduit à Nantes, j'ai vu une butte rocheuse, 
bien dégagée entre la Loire et un ravin, et sur laquelle 
apparaissaient çà et là des blocs de forme allongée, res- 
semblant à des menhirs abattus. L'un d'eux, au pied de la 
butte, dans la direction du sud-est, mesure 2 m. de long 
sur 70 c. de large; deux autres vers le sommet ont, l'un 



— 80 — 

2 m. 70, l'autre 2 m. 10 de longueur. Quand on construisit 
le moulin qui couronne ce tertre, on trouva sous terre plu- 
sieurs grandes pierres plates. — Cette butte se nomme la 
Ramée. 

A une lieue au sud-est du bourg, près de PAubaudière, 
plusieurs pierres isolées dans un pré ont été signalées par 
MM. Chevas et Verger, qui pensent que ce sont les restes 
d'un monument mégalithique. 

L'annuaire de la Loire-Inférieure signale enSaint-Viaud 
la Pierre Cantin et le souterrain de Saint-Vital, dans le 
bourg. 

3 A Trois haches en pierre polie, trouvées en Saint- 
Viaud, font partie de notre collection. 

1° Hache à tête droite, longue de 13 c, diorite. 

2° Hache en fibrolithe d'un blanc laiteux semée de grains 
verts; longueur 9 c. — Village de Boismain. 

3° Hache en diorite, brisée ; même provenance. 

Période gallo-romaine. 

[_j Un sarcophage en calcaire a été trouvé près de 
l'église de Saint-Viaud. 

Lieux dits: la Roche-Voleau, le Rocher, la Motte, Mala- 
bry. 



VUE. 



A Menhir de Genonville. 

Près de la Genonville, à 1 kilomètre à l'ouest du bourg, 
M. Verger indique un menhir placé dans un taillis ; je n'ai 
point ses dimensions. 

Période gauloise. 

□ L'interminable bourg de Vue est construit sur une 
île très allongée de l'orme et dont le point culminant était 



i 



— 81 — 

défendu par une fortification. M. Jaquelin, notaire à Vue 
et propriétaire d'un vaste enclos situé au midi de l'église, 
fit exécuter vei s 1868 de grands travaux pour l'arrangement 
d'un parc. Eu nivelant les terres dans la partie du sud, on 
découvrit une longue muraille en grosses pierres posées à 
froid et enchevêtrées de poutrelles entrecroisées comme 
les pièces d'une claie. Une immense quantité de longues 
fiches en fer furent trouvées avec ces poutrelles ; beau- 
coup ont été données au Musée de Nantes. Elles servaient 
à unir les pièces de bois qui traversaient le mur et lui don- 
naient une grande solidité. C'est le système des remparts 
gaulois décrits par César au livre 8 de ses Commentaires. 
On m'a montré la place qu'occupait ce vieux mur sur une 
élévation qui domine les marais ; rien ne paraissait au- 
dessus du sol avant les fouilles. Peut-être ces retranche- 
ments gaulois subsistèrent ils jusqu'à la fin du XVI e siècle, 
époque où Mercosur fit raser les fortifications de Vue. 

Période gallo-romaine. 

J'ai vu, en 1883, chez M. Jaquelin, deux amphores brisées 
que l'on venait de découvrir sur une butte au sud du bourg, 
de l'autre côté du premirr étier qui sépare le bourg. Ces 
vases et quelques autres débris de poteries gallo-romaines 
étaient enfouis sous terre à une profondeur de 30 c. 

Lieux dits : la Rochette, la Fosse des Prés, le Pas, la 
Barre, Malalou. 

P. DE LlSLE DU DRENEUC. 



1885. — l<> r SEM. 



DE L'ANTIQUITÉ 



DE LA 



CONNAISSANCE DU FER 



Il est généralement admis qu'a, l'origine les hommes n'ont eu 
à leur disposition, pour les usages de la vie, que des instruments 
de pierre, dont les formes et les façons se sont modifiées et per- 
fectionnées avec le développement intellectuel qu'ils acquéraient ; 
qu'ils ont ainsi passé par une période que l'on a appelée « celle 
de la pierre », par opposition à une autre période qui, générale- 
ment aussi, lui aurait succédé, et dans laquelle ils ont pu substi- 
tuer à la pierre un métal qui, le plus généralement, a été le 
bronze, et dont cette seconde période a reçu le nom. 

Ce ne serait qu'après avoir passé par ces deux étapes qu'ils 
seraient arrivés a la période dite « du fer », laquelle correspon- 
drait à l'origine des temps historiques. 

Il y aura probablement toujours impossibilité d'établir une 
chronologie de ces âges, et on peut même douter qu'ils aient 
été, absolument et partout, ainsi successifs. Qu'ils soient certai- 
nement d'une date plus ancienne que les vieilles civilisations de 
l'Asie ; qu'ils n'en soient pas, au contraire, synchroniques, comme 
de nos jours, nous pouvons constater le même fait pour tant de 
parties du nouveau monde, et même encore sur quelques points 
de l'ancien, cela est probable. 

Tout, dans le domaine des sciences modernes, impose l'idée 
que l'homme est venu longtemps après l'accomplissement des 



— 83 — 

temps géologiques, mais, cependant, sans qu'il soit nécessaire 
d'admettre, pour la durée de son existence, des nombres d'an- 
nées excessives et sans limites. 

Déjà, l'on met en doute l'extrême antiquité des choses préhis- 
toriques, telles que les habitations lacustres de la Suisse, dont 
l'ensemble offre l'idée la plus complète que nous puissions nous 
faire des deux périodes de la pierre et du bronze. 

Qu'il y ait eu un moment où les premiers hommes ont ignoré 
complètement les métaux, on peut admettre ce fait. 

Il n'en est pas de même en ce qui concerne l'ordre dans 
lequel on veut qu'ils les ont connus, et que l'on confond trop avec 
l'usage qu'ils en ont fait. 

En effet, les métaux nobles, ainsi que le cuivre, se trouvent 
à l'état natif et peuvent être utilisés tels quels. — La plupart des 
autres ne se trouvent qu'à l'état d'oxides, et le bronze, comme 
on sait, est un produit d'art, alliage de cuivre et d'étain. 

L'étain n'existe qu'à l'état d'oxyde et dans un seul minerai, 
d'aspect absolument pierreux, dépourvu de tout caractère exté- 
rieur pouvant révéler un métal, et on peut être justement étonné 
de la sagacité qui en a fait découvrir la nature. Ses gisements 
sont en outre plus rares que ceux des autres métaux. 

Le fer ne se trouve pas à l'état natif, sauf dans certaines météo- 
rites que l'on dit avoir été rencontrées en masses importantes 
dans le centre de l'Afrique. Ses minerais sont des oxides variés, 
répandus partout à profusion. Un grand nombre ont tout à fait 
l'aspect métallique, quelques-uns môme à bords très tranchants. 
Tous diffèrent absolument des matières pierreuses. 

On obtient le cuivre, le fer et l'étain par un simple et même 
procédé, en soumettant leurs minerais à l'action d'un foyer de 
charbon qui opère ce qu'on appelle « la réduction de l'oxide. » 

L'étain et le cuivre coulent après la réduction. Le fer ne coule 
pas, il reste solide, offrant une masse rugueuse, plus ou moins 
celluleuse, qui a besoin d'être soumise de nouveau à l'action de 
feux intenses et a des martelages répétés, pour rendre le produit 
propre à un usage, opérations longues et pénibles qui ont dû 



— 84 — 

faire renoncer à son emploi, en présence de la plus grande faci- 
lité qu'offraient le cuivre et l'étain, pour obtenir, en les mélan- 
geant, et immédiatement, par une simple fusion et un moulage, 
un instrument fini. 

On peut donc croire, raisonnablement, qu'à l'origine, tous les 
métaux usuels ont été connus en même temps, et que la diffi- 
culté de travailler le fer, sans parler de sa facilité à la destruction 
par l'oxidation, est la seule cause qui en a retardé l'emploi, jus- 
qu'au moment où la nécessité d'un métal plus résistant et plus 
dur que le bronze s'est fait sentir. 

Tous les peuples qui ont fait usage du fer ont-ils nécessaire- 
ment passé, avant d'y arriver, par l'âge du bronze? Les archéo- 
logues ne sont pas tous d'accord à ce sujet; ainsi, dans la séance 
de la Société d'Anthropologie de Paris, du 20 mars 1884, l'un des 
membres les plus autorisés s'exprime ainsi : « On sait que de 
« temps immémorial beaucoup de peuplades nègres ont possédé 
« l'industrie du fer, tandis qu'ils n'ont jamais possédé et ne 
« possèdent même pas encore l'industrie du bronze, ce qui devrait 
« empêcher certains archéologues de trop généraliser que,partout, 
« les peuples sont passés par l'âge du bronze, avant d'arriver à 
« l'âge du fer. » 

Si nous abordons l'histoire proprement dite, nous voyons que 
c'est en Egypte et dans l'Asie occidentale que les premiers faits 
se sont dessinés. 

Dans les ruines du palais de Korsabad, on a trouvé plus de 
cent soixante tonnes de fer en instruments de toute espèce ; on 
peut supposer que les fameux aciers de Damas sont un legs de 
l'industrie assyrienne. — Dans les fouilles de Ninive et de Baby- 
îone, on a trouvé de nombreux objets où le fer est emprisonné 
dans une gaine de bronze et n'a subi aucune altération, si bien 
qu'on a pu lui faire subir le poli. — Ce fait ne prouve-t-il pas que 
son altération par l'oxydation était bien connue? 

Mais les anciens Egyptiens l'ont-ils connu? — En ont-ils fait 
usage, par exemple, pour leurs sculptures dans des matières 



— 85 — 

aussi dures que le granit et le basalte, qu'ils ont exécutées en si 
grand nombre et dans des proportions si colossales? 

Les avis étaient restés partagés jusqu'ici, sans qu'il fût maté- 
riellement possible de se prononcer d'une manière précise. 

Parmi les plus autorisés, Mariette affirmait qu'il n'avait pas 
été connu dans l'ancienne Egypte, et, à l'exposition de 1878, il 
avait réuni une collection d'outils en bronze qu'il admettait comme 
les seuls ayant été employés. 

La question restait cependant toujours pendante et ne cessait 
d'être agitée, tant à la Société d'Anthropologie de Paris qu'à 
celle de Londres. — A cette dernière, par un curieux hasard, 
on venait de se prononcer pour la taille des pierres dures par 
l'emploi unique d'outils à pointes en diamants, à l'exclusion de 
toute intervention d'un métal et même du silex ; quant à la 
Société de Paris, à la date du 15 novembre 1883, M. Maspéro, 
assistant à la séance, vint annoncer avoir trouvé, dans les fouilles 
qu'il opère depuis trois ans, des douilles en fer d'outils, la soie 
d'un ciseau brisée, encore engagée dans un ciment, dans une 
pyramide de la cinquième ou sixième dynastie et dans une autre 
de la dix-septième. 

Dans la discussion qui suivit, M. Maspéro dit qu'il n'a jamais 
rencontré de silex taillé ou non, dans toutes ses recherches, dans 
les tombeaux, parmi les objets oubliés, rejetés ou perdus par les 
ouvriers, — Si le silex avait été employé, on devrait en retrouver 
des débris en masses considérables, avait déjà fait observer 
M. de Mortillet. — Mais il a rencontré des fils à plomb, des 
maillets, des godets à couleurs, quantité de manches en bois et 
en os, la lame n'y étant jamais. Le brome, dit-il, étant com- 
mun, et le fer, au contraire, rare et cher, c'était une raison 
suffisante de ne rien laisser perdre. 

A la suite de cette discussion et à l'unanimité des membres 
réunis, la question de la connaissance du fer et de son usage en 
E c uypte, à une époque reculée, a été résolue et admise affirma- 
tivement. 



— 86 — 

Entin, dans la séance du 7 février 1884, l'un des membres les 
plus distingués de celte Société, M. 0. Bauregard, a lu, sur cette 
importante question, un travail d'ensemble remarquable par la 
méthode d'exposition et l'érudition qu'il révèle chez son auteur. 
— Il m'a vivement intéressé, et j'ai pensé à en faire une analyse, 
espérant, en cela, être agréable à ceux de nos collègues que cette 
question peut aussi intéresser et qui n'auraient pas eu occasion 
de le lire. 

Champollion, dans sa grammaire imprimée en 1836 (quatre 
ans après sa mort), avait affirmé que le fer avait été connu dans 
l'ancienne Egypte et qu'il était désigné sous le nom de Ba ou 
Baa. 

Wilhinson l'affirmait aussi dans son ouvrage, en 1837. 

Deux témoignages matériels et absolus sont venus, depuis, con- 
firmer ces deux affirmations. 

Le premier, en date du 26 mai 1837, relève d'un monument 
antérieur de trois ou quatre siècles à la sépulture du roi Ounas, 
dont il va être parlé plus loin. 

Il a été trouvé dans la pyramide de Giseh, et découvert par 
M. Bill, dans les joints delà maçonnerie. - Conservé au Briiish 
muséum à Londres et analysé en 1874, il a été reconnu pour 
être du fer et non de l'acier. 

Le second vient d'être découvert par M. Maspéro, dans la 
pyramide du roi Ounas, neuvième et dernier roi de la cinquième 
dynastie. Il consiste dans des viroles de fer, sertissant des 
manches d'outils, trouvées dans une pièce basse encombrée 
d'éclats de pierres. 

L?s textes des inscriptions de cette pyramide sont, d'après 
M. Maspéro, de trois sortes : « Ritualistiques, prières et formules 
manques. » Analysés dans leurs détails, ils fournissent des argu- 
ments pour établir : 1° L'usage industriel du fer en Egypte, à 
une des époques primitives de son histoire. — 2° Il ouvre des 
jours inconnus sur les pratiques commerciales des Egyptiens à 
cette époque. — 3° Il fait connaître l'intervention du fer dans 
les ntes et cérémonies du premier Empire, en démontrant qu'il 



— 87 — 

n'y jouait pas un rôle maudit, comme l'avaient prétendu certains 
Egyptologues. 

Le texte « Fer du midi et fer du nord, deux briquettes, » 
indique que c'est en lingots de petites dimensions que l'Egypte 
recevait des contrées qui l'approvisionnaient, le fer de sa consom- 
mation courante. — Dans ces conditions de formes, c'était là, 
pour les Egyptiens, le fer à l'état brut. 

Pour l'assouplir à leurs usages, les Egyptiens durent le tra- 
vailler; par conséquent, les douilles de fer trouvées, sertissant des 
outils, prouvent l'existence d'artisans forgerons de l'Egypte pha- 
raonique. 

Les annales commerciales de l'Egypte semblent aussi devoir 
profiler des révélations sorties de la tombe du roi Ounas. — 
En effet, il est acquis que le fer en Egypte n'est pas indigène. — 
Il ne peut donc s'y trouver qu'importé. — Jusqu'ici, c'était un 
axiome historique que l'Egypte des Pharaons ne s'est ouverte au 
commerce international qu'à l'époque du premier Psammetik 
(roi de la 26 e dynastie). Or, le roi Ounas date de 3500 ans avant 
lui. Ce fait prouve que les relations commerciales étaient déjà 
établies, et les inscriptions de sa tombe permettent de spécifier 
quels furent les peuples avec lesquels l'ancienne Egypte paraît 
avoir, dès lors, directement trafiqué. 

Le fer présenté en offrande est en effet de deux provenances: 

Fer du Midi et Fer du Nord. 

D'où peut venir, à Memphis, le fer du midi? 

D'où peut y venir le fer du nord ? 

D'après l'auteur, le premier ne peut venir que de l'Ethiopie, le 
second, de Syrie ou venant par la Syrie. 

En effet, pour l'Ethiopie, il n'y a pas à en douter, cette contrée 
étant riche de tous les métaux. — Aujourd'hui encore, le fer 
qu'elle produit suffit à sa consommation, et Bakoui, géographe 
arabe du XV e siècle, parle du renom qu'avaient encore de son 
temps les fers de lance, fabriqués dans une province méridionale 
de l'Ethiopie, alors nommèu S amhar. 



— 88 — 

Pour la Syrie, la preuve est à faire, et voici comment on le 
peut. 

La Syrie possède des minerais de fer, quoique moins que 
l'Ethiopie. — Les fers et aciers de Damas sont renommés. 

De petits monuments en cônes et cylindres témoignent que de 
bonne heure la Syrie a été en relation avec l'ancienne Chaldée, 
qui, par des témoignages matériels, a dû être, dans l'antiquité, 
très riche en minerais de fer, « Hématite » principalement ; ainsi 
qu'en d'autres substances minérales. — Sur cent cinquante cônes 
provenant de la Chaldée et du pays babylonien, et qui sont au 
musée de la Haye, il y en a cinquante- deux qui sont en « héma- 
tite. » — L'Hercule assyrien porte le titre de roi du Fer, seigneur 
de Fer (F. Lenormant). — On est donc autorisé à conclure que 
les contrées qui relèvent du bassin inférieur de l'Euphrate possé- 
daient en abondance des substances ferrugineuses. 

Plus de deux mille ans avant notre ère, le Chaldéen Abraham 
vint se fixer en Syrie et trafiquer avec l'Egypte. — L'observation 
suivante de M. de Rougé doit être ici notée : « Les peuples les 
« plus familiers avec l'Egypte reconnaissaient un lien de parenté 
« entre les races égyptiennes et plusieurs de leurs voisins, parmi 
« lesquels Canaan (Syrie) était reconnu comme frère de Mis- 
« traim (Egypte). » 

L'histoire lapidaire de l'Egypte du nouvel empire vient confir- 
mer les idées sommaires qui précèdent. Cette histoire, en effet, 
affirme l'existence du fer en Syrie et en Assyrie, pour une époque 
antérieure de 1500 ans à notre ère. (Annales de Toutmès, 111.) 

Ici l'auteur entre dans de longs développements sur les textes, 
l'énumération des divers objets, armures, ustensiles en fer. — 
Il rappelle l'opinion de M. Oppert, qui fixe à 3540 ans avant J.-C. 
la construction de la Tour des Langues par les Chaldéens, d'après 
l'inscription de Kirnak. Ainsi, les annales de Toutmès font remon- 
ter la civilisation des populations comprises entre « le Tigre et 
les rives de la Syrie à 34 siècles de nos jours. 

« Pour ces mêmes populations, avec Abraham nous atteignons 
40 siècles. 



— 89 - 

« Avec la Tour des Langues, nous atteignons 54 siècles. » 

Or, si on considère que les ingénieurs et les architectes capables 
d'édifier la Tour des Langues et les palais de Babylone ne pou- 
vaient être que des agents d'une civilisation avancée, on pourra 
admettre, sans exagération, que la civilisation de l'Asie occiden- 
tale ne peut être inférieure à 65 siècles. 

A ce compte, la Syrie a pu, au temps du roi Ounas, fournir à 
l'Egypte, par elle-même ou par la Chaldée, « le fer du nord » de 
l'inscription des offrandes. 

La chronologie des rois d'Egypte de Lesueur, architecte de 
l'Hôtel-de- Ville de Paris, membre de l'Institut, place la date de 
la mort du roi Ounas en l'an 4505 avant notre ère ; par consé- 
quent, le fer trouvé dans sa tombe serait vieux aujourd'hui de 
4505 + 1883 = 6388 ans. 

Cette date, tout éloignée qu'elle nous paraisse, doit pourtant 
être encore reculée par la découverte du fer de M. Hill, dans la 
grande pyramide de Giseh, dénommée au jour de sa construc- 
tion « Horizon ». — Edifiée* par le second roi de la quatrième 
dynastie, le Souphis du canon de Manélhon, mort en l'année 
proleptique 4975, ce qui met en avance de 470 ans sur la date 
de la mort du roi Ounas et donne, au compte de Lesueur, au 
fer de la pyramide de Giseh l'âge actuel de 6858 ans. 

C'est là, sinon à titre définitif, au moins comme position acquise, 
dans l'âge des monuments, une antiquité fort considérable, et, 
cependant, il semble que nous puissions reporter l'âge du fer en 
Egypte, bien plus profondément encore dans la vie du monde 
ancien. 

Le livre des Morts, expression fondamentale et souveraine 
des croyances de l'Egypte, parti de son plus lointain passé, peut, 
comme le Rig-Veda, dans l'Inde, être consulté. — Ce livre, legs 
du gouvernement sacerdotal de l'Egypte au gouvernement révo- 
lutionnaire et militaire fondé par Menés, serait, d'après la chrono- 
logie de Lesueur, antérieur de cent ans à la mort de ce roi dont 
elle établit la date a l'année proleptique 5773, ce qui affecterait 
aujourd'hui, au livre des morts, un âge de 5773 4- 100 -j- 1883 



— 90 — 

= 7756 ans, et à tous les faits dont la constatation sortira de ce 
livre, une égale antiquité. 

Tout en reconnaissant que divers chapitres de ce livre relèvent, 
comme institution canonique, d'époques pharaoniques, l'auteur 
conclut avec raison que les deux témoignages matériels que nous 
possédons permettent, sinon d'établir sur des chiffres, à la suite 
de Lesueur, l'antiquité du fer en Egypte, au moins de l'affirmer 
avec confiance par cette simple formule : L'antiquité du fer en 
Egypte égale V antiquité historique en Egypte. 

P. Poirier. 



GRAND-CHAMP ET SES ORIGINES 



Quand on se livre aux recherches à travers le passé, il est 
presque impossible de limiter d'avance son champ d'exploration, 
tant les analogies ou les oppositions qui se rencontrent sur la 
route font naître de conjectures séduisantes. Je voulais d'abord 
m'enfermerdans Petit-Mars pour lui arracher un à un ses secrets, 
et me voici maintenant sur la rive opposée de l'Erdre, poursu - 
vant la solution d'un autre problème archéologique. Vous savez 
comment j'ai été poussé de ce côté. L'abbé Perray, sondant 
l'élymologie du nom de Petit-Mars, croyait y voir l'abréviation du 
nom de Petii-Champ-de Mars et inscrivait dans ses notes que les 
archives de la Chauvellière lui donnaient raison. Les titres de 
cette antique demeure féodale ont été examinés et rien n'est venu 
confirmer les assertions de notre abbé; les documents les plus 
anciens nous montrent que la paroisse se nommait Mars au XII e 
et au XIII e siècle, et que l'épithète de Petit n'a été ajoutée qu'au 
XV e siècle, non pas pour distinguer la paroisse d'une autre qui 
se serait appelée Grand-Champ-de-Mars, mais pour indiquer sans 
doute que sa population n'avait qu'une minime importance, comme 
le témoigne encore aujourd'hui la petite église paroissiale du 
vieux bourg. 

Si on interroge l'histoire et le sol de la commune nommée 
Grand-Champ, sur la rive droite de l'Erdre, ou ne voit pas non 
plus qu'elle ait été opposée à une aulre, comme on a opposé 
Grand- Auvcrné à Petit-Auverné. L'explication de son nom est 
ailleurs. D'abord il est bien certain que cette paroisse n'a jamais 



— 92 — 

été appelée Grand-Champ-de-Mars, bien qu'elle ait renfermé 
une villa portant ce nom romain. Dans le cartulaire de Redon, on 
ne la désigne pas autrement que par Grandis- Campus, que je 
traduis par Grand- Camp et non par Grand-Champ, pour deux 
raisons : d'abord, parce que l'aspect du territoire me contredirait; 
ensuite, parce que je rencontre les vestiges d'une immense forti- 
fication qui justifie parfaitement mon appellation préférée. Les 
ondulations du terrain forment une série de vallées qui rayonnent 
autour du bourg, en sorte que la majeure partie du sol est acci- 
dentée. Le nord seul se présente sous l'apparence d'un immense 
plateau de landes, cultivées depuis peu d'années, nommé en cer- 
tains cantons le Désert, et où les villages sont en effet très clair- 
semés. En examinant cette contrée aride, dépouillée de la belle 
végétation forestière qui fait l'ornement et la gaieté des environs, 
sillonnée seulement de larges chemins primitifs et de fossés sans 
verdure, pourvue de maigres moissons, on se croirait plutôt à I 
l'entrée du Sahara qu'aux portes de la fertile, commune de Héric. 
De là l'œil se perd de tous côtés dans les profondeurs d'un hori- 
zon de plus de dix lieues. Evidemment, me disais -je, ce lieu a 
dû frapper l'attention des populations qui ont voulu se mettre à 
l'abri d'une surprise ou se préparer un champ de bataille, et c'est 
ce qui est arrivé, en effet. 

Toutes les traces des moyens de défense imaginés par les pre- 
miers habitants de Grand-Champ n'ont pas disparu. Descendez 
de voiture au village de la Grande-Haie et interrogez n'imporU 
quel paysan, demandez-lui où sont les Gros-Fossés, il saura par- 
faitement vous les montrer. Une femme d'une trentaine d'années I; 
que je consultai la première, retrouva promplcment ses souvenirs 
elle me répondit qu'elle n'allait jamais, étant enfant, conduin 
ses moutons, sans frayeur, du côté des Gros-Fossés; les tranchée: 
profondes et les laïus élevés frappaient si fort son imaginai ion 
qu'elle croyait toujours voir surgir des fantômes de ce lieu mysté 
rieux. Un vieillard consentit à me servir de guide, et se dirige 
sans hésiter vers l'endroit que je cherchais. 

La partie des retranchements de Grand-Champ la mieu 



— 93 - 

conservée figure une ligne droite qui descend du nord au sud, 
depuis l'étang du Haut-Fay, en Iléric, jusqu'au village de Chau- 
nay, en Grand-Champ; elle est parfaitement reconnaissable sur 
ce parcours, qui ne comprend pas moins de deux kilomètres. 

Les talus n'ont plus leur hauteur primitive, ni les douves leur 
profondeur ; tantôt ils sont presque nivelés, tantôt ils réappa- 
raissent à demi tracés ; cependant, il en subsiste encore, çà et 15, 
de longues sections qui permettent de les rétablir, par la pensée, 
dans leur état primitif. En certains endroits, la profondeur atteint 
encore de six à huit pieds; on peut donc supposer qu'à l'origine, 
le fossé et son talus réunis formaient une fortification constante 
de quinze pieds de hauteur à franchir. Il n'en fallait pas davan- 
tage pour protéger une agglomération quelconque contre une 
irruption violente. 

Si nous en jugeons par d'autres vestiges, ce camp retranché 
avait plus d'une enceinte. En se rapprochant de Ghannay, on 
rencontre une seconde ligne parallèle à la première qui en est 
séparée par un intervalle de 30 mètres en arrière, et, quand on 
arrive à Ghannay, le fermier, vous conduisant à 500 mètres en 
avant, vous en montre une troisième également parallèle, dont 
il ne subsiste plus qu'une section très courte. Les nécessités du 
partage des terres, des chemins et de la culture ont lait dispa- 
raître ailleurs ce qui subsistait de ce camp retranché, mais les 
noms de lieu demeurent là pour nous avertir et nous signaler 
l'étendue de son périmètre. 

Il est indubitable que les Gros-Fossés ont été le théâtre d'une 
lutte; on en parle encore à Héric et à Grand- Champ et, quand 
on presse les habitants de questions, ils vous montrent un champ 
qu'ils nomment le Cimetière des Sarrasins ( l ). Je me suis rendu 
sur ce champ avec les plus anciens du pays, j'ai fait creuser des 



(0 Le prétendu cimetière est près du Champ-Couëron, sur le bord du 
chemin de la Pasquelais. 



— 94 — 

trous profonds en divers endroits et je n'ai pas aperçu autre 
chose que de la terre noire mélangée à une terre jaunâtre, sans 
aucuns débris humains. L'appellation du lieu restait à expliquer. 
Il m? fut répondu que là encore s'élevait, il y a cinquante ans 
et plus, une enceinte circulaire en terre de 20 mètres de dia- 
mètre environ ; il est donc vraisemblable de croire que les habi- 
tants, ne comprenant pas la raison de cette enceinte, en ont fait, 
par induction, un cimetière. Comme le cimetière des Sarrasins 
est sur la ligne que devait suivre la fortification de l'ouest à l'est, 
nous devons croire que ce fortin de terre faisait partie du système 
de défense ainsi que les châtelets qui le touchent (*). Le nom 
de Grande-Haie, que nous rencontrons ensuite, n'est pas non 
plus un indice trompeur. O.i sait que les premiers châteaux 
féodaux entourés de douves n'ont pas eu d'autre désignation ; 
les plus vieilles demeures féodales ne s'appellent pas autrement 
que la Haie ou le Plessis. Si j'avance plus loin vers l'est, c'est le 
Bossin, puis le lieu de la Guerrie, puis !e Edouard, corruption 
de Boulevard. Tels sont les jalons du côté nord. 

En descendant vers le sud, je trouve pour le troisième côté 
du quadrilatère la Douve, la Bosse, puis au sud le Tertre, le Bar- 
reau, la Bosse et le Gros-Fossé ( 2 ), dans les landes de Marigné, 
marquant le quatrième côté du camp retranché qui a donné son 
nom à la commune de Grand-Champ. Si Ton admet cette série 
de témoignages, on est forcé de conclure que ce retranche- 
ment n'avait pas moins d'une lieue de côté. Le fait pourra paraître 
surprenant, et pourtant il n'est pas sans exemple, même dans 
notre comté nantais. Anelz, suivant Ogée, aurait été dans le 
même cas que Grand Champ. « On voit, dit-il, dans un itiné- 
raire romain, que jadis il y eut un camp dont il ne paraît plus 



(*) Les châtelets sont uue pièce de terre voisine de la route de Rennes, à 
l'est du Ghamp-Cotiëron. 

( 2 ) Dictionnaire de Bretagne, Anetz. 






— 95 — 

aucuns vestiges, à peu près dans le même endroit où est aujour- 
d'hui la paroisse d'Anetz. » Quand nous connaîtrons mieux 
l'histoire de toutes nos communes, peut-être trouverons-nous 
d'autres similitudes. 

Pour Grand-Champ, je voulais éclairer son passé en rapprochant 
son nom de celui de Mars, mais j'avoue que la tentative ne me 
semble pas devoir être féconde en résultats. Il est certain qu'un 
village, nommé Marcis et Marcius, a existé sur ce territoire au 
IX e siècle ; j'en trouve la preuve dans le cartulaire de cette puis- 
sante abbaye de Redon qui reçut tant de donations dans notre 
pays ; mais ses destinées ont été si obscures, qu'on ignore aujour- 
d'hui jusqu'à l'endroit où s'élevaient les constructions. La Coulée 
de Malseu ou Marseu, au nord, me semblait curieuse à fouiller, 
on y signalait un puits comblé, des murs ensevelis dans les 
taillis du Courtil ; les recherches n'ont amené que la découverte 
d'un mur sans aucun caractère antique. La villa étant devenue 
terre ecclésiastique, il est assez probable qu'elle se cache sous 
les noms de l'Abbaye ou du Moùtier. Dans tous les cas, la men- 
tion du cartulaire atteste que Grand-Champ était une paroisse 
constituée avant le IX e siècle et qu'elle était traversée au moins 
par un grand chemin (*), données qui s'accordent bien avec l'âge 
reculé que les antiquaires attribuent volontiers aux retranche- 
ments en terre. 

Sont-ils un produit de l'art romain, des civilisations barbares 
ou de l'époque mérovingienne? Nul n'oserait répondre d'une 
façon affirmative. S'il m'était permis de hasarder une opinion, 
j'émettrais un avis contraire à celui de M. Bizeul, qui ne voyait 
partout que des traces du passage des Romains. Ce vaillant cher- 
cheur de voies romaines serait un guide plus sur, s'il avait été 
moins préoccupé de condenser toutes ses constatations dans le 
cadre étroit d'un même système. Les retranchements en terre qui 



(0 Via publica in plèbe Grancampo, 833, p. 35. Mansus uoster in vicaria 
Graado-Gainpo, p. 165. 



— 96 — 

se trouvent fréquemment dans les landes de Bretagne (Grand- 
Champ excepté), n'ont pas échappé à son œil investigateur, mais 
pourquoi a-t-il voulu y voir une série de travaux étroitement 
liée au réseau des voies de communication? M. de Lisle, qui 
sait mieux que personne faire de l'archéologie pratique, vous dira 
comme moi qu'en appliquant les indications de M. Bizeul sur le 
terrain, on n'est pas le moins du monde tenté d'adopter ses con- 
clusions. 

Si l'on réfléchit au peu d'industrie qu'exige l'art des travaux 
de terre, on sera plutôt porté à croire que les nôtres ont pour 
auteurs les populations indigènes qui eurent a s'abriter contre 
les envahisseurs soit au temps de Jules César, soit plus tard, au 
moment des invasions bretonnes. Qu'est-ce que font encore 
aujourd'hui les sauvages, quand ils ont à redouter les pillards? 
Ils n'agissent pas autrement. Un conférencier, parlant dernière- 
ment, à Nantes, de Madagascar, nous disait que les Hovas, campés 
au milieu de l'île dans des huttes de jonc, avaient la précaution 
d'enceindre leurs villages d'un retranchement en terre et d'éta- 
blir un pont-levis qui se levait chaque soir. 

On trouvera plus de lumière dans ce dernier fait que dans 
toutes les comparaisons auxquelles on pourra se livrer sur la 
nature, la direction et la forme des travaux en terre qui subsistent 
sur notre sol. Ceux d'Abbaretz ne ressemblent en rien a ceux de 
Grand-Champ, ils ont tout à fait l'aspect de carrières ouvertes 
pour la recherche du minerai. Ceux de Saint-Mars-la-Jaille, qu'on 
veut rattacher à une grande ligne qui s'étendait de l'est à l'ouest, 
ne sont qu'un simple épaulement sans importance établi sur le 
bord de l'Erdre, près d'un gué, pour en protéger le passage. Je 
les ai visités et j'avoue qu'il m'est impossible d'expliquer com- 
ment on a pu les rattacher à un système de défense combiné 
autour d'Abbaretz. 

Une excursion dans le canton de Saint-Mars-la-Jaille 

M. le marquis de la Ferronnays, maire de Saint-Mars, qui 
voulait bien me servir de guide et de patron dans son canton, et 






— 97 — 

qui s'intéresse, vous le savez, vivement à toutes les questions 
élevées qui s'agitent dans notre déparlement, m'a conduit sur 
divers points qui méritent d'arrêter l'attention de l'archéologue. 
L'endroit où son jeune fils avait ramassé une hache en silex, taillée, 
mais inachevée, était à examiner de près, car il pouvait être 
dans le voisinage d'un atelier d'armes et d'objets préhistoriques. 
Nos explorations n'ont abouti à aucun résultat, nous avons seu- 
lement noté que l'arme se trouvait égarée sur les bords d'un 
étang, près d'un vieux chemin conduisant de Saint-Mars à la 
Bourdinière de Pannecé, station romaine connue. 

L'étude de la topographie de Saint-Mars pourrait conduire à 
quelques découvertes. Ainsi, par la vue des lieux, j'ai acquis la 
certitude que le village de la Chapellière (ou Ghampellière), 
pourvu autrefois d'une chapelle dédiée à saint Michel, peu dis- 
tant des terrains nommés la Madeleine ('), était le plus ancien 
passage du pays et que le pont actuel du bourg de Saint-Mars 
n'a point l'antiquité de celui de la Chapellière, nouveau témoi- 
gnage à recueillir pour ceux qui cherchent la trace des voies de 
communication à l'aide de l'emplacement des chapelles ( 2 ). 

Les anciens de. Saint-Mars se souviennent très bien qu'on pas- 
sait la rivière à gué un peu en amont du pont. L'amélioration du 
bourg de Jaille, qui n'était qu'un marécage, comme l'indique son 
nom, et un assemblage de cases pauvres, date seulement de 
l'époque des routes stratégiques (1833). Autrefois la ferme du 
château s'étendait jusqu'au milieu de la belle place qui fait aujour- 
d'hui l'ornement du bourg. Une église spacieuse a été bâtie, et 
les habitants, enrichis par leurs foires très fréquentées, ont cons- 
truit une foule de maisons qui annoncent l'aisance. 



(') Cadastre B 252, 253. 

( 2 ) Avant 1789, la ferme du château occupait presque tout le bourg 
actuel ; il est donc à présumer que l'église paroissiale n'était autre que la 
chapelle du château dans le principe. 

1885. - 1« Sem. 7 



- 98 — 

Je me suis rendu également à Saint-Sulpicc-des -Landes pour 
y examiner l'église, du vieux bourg. 

Cel édifice a tout à fait l'aspect des constructions de l'époque 
romane, bien que l'abside circulaire ait été remplacée par une 
verrière sur mur droit et que ses trois fenêtres, les seules qui 
éclairent son unique nef. aient été transformées au XV e siècle. 
Le pignon du devant est énorme, les murs sont bas, les contre- 
forts épais et les deux portes sont percées en plein ceintre, et le 
tout est grossièrement appareillé. La charpente apparente annonce 
une œuvre du XV e siècle. La seule chose digne d'attention est 
un baptistère en granit du XII e siècle que M. de la Ferronnays 
m'a promis de reproduire par la photographie dès que la belle 
saison le permettra. Aujourd'hui je vous présente de sa part une 
vue de la porte principale et une vue de profil qui vous aideront 
à fixer vos appréciations. Les religieux de Toussaint, d'Angers, 
premiers desservants du pays établis à l'église -mère du Pin, 
peuvent être regardés comme les fondateurs de l'éditice. 

Le dallage semblait retentir sous nos pas comme au-dessus 
d'une crypte. M. le curé voulut bien fane lever plusieurs pierres, 
mais inutilement : les sondages traversèrent seulement une 
couche de remblais mal tassés sans rencontrer aucune construc- 
tion souterraine. 

Dans la visite que nous avons faite à la chapelle Saint-Clément, 
voisine du village de Coicault, nous nous sommes trouvés en 
présence d'un édifice sans caractère déterminé et qui passerait 
aisément pour très récent si l'on ne regardait ses vieilles char- 
pentes sur l'une desquelles on croit voir gravée à la pointe la date 
de 1501. Saint Clément est très connu dans cette paroisse et 
dans toutes celles des environs jusqu'à cinq et six lieues a la 
ronde ; il doit sa popularité dans la contrée à un étrange phéno- 
mène physique qui se produit dans les anciennes carrières à 
sable ouvertes autour de la chapelle. Les excavations sont à sec 
dans les temps pluvieux et elles se remplissent d'eau quand dure 
la sécheresse. On en a conclu que saint Clément avait la clef des 
cataractes du ciel ; aussi, quand les ardeurs du soleil desséchaient 



— 99 — 

trop la terre, on ne manquait pas de venir en pèlerinage, par 
masse de fidèles, pour lui demander la pluie, ou le beau temps, 
si le contraire avait lieu. 

Il est un autre saint qui était autrefois très honoré dans le pays, 
c'est saint Antoine. L'abbé Chauveau, curé de l'église-mère du 
Pin, laissait fleurir tranquillement ces deux dévotions dans sa 
trêve de Saint -Sulpice, mais il trouvait abusif qu'on l'obligeât a 
célébrer, dans son église paroissiale, les fêtes de saint Clément 
et de saint Antoine. Il eut la hardiesse de résister et de risquer 
sa popularité. « L'on a fait beaucoup de bruit, dit-il, en 1733, 
« de ce que j'ai fait ôter la feste de saint Clément aussi bien que 
« celle de saint Antoine. Ce qui étoit de particulier, c'est qu'on 
« a eu assez de simplicité de les observer ici comme en la feuil- 
« lette, ce qui étoit un abbus. » 

Où était jadis la chapelle de Saint-Anîoine ? Personne n'en 
savait plus rien. J'ai eu la bonne fortune de retrouver son empla- 
cement à la Gérardière, sur le bord du grand chemin de Candé, 
à l'aide d'une vieille croix et de quelques tombeaux qui m'ont 
été signalés par M. le maire de Saint- Sulpice et par le fermier 
de M. Gaborit. Sous une couche de terre de quarante centimètres, 
les ouvriers ont mis au jour, en ma présence, plusieurs cercueils 
formés tous de grandes pierres de schiste noir de Nozay et entière- 
ment vides d'ossements. Je pensais que ces sépultures avaient 
été violées. Les témoins m'assurèrent que dans les fouilles précé- 
dentes faites par eux ils avaient élé frappés de l'absence de restes 
humains. Je crois qu'on peut en donner l'explication par la 
nature de la maladie qui emportait les malheureux renfermés 
dans les hôpitaux de Saint- Antoine. Le mal de Saint- Antoine n'a 
pas été décrit d'une façon précise, mais nous savons qu'il se 
nommait le mal des ardents, c'est-à-dire qu'il brûlait comme le 
feu les personnes qu'il atteignait. Son emblème était une flamme, 
et le passant qui voyait cette enseigne à la porte d'une chapelle 
savait qu'il ne devait approcher qu'en tremblant. Sur la rive 
gauche de la Loire, j'ai rencontré plusieurs hôpitaux de Saint- 
Antoine. J'en ai signalé six dans mon histoire de l'Assistance 



— 100 — 

publique, tandis que sur la rive droite je n'ai pu en découvrir 
que deux. L'élablissement nouveau qui vient d'être constaté à 
Saint-Sulpicfi nuis démontre, à n'en pas douter, que le mal 
affreux des Ardents a franchi la Loire et est venu porter ses 
ravages dans toutes les parties du comté nantais (*). 

Léon Maître. 



(*) Les tombeaux de la Gérardièrc sont tout simplement un assemblage 
de 6 tables de schiste ardoisier. 



LA STATION GALLO-ROMAINE HE VIEILLE-COUR 



A MAUVES 



On a beaucoup parlé de la station romaine de Mauves. Les 
promeneurs qui ont parcouru la Loire-Inférieure l'ont signalée, 
mais personne, jusqu'ici, n'a pris la peine de déterminer son 
importance et de voir de près quelle est la valeur des ruines qui 
y sont accumulées. Le problème pourtant mérite d'être posé, car 
nous manquons de documents sur la durée et l'étendue de l'oc- 
cupation romaine sur le territoire des Namnètes. Nous n'aurons 
jamais de meilleure occasion d'étudier ce point que dans le 
moment où nous sommes. M. de l'Estourbeillon est entré en 
pourparlers avec le propriétaire qui possède le terrain le plus 
fécond en débris, M. Flaire, et il en a fait un ami dévoué de 
l'archéologie. Le jour où nous voudrons remuer les champs dis- 
ponibles, nous aurons toutes les facilités que nous demanderons. 

Malheureusement, les coteaux de Mauves sont l'assiette d'un 
vignoble estimé, je dis malheureusement pour nous, parce que les 
progrès de la culture ne marchent pas du tout de pair avec ceux 
de l'archéologie ; là où le sol est planté de vigne, il n'est pas 
possible de poursuivre des recherches sur une grande échelle. 
Nous devrons nous borner à faire des remarques, à poser des 
jalons, à évaluer des superficies et à opérer des sondages entre 
les planches de vigne. Le seul point où la pioche pourra s'exercer 
librement est celui qu'on nomme le Gros-Buisson, mais il est 
douteux que ce soit l'endroit le plus intéressant. Déjà le proprié- 
taire a commencé à enlever les broussailles du côté du midi, et, 



— 102 — 

en opérant ces déblais, il a mis à nu la maçonnerie d'un mur 
dont la hauteur peut avoir encore deux mètres a partir des fon- 
dations. Les parements extérieurs ayant été arrachés, on aperçoit 
dans le blocage quelques rangées de pierres disposées en feuille 
de fougère, qui rappellent les procédés de la décadence et des 
temps Mérovingiens. J'ai fait découvrir le mur dans l'intérieur où 
il existe sans altération ; l'appareil m'a paru très inégal, et je n'aj 
pas aperçu ces beaux joints cimentés qui caractérisent les œuvres 
de construction romaine. Si l'on en juge par son aspect général, 
le Gros-Buisson doit renfermer les ruines d'un édifice carré dont 
les murs avaient 1 mètre 50 d'épaisseur. Il est convenu avec 
M. Flaire qu'à la première occasion, ses ouvriers s'efforceront de 
trouver les quatre angles. Ceux qui ont planté les grands arbres 
qui croissent au milieu du taillis vivent encore. Ils attestent 
qu'en déblayant, ils ont rencontré une grande place carrelée de 
tuiles à crochet et plusieurs marches d'escalier en granit brillant. 
L'une de ces marches se voit toujours près de l'entrée du taillis 
où elle a été rejetée par les ouvriers. 

Le Gros-Buisson sert depuis des siècles de dépôt de matériaux ; 
c'est là ce qui explique la grande quantité de briques à rebords, 
de quarts de cercle en terre cuite, de morceaux d'amphores 
entassés en cet endroit. Toutes les fois que les vignerons bêchent 
les vignes, ils en retirent des débris qu'ils réunissent en tas dans 
les chemins pour les transporter ensuite dans la partie inculte du 
domaine. 

A l'époque de la Féodalité, le lieu de Vieille-Cour a servi 
d'assiette à un donjon qui était placé à l'ouest du Gros-Buisson, 
sur la pointe la plus avancée, près des mouvements de terrains 
nommés la Motte. L'extrémité des rochers est surmontée de 
débris de tours qui pourraient être les derniers témoins de cette 
occupation et justifier le nom de Vieille-Cour, qui est plus féodal 
que gallo-romain. 

Les débris amoncelés sur ce splendide plateau formeraient une 
masse considérable s'ils n'étaient dispersés, car toutes les géné- 
rations ont passé par là et y ont laissé leurs traces. Personne 



— 103 — 

n'en sera surpris. La situntion de Vieille-Cour est unique dans 
la Loire- Inférieure, au point de vue pittoresque. Ce domaine a 
non seulement l'avantage d'être élevé de 80 mètres au-dessus de 
la vallée, mais il a encore celui de former un promontoire qui 
s'avance jusqu'à un point où l'observateur est placé dans l'axe 
de la Loire. Le tableau qu'on a devant les yeux des hauteurs de 
Vieille-Cour est (éerique. A l'est, l'œil plonge par-dessus le Cellier, 
la Varenne, Chanloceaux et Oudon, jusqu'à Saint Herblon ; au 
midi, il embrasse toute l'étendue dus cantons fertiles du Loroux 
et de Vertou, la plantureuse vallée de la Loire, parsemée d'îles 
sans nombre, et, à l'ouest, on peut compter lous les cloctiers de 
la ville de Nantes par-dessus Sainte-Luce et Thouaré. 

A toutes les époques, les hommes ont été sensibles aux charmes 
des grands spectacles de la nature, ils se sont arrêtés dans les 
vallées et notamment sur les points culminants, autant pour le 
plaisir des yeux que pour les nécessités de la défense. Je n'exa- 
gère rien en disant que toutes les générations se sont établies 
sur les coteaux de Mauves. Sans faire la moindre recherche, en 
arrangeant des parterres et en élarg'ssant des allées ou en 
bêchant, on a trouvé des produits de l'industrie humaine des 
âges les plus divers, depuis la hache de pierre polie jusqu'aux 
plus beaux vases de l'art romain. 

L'âge de pierre est représenté par une belle hache polie ébré- 
chée comme un outil qui a servi; par une pierre en forme de 
doigt et percée d'un trou, qui devait être une amulette, et par 
une autre petite hache en jadéite, percée aussi, qui pouvait être 
un colifichet. 

L'art gaulois est représenté par une monnaie portant au droit 
une tête de femme dont les cheveux sont entrelacés, au revers 
un aurigadans un bige, au-dessous duquel apparaissent les carac- 
tères grecs du nom de PHILIPPE. Les Romains ont laissé là 
au : si des vestiges : c'est d'abord deux monnaies de bronze por- 
tant l'empreinte de deux têtes et, au revers, frappées d'un croco- 
dile surmonté des lettres CL et N, monnaies connues pour être de 
Nîmes ; — puis quatre autres pièces de bronze très usées, trois 



— 104 — 

agrafes de bronze, enfin un fragment de terre rouge vernissé en 
dedans et en dehors, portant en relief des ornements d'un style 
très pur, notamment deux animaux, un dauphin et un chien. 

Dans le clos de Saint -Clément, qui touche Vieille -Cour, 
M. Coquet a trouvé une quantité de monnaies anciennes dont 
j'attends la communication. Ce dernier endroit peut être consi- 
déré comme une suite ou une annexe de Vieille-Cour ; il a dû, 
dans le principe, être enveloppé dans le même périmètre. Les 
débris de constructions abondent en Saint-Clément, comme à 
Vieille-Cour; toutes les planches de vigne sont remplies de mor- 
ceaux de tuiles à rebords. Dans la pièce de la Pinsonne, M. Flaire 
a fait découvrir sous mes yeux les restes d'un mur qui a encore 
70 centimètres de hauteur sur 60 de largeur. A droite et à gauche, 
on trouve une aire de béton de 3 pouces d'épaisseur. Le dessus 
du mur était recouvert d'un rang de tuiles dont les rebords sail- 
lants, tournés en dehors, se présentaient en façade et renfermaient 
une couche de ciment, comme on eût fait pour un aqueduc. 
Les recherches faites aux alentours n'annoncent pas que ce soient 
les vestiges d'une conduite d'eau. 

Interrogez les bêcheurs de vigne et les laboureurs, ils auront 
tous une réponse intéressante à vous faire : les uns trouvent 
des murs, les autres des fours au niveau de la terre, d'autres des 
puits. En réunissant loules ces données, on arrive à établir que 
la station gallo-romaine devait occuper un emplacement de 18 à 
20 hectares. Au midi, elle était bornée par la Loire ; à l'est, par 
la coulée de la voie Manteau ; à l'ouest, par une autre coulée 
bordée d'un petit chemin nommé le chemin des Romains. Au 
nord, les ruines ne se rencontrent plus quand on arrive aux 
terres du Plessis. Ainsi, sur trois côtés, cette station était proté- 
gée par des obstacles qui formaient un rempart naturel facile à 
compléter. 

L'importance de la station romaine de Mauves est attestée par 
un autre fait : on a pris soin de la relier aux autres centres de 
population par une voie pavée semblable à toutes celles qui sil- 
lonnent la Gaule. Cette voie a été vue par des fermiers de Vieille- 



— 105 — 

Cour, et M. Flaire lui-même en a enlevé les derniers vestiges 
pour planter ses vignes. Les larges pierres qui la formaient sont 
encore visibles dans les bordures des pièces mises en culture, elles 
semblent être de la nature des pierres de Petit-Mars. En allant 
vers le nord, au village de la Barre, un cultivateur, M. Maison- 
neuve, se souvient très bien qu'il en traverse la chaussée sablon- 
neuse quand il laboure ses terres ; il a saisi si bien son passage 
dans un verger qu'il a pu se faire une opinion sur sa direction. 
D'après ses indications et celles de ses voisins, on peut croire que 
celte voie pavée coupait le grand chemin de Nantes à Ancenis 
vers la Barre, qu'elle aboutissait sur les coteaux entre Vieille- 
Cour et Saint-Clément, et qu'au nord, elle passait sur l'empla- 
cement du moulin de la Maison-Blanche. A la Barre aboutissait 
aussi la voie qui venait du port de Mauves ; elle porte encore 
aujourd'hui le nom de Chemin-Pavé, et garde, en certains pas- 
sages, une physionomie tout à fait archaïque. Dans la montée la 
plus rude, les roues ont creusé des sillons ineffaçables. 

De même, M. Maisonneuve a trouvé dans son jardin deux 
monnaies gauloises, au type frappé pour les Cenomans. Celle qu'il 
a entre les mains est un quart de siatuère d'or. Au droit, la tête, 
entourée d'un cordon de perles en forme de trèfle, est surmontée 
du sus gallicus, et, au revers, le génie est couché au-dessous du 
cheval androcéphale. Le musée de Nantes en possède une sem- 
blable trouvée à Blain par M. Bizeul. 

Il était intéressant pour moi de savoir si Mauves avait quelque 
relation avec Petit-Mars, au moyen de la voie pavée qui se diri- 
geait vers le nord. Je. suis parti à travers champs, un peu à 
l'aventure, par la vallée de la Vaugour, interrogeant tantôt l'un, 
tantôt l'autre, et, à la Menorlière, j'ai été assez heureux pour 
rencontrer un vieillard de quatre-vingt-cinq ans, dont la mémoire 
n'a pas faibli. Aptes un moment de réflexion, il répondit à ma 
curiosité en me disant qu'en gardant les moutons dans les 
immenses landes de Saiul-Mars-du-Désert, dans son enfance, il 
avait bien des fois remarqué que l'herbe jaunissait et dépérissait 
en certains endroits, et les anciens lui expliquaient le fait en lui 



— 106 — 

disant que la stérilité était causée par l'existence d'un empierre- 
ment. Je me rendis de suite au village des Piliers, nom qui rap- 
pelle l'existence des fourches patibulaires, nommées aussi les Jus- 
tices, et la, les fermiers, parfaitement au courant de ce que je 
cherchais, me montrèrent les traces évidentes de la voie romaine 
qui passait en diagonale à travers leur village et coupait la route 
actuelle de Saint-Mars-du-Désert, un peu au-dessus de leurs 
maisons. D.ins les cours et dans les fossés, on voit encore les 
grandes pierres qu'ils ont retirées, parce qu'il était impossible de 
labourer, et, dans les champs où elle passait, la voie a laissé un 
sillon de cailloutage très reconnaissable. Un peu plus loin, au 
village de la Goulière, le passage de la voie est non moins visible, 
ainsi que dans les prés de la Déchausserie. 

Leur opinion était toute faite sur la direction de cette voie 
ensevelie pourtant sous terre dans la plus grande partie de sa 
longueur. Ils ne connaissaient rien de mes recherches à Mauves 
et à Petit-Mars, et, quand je leur demandai, dans ce désert où 
j'avais peine à m'orienier, quel pouvait être son point de départ, 
ils me répondirent sans hésiter qu'elle partait de la ville de Saint* 
Clément, de Mauves, et qu'elle allait au passage du Pont-Hus, en 
Petit-Mars. J'avoue que je fus stupéfait de rencontrer tant de 
science d'observation chez des ignorants. 

Pour tous les habitants de la commune de Mauves, il n'est pas 
douteux qu'il y ait eu un centre d'habitations dans les vignes de 
Saint-Clément, on le répète dans la campagne comme dans le 
bourg ; c'est une tradition constante qui se transmet, depuis des 
siècles, de père en fils. Les uns et les autres ont trouvé dans les 
terres des tronçons de ce pavage qui venait du nord vers la 
Loire, et ils en ont induit qu'une voie si solide ne pouvait con- 
duire qu'à une ville. Je n'ai rien trouvé jusqu'ici qui justifie cette 
tradition. Les documents des archives nous apprennent seulement 
que les terrains nommés Saint-Clément appartenaient au XV e 
et XVI e siècles à l'aumônerie de Notre-Dame hors les murs, éta- 
blie dans le faubourg Saint-Clément de Nantes. Le nom du pro- 
priétaire passe souvent au domaine, c'est l'usage. C'est ainsi que 



— 107 — 

Saint-Clément a été importé à Mauves. Une autre remarque 
éclairera peut-être encore davantage le passé que nous voulons 
sonder. A Mauves, comme à Saint-Clément de Nantes, nous 
sommes dans le fief épiscopal des Rogaires. Ne peut-on pas en 
induire que. les évoques de Nantes, héritiers de la puissance et 
des domaines des Romains, se sont dessaisis d'une partie des 
terres de Vieille -Cour, au profit des pauvres, quand ils ont fondé 
l'aumônerie de Notre-Dame. Dans tous les cas, leur générosité 
n'a pas effacé le souvenir des premiers occupants. Le clos qui 
touche Saint-Clément s'appelle le Clos de Rome. 

Léon Maître. 



COMPTE RENDU 



MR 



M. J. MONTFORT, Architecte, 

D'un Mémoire sur les Clochers du Finistère, de M. Bigot, 
Architecte diocésain. 



Extrait du Bulletin Archéologique de V Association bretonne. 



Messieurs, 

A notre dernière séance, M. le Président a bien voulu me 
charger de lire l'intéressante brochure de M. Bigot et d'en faire 
une courte analyse. La description des clochers si variés du 
Finistère ne pouvait être faite par une personne plus compé- 
tente que l'érudit architecte diocésain de ce département. Son 
talent et sa haute position dans le pays le mettaient à même de 
faire a cet égard une étude à la fois instructive et intéressante. 

Le sujet s'y prêle à merveille. Le nord et l'ouest de la Bre- 
tagne sont couverts d'édifices religieux dont quelques-uns sont 
d'une richesse décorative incontestable. 

Des Cloîtres presque tous mutilés, des Clochers qui couronnent 
à peu près toutes les églises ou chapelles, des Calvaires, dont le 
caractère monumental est spécial à cette région : tels sont les 
principaux éléments d'architecture ancienne que l'archéologue 
peut, en Bretagne, étudier avec profit. 

Le style varié de ces constructions, sans être partout absolu- 
ment pur, présente un cachet particulier ou, si l'on veut, une 



— 109 — 

saveur locale qui n'est pas sans valeur. Le paysage accidenté et 
pittoresque contribue à l'harmonie de l'œuvre architecturale, et 
rien n'est saisissant comme certains hameaux couronnés par le 
clocher dentelé et à jour de leur chapelle en granit, se détachant 
sur le fond noir d'une colline couverte de sapins. 

Dans sa notice, M. Bigot fait judicieusement remarquer que si 
de nombreuses cathédrales sont sans flèches : Paris, Amiens, 
Rouen, Bourges, Nantes, Lyon, Orléans, etc., ce complément de 
la structure de l'église manque rarement dans le Finistère. Il en 
trouve l'explication dans le profond attachement du Bas-Breton 
à son foyer, au sol sur lequel il est né. Il a à cœur d'élever le 
plus haut possible, et avec tout le luxe que lui permettent ses 
ressources, le clocher de la petite église de village, témoin des 
principaux incidents de sa paisible existence. 

M. Bigot, dans sa brochure, établit deux catégories de clo- 
chers : 

1° Ceux dans lesquels les cloches dissimulées reposent sur des 
beffrois en charpente ; 

2° Ceux dont les cloches sont suspendues en plein air sur des 
corbelets en pierre et abritées seulement par la flèche ou le dôme 
qui termine l'édifice. 

Les premiers sont les plus nombreux et se rencontrent dans 
les églises relativement importantes. Les seconds, au contraire, 
se voient le plus souvent dans les petites églises rurales. 

Les classant par époques, il cite comme faisant partie de la pre- 
mière catégorie : 

Epoque romane : Sainte-Croix de Quimperlé, Loctudy, Foues- 
nant, Lanmeur, Locmaria (près Quimper), cette dernière église 
seule possédant encore son clocher entier. 

XIII e siècle : Rosporden, La Martyre, la cathédrale de Saint- 
Pol-de-Léon. 

XIV e siècle : Le Creisker. 

XV" siècle : Les tours de la cathédrale de Quimper, les clo- 
chers du Folgoët, Pontcroix ; et fin du XV e siècle : Saint-Jean -du- 
Doigt. 



— 110 — 

XVI* siècle : Un très grand nombre de constructions : Saint- 
Herbot, 1517; Carhaix, Plouguer, Penmarc'h, Saint-Michel de 
Quimperlé, Locronan, Beuzec-Cap-Sizun, Ploaré, 1550 ; Saint- 
Ugen, 1579; Pleyben, 1584-91 ; Landivisiau, 1590-97; Goulven, 
1593-95, etc. 

Au XVII e siècle : Ralentissement général dans les constructions 
religieuses en France, mais la Bretagne persévère et produit dans 
ce siècle : Le Faou, 1628 ; La Roche, 1639 ; Kerlas, 1630 ; Plo- 
neour-Menez, 1665 ; Sainte-Anne deFouesnanl, 1683 ; Ploujdi 
1684; Commana, Plouvorn, Londerneau, Châteauneuf-du-Faou, 
Saint-Renan, Ploumoguor, Lanriec, Saint-Evarzec, Telgruc, Saint- 
Jean-Trolimon. 

XVIII e siècle : Plozevet, 1704 ; Tregourez, Pouldreuzic, etc.. 
L'énumération porte sur un si grand nombre d'édifices que 
j'on croit voir la nomenclature au complet de tous les bourgs et 
villages du Finistère. 

Dans la seconde catégorie, M. Bigot cite tous les clochers dits : 
à jour, qui se composent en principe d'une tour sur plan carré 
ou rectangulaire, couronnée d'une corniche dont l'assise supé- 
rieure, en encorbellement, supporte une galerie ou balustrade. — 
Puis, de la plate-forme qu'entoure cette galerie s'élancent des 
piles verticales monolithes ou appareillées, lesquelles supportent, 
directement ou par l'intermédiaire de corbelets, les pivots des 
moutons des cloches. Le tout est abrité et recouvert par une 
pyramide ou un dôme. 

En Gornouailles, il est à remarquer que les piles surmontant 
la plate-forme sont reliées à leur partie supérieure par des arcs en 
pierre appareillés, — tandis qu'en Léon, des linteaux mono- 
lithes sont posés horizontalement sur la tête de ces piles. Ce 
dernier mode de construction, plus hardi mais peut-être moins 
gracieux que le précédent, s'explique parla résistance plus grande 
des granits de cette province qui se prêtent a ce genre de 
construction. 

De tous les clochers du Finistère, le plus hardi et le plus 
remarquable est, sans contredit, celui de la chapelle Notre-Dame, 



— 111 — 

à Sainî-Pol-de-Léon. Cette petite ville, autrefois siège d'un évê- 
ché important, est aujourd'hui bien déchue de sa grandeur pas- 
sée. La cathédrale, du XIII e siècle, est fort remarquable dans son 
ensemble et dans ses détails. Ses deux flèches sont d'un aspect 
sévère et méritent une sérieuse attention. Mais le regard est invo- 
lontairement distrait par la flèche voisine du Creisker, haute de 
79 mètres. 

M. Mérimée, dans une note de voyage dans lOuest de la France, 
y voit une imitation du style anglais, vulgairement appelé : per- 
pendiculaire. Une vague tradition attribue cet ouvrage à un archi- 
tecte britannique. 

Pendant les guerres de la succession de Bretagne, le duc 
Jean IV avait pour soutien l'alliance anglaise ; il lui était en par- 
tie redevable de ses succès, et, dans ces circonstances, on com- 
prend les emprunts que notre pays ait pu faire à l'architecture 
anglaise. 

M. Bigot, tout en admirant l'ensemble de ce monument, en 
critique quelques détails, — et d'abord le croisement de meneaux 
de la partie basse de la tour. Suivant lui, c'est un contre-sens de 
placer des vides dans le soubassement d'une construction dont 
la grande hauteur rend la charge à la base si importante. 

En second lieu, les pyramides secondaires de 14 mètres de 
hauteur reposent chacune sur 8 piliers de 20 centimètres carrés, 
dont 5 ont seulement pour appui l'encorbellement formé par la 
corniche du sommet de la tour. Cette disposition détache com- 
plètement le clocheton de la pyramide principale. Aussi, pour le 
maintenir et éviter le balancement, le constructeur a-t-il cru 
utile de le relier à la flèche par des pierres en linteau destinées 
à le maintenir. L'effet produit n'est pas gracieux, mais ce pro- 
cédé était une nécessité du style adopté. 

M. Bigot cite ces deux faits qui laissent à désirer dans l'en- 
semble de l'œuvre. Il en est néanmoins un grand admirateur et, 
comme Piganiol de la Force, reconnaît que le Creisker est un 
des clochers les plus hardis et peut-être un des plus beaux de 
l'Europe. 



— 112 — 

En résumé, la notice de M. Bigot, très complète et conscien- 
cieuse, est d'un érudit et d'un savant architecte, doublé d'un 
archéologue de mérite. Il ne m'est point permis de le juger, mais 
je dois, Messieurs, vous faire observer que, dans son travail, 
M. Bigot ne dit rien de la cathédrale de Quimper, sinon que les 
tours datent du XV 8 siècle. Il passe sous silence les flèches qui 
sont son œuvre propre. Sa modestie, à cet endroit, laisse à d'autres 
le soin d'en parler. Aussi, Messieurs, suis-je heureux que l'ana- 
lyse de cette brochure me fournisse l'occasion de louer comme 
il le mérite le talent de M. Bigot père, architecte diocésain du 
Finistère. 

Lié d'amitié avec son fils, ancien camarade d'atelier à l'école 
des Beaux-Arts, ce compte rendu est pour moi une réelle satis- 
faction. 

Les deux flèches de la cathédrale de Quimper sont, dans leur 
ensemble et dans leurs détails, un remarquable complément de 
l'œuvre inférieure. En les examinant et en les étudiant avec soin, 
on retrouve, comme vous pouvez vous en convaincre par les 
croquis et la photographie que j'ai l'honneur de vous soumettre, 
les belles lignes de la flèche du Creisker. Toutefois, disons-le, 
les deux motifs des critiques faites à cette flèche y ont été scrupu- 
leusement évités. Les clochetons portent bien d'aplomb sur 
l'épaisseur des murs de la tour et n'ont pas besoin, pour leur 
parfaite stabilité, d'être reliés à la pyramide centrale. Le style 
est de la fin du XV e siècle, c'est-à-dire que flèche et clochetons 
sont plus ajourés que ceux du Creisker de Saint-Pol-de-Léon. En 
admirant grandement celle belle œuvre d'un maître, on reste 
étonné et surpris de la hardiesse de la conception et de l'habileté 
de l'exécution de ces deux clochers, qui, mieux que tous autres, 
sont le type du clocher à jour de l'ancienne Bretagne. 

Le Rapporteur, 
J. Montfort, 

Architecte diplômé par le Gouvernement. 



TABLE DES MATIÈRES 

DU 1 er SEMESTRE DE 1885 



Procès-verbaux des séances va xxxi 

Dictionnaire archéologique de la Loire-Inférieure (Arron- 
dissement de Paimbœuf), par M. Pitre de Lisle du 
Dreneug 1 

De l'antiquité de la connaissance du fer, par M. P. Poirier. 82 

Grand- Champ et ses origines, par M. Léon Maître 91 

La station gallo-romaine de Vieille-Cour à Mauves, par 

M. LÉON MAITRE 101 

Compte rendu, par M. J. Montfort, architecte, d'un Mé- 
moire sur les clochers du Finistère, de M. Bigot, 
architecte diocésain 108 



Mim.- Hnp. TlsMot For»»t et &■!!• «rlmaud, plu* dm Cannera, 4. 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE NANTES 



1885. — 2« Sem. 



BULLETIN 



DE LA 



r r 



SOCIETE ARCHEOLOGIQUE 



DE NANTES 



ET DU DÉPARTEMENT DE LA LOIRE-INFERIEURE 



TOME VINGT-QUATRIÈME 



Année 4885 



DEUXIÈME SEMESTRE 




NANTES 
IMPRIMERIE DE VINCENT FOREST ET EMILE GRIMAUD 

4, Place du Commerce, 4 



1885 



EXTRAITS 



DES 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 



Séance du 7 Juillet 1885. 
Présidence de M. le marquis de Bremond d'An Migré. 

Présents : MM. le marquis de Surgères, vice-président, !e docteur Anison, 
le baron Bertrand-Geslin, René Blanchard, Bougoùin, Félix Chaillou, Ju'es du 
Champ-Renou, le comte Régis de l'Estourbeillen, le baron d'Izarn, îe baron 
des Jamonières, Alcide Leroux, Léon Maître, Glaude de Monti de Resé, 
Charles Perrion, Alexandre Perthuis, Henri de la Peyrade, Paul Poirier, 
Joseph Rousse et Louis Viau. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté sans observations. 

M. Jules Montfort écrit pour s'excuser de ne pouvoir assister à ïa réunion. 

MM. de Bremond d'Ars et Léon Maître présentent M. Anthime Menard fils, 
avocat, docteur en droit, comme membre résident. — « M. Anthime Menard, 
dit M. le Président, est le fils de notre honorable confrère M. Anihime 
Menard, bâtonnier des avocats de Nantes, l'un des fondateurs de notre 
Société, et dont le nom est entouré, dans cette ville, de la vénération générale, 
juste hommage rendu au noble caractère de l'homme privé et à l'éminent 
jurisconsulte : nous pouvons ajouter ici et au savant archéologue, si l'on peut 
donner cette qualification à un judicieux collectionneur d'estampes rares et 
précieuses, à un bibliophile érudit. Notre jeune et nouveau confrère sera 
digne du nom qu'il porte. Nous connaissons déjà son mérite, son goût pour 
les lettres et les arts qu'il sait, a l'exemple de son père, unir à l'étude plus 



— vi — 

sévère de nos anciennes coutumes et du droit moderne. M. Antilime Menard, 
en se présentant parmi nous, a voulu tout d'abord nous offrir un exemplaire 
de la thèse qu'il a récemment soutenue pour le doctorat, thèse qui possède les 
proportions et la valeur d'un véritable ouvrage de longue haleine (»). La Société 
le remercie de cet hommage d'une première et sérieuse publication. » 

MM. de Bremond d'Ars et de la Nicollière-Teijeiro présentent ensuite 
comme membre correspondant M. Henri Roumain de la Touche, ancien pro- 
cureur impérial, président du conseil d'arrondissement d'Ancenis, qui nous 
est bien connu, du moins de tous ceux des membres de la Société qui ont 
dernièrement fait partie de l'intéressante excursion à Champtoceaux. 

« Nous ne pouvons oublier, dit M. le Président, l'accueil si courtois et si 
empressé que l'aimable châtelain et sa famille ont fait à la Société archéo- 
logique de Nantes ; et, de plus, M. de la Touche s'est révélé à nous comme 
un archéologue véritablement dévoué à la science historique. A ce titre seul, 
il devait être admis parmi vous, Messieurs: nous vous prions donc, M. de la 
Nicollière et moi, de lui décerner le titre de membre correspondant. Nous 
pouvons vous assurer que ce ne sera point un simple correspondant honoraire, 
mais que notre nouveau confrère prendra bientôt place parmi les plus zélés, 
car il a su occuper ses loisirs par de sérieuses recherches, et a naturelle- 
ment commencé par étudier le passé si célèbre de cette antique ville de 
Champtoceaux. M. de la Touche, avec une clarté parfaite, et en nous prome- 
nant à travers ce beau parc qui a remplacé les douves et les remparts, a fait 
la description de la redoutable forteresse du moyen âge. Vous me permettrez 
d'être votre interprète en priant M. de la Touche de nous faire part de ses 
études sur ce chapitre de notre histoire locale qu'il est mieux à même que 
personne de traiter, avec autant d'autorité que de compétence. » 

MM. le baron de Wismes et de Bremond d'Ars présentent comme membre 
correspondant M. le comte Alphonse de la Guère, correspondant de la 
Société des Antiquaires de France, membre de plusieurs sociétés savantes et 
du comité diocésain de Bourges. M. le Président croit devoir, a cette occa- 
sion, donner lecture de la lettre de notre ancien et regretté président hono- 
raire : 

« J'apprends avec un vrai plaisir, écrit le baron de Wismes, que mon 



(*) De l'Emphylliéose en droit romain. De V administration et de l'aliénation des biens 
meubles des incapables en droit français, Un vol, in-8* de 240 pages. 



— VII — 

proche parent et ami, le comte Alphonse de la Guère, désire devenir membre 
correspondant de notre Société. Je me fais bien volontiers son parrain avec 
vous pour le présenter a nos confrères qui s'empresseront de l'admettre dans 
leur compagnie. Personne n'en est plus digne sous le rapport de l'honorabi- 
lité du caractère et des aptitudes intellectuelles. M. Alphonse de la Guère a 
habité notre pays pendant presque toute sa jeunesse : il venait souvent ma 
voir et sa conversation roulait toujours sur les matières d'art, d'histoire et 
d'archéologie. Depuis, je l'ai souvent rencontré aux séances de la Société 
de numismatique présidée par le savant -vicomte de Ponton d'Amécourt. 
M. de la Guère y faisait d'intéressantes communications et était toujours 
écouté avec sympathie et plaisir. Il ne peut être pour nous qu'une excellente 
acquisition; il pourra nous fournir des documents extraits de ses archives de 
famille, essentiellement nôtre, et notamment en ce qui concerne notre vieil 
évêque Geoffroy Pantin (XHe siècle), auquel M. de la Nicollière a déjà accordé 
une page excellente, mais forcément un peu courte, dans son Armoriai des 
évêques de Nantes. Mon cousin s'est également beaucoup occupé des fouilles 
gallo-romaines de Bourges. Je termine, en regrettant que ma santé ne me 
permette pas d'aller moi-même vous seconder pour appuyer, auprès de nos 
chers confrères, la candidature de mon érudit parent. » 

«Les titres de M. le comte de la Guère, dit en terminant M. de Bremond 
d'Ars, sont plus que suffisants pour l'accueillir avec empressement. Soyons- 
lui reconnaissants de n'avoir pas oublié son pays d'origine. Issu d'une des 
plus vieilles familles du comté Nantais, M. de la Guère veut s'y rattacher par 
ses études historiques et par sa collaboration avec la Société archéologique 
qui sait que les titres littéraires d'un de ses membres sont en quelque sorte 
les siens propres. » 

La Société admet à l'unanimité des suffrages les trois candidats et paie 
ensuite un tribut de regrets à la perte d'un de ses membres, M. Hippolyte- 
Émile Maugras, décédé à Nantes, le 16 juin 1885, à peine âgé de quarante- 
deux ans. Malgré ses nombreuses occupations, M. Maugras trouvait encore 
quelques instants pour les consacrer à la formation d'une collection de mé- 
dailles; c'était un confrère aimable et dévoué. Ceux qui le connaissaient plus 
particulièrement en conserveront toujours le meilleur souvenir. 

C'est ici le lieu de rappeler, Messieurs, ce que le baron de Wismes nous 
disait dernièrement de notre regretté confrère : M. Hippolyte Maugras fit, 
avec les mobiles nantais, la guerre de 1870, et s'y distingua par son zèle et 
son courage. Il passa le temps du siège de Paris au fort du Mont-Valérien où 
il avait pour chef le colonel Bascher. Ce poste d'honneur de la ville de Paris 



— VIII — 
avait été confié aux Nantais comme les plus braves entre les braves, comme 
un hommage à la valeur bretonne. 

Les ouvrages suivants sont déposés sur le bureau par le Président qui en 
fait une rapide analyse : 

1° Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 
tome xxxn, i ro et % livraison ; 

2° Le Journal des savants, mai 1885; 

3° Bulletin de la Société d'études scientifiques et archéologiques de la ville 
de Draguignan, tome xiv ; 

4° Appel aux érudits au sujet de l'itinéraire de Henri IV, par M. Tamizey 
de Larocque; 

5° Catalogue de livres anciens et modernes. Livourne, 1885; 

6o Une visite aux ruines du château de Montaigne, par M. Gh. Marionneau, 

1885. — Visite faite depuis l'incendie de ce château. M. Marionneau cons- 
tate que la tour où Montaigne avait établi sa librairie est restée intacte. 

M. Alexandre Perthuis fait hommage à la Société d'une photographie du 
vieux Nantes, prise du même point que le dessin de Volaire et qui devient 
très intéressante, comme point de comparaison avec ce vieux document. 

M. le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux- Arts donne avis que 
la réunion annuelle des délégués des Sociétés des Beaux-Arts aura Heu, en 

1886, à l'époque accoutumée. Le but principal recherché est la mise au jour 
des pièces d'archives, comptes, marchés autographes, etc.. M. le Ministre 
compte sur le concours de tous les archéologues. 

Des notes fort intéressantes sur Champtoceaux, ou mieux Chantoceaux, 
sont lues par M. le docteur Anizon. 

Le Président dépose sur le bureau un dessin original de Volaire, représen- 
tant une vue du vieux Nantes, prise du côté de la Bourse. 

M. Perthuis montre aux personnes présentes une médaille très curieuse et 
fort rare à l'effigie de « François, Dauphin, duc de Bretagne, » fils du roi de 
France François I er . 

L'ordre du jour appelle la lecture de la notice de M. Léon Maître sur 
Sainte-Marie-de-Pornic. Ce savant travail, qui donne sur la charmante côte 
de Pornic des renseignements si précieux et si intéressants, tint la Société 
sous son charme pendant un temps malheureusement trop court, et M. le 
Président fut bien l'interprète de tous en adressant à M. Léon Maître ses 
compliments les plus chaleureux. 

Puis M. le Président lit quelques notes de M. Petit, que sa santé tient 
éloigné de nous, sur le dessin de Volaire, dont il a déjà été parlé. 



— IX — 

La Société remercie M. Petit et saisit encore cette nouvelle occasion pour 
le prier de publier ses souvenirs sur le vieux Nantes, souvenirs qui, sans 
contredit, seraient la plus intéressante et la plus parfaite histoire de notre 
eité. 

Enfin, M. Félix Chaillou nous entretient quelque temps sur les dernières 
découvertes qu'il a faites à sa terre des Gléons, en Haute-Goulaine : une flûte 
champêtre de berger de 20 millimètres de longueur sur 24 millimètres de 
diamètre, et un denier d'argent de Caracalla (211 de Jésus-Christ, 964 de la 
fondation de Rome), trouvés dans ces fouilles, sont exposés sur la table du 
bureau. 

Le travail de M. Chaillou sera publié in extenso dans le Bulletin de 1885. 

La séance est levée à 10 heures. 

Le Secrétaire du Comité, 
La. Peyrade. 



Note sur une flûte champêtre provenant de la station des Cléons. 



En envahissant les Gaules, les Romains ne devaient pas apporter seule- 
ment aux peuples vaincus le fléau de la guerre et l'humiliation de la défaite. 

Une action douce et civilisatrice se substitua promptement aux maux iné- 
vitables de la conquête, et la puissance de ces grands colonisateurs put, en 
un temps relativement bien court, doter notre pays de tous les avantages 
d'une civilisation inconnue, mais dont Rome, depuis longtemps, n'ignorait 
pas les bienfaits. 

Les villas se peuplèrent rapidement et se couvrirent de ces belles cons- 
tructions, de ces monuments grandioses dont nous admirons encore les restes. 
Les campagnes virent s'élever ces belles villas, dont les débris, mis succes- 
sivement à découvert, nous attestent à la fois la richesse et l'étendue. 

On s'établissait toujours sur le bord d'une voie, et de préférence, quand la 
chose était possible, dans le voisinage des eaux, pour assurer les communi- 
cations comme la défense et multiplier les moyens d'irrigation. 



— X — 

Les villes les plus privilégiées ont toutes connu les avantages de l'agricul- 
ture, le calme et la douceur de cette vie des champs que Virgile nous a dé- 
peinte en si séduisants tableaux. 

La station des Clécns, si bien située au bas de son coteau, derrière un 
repli de la Loire, devait être dans ce cas. Je crois la voir, à cette époque 
lointaine, bordée de pâturages descendant jusqu'à la rivière et couverts de 
ces magnifiques troupeaux conduits par de joyeux bergers dont les piûerari 
des Apennins nous ont conservé le type. 

Ces gardeurs de troupeaux avaient, comme de nos jours, des instruments 
champêtres d'une simplicité bien élémentaire en apparence, mais au son des- 
quels se chanta plus d'une idylle : des monaulos, des chalumeaux, des flûtes. 
C'est l'un de ces derniers types que j'ai l'honneur de vous présenter au- 
jourd'hui. 

Ce petit instrument est presque une œuvre d'art. La matière qui le forme 
est choisie avec le plus grand soin; car, en dépit du temps écoulé, elle a con- 
servé, pour ainsi dire, tout le poli joint à toute la dureté de l'ivoire. 

C'est une partie d'os ayant 28 millimètres de longueur sur 24 de diamètre; 
il est habilement tourné, et les sections de ses deux bouts sont rigoureuse- 
ment parallèles avec leurs tranches évidées en creux. Un trou latéral de 
7 millimètres, semblable à celui de nos flûtes actuelles, sert à l'introduction 
de l'air. 

Le vide intérieur est elliptique, avec son petit diamètre dans la direction 
du trou latéral. Cette forme a été ménagée pour obtenir à l'intérieur la plus 
grande cavité possible, pouvant cependant être fermée facilement à ses 
extrémités par les deux premiers doigts de la main qui saisit l'instrument. 
Une complète obturation de ces extrémités est tout à fait indispensable à la 
production du son. La direction de l'ouverture latérale ne tombe pas per- 
pendiculairement sur le grand diamètre de la cavité intérieure; elle lui est 
sensiblement oblique, afin, sans doute, d'éviter un mouvement pénible du 
bras, en présentant plus facilement aux lèvres le trou par lequel l'air est in- 
troduit. 

Il existait plusieurs modèles de ce genre de flûte, mais tous étaient néces- 
sairement moins longs que la plus grande dislance à laquelle le pouce peut 
s'écarter de l'index. Les unes, ayant plusieurs trous, permettaient une sorte 
de modulation; d'autres, comme celle-ci, n'en portaient qu'un, et ne pro- 
duisaient en conséquence qu'une seule note, avec laquelle il devait cepen- 
dant être possible de se faire comprendre, soit en la rendant intermittente, 
soit en augmentant ou diminuant son intensité. On en faisait sans doute un 



— XI — 

appel entre les bergers, un avertissement pour les chiens toucheurs, ou 
même un signal pour la réunion des troupeaux. Cette note un peu perçante 
n'est pas destinée à l'intérieur des appartements ; elle est seulement possible 
au milieu des champs , affaiblie par la distance , diminuée par son passage 
à travers les bois ou répercutée par les échos d'alentour. 

J'étais toutefois désireux de la connaître, car il doit être assez rare de 
rencontrer dans les fouilles un instrument de ce genre, assez bien conservé 
pour pouvoir être utilisé. 

Celui-ci cependant peut servir encore, et, sans la crainte d'exposer votre 
oreille à quelque rude épreuve, il me serait possible de vous faire entendre 
ce son qui n'a pas été perçu depuis 15 ou 16 siècles. 

Je suis entré dans ces détails pour éviter la confusion de cet objet avec 
ceux qui, sous une apparence identique, ne constituent que les tronçons 
d'une autre flûte dont les parties sont réunies par des emboitures de bronze. 

M. Vergnaud Romagnési a observé, près d'Orléans, en 1845, cinq de ces 
parties trouvées ensemble, et rappelle à ce sujet un vers d'Horace : 

Tibia non ut nunc orichalco vincla. 

Celte citation montre jusqu'à l'évidence, qu'avant la flûte perfectionnée, il 
en existait une autre espèce analogue et beaucoup plus simple à laquelle se 
rattache probablement celle que nous avons rencontrée. 

Je vous demande la permission de vous soumettre, en terminant, un de- 
nier d'argent provenant des mêmes fouilles. Il date de Caracalla, année 211 
de J. C. 964, de la fondation de Rome. 

Le voici : antoninvs pivs avg brit. Tête laurée à droite. 

R/ PM TR P XIIII COS III PP. 

Victoire marchant à gauche, tenant de la droite un rameau et de la 

gauche un trophée. 

Il est d'une conservation irréprochable et presque fleur de coin ; mais 
par malheur le coin du revers a glissé et les cinq premières lettres de la 
légende ne sont pas visibles, ayant été frappées en dehors du flan. 

Cette médaille constitue une pièce importante pour la collection locale, 
mais elle était isolée dans des débris de construction à 00 centimètres de pro- 
fondeur et ne m'autorise encore à aucune conjecture sérieuse relativement au 



— XII — 

premier établissement de la station des Cléons. Peut-être serai-je plus heu- 
reux une autre fois. 

Félix Chaillou. 
Les Cléons, 6 juillet 1885. 



SÉANCE DU MARDI 3 NOVEMBRE 1885. 
Présidence de M. le marquis de Bremond d'Ârs Migré. 

Etaient présents: MM. Anizon, le baron Bertrand-Geslin, P. Goquillard, le 
comte Régis de l'Estourbeillon, 0. de Gourcuff, le docteur Genuit, Emile Gri- 
maud, le baron des Jamonières, Léon Maître, Anthime Menard fils, Jules 
Montfort, de la Nicollière-Teijeiro, Charles Perrion, Alexandre Perthuis, 
Raymond Pouvreau, Paul Poirier, Riardaut et Alfred de Veillechèze. 

La lecture du procès-verbal est remise à la prochaine réunion. 

Le Président dépose sur le bureau les ouvrages suivants : 

1° Journal des Savants. Cahiers de juin, juillet, août et septembre 1885. 

2» Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie. Année 1885, n os 2 
et 3. 
3° Mémoires de la même Société. 3« série, t. VIII. 

4° Bulletin de la Société ' archéologique et historique de l'Orléanais, lei 
trimestre de 1885. 

5° Bulletin de la Société des Archives historiques de la Sainlonge et de 
l'Aunis. Va vol., 5« et 6e livraisons. 

6° Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest. 1 er trimestre 1885. 

7° Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences el Arts de la Sarlhe. 2« 
série, t. XXII, 1" fascicule. 

8° Bulletin de la Société des Sciences historiques et naturelles de l'Yonne. 
Année 1885, XXXIX* vol. 

9° Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la 
Corrèze. T. VIL 2o livraison. 



— XIII — 

10° Mémoires de V Académie de Nîmes. 8 e série, t. VI. 

Ho Mémoires de la Société Eduenne. Nouvelle série, t. XIII. 

12° Mémoires de la Société d'Agriculture, Commerce, Sciences et Arts du 
département de la Marne. Années 1883-1884. 

13° Annales de la Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Mari- 
times, t. IX, 1884. 

14<> Répertoire des travaux historiques... pendant l'année 1883, t. III, 
no 3. 

15o Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique du dépar- 
tement de Constantine. 3« série, 2e volume, 1883-1884. 

l6o Société de secours des Amis des Sciences. Compte rendu du 25® exercice. 

17° Un Talisman gallo-romain, par le docteur A.-E. Plicqne. (Extrait des 
Mémoires de V Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont- 
Ferrand.) 

18° Découvertes archéologiques dans le Morbihan en 1884 et 1885, par 
Ernest Rialan. Vannes, 1885. 

l9o Compte rendu d'une séance de la Société archéologique et historique 
des Côtes-du-Nord (22 mai 1885) sous la présidence d'honneur de M. Arthur 
de la Borderie. 

Il est procédé à l'élection, comme membre résident, de M. le commandant 
Léon Dieu, présenté par MM. de Dremond d'Ars et Emile Grimaud. 

M. le commandant Léon Dieu est élu à l'unanimité. 

La parole est alors donnée à M. delà Nicollière-Teijeiro, qui nous montre 
comment, à propos de masques, un noble seigneur allant, après son souper, 
rendre visite à quelque ami, s'il est accosté par « ivrognes et querelleurs » 
et qu'il lui arrive en se défendant de causer la mort de l'un d'eux, peut 
être réduit au rôle d'un humble suppliant et contraint d'obtenir une de ces 
curieuses lettres de rémission qui présentent un intérêt si particulier à cause 
des noms de personnes et de lieux et des traits de mœurs qu'elles nous ont 
conservés. Celle dont M. de la Nicollière donne lecture, et qui figurera au 
Bulletin de la Société, rappelle précisément le fameux hôtel de Briord. Elle 
est datée de 1558 et accordée par Henri III au sieur Olivier de la Bouexière. 
C'est aussi M. de la Nicollière qui a sauvé du naufrage cette épave de la 
place Bretagne, qui n'est autre qu'un plat d'étain, admirablement conservé, 
portant les armoiries de Thomas Régis, et que les membres présents, sous 
les yeux desquels il était mis, ont examiné avec le plus vif intérêt; 

« Thomas Régis ou Le Roi est, nous rappelle M. de la Nicollière, le fonda- 
«« teur de cette gracieuse chapelle de Saint-Thomas dont les débris forment 



— XIV — 

« aujourd'hui l'entrée du Musée archéologique de la Loire-Inférieure. Après 
« avoir été l'un des procureurs du concile général de Latran, sous les papes 
« Jules II et Léon X, conseiller des rois Charles Vlll et Louis XII, il reçut la 
« difficile mission de travailler au concordat passé, en 1517, entre Fran- 
<t çois I er et Léon X. Le monarque ne crut pouvoir mieux récompenser les 
« importants services de ce laborieux et intelligent ecclésiastique qu'en l'ano- 
« blissant, en 1522, ainsi que son neveu, Raoul Le Roi, et lui donnant 
« pour armoiries : Deux fleurs de lys d'azur sur champ d'or, émaux contre- 
» posés à ceux de France. Cet écusson, très élégamment sculpté dans la 
« chapelle de Saint-Thomas, se voit encore parmi les pierres conservées à 
« l'entrée de notre Musée. 

« Thomas Régis mourut évêque nommé de Dol, en 1524 ; son cœur, apporté 
« de Rome, fut déposé dans sa splendide chapelle...» Il mérite un article 
dans la Biographie bretonne, et M. Levot, qui en préparait une seconde édi- 
tion, lorsque la mort vint le frapper, avait été trop heureux d'accepter celui 
de M. de la Nicollière-Teijeiro. 

M. de l'Estourbeillon rappelle à ce sujet qu'il y a deux ou trois ans, M. de 
la Tullaye a légué aux archives départementales une partie des siennes, qui 
comprenaient celles de la famille de Thomas Régis, alliée à sa maison. C'est 
là une source de documents parfaitement connue, du reste, de M. de la 
Nicollière, et qu'il a mise à profit. 

M. le Président entretient ensuite la réunion du prochain congrès de la 
Société Française d'Archéologie, qui doit être tenu à Nantes en 1886, vers 
le mois de juillet. Son président, M. de Marsy, vient passer quelques jours 
parmi nous, afin de prendre toutes les mesures préparatoires qui seront né- 
cessaires. M. le comte de Marsy a annoncé à M. de Cremond d'Ars son 
arrivée pour le 9 novembre, et demande en même temps, par l'intermédiaire 
de M. de l'Estourbeillon, à la Société archéologique d'élaborer le plan dos 
excursions que feront, dans le département, les membres du CoDgrès. Il 
conviendrait aussi de préparer une liste de tous les ouvrages où les membres 
étrangers du Congrès pourraient étudier à l'avance les lieux historiques qui 
feront l'objet de ces excursions. Suivant l'usage, M. de Marsy compte, pen- 
dant son prochain séjour, les visiter une première fois avec les membres de 
la Société archéologique. 

11 est donc temps de fixer sans retard les itinéraires. 

M. de l'Estourbeillon, d'accord avec M. de Marsy, propose quatre ou cinq 
excursions, qui auraient pour but : 

La première : Guérande, oii le Congrès tiendrait, s'il est possible, une 



— XV — 

séance le matin; dans la même journée, on ferait une double visite aa châ- 
teau de Ranrouët, en Herbignac, et au château de laBretesche, en Missillac. 
M. Kerviler nous est un guide assuré pour toute la presqu'île guér8ndaise. 

La seconde : Châteaubriant et les fouilles de Petit-Mars^ sous la conduite 
de M. Léon Maître. 

La troisième : Mauves et le château de Champtoceaux, dont la Société 
archéologique a conservé un si agréable souvenir. Pour cette dernière 
excursion, le trajet par un bateau à vapeur permettrait aux étrangers d'ad- 
mirer nos sites de la Loire, si pittoresques, surtout quand on approche de 
Champtoceaux. 

Enfin, dans une dernière excursion, le Congrès visiterait Clisson, les 
Cléons et les belles substructions gallo-romaines que le propriétaire, M. Félix 
Chaillou, y a découvertes récemment, et qui ont fait l'objet d'une communi- 
cation si intéressante de notre confrère à la Société archéologique ; puis le 
château de Goulaine. 

En outre, une journée sera consacrée à la visite des monuments de Nantes. 

Où se tiendront les séances du Congrès? M. Riardant pense que la Société 
des Beaux-Arts et son président, qui mettent obligeamment leur salle à la 
disposition de la Société de Géographie, la mettront aussi à la nôtre sans la 
moindre difficulté ; mais il rappelle qu'un autre local sera aussi indispen- 
sable pour une exposition archéologique. Une telle exposition est le com- 
plément nécessaire du Congrès et une occasion unique pour les Nantais eux- 
mêmes d'admirer les richesses toujours cachées que renferment les collec- 
tions particulières de nos compatriotes. M. Léon Maître estime que les 
cloîtres de la Visitation pourraient êtie parfaitement appropriés à cet objet. 

Afin de régler ces différentes questions, M. le Président annonce qu'il 
convoquera une réunion extraordinaire, qui aura lieu pendant le séjour de 
M. de Marsy et ajoute très gracieusement que, du reste, il espère pouvoir 
mettre chez lui-même, et en dehors de la séance extraordinaire, M. de 
Marsy en relation avec les membres de la Société archéologique. 

Notre Société a aussi le devoir d'assurer le succès du Congrès par un 
nombre de travaux suffisants pour remplir ses séances ; elle devra donc pré- 
parer un programme de questions pour la rédaction duquel on se servira 
très utilement, d'ailleurs, des programmes des précédents congrès de la 
Société Française d'Archéologie. 

Provoquée par l'examen de toutes ces questions, une fort intéressante 
conversation s'engage au sujet de plusieurs collections nantaises et de diffé- 



— XVI — 

rentes découvertes fort dignes de l'attention des archéologues étrangers qui 
devront séjourner parmi nous. 

Ainsi M. le Président signale la riche collection d'urnes funéraires de notre 
collègue M. Charles Perrion. M. Perrion, présent à la réunion, dit qu'il pos- 
sède plus de 300 pièces de cette nature, les unes en terre, les autres en verre, 
et dont plusieurs renferment encore des os funéraires reconnaissables. Ces 
pièces, trouvées dans le sol, lui ont été procurées par M. l'abbé Desmieux, 
curé de Gièvres (Québri) (Loir-et-Cher). 

A ce propos, M. Léon Maître fait remarquer qu'une étude très intéres- 
sante à présenter au prochain Congrès serait celle que l'on consacrerait aux 
différents modes de sépultures qui ont été usités dans notre région. 

M. Perrion signale ensuite comme très digne d'attention la station gallo- 
romaine du Loroux-Bottcreau, moins connue que celle de Saint-Barthélémy, à 
laquelle elle se rattache évidemment et dont la voie romaine vient aboutir 
au Loroux. On trouve jusqu'au Loroux même des débris romains, sur un 
espace d'environ mille mètres carrés. 

M. de PEstourbeillon signale également comme station inédite en Avessac 
le village de Kermagouër. 

Ce sont là autant d'éléments pour la carte des stations gallo-romaines du 
département, que nous préparent MM. Léon Maître et del'Estourbeillon, et 
qui est attendu avec tant d'impatience. 

Avant que la séance soit levée, M. Emile Grimaud prend la parole et 
lit d'une voix émue les vers que notre si mélancolique et si charmant poète 
M. Rousse vient de consacrer à la mémoire de son ami M. Robinot-Bertrand, 
le chantre de la Légende rustique, l'auteur de la Fête de Madeleine et des 
Songères, dont le talent original et distingué était connu et apprécié de tous. 

La séance est levée à 10 heures. 

Pour le Secrétaire, 
Anthime Menard. 



XVII 



SÉANCE DU MARDI l«r DÉCEMBRE 1885. 

Présidence de M. le docteur Anizon, membre du Comité. 

Etaient présents : MM. Léon Maître, vicomte de Bagneux, Viau, Ch. Per- 
rion, Lemeignen, Bougoùin,Evellin, de Veillechèze, du Champ-Benou, Brochand, 
baron d'Izarn, Claude de Monti de Rezé, docteur Genuit, René Menard, 
docteur Porson et Charles Bastard. 

Le procès- verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. de la Nicollière-Teijeiro rend compte de l'ouvrage italien que 
M. le commandant Léon Dieu offre à la Société, comme cadeau de bienvenue. 
C'est un magnifique in-4» de 152 pp., intitulé: Le abitazioni lacustri, di 
Paolo Lioy, Venezia, 1876, dont l'auteur est fort connu par ses publications 
à Venise et à Milan. 

Le petit lac, théâtre des explorations fort savamment exposées dans cet 
ouvrage, se trouve dans la vallée de Fimon, à peu de distance de la ville de 
Vicence, située elle-même à quinze lieues de Venise. 

De nombreux bois dans le texte donnent la reproduction des palafittes de 
Fimon, des outils et armes, non seulement exhumés de la station, mais em- 
pruntés à la Zélande, au Groenland, à la Syrie, au Liban, Concise, etc.. 
comme sujets de comparaison. Les objets extraits des lacs voisins ne sont 
point oubliés. Dix-huit planches très bien lithographiées offrent la figure de 
227 pièces, ustensiles de pierre, d'os, vases, fuseaux en terre cuite, fragments 
de pirogues, outils en corne, haches de bronze, fibules, bracelets, couteaux 
en silex, pointes de flèches, nucleus, débris de poteries des cavernes de 
Lumignano, etc.. 

Ce volume sur les habitations lacustres d'Italie est un ouvrage rare, cer- 
tainement, fort apprécié des archéologues et de ceux qui s'occupent de 
l'époque paléolitique. Aussi, par l'organe de son Président, la Société remercie 
de la façon la plus sympathique le nouveau membre, dont la réception est 
marquée par ce livre intéressant destiné à occuper une place spéciale dans 
notre bibliothèque d'études. 

M. Maître soumet à l'assemblée le plan de ses découvertes de Petit-Mars et 
termine la lecture de son rapport. 

1885. - 2e Sem. 2 



— xviii — 

Dans les nombreux sondages qu'il a faits dans les marais voisins de 
la plaine de Mazcrolles, il a toujours rencontré le terrain solide entre 3 et 4 
mètres, ce qui démontre l'erreur des paysans qui prétendaient que l'on 
n'avait jamais pu trouver le fond en certains endroits. Les pentes, n'ayant 
pas toujours leur direction vers la rivière, empêchent l'écoulement des eaux et 
forment ainsi de nombreux réservoirs nommés mortiers. M. Maître dépose sur 
la table les plans du temple et du théâtre de Mauves, ainsi que celui des 
substructions découvertes aux Arènes Saint-Géréon. 

Il lit ensuite son mémoire, qui intéresse vivement l'assemblée ; M. le Pré- 
sident félicite M. Maître de ses curieuses découvertes, qui provoqueront as- 
surément de très intéressantes discussions au moment du Congrès. 

M. Lemeignen demande alors la parole pour savoir ce qui a été décidé re- 
lativement à l'organisation de l'exposition archéologique à l'occasion du 
Congrès; — il ajoute que la commission nommée à cet effet est sans Président. 

M. le Président, après avoir consulté l'assemblée, qui approuve pleinement 
cette Exposition, prie M. le Secrétaire d'écrire à tous les membres de cette 
commission, pour les prier de se réunir le plus tôt possible, afin de se cons- 
tituer et d'élire un Président. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 h. 1/2. 

Pour le Secrétaire général, 
Charles Bastard. 



SAINTE-MARIE DE PORNIG 



Souvenirs, monuments et impressions. 



Quel doux nom! qu'il est harmonieux à prononcer! et 
comme il convient bien à ce coin de terre tranquille et calme, 
éloigné des grandes routes ! 

C'est bien là une retraite préparée pour les âmes contem- 
platives, amoureuses de la grande nature et des vastes 
horizons, et je ne suis pas surpris qu'elle soit placée sous 
un pieux patronage. Les hommes de la prière sont passés 
par ici : ils ont ouvert la voie à ceux qui cherchent le repos 
dans les émotions religieuses. 

Que vous arriviez par le nord ou par le midi, le bourg de 
Sainte-Marie ne s'annoncera pas autrement ; il vous appa- 
raîtra comme une oasis fraîche et gracieuse qui n'est point 
faite pour les mondains. 

Les paysages ne parlent pas tous de la même manière à 
notre imagination. Qui n'a éprouvé, en voyageant, cette 
diversité d'impressions que cause la variété des aspects qui 
se présentent à nos yeux? Une plaine immense, semée de 
rangées de peupliers, vous porte à la mélancolie ; — une 
vallée, arrosée par un cours d'eau, éveille la gaieté; — un 
ravin étroit, hérissé de rochers, rend sombre ; — la vue de 
la mer rend l'homme grave, parce qu'elle élève ses pensées à 
la hauteur de l'infini. 

A Sainte-Marie, le spectacle grandiose et écrasant de la 

1885.-2eSEM. 1 



— 2 — 

mer est tempéré, pour notre petitesse, par une heureuse dis- 
position de la côte, qui nous voile une partie de l'immensité 
et nous montre, à côté des abruptes falaises, battues par les 
Ilots, la verdure des plus riches vallées, la fertilité des meil- 
leures campagnes et les riantes couleurs des parterres les 
mieux cultivés. Tout le charme de Sainte-Marie est dans 
l'effet des contrastes. 

Vous n'êtes pas ici en face de l'Océan, comme à Préfailles 
et à Piriac, exposé aux violences du vent d'ouest ; vous êtes 
sur un versant doucement incliné vers le midi, parfaitement 
abrité contre la bise glaciale du nord. Ici, point de monotonie, 
comme sur les plages de la Normandie et de la Vendée. 
Quand l'œil est fatigué de suivre le mouvement des vagues, 
il peut se reposer, en se promenant sur les rivages du vaste 
bassin qu'on nomme la baie de Bourgneuf, et compter les 
clochers de la Bernerie, des Moûtiers, de Bourgneuf, de 
Bouin et de Noirmoutier, splendide panorama que la brume 
enveloppe et découvre tour à tour, suivant les caprices du 
vent. 

En présence de tant d'avantages réunis, faut-il s'étonner 
que nous trouvions, tout autour de cette baie, des traces 
d'habitation humaine remontant à une antiquité reculée? 
A tous les âges de la civilisation, l'homme est le même ; il 
s'attache aux régions qui le nourrissent et le font rêver. 

Bien des milliers de générations se sont succédé sur cette 
côte depuis que l'homme est venu y poser le pied ; cependant, 
nous pouvons parler de ces premiers arrivants, comme nous 
parlerions des Pharaons de l'Egypte. Quoique d'une barba- 
rie grossière, nos ancêtres, les Celtes, avaient les mêmes 
instincts que les Egyptiens; ils déployaient tout ce qu'ils 
avaient de puissance et de génie autour des tombeaux. Mon- 
tez avec nous sur le sommet culminant où tourne le moulin 
de la Motte, et vous verrez ce qu'ils savaient faire. 

L'emplacement devrait s'appeler la Butte des Trois Dol- 
mens, car ce sont bien, en réalité, trois monuments celtiques 



— 3 — 

qui le rendent mémorable. Le premier, celui de l'ouest, est 
découvert depuis quarante ans ; le dernier, celui de l'est, 
n'est connu que depuis une dizaine d'années ( 4 ). Espérons 
que bientôt les substructions du moulin elles-mêmes nous 
diront leurs secrets. 

Ces énormes tables de pierre, disposées en allées et en 
chambres, équilibrées, soutenues, superposées, ont leur lan- 
gage comme les livres. Elles rapportent que l'homme, même 
à l'âge le plus rudimentaire de son existence, avait une 
grande intelligence, puisque, sans connaître le fer et les lois 
de la mécanique, il a su remuer, transporter et mettre en 
place des blocs d'une pesanteur considérable. Elles nous 
apprennent qu'il reconnaissait le prestige de l'autorité et qu'il 
honorait ses chefs même après leur mort. Il n'y a pas à en 
douter, les dolmens sont des nécropoles, et des nécropoles 
privilégiées. 

L'une des loges funéraires de celui de l'est, encore recou- 
verte de son enveloppe de terre, c'est-à-dire non violée, a été 
ouverte par M. le baron de Wismes, et tous les témoins ont 
vu distinctement les restes de plusieurs squelettes que les 
médecins ont attribués à un homme, à une femme, et à un 
enfant ( 2 ). Les ossements sont aujourd'hui au musée archéo- 
logique de Nantes, avec divers autres objets provenant de la 
même fouille. 

Devant cette constatation, nous sommes forcés d'admettre 



(») Le premier fut fouillé par M. Verger. Voir ses manuscrits à la biblio- 
thèque de Nantes. L'arrondissement de Paimbœuf est riche en monuments 
mégalithiques. Ils sont tous décrits aujourd'hui, dans le Dictionnaire archéo- 
logique de la Loire-Inférieure publié par M. Pitre de Lisle, conservateur du 
Musée départemental d'ethnographie et d'archéologie. 

( a ) Voir la relation des fouilles au Bulletin de la Société archéologique de 
Nantes, de 1876, par M. le baron de Wismes qui fréquente cette côte de 
Pornic depuis vingt ans, et qui aurait pu en retracer l'histoire mieux que 
personne. 



_ 4 — 

que le dogme de la famille n'était pas non plus inconnu des 
Celtes : c'est une conséquence qui semble résulter également 
de l'isolement de chaque monument. Ils n'auraient pas pris 
soin de constituer des groupes de tombeaux, si leur civilisa- 
tion n'avait pas admis des distinctions, une hiérarchie et la 
filiation des races. Autour des squelettes, point de fer : on a 
recueilli seulement quelques pots d'une terre cuite à l'air 
libre et des couteaux de silex éclaté, une pierre polie et per- 
cée, semblable à une amulette, et des grains de collier. 

L'art, cette inspiration divine que l'homme porte partout 
avec lui, apparaît déjà au milieu de ce chétif mobilier. La 
terre n'est pas seulement pétrie en vue d'un usage positif, 
elle a aussi ses ornements pour réjouir l'œil : la main qui a 
façonné l'un des pots a modelé autour de l'orifice une 
rangée de perles. Tels sont les renseignements que recèlent 
nos mégalithes. 

Maintenant, pourquoi les dolmens sont-ils si nombreux 
sur les côtes de la mer, et si rares dans l'intérieur des terres ? 
Pourquoi sont-ils érigés de préférence sur les sommets, 
plutôt que dans les vallons retirés ? Ce sont des faits qu'on 
constate, des problèmes qu'on se pose et auxquels la science 
n'a pas encore trouvé de réponse. Les Celtes, assurément, 
n'en faisaient pas des monuments d'orgueil et de défi, puis- 
qu'ils prenaient soin de les dissimuler aux regards, sous un 
amoncellement de pierres et de terre en forme de tumulus. 

Entre l'âge de la pierre et l'époque historique, que s'est-il 
passé sur la côte de Pornïc ? Que sont devenus les fils des 
constructeurs de dolmens? Nous l'ignorons. Il est possible 
que, poussé par ces besoin irrésistible de progrès qui tour- 
mente notre race, ils aient remonté les vallées pour recher- 
cher des instruments de travail et des armes de combat. Le 
bronze et le fer dont ils se sont servis ne nous sont pas par- 
venus. 

Quoi qu'il en soit, il est bien certain qu'au moment de la 
conquête romaine le pays était habité et qu'une aggloméra- 



— 5 — 

tion régulière s'était formée au bourg de Sainte-Marie. Le 
nom de Sion (Sedunum), que portent encore quelques mai- 
sons situées à l'est du presbytère, servait peut-être à la dési- 
gner. On y arrivait de Pornic par le chemin haut qui passe 
au moulin de la Motte et vient aboutir à la mairie. La route 
pittoresque qui suit les contours de la falaise est toute 
moderne, elle n'a pas plus de cinquante ans. Quand elle fut 
ouverte, les ouvriers mirent à nu le cimetière des païens, 
c'est-à-dire le champ où ils déposaient les urnes funéraires 
contenant les restes des corps qu'ils avaient brûlés ( 4 ). 

Le Christianisme est venu bientôt abolir cette coutume 
peu respectueuse de la crémation ; il a heureusement rétabli 
le mode primitif d'inhumation, en rappelant à l'homme la 
sublimité de son origine et de son destin. C'est pourquoi, 
près des urnes romaines, on découvrit ces grandes auges en 
pierre coquillière où les premiers chrétiens couchaient leurs 
défunts. 

Ainsi, après plusieurs siècles de perfectionnements, de 
pratiques diverses, nos ancêtres avaient été obligés de recon- 
naître leur aveuglement et de revenir aux usages adoptés 
par les générations naïves des premiers temps du monde. 
Quelle leçon pour notre orgueil i N'est-ce pas là le cas de 
redire que nous tournons dans le même cercle et de philo- 
sopher avec ceux qui gémissent sur la perversité croissante 
de notre race? Qu'ils se consolent ; quels que soient nos écarts, 
la force de la vérité nous ramène toujours près du soleil 
lumineux autour duquel nous devons graviter. 

La doctrine du Christ fut prêchée de bonne heure autour 
de la baie de Bourgneuf, si nous en jugeons par l'antiquité 
des patrons invoqués dans chaque église de la contrée : 



(*) Dans le pré de la Fuie on trouve aussi des tombeaux sur lesquels je 
n'ai pas de renseignements. 



— 6 — 

Saint-Pierre est aux Moûtiers ; Saint-Jean et Saint-Jacques, 
à Prigny ; Saint-Etienne, au Clion. Comment le culte de 
Notre-Dame a-t-il été importé sur la côte ? C'est un mystère 
qui ne peut être sondé à la distance où nous sommes des 
événements. Les missionnaires qui sont venus évangéliser 
le pays étaient plus soucieux de conquérir les âmes que de 
transmettre leur nom à la postérité en le gravant sur la 
pierre. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'au XI e siècle il 
existait, à l'endroit du bourg de Sainte-Marie, une église 
dédiée à la Mère de Dieu, qui, comme tous les sanctuaires 
d'alors, était tombée avec ses revenus entre les mains avides 
des laïques les plus puissants du pays. 

Le désordre s'était glissé partout sous le règne des derniers 
Carolingiens, les usurpateurs des biens ecclésiastiques avaient 
livré les choses saintes à des ministres indignes, le scandale 
et la simonie avaient profané les institutions les plus res- 
pectables. Effrayés par les anathèmes des évêques de Nantes 
Airard, Quiriac et Benoît, les intrus firent leur soumission. 
Le XI e siècle fut une époque de réparation et de rénovation 
religieuse. C'est aussi le moment où l'église de Sainte-Marie 
vit réapparaître autour d'elle la vie régulière, par l'arrivée 
des fils de saint Benoît. 

Glevian, prince de Bougon, et Drolavius, seigneur d'Her- 
bauges, appelèrent sur la côte les moines de la célèbre abbaye 
de Saint-Sauveur de Redon et leur offrirent la moitié des 
dîmes de la paroisse avec plusieurs autres domaines. Ceci se 
passait vers 1050 ('). Soixante ans plus tard, les sires de Raiz 
établirent les religieux de l'abbaye de Saint-Serge d'Angers, 
déjà répandus sur leurs domaines, au lieu où s'éleva le 
prieuré de Saint-André de Pornic. Avant de construire la 
nouvelle chapelle, un concordat fut conclu, en 4114, pour 
régler les conditions de la fondation. 



( 4 ) Cartulaire de Redon, pp. 278-279. 



— 7 — 

Cet acte est instructif à plus d'un titre. Nous y apprenons 
que les moines de Redon n'étaient plus h Sainte-Marie, qu'ils 
y avaient été remplacés par des prêtres séculiers, jaloux de 
leurs droits, et auxquels l'évêque donna satisfaction en inter- 
disant aux religieux d'administrer les sacrements, de réclamer 
une part des honoraires des funérailles, de faire des proces- 
sions extérieures sans permission et de célébrer leur messe 
conventuelle, les dimanches et fêtes, avant que l'office pa- 
roissial fût achevé dans l'église mère de laquelle dépendait 
T église du château de Pornic (*). 

Il en résulte que la circonscription paroissiale de Sainte- 
Marie était créée au XII e siècle et que Pornic n'était alors 
qu'une humble fillette soumise à sa voisine. J'en suis fâché 
pour la gloire de Pornic, qui est une jolie petite ville très 
aimée de tous les touristes ; il me plairait de lui attribuer 
toutes les prééminences, même celle de la priorité, mais la 
vérité a des exigences devant lesquelles il faut s'incliner. 

D'ailleurs, le témoignage que nous invoquons était superflu ; 
l'antériorité de la paroisse de Sainte-Marie ressortait d'elle- 
même, quand on considérait son étendue telle qu'elle était 
avant 1790, puisqu'elle enserrait de toutes parts la ville murée 
de Pornic. Il ne faut pas que Pornic en soit trop humiliée, 
c'est un sort qu'elle partage avec bien d'autres villes, dont 
la prospérité s'est développée autour d'un château, sous la 
tutelle d'un modeste recteur de campagne. 

Châteaubriant dépendait de la paroisse de Beré ; le Croisic 
releva du bourg de Batz jusque sous Louis XY; Paimbœuf 
est né sur le territoire de Sainte-Opportune en Raiz ; Pont- 
château a été devancé par le village de Querens. Pourquoi 
la ville de Pornic n'avouerait-elle pas qu'elle a eu ses com- 
mencements sous le rectorat de Sainte-Marie? 



(*) Donec in ecclesia sacerdotum, ad quant parochia castri pcrtinet, missa 
finiatur. — D. Morice. Hist. de Bretagne, pr. t. I, col. 527. 



— 8 — 

Elle a eu des compensations dans ses prérogatives féodales, 
elle a été élevée à la dignité de chatellenie, elle a eu son 
sièg'e de justice, elle a possédé deux prieurés dans sa petite 
enceinte : celui de Saint-André, que nous venons de citer ; 
celui de Saint-Gilles, desservi par les chapelains des Tem- 
pliers. Au reste, sa dépendance spirituelle ne fut pas de 
longue durée : au milieu du XVI e siècle certainement, et 
peut-être avant, l'administration paroissiale était fondée à 
Pornic. J'espère qu'après ces explications, les habitants de 
Pornic ne m'en voudront pas trop d'avoir fouillé dans leur 
généalogie religieuse. 

Les prêtres que nous venons de mettre en face des religieux 
de Saint-André ne devaient pas être les desservants définitifs 
du pays, ils cédèrent bientôt la place à d'autres prêtres sou- 
mis à une règle et qui se présentèrent en collégiale comme 
chanoines de Saint-Augustin. On ignore absolument en 
quelle année eut lieu ce changement de personnel. Il règne 
sur ce fait une telle incertitude, que les auteurs ont pu 
avancer les suppositions les plus diverses sans être con- 
tredits. 

Les uns ont confondu Saint-André et Sainte-Marie et ont 
attribué la même origine aux deux établissements, comme 
si les moines de Saint-Serge avaient été invités à se déplacer, 
assertion qui est absolument controuvée. Les autres ont 
pensé que la collégiale de Doulon, après sa dissolution pour 
cause d'indiscipline, s'était reformée à Sainte-Marie. D'autres 
ont parlé d'échange de la part de l'abbaye de Redon. Cette 
dernière conjecture n'est pas invraisemblable, car les reli- 
gieux de Redon, chargés d'un très grand nombre de fonda- 
tions sur la rive droite de la Loire, ne pouvaient pas accepter 
toutes les avances de leurs bienfaiteurs. Beaucoup d'actes 
de fondation et de donation ont été modifiés par des accords 
ultérieurs. 

Dans le cas qui nous occupe, il a pu y avoir échange avec 
l'abbaye de Geneston, située au sud du diocèse, près de 



— 9 — 

Montbert, qui était aussi une communauté de chanoines 
réguliers de Saint-Augustin. 

Les étrennes nantaises de 1748 assignent à la fondation 
de l'abbaye de Sainte-Marie de Pornic la date de 1117. Si la 
donnée était exacte, la Bretagne aurait devancé Paris de deux 
années dans l'adoption de la règle de Saint- Augustin, puisque 
la communauté de Saint-Victor n'est pas antérieure à 1119. 

Garsire ou Gestin, seigneurs de Machecoul et de Pornic, 
seraient les promoteurs de la nouvelle institution sur notre 
côte et auraient installé les chanoines près de l'église dédiée 
à Notre-Dame. Il est surprenant que sur un fait aussi impor- 
tant les archives civiles ou religieuses ne nous aient pas 
conservé une affirmation positive. 

Pour la plupart des communautés, nous avons des rensei- 
gnements certains sur leurs commencements ; ils ont été 
transcrits plusieurs fois , et nous les retrouvons dans un 
endroit ou dans un autre. Coïncidence surprenante ; la même 
obscurité enveloppe les débuts de la communauté de Genes- 
ton. Nous verrons plus tard que, sans le vandalisme des 
gens de guerre qui ont désolé le pays, nous aurions aujour- 
d'hui plus de documents sous la main. 

Dans la disette à laquelle nous sommes réduits, nous nous 
contenterons d'indiquer le milieu du XII e siècle, comme 
l'époque probable de l'installation des Augustins à Sainte- 
Marie ; on ne peut pas en douter, car l'abbé Brice, dont 
l'existence est bien constatée, était en fonctions depuis trente 
ans en 1206. 

Il est bon de dire ici brièvement ce qu'était l'ordre des 
Augustins, car le nom d'abbaye, donné à leur communauté 
comme aux monastères de Cîteaux, pourrait faire croire que 
leur vie avait quelque ressemblance avec celle des moines. 

La règle leur permettait de gouverner eux-mêmes les 
églises paroissiales, ce qui était interdit à la plupart des 
ordres religieux. Ils n'étaient pas astreints au travail manuel, 
comme les Bénédictins ; leur principale obligation était de 



— 10 — 

chanter les diverses parties de l'office depuis prime jusqu'à 
vêpres. Leur costume se composait d'une aube et d'une 
chape noire fermée. Il n'en était pas de même chez les Cis- 
terciens de Buzay, de Melleray, de Blanche-Couronne, de 
Villeneuve, chez les bénédictins de Vertou, de la Chaume et 
de Saint-Gildas-des-Bois. Les uns desséchaient les marais 
pour les transformer en prairies, les autres défrichaient les 
bois et les landes pour y planter la vigne. Tous se servaient 
de vicaires pour administrer les sacrements aux fidèles. 

De tous ces monastères, dispersés sur le territoire du dio- 
cèse de Nantes, il n'en est pas un dont la situation fut com- 
parable à celle de la collégiale de Sainte-Marie de Pornic ; 
je n'excepte même pas les bénédictins de Saint-Martin de 
Vertou, bien qu'ils fussent placés dans la riante vallée de la 
Sèvre. Pour trouver un établissement digne d'entrer en com- 
paraison, il fallait jeter les yeux sur la rive opposée, dans le 
diocèse voisin, et considérer l'abbaye de Notre-Dame de la 
Blanche, érigée dans l'île de Noirmoutier, près de ce magni- 
fique bois de la Chaise, qui excite l'admiration de tant de 
voyayeurs. Voilà le digne pendant du monastère de notre 
côte. 

Qu'elle devait être belle et animée, cette baie deBourgneuf, 
quand elle avait sa couronne complète de flèches aiguës 
surmontées de la croix, quand elle possédait deux ports de 
plus à Prigny et à Bourgneuf, et quand ses salines étaient en 
pleine activité ! 

Qu'on se la représente aux époques de sa grande prospé- 
rité, au XIII e ou au XIV e siècle, qui sont aussi deux époques 
de ferveur religieuse, alors que les Espagnols, les Anglais, 
les Flamands et les marchands bretons et normands venaient 
s'approvisionner de sel, alors que des centaines de navires 
sillonnaient ses eaux dans tous les sens ! 

Qu'on se représente tous ces prieurés alignés sur ses 
rivages, le plus souvent groupés par deux ou trois, tous ces 
clochers qui retentissaient au Clion, aux Moustiers, à Bour- 



— 11 — 

gneuf, à Bouin et à Noirmoutier, à l'heure où les sonneries 
appelaient en chœur les fidèles à la prière, ce concert de 
chants religieux qui s'élevait à la fois de tous ces sanctuaires 
vers le ciel, et on aura une idée du panorama émouvant qui 
se déroulait constamment sous les yeux des chanoines de 
Sainte-Marie. 

Les bâtiments de l'abbaye étaient situés dans l'emplace- 
ment du presbytère actuel. Ils étaient rattachés à l'église 
conventuelle par les galeries d'un cloître du XIII e siècle, qui 
passait pour l'un des plus beaux de la province. Dans le mur 
du presbytère, au sud, on en voit un vestige qui accuse que 
ses arcades étaient en ogives. C'est tout ce que nous pouvons 
en dire, personne n'ayant pris soin d'en conserver la descrip- 
tion. 

Nous savons mieux ce qu'était l'église, dont la destruction 
ne remonte qu'à vingt-cinq ans. Cet édifice appartenait au 
style roman, mais sa construction n'avait jamais été termi- 
née : un lambris remplaçait la voûte. Le chœur avait trente- 
huit pieds de long, et la nef, accompagnée d'un bas côté, 
avait soixante-neuf pieds. Les murs, sans aucun ornement, 
reposaient sur cinq arcades en plein cintre. Le clocher, en 
forme de tour carrée massive, était percé de quatre ouver- 
tures de même style et surmontait l'entrée principale à l'ouest. 

La porte la plus curieuse, placée au midi, était ornée de 
modillons romans (qu'on conserve pour les utiliser dans la 
reconstruction du presbytère) et précédée d'un porche ou 
chapitreau semblable à ceux qu'on rencontre encore dans 
beaucoup d'églises de Bretagne. C'est là que se tenait, à 
l'issue de la grand'messe, l'assemblée des chefs de famille 
et anciens marguilliers formant le corps délibérant de la 
paroisse. 

Les boiseries du chœur n'avaient aucun cachet artistique, 
et l'autel était surmonté de l'un de ces affreux retables 
du modèle qu'on voyait partout avant la renaissance 
du gothique, et qui n'étaient qu'un assemblage païen de 



— 12 — 

colonnes et d'entablements fort peu à sa place dans les édi- 
fices du moyen âge. Le goût moderne nous a heureusement 
débarrassés du mobilier trop prétentieux des contemporains 
de Louis XV, et nous ne voyons plus de statues grotesques 
exposées aux regards. 

Quelque imparfaite qu'elle fût, l'église de Sainte-Marie tenait 
au cœur des paroissiens et leur était chère autant qu'aurait 
pu l'être l'église la mieux décorée. L'habitude efface à nos 
yeux bien des imperfections. Pour ces populations simples et 
croyantes de la côte, elle rappelait la foi robuste et enthou- 
siaste des aïeux, elle constituait un lien vivant entre le 
passé et le présent et redonnait un corps à leurs souvenirs de 
famille, privilèges que n'ont pas les édifices neufs, malgré 
toutes leurs splendeurs. 

Heureuses les populations parmi lesquelles l'architecture 
a été assez puissante pour créer des œuvres dignes d'être res- 
taurées ou achevées ! 

Le diocèse de Nantes ne jouit pas de cette faveur ; aussi, 
le nombre des églises anciennes qui ont été condamnées à 
disparaître est innombrable. Le chef-lieu lui-même ne peut 
montrer que des édifices neufs ; sa cathédrale elle-même 
devra son achèvement aux efforts de notre siècle. 

Il n'est plus à Sainte-Marie qu'une construction qui parle 
au voyageur de son passé : ce sont les débris de la tour à 
moitié écroulée qui se voit en face du presbytère. Ces ruines 
sont celles de la fuie dans laquelle se rassemblaient les 
pigeons du monastère. Elevés par leurs bienfaiteurs au rang 
seigneurial, les religieux avaient pu, eux aussi, ajouter à leur 
cloître cet appendice féodal non moins précieux que le mou- 
lin et le four banal. Les petites cases qui sont pratiquées 
dans les parois intérieures du colombier, depuis le bas jus- 
qu'au haut, servaient de nids aux couple». C'est là qu'on 
allait prendre, au moyen d'une échelle tournante fixée au 
milieu, les jeunes pigeons bons à manger. 

Ce mode de construction était également connu des 



— 13 — 

Romains, mais il avait chez eux une destination bien diffé- 
rente. Ils en faisaient un tombeau de famille et plaçaient les 
urnes funéraires de leurs chers défunts dans les petites cel- 
lules. Plusieurs architectes, notamment le célèbre Garnier, 
ont été si bien trompés par les apparences qu'ils ont pu, au 
premier abord, prendre la fuie de Sainte-Marie de Pornic 
pour un monument antique et croire à une imitation du 
tombeau de Cecilia Metella. Notre fuie a moins de préten- 
tions. Cherchez à sa base, dans les premières assises, vous 
verrez la date de 1556, année de sa reconstruction ('). 

Il est une autre antiquité qui mérite non moins l'attention, 
quoique mutilée : c'est une pierre tombale relevée jadis dans 
le cimetière et appuyée maintenant contre le mur extérieur 
de l'église, en attendant qu'une place honorable lui soit faite 
à l'intérieur. On ignore dans le pays le nom du personnage 
dont l'image est sculptée en ronde bosse sur la surface, 
mais on sait qu'il est contemporain des commencements de 
l'abbaye. Les habitants disent en la montrant : « C'est la 
tombe du croisé! » 

Cette pierre était autrefois dans la chapelle latérale édifiée 
sous l'invocation de saint Nicolas et de saint Jacques, cha- 
pelle située à droite de l'église, qui avait été reconstruite 
en 1640 et qui fut détruite en 1776, parce que sa restaura- 
tion eût été trop coûteuse. Depuis lors, elle est restée sans 
abri, exposée aux injures du temps, des passants et des 
ennemis de l'histoire. Les mutilations ont emporté la date 
qu'elle portait, les derniers caractères gothiques ne retracent 
plus que le nom du croisé : 

Cy gict monseur Vuillaume des Bretesches, chevalier, qui 
décéda octobr 

Evidemment c'est bien là la tombe d'un contemporain des 



(*) L'écusson voisin de la date représente une croix semée de cloches. 



— 14 — 

croisades, et M. le curé peut en placer les débris dans son 
église, sans crainte de la déparer. 

Le château des Bretesches était en Saint-Viaud. Le sei- 
gneur Guillaume, qui l'avait quitté pour suivre saint Louis, 
s'était trouvé en péril pendant la traversée : il avait invoqué 
saint Nicolas, le patron des navigateurs, et, à son retour, 
il avait payé sa dette de reconnaissance en lui élevant un 
autel. 

Nous avons fait quelques recherches sur ce vieux cheva- 
lier, et nous avons trouvé qu'il possédait de grands biens 
dans le pays de Raiz. Une charte de 1288 atteste qu'il donna 
aux religieux de l'abbaye de Villeneuve (Le Bignon) un four 
banal et les droits seigneuriaux qui lui appartenaient à Saint- 
Philbert-de-Grandlieu ( 1 ). 

Guillaume des Bretesches aurait donc pu reposer sous les 
voûtes de l'église abbatiale de Villeneuve dont il était le 
bienfaiteur, près des sires de Machecoul ses suzerains ; il a 
préféré le sanctuaire de Sainte-Marie, avec l'espérance sans 
doute d'y dormir plus sûrement en paix. 

L'indifférence humaine a bouleversé tous ses calculs. Ses 
cendres ont été dispersées, et la pierre qui les recouvrait 
sera bientôt elle-même méconnaissable, si d'énergiques pro- 
testations ne s'élèvent pas en sa faveur. 

Elle était pourtant belle la figure du vieux guerrier, cou- 
chée dans ce cimetière de village depuis six siècles. Les pas- 
sants s'arrêtaient volontiers à la contempler. N'est-ce pas le 
cas de rappeler ici les vers mélancoliques qu'elle inspirait à 
M. Joseph Rousse, lorsque sa muse, avide d'émotions, allait 
de clochers en clochers réveiller les souvenirs du pays de 
Raiz: 



(*) Arch. départ. H 86. 



— 15 — 

Dans un vieux cimetière, où fleurit la ciguë, 

Près du temple est couchée une antique statue. 

C'est un guerrier qui dort, les deux mains sur son cœur. 

Son sommeil est serein et le naïf sculpteur 

A gravé sur ses traits une calme espérance, 

Et la foi simple et vive unie à la vaillance. 

Un débris de son casque est près du chevalier, 

Son glaive est à sa gauche avec son bouclier, 

Où, témoin glorieux, une croix se dessine 

Et dit qu'il combattit aux champs de Palestine. 

Sous le porche roman du vieux temple, le soir, 

Quand la lune est au ciel, parfois je vais m'asseoir, 

Et tandis que la mer gémit, chante ou murmure, 

Voyant du chevalier la tranquille figure 

Et l'admirant couché les deux mains sur son cœur, 

Je pense : Heureux celui qui meurt dans le Seigneur ('). 

Quatre châteaux s'élevaient sur le territoire de Sainte- 
Marie, c'étaient : le Sableau ( a ), l'Angle, le Bois-Macé et la 
Tocnais. Aucun des seigneurs de ces manoirs n'a laissé dans 
le chœur de l'église la trace d'une pierre tumulaire notable. 
Tous se sont contentés d'une sépulture commune sous les 
dalles du sanctuaire. 

A l'intérieur de l'église plusieurs objets, rares dans les 
paroisses rurales, frappaient les regards. Une crosse d'argent 
de six pieds de long, placée au-dessus du maître-autel, rap- 
pelait aux paroissiens que leur premier pasteur était investi 
d'une haute autorité, qu'il marchait de pair avec les évêques. 
Sa juridiction s'étendait, en effet, sur treize maisons religieuses 
vivant sous sa dépendance. On les nommait : Saint-Thomas 



(') Poésies bretonnes. Paris, 1882. 1 vol. in-16, fo 62, pièce intitulée : 
Le Tombeau du Croisé. 

( 2 ) Le château du Sableau était devant la plage des Sablons. En 1775 il 
appartenait au prince de Condé. M. Dubois a trouvé des substructions très 
épaisses sur son emplacement. 



— 16 — 

et Sainte-Anne de Pornic, Notre-Dame de la Plaine, Saint- 
Nicolas de Guermiton, Sainte-Apolline de Cheix, Saint-Pierre 
du Clion, Saint-Vincent de Remouillé, Notre-Dame d'Aisne 
(en Montoir),Saint-Gildas de Haute-Perche (Chauve), Sainte- 
Anne de Rohard (Savenay) , Saint-Laurent de Bourgneuf, 
Saint-Michel de Ghevesché, Sainte-Madeleine de Pilon (Port- 
Saint-Père), Saint-Martin de Chauve ('). 

A la place du tabernacle se trouvait une statue de la 
Vierge, qui ne ressemblait à aucune autre. 

Une cavité, creusée dans sa poitrine et ouverte largement 
dans le dos en forme de losange, permettait de déposer en 
elle le ciboire ou custode contenant le Saint-Sacrement, 
et, pour que personne ne pût se méprendre sur sa destina- 
tion, un œil rond, pareil à ceux des ostensoirs, existait sur la 
face antérieure pour annoncer aux fidèles qu'ils lui devaient 
une révérence particulière. 

Cette statue n'est point détruite : on peut la voir en avant 
de la chapelle latérale de gauche, qui lui est destinée, sa 
physionomie seule a changé. Les anciens marguilliers 
avaient cru l'embellir en la faisant revêtir plusieurs fois des 
couleurs les plus diverses; ils avaient même dissimulé, sous 
une couche de plâtre, ce qui faisait son originalité ; les traits 
de la figure avaient pris un air disgracieux sous le pinceau 
grossier qui avait voulu les accentuer; enfin, le démon qu'elle 
foule aux pieds était dans une posture peu décente. 

M. l'abbé Gergaud, curé actuel de la paroisse, sagement 
préoccupé de mettre le mobilier de son église en harmonie 
avec la gracieuse décoration de l'édifice dû à sa persévérance, 
ne pouvait pourtant pas penser à la reléguer dans un coin, 
si laide qu'elle fût; il savait trop bien que sa conduite lui eût 
attiré le blâme de tous ses paroissiens. Leur statue leur est 



(') Arch. départ. H 77-80. 



— 17 — 

aussi chère que Notre-Dame de Fourvières aux Lyonnais. Il 
prit le parti de la confier au bon goût d'un artiste nantais 
qui, en lui rendant l'aspect des œuvres correctes, a remis au 
jour sa conformation primitive. 

Les archéologues regretteront que les doigts de la main, 
au lieu d'indiquer simplement le tabernacle, tiennent main- 
tenant une branche de lys, addition qui n'était pas dans 
l'original, et que le corps du démon soit tronqué. Ils auraient 
raison, s'il s'agissait d'un objet de curiosité destiné à un 
musée, mais ici le cas est différent. La statue est destinée à 
occuper une place d'honneur dans un édifice moderne et à 
recevoir surtout les hommages de la piété. Imprudent serait 
celui qui proposerait de la changer contre une autre, il 
encourrait la réprobation universelle. 

— Connaissez-vous la Vierge de Sainte-Marie ? disais-je 
un jour à une jeune fille originaire de la côte de Pornic. — Je 
crois bien, me dit-elle, elle a fait des miracles. — Lesquels? 
— Je n'ai pu le savoir. 

C'est donc un objet sacré au premier chef; si elle en était 
séparée, la population se croirait exposée aux plus grands 
malheurs. Quand, pour une raison quelconque, pendant des 
réparations, la statue se trouvait descendue de son siège 
habituel, s'il arrivait quelque accident dans la paroisse, on 
s'empressait de la remettre au plus vite où la coutume 
ancienne l'avait placée. La Vierge a choisi elle-même son 
séjour, dit-on, une main impie seule oserait l'en détrôner. 

Dans l'état où elle est aujourd'hui, il est bien difficile de 
dire si elle appartient au XIV e siècle plutôt qu'au XV e ; elle 
a perdu le cachet de son époque ; cependant, en considérant 
uniquement la destination spéciale qui lui fut donnée, il est 
possible d'arriver à lui assigner un âge. On sait, d'une part, 
qu'au temps de la fondation de l'abbaye, la custode se pla- 
çait dans un meuble du chœur et jamais sur l'autel. L'usage 
des tabernacles ne s'est introduit qu'au XIV e siècle. De 
l'autre , l'idée de rappeler la maternité de la Vierge , en 
1885.— 2*Sem. 2 



— 18 — 
ouvrant un sacraire dans le corps de sa statue, ne peut 
appartenir à l'art de la Renaissance ; c'est une invention 
naïve et charnelle qui ne pouvait germer que dans le cerveau 
tout à la fois mystique et réaliste des générations du moyen 
âge. 

D'après ces inductions, l'artiste qui a conçu la structure 
de Notre-Dame de Pornic serait du XIV e siècle. Dans tous 
les cas, il est certain qu'elle a servi de tabernacle au moins 
pendant trois siècles, et c'est déjà une belle antiquité qui 
mérite considération. Deux témoignages empruntés aux titres 
de la fabrique ne laissent aucun doute à cet égard. 

Voici le premier : c'est un concordat de 1554 dans lequel 
les religieux, fixant les charges qui leur incombent, s'en- 
gagent à entretenir une lampe ardente devant l'image de 
Notre-Dame « auquel est le sacraire. » Le second est la 
déposition insérée dans une enquête de 1678. Le septuagé- 
naire Picaud vient déclarer que, toutes les fois qu'il est allé 
faire ses prières à l'église de Sainte-Marie, « il a vu les vicaires 
de la paroisse prendre le saint sacrement dans V image de la 
sainte Vierge qui est au dos et au-dessus dudit autel, pour 
le porter et administrer aux paroissiens. » 

On ne peut pas demander d'attestation plus positive. 

Au point de vue de l'art, comme au point de vue religieux, 
la statue de Sainte-Marie de Pornic est donc un monument 
précieux et tout à fait rare, qui n'a peut-être pas son pareil 
en France ; c'est un type qui ne paraît pas avoir été repro- 
duit à plusieurs exemplaires. En fait d'analogues, j'ai entendu 
citer une représentation de sainte Anne dans le corps de 
laquelle on voit la sainte Vierge portant elle-même l'Enfant 
Jésus. Je n'ai pas retenu le nom de la province à laquelle 
elle appartenait, mais j'inclinerais fortement à croire que 
l'invention est d'un méridional ou d'un Espagnol. 

Après la description de la statue de Notre-Dame et de la 
tombe du croisé, je suis forcé de m'arrêter : ces deux objets 
étaient les seules curiosités à mentionner dans le mobilier. 



— 19 — 

Ni la chaire, ni les stalles du chœur ne ressemblaient, même 
de loin, à ces riches sculptures de chêne qu'on admire géné- 
ralement dans les vieilles abbayes. Il ne paraît pas que les 
chanoines de Pornic aient jamais reçu une dotation assez 
forte de domaines et de rentes pour pouvoir décorer pom- 
peusement leur chœur. Après avoir dépensé de grosses 
sommes pour édifier leur cloître, ils s'étaient trouvés sans 
ressources pour faire les voûtes de l'église. Leur temporel 
primitif, à peine suffisant pour subvenir à l'entretien du 
personnel des pères et des novices, au lieu de s'accroître 
peu à peu par une affluence de dons et une bonne adminis- 
tration, fut au contraire amoindri de bonne heure par la 
mauvaise volonté des descendants de leurs bienfaiteurs. 

A la faveur des troubles occasionnés par la guerre de 
Cent Ans, les débiteurs de l'abbaye s'emparèrent des domaines 
dont ils n'étaient que les tenanciers ('). On le sait, parce que 
Charles Davaugon, dixième abbé connu, fut chargé de pro- 
céder contre les usurpateurs en 1464. Au siècle suivant, la 
situation n'était pas meilleure. Lorsque l'abbé Jean Heaulme 
vint, en 1554, faire sa déclaration pour l'assiette des décimes, 
il annonça que le patrimoine de l'abbaye ne fut jamais 
affermé plus de 400 livres tournois, que depuis trente ans 
aucune enchère supérieure ne s'est rencontrée. Il ajouta que 
désormais le revenu serait moindre encore, attendu que la 
mer avait submergé deux cent quarante aires de marais 
salants et plus de cinq journaux de pré. Les rentiers débi- 
teurs de l'abbaye, dit-il, montrent peu d'empressement à 
s'acquitter et les chanoines n'ont pas de procureur fiscal qui 
puisse les poursuivre. L'entretien d'un siège de justice, avec 
sénéchal et assesseurs, les aurait ruinés. 

Pour comble de malheur, les titres justificatifs des aumônes 



(') Arch. départ. H 77-80. 



— 20 — 

avaient été perdus ou détruits pendant les dernières guerres ; 
les ennemis de la France relevaient toujours la tête et, quand 
ils recommençaient leurs entreprises, l'abbaye, par suite de 
la proximité de la côte, était exposée à leurs insultes ou à 
leurs déprédations. En 1554, Sainte-Marie était une véritable 
place de guerre. Non seulement les chanoines entretenaient 
un arsenal composé de quatre arquebuses à crocs et d'arque- 
buses à points, d'arbalètes et de bâtons, avec leurs munitions, 
mais encore ils donnaient asile à tous les gentilshommes 
envoyés par le gouverneur de Bretagne pour surveiller la 
côte, organiser la défense et passer les revues. A chaque 
alarme, leurs dortoirs se remplissaient de gens de guerre, 
improvisés ou enrégimentés, qui venaient de quatre et cinq 
lieues, parfois au nombre de cent cinquante, et vivaient sur 
la mense des chanoines. Il fallait bien les héberger pour être 
sûr d'avoir leur assistance à chaque menace. 

Tel était le sort de la plupart des abbayes de tout ordre. 
Pendant le moyen âge et jusqu'à une époque très récente, 
les voyageurs et les gens de guerre n'ont pas connu d'autres 
hôtelleries que celles que leur offraient les religieux. 

Au XVI e siècle, le personnel se composait de six prêtres, 
d'un novice et de deux jeunes clercs. L'abbé résidait et gou- 
vernait lui-même la communauté. Le Roi n'y introduisit la 
commende, l'un des plus tristes abus du pouvoir personnel, 
qu'en 1601, en nommant l'abbé Gaspart du Gay. Les mœurs 
admettaient alors qu'un ecclésiastique pouvait posséder plu- 
sieurs bénéfices, réguliers ou séculiers, en toucher les revenus 
et se faire remplacer, dans l'exercice de chaque charge, par 
un prieur ou un vice-gérant, qui devenait pour ainsi dire son 
fermier. Quand il habitait très loin de ses bénéfices, il arri- 
vait que de grandes négligences se commettaient. C'est ce 
que nous avons la tristesse de constater ici : dès que l'abbé 
ne fut plus astreint à la résidence, l'entretien des bâtiments 
fut abandonné, la régularité des offices cessa, les chanoines 
se dispersèrent, les toitures s'effondrèrent, la maison prit 



- 21 — 

l'aspect d'une ruine ouverte à tout venant, et les habitants 
se désaffectionnèrent de leur collégiale. Les vicaires perpé- 
tuels, chargés des fonctions paroissiales dans la nef de 
l'église, devant un autel érigé sous l'invocation de saint 
Jean, s'étaient déjà fortement émancipés au siècle précédent 
pendant les troubles de la Ligue. Quand ils virent les reli- 
gieux hors du pays, ils s'habituèrent bien vite à se considérer 
comme les maîtres de la paroisse et les héritiers légitimes 
de ceux qui abdiquaient. Ils rompirent donc toutes les bar- 
rières et s'installèrent dans ce chœur où les chanoines avaient 
chanté l'office pendant trois siècles. 

L'abbaye fut mise littéralement au pillage : on emporta 
les fenêtres, les portes, les gonds et toutes les ferrures, les 
ardoises et les plus belles pierres pour construire d'autres 
logements. Ou fondit les deux cloches, et le bois, qui servit 
dans cette circonstance, fut pris dans les charpentes. Le 
carrelage du four, l'échelle du colombier, tout fut emporté. 

Le chanoine Pierre Busnel ne soupçonnait pas cette 
situation quand il vint de Geneston à Pornic, avec le titre de 
prieur claustral, pour y rétablir la conventualité (1674). Il 
avait poursuivi la collation de ce bénéfice jusqu'en Cour de 
Rome, et il arrivait avec la ferme résolution d'en prendre 
possession. Grande fut sa déception en présence des ruines 
amoncelées. Il crut qu'avec le secours du Présidial de Nantes 
et du Parlement de Rennes il parviendrait, à coups d'assi- 
gnations, d'enquêtes et d'arrêts, à rétablir ce que le temps 
avait renversé ; il ne réussit qu'à irriter tout le monde contre 
lui et fut forcé d'abandonner son poste malgré le concordat 
conclu avec son abbé Balthazar de Rousselet, de Château- 
Renaud. Les prêtres séculiers, qu'il avait installés pour chan- 
ter l'office, ne tinrent pas longtemps la place après son 
départ et le chœur redevint silencieux. Quand le XVIII e siècle 
s'ouvrit, le personnel desservant se trouvait réduit au seul 
vicaire perpétuel. 

Pendant toute la durée du XVIII e siècle, la paroisse eut à 



— 22 — 

souffrir de l'extinction de la collégiale et de l'indifférence des 
abbés commendataires qui, presque tous, résidaient trop loin 
pour entendre les plaintes que soulevait le changement des 
mœurs ecclésiastiques. Jean-Baptiste Lanux était chanoine 
de Tulle, l'abbé de Querversio était chanoine officiai de 
Nantes, l'abbé du Pargo, le dernier, était vicaire général du 
diocèse de Rennes. Des 7.000 livres de revenu que valait 
l'abbaye, les paroissiens ne retiraient aucun profit, si ce 
n'est quelques aumônes, 80 livres environ, pour les pauvres. 

La portion congrue de 300 livres, que beaucoup d'abbayes 
payaient au vicaire perpétuel, n'était même pas à la charge 
de l'abbé de Sainte-Marie. Grâce aux générosités des parois- 
siens, celui de Sainte-Marie, qui prit le nom de recteur après 
le départ des chanoines, vivait au bord de la mer, dans un 
presbytère entouré d'un vaste pourpris, sur la récolte de 
quatorze boisselées de terre, avec l'appoint de divers traits de 
dîmes qu'il prélevait sur trente-sept boisselées disséminées 
dans plusieurs quartiers et de quelques offrandes en nature. 
La fabrique elle-même avait un temporel qui se composait 
de neuf boisselées trente-huit sillons, de 29 livres en rentes 
foncières, de rentes en nature s'élevant à un quarteau deux 
boisseaux de froment et un demi-boisseau de seigle, sans 
compter la moitié des offrandes qui se déposaient sur l'autel 
de Saint-Nicolas. En 1790 , le compte se soldait ainsi : 
recettes, 287 livres; dépenses, 168 livres. Le nombre des 
anniversaires fondés était de trente-sept. Avec un patrimoine 
si modeste, il n'était pas possible d'entretenir plusieurs 
prêtres. 

Ailleurs, on voyait beaucoup de chapellenies et de légats 
bien rentes qui faisaient vivre un certain nombre de prêtres de 
chœur, dont le concours était précieux pour le curé et les 
fidèles. A Sainte-Marie, cette ressource n'existait pas. La 
seule fondation était celle de la messe du dimanche matin, 
établie, en 1614, par l'abbé Jean Guichard, au moyen d'une 
rente de 135 livres, et encore n'était-elle pas régulièrement 



— 23 — 

desservie. En 1783 le titulaire, nommé l'abbé Conain, n'avait 
pas été remplacé, bien qu'il fût parti depuis longtemps pour 
les missions de la Chine. 

Au milieu d'une population aussi deshéritée, la foi, loin 
de se maintenir, ne pouvait que décroître et s'éteindre. On 
le remarquait en 1759 : « // n'est pas étonnant, dit un con- 
temporain, qu'au milieu dun tel abandon, il ne se fasse des 
hérétiques (*). » 

Le recteur, affligé de son impuissance, indiquait un remède 
dans ses brevets : il émettait le vœu de voir un desservant 
auxiliaire à la chapelle de la Madeleine située au nord, au 
milieu des landes du Tablier, dans le canton le plus retiré 
de la paroisse ; mais bien des obstacles s'y opposaient. 

D'abord l'édifice était en ruines et on ne lui connaissait 
pas de dotation. Cette ancienne chapelle, attenante à une 
léproserie, n'était plus desservie depuis l'époque éloignée où 
la lèpre avait disparu du pays. En 1664, la pierre d'autel 
avait été enlevée et transportée dans la chapelle du Bois- 
Macé, et, aujourd'hui, c'est à peine si on retrouverait son 
emplacement. Dans un temps où les chemins n'étaient pas 
entretenus, il eût fallu, au contraire, que la Madeleine fût 
transformée en chapelle de secours ( 2 ). 

« Car, disait le dernier curé, aller à la messe, à vêpres et 
» au catéchisme par pluie, verglas, neige, glace et mauvaises 
» routes, à une grande lieue de distance, c'est une chose 
» pitoyable qui crie au ciel pour avoir du secours ( 3 ). La 
» chapelle du Tabier, rétablie et desservie, donnerait une 
» nouvelle vie au canton des Landes qui est dans un état de 
» langueur. On verrait des maisons s'élever et l'agriculture 



(i) Arch. départ. L suppl. 

( 2 ) M. Dubois, propriétaire à Sainte-Marie, a acheté les ruines de la cha- 
pelle du Tabier pour les sauver. Il faut l'en féliciter. 

( 3 ) Arch. départ. L suppl. 



— 24 — 

» prendre faveur, car, faute de chapelle et de messe, rien 
» n'encourage à bâtir loin de l'église. » 

Le service religieux était bien autrement organisé au 
moyen âge. 

Auprès de l'anse qu'on nomme le Porteau, les seigneurs 
du Plessis-Grimaud avaient fondé un prieuré qui était sous 
le gouvernement des religieux de Blanche-Couronne ('). 
C'était une habitude courante, au XIII e siècle, de placer une 
chapelle et une maison hospitalière sur tous les passages 
fréquentés, près des rivières, le long des routes, sur les côtes, 
partout enfin où les voyageurs pouvaient aborder et réclamer 
un secours. Le malade y trouvait un lit, et le pèlerin fatigué 
la nourriture dont il avait besoin. Au Porteau, cette institu- 
tion avait sa raison d'être. Tous les échanges de la paroisse 
de Sainte-Marie avec l'île de Noirmoutier se faisaient déjà 
par là à une époque reculée : les insulaires y apportaient 
leurs engrais et les habitants de la terre ferme leurs fagots 
et leurs vins. 

Il y a bien longtemps que la vigne fleurit sur les bords de 
la baie de Bourgneuf. Dans les dons faits à l'abbaye de 
Buzay, au XII e siècle, on voit que cette culture tenait une 
place sérieuse dans le pays. Raoul de Cheméré céda aux 
Cisterciens, dit un vieux titre, ses droits de copropriété sur 
des vignes, des terres, des vassaux et sur un pressoir, plus 
ses tonneaux et ses ustensiles de vendange, et l'évêque Mau- 
rice de Blason ratifia la cession. Malgré l'éloignement de 
leur monastère, les moines conservèrent leur clos de Sainte- 
Marie, en raison, sans doute, de l'excellence de ses récoltes 

Dans un contrat de 1405, leurs tenanciers s'engagent à 
entretenir à Sainte-Marie une maison et une cuve, à loger 
les vendangeurs et à payer une rente de 3 sous, à la seule 



(i) Arch. départ. H 10. 



— 25 — 

condition d'avoir la râpe et le gros vin de la récolte. La 
plantation de la vigne réussit toujours sur la côte. Depuis 
1860, bien des clos nouveaux se sont créés, mais leur nombre 
n'augmente plus depuis que les étrangers recherchent ces 
terrains pour construire des chalets. 

Une transformation complète s'est opérée dans le pays, 
depuis 1855 surtout. A l'exemple de M. Papot qui commença 
à construire pour les baigneurs , les habitants ont utilisé 
leurs terrains de la même manière. Là où les moutons pais- 
saient une herbe maigre, ils ont fait grandir des massifs de 
verdure qui réjouissent l'œil du passant. Le bourg, qui 
comptait à peine douze maisons de laboureurs et de marins, 
il y a cent ans, en renferme maintenant plus de cinquante, et 
les marchands n'y manquent plus. Il est facile de s'y appro- 
visionner sans aller jusqu'à Pornic. 

Ne sont-ce pas là des gages de prospérité pour l'avenir ? 
Evidemment oui. Tous les étrangers qui sont venus passer 
une saison à Sainte-Marie y reviendront. Ceux qui ont vu 
s'élever successivement la nef et le chœur qui composent la 
gracieuse église, que nous devons au talent de M. Boismen, 
l'éminent architecte diocésain, voudront la revoir quand 
elle aura tous ses ornements intérieurs, car ils ont tous con- 
tribué, par leur générosité, à la perfection du monument. 
Malgré l'harmonie de ses belles lignes, l'heureuse proportion 
de sa hauteur avec sa largeur, l'édifice ne satisfait pas encore 
complètement l'œil du visiteur. La nudité de ses murs appelle 
des boiseries ; quelques peintures à fresque sont nécessaires 
pour donner du relief aux autels ; des bancs, une chaire et 
des stalles sont indispensables. Une église gothique ne peut 
être complète sans tous ces accessoires; elle ne peut, du 
moins, produire ses grands effets, qu'à la condition de possé- 
der tout ce qui rappelle l'harmonie, l'ordre et la vie surna- 
turelle. C'est une scène sur laquelle s'accomplit tous les 
jours un grand drame. Il faut donc que l'ensemble des 
vitraux et du mobilier, sans la distraire, réchauffe l'âme 

1884— 2<>Sem. 3 



— 26 — 

d'une tiède atmosphère, l'éclairé d'un jour tempéré, en un 
mot la prépare aux impressions qu'elle vient recueillir. 



Liste des abbés de Sainte-Marie. 



1. André, vers 1170. 

2. G. 

3. Ai gober t. 

4. Geoffroy. 

5. Guillaume. 

7. Pierre Moisan. 

8. Pierre Sauvaing. 

9. Olivier Sauvaing. 

10. Charles Davaugon. 

11. Olivier Appert. 

12. Jacques Corbeau. 

13. Jean Heaulme. 

14. Jean Hubert. 

15. Guillaume Giroust. 

16. Gaspard du Gay. 

17. Guillaume Pineau. 

18. Robert de Conigan. 

19. Albert de Rousselet, de Château-Renault. 

20. Ralthazar » » 

21. Henri » » 

22. Louis Orceau. 

23. Christophe Menier. 

24. J.-B. de Lanux, chanoine de Tulle. 

25. Berthou de Kerversio, chantre, officiai de Nantes. 

26. N. du Pargo, vicaire général de Rennes. 






— 27 — 



Seigneurs de I» Tocnaig. 



Boterel ou Botereau, Olivier (1429). 

Boterel (Hilaire). 

Bougrenet (Pierre de), ép. d'Anne Boterel (1563). 

» » ép. de Perrine Borgnet (1590). 

» (René de), ép. de Jacq. Le Borgne (1668). 

» (Joseph de), ép. d'Ant. Raimbaud (1681). 

» (Joseph-Pierre), ép. de Gabrielle de Ruays (1714). 

» (Jacques -Pierre), 1732. 



Seigneurs du Bois-Macé. 



Thebaud de la Roullière (1429). 
Jeanne » (1526). 

Groheau (Marguerite). 
Goheau (Louis), 1614. 

» (Yves) , ép. de Louise de Saffré,vend la seigneurie en 1648 à 
Boisorhant (René de), ép. de Françoise Bourgogne. 

» (René de), ép. d'Anne Flustre (1680). 

Chevigné du Bois-Chollet (1775). 



- 28 - 



Seigneurs de l'Angle. 



Perdrix (Guillaume de la), 1616. 

» (Mathurin de la), ép. de Gabrielle Gharbonneau (1651). 
Rolland (Georges), ép. de Marie Drouet (1700). 



Léo y Maître. 



FONDATIONS PIEUSES A NANTES 

1549-1691 

Sainte-Croix. — Les Jacobins. — La chapelle de Miséricorde. 

Le Sanitat. 



TITRES ÉGARÉS 



HETHOUVLÏS ET MIS AU JOUR 



PAR LE M'S DE GRANGES DE SURGÈRES 

Vice-Président de la Société archéologique de Nantes et de la Loire-Inférieure. 



Les pièces que nous publions ici ne nous paraissent pas récla- 
mer de longs préambules. Personne n'ignore, en effet, l'intérêt 
qui s'attache aux anciens titres de fondations dans les églises 
paroissiales, ainsi que dans les maisons religieuses ou hospita- 
lières d'une cité. L'historien et le chroniqueur y puisent maints 
renseignements cherchés vainement ailleurs; le canoniste etl'ha- 
giographe y peuvent trouver plus d'une précieuse donnée, et le 
simple curieux ne laisse pas d'y rencontrer lui-même bien des 
détails dignes de retenir son attention. Enfin, rien ne révèle avec 
plus de force la foi vive et ardente de nos pères, ainsi que le 
souffle de puissante charité dont leurs œuvres étaient inspirées. 

Disons cependant quelques mots sur le recueil qui contient ces 
titres et mettons brièvement en relief leur importance. 
1885. -2*Sem. 4 



— 30 — 

Ce recueil manuscrit, cahier petit in-folio, recouvert d'une 
reliure molle en parchemin, et intitulé incomplètement d'ail- 
leurs, — Titres de fondations aux Jacobins et au Sanitat, a 
été formé, au XVII e siècle, par la réunion de copies notariées 
ou expéditions, les unes sur parchemin, les autres sur papier tim- 
bré, assemblées pêle-mêle, en dépit de l'ordre chronologique et 
sans souci de la distinction de leur origine. Les hasards d'une 
vente publique l'ont fait tomber entre nos mains, à Paris, il y a 
environ deux ans. 

Il n'est certes pas besoin de l'examiner longuement pour se con- 
vaincre que toutes les ampliations notariées qu'il contient ont dû 
être réunies pour un membre de la famille de Charette, car toutes 
les fondations qu'elles relatent ont été faites par quelque repré- 
sentant de cette famille, sont tombées à leur charge ou deve- 
nues leur apanage par succession ou autrement. 

Ainsi, par exemple, les obligations de la fondation faite à 
Sainte Croix, en 1549, par Guillaume Symon, sieur de la Pillar- 
dière et de la Folliette, notaire à Nantes, incombèrent à Jacques 
Charette de Montbert, par suite d'un acte de transaction de 1589, 
dont la copie est conservée aux Archives départementales, ainsi 
qu'on le verra dans la note que nous avons placée à la suite de 
notre acte original (*). 

Quant aux fondations faites en faveur de la maison conven- 
tuelle des Jacobins, ou Dominicains, établis à Nantes, près du 
Château, depuis 1228, toutes, à l'exception d'une seule, émanent 
directement de membres de cette famille. Les Charette étaient 
véritablement les bienfaiteurs de ces humbles frères prêcheurs, 
leurs voisins; leurs libéralités e. vers ces religieux sontnombreuses 
et importantes: les Archives départementales en font foi. Aussi, 
avaient-ils dans la chapelle de Notre-Dame de Pitié située « du 
du coustè dextre en allant au coeur » de l'église de ce couvent, 
leur enfeu spécial « en particulière prohibition à tous aultres »( 2 ), 



(>) Voyez note 41, p. 2. 

( s ) Voyez ci-après l'acte du M juin 1613. 



- 31 — 

et Madame la Présidente de Montbert, la veuve de Jacques 
Charetie, pouvait-elle, dans l'acte du 17 janvier 1685, appeler 
cette chapelle « sa chapelle de Notre-Dame de Pytié ('). 

Quant à cette « damoizeile Marie Bouillon », la signataire de 
l'importante fondation de 1678, nous ne savons vraiment com- 
ment la rattacher à la famille de Charette. Et cependant pour 
que l'acte qu'elle a signe se trouve dans ce recueil, il faut, de 
nécessité, que d'une façon ou d'une autre, les clauses qu'il con 
tient aient regardé cette famille, que concernent toutes les autres 
pièces du recueil. 

L'acte lui-même ne fournit aucun renseignement à cet égard. 
Pour en obtenir quelques uns, nous avons voulu savoir si cette 
demoiselle, d'une si grande générosité envers les Jacobins, n'avait 
point fait quelque autre fondation, où nous pourrions trouver ses 
liens de parenté, mais Y Inventaire des Archives du déparlement 
de la Loire-Inférieure, si consciencieusement rédigé par l'archi- 
viste, M. Léon Maître ne cite même pas une fois le nom de made- 
moiselle Marie Bouillon. Nous avons alors, aidé par l'obligeant 
archiviste de la ville de Nantes, M. de la Nicollière-Teijeiro, re- 
cherché ses actes de naissance et de décès dans les registres 
de la paroisse de Sainte-Croix, où elle habitait en 1678; nous 
avons aussi cherché ces actes dans les paroisses avoisinantes, et, 
bien que nous ayons poursuivi nos recherches pendant une pé- 
riode presque centenaire, non seulement nous n'avons rencontré 
nulle part d'acte concernant Marie Bouillon, mais, — chose cu- 
rieuse — nous n'avons même pas lu une seule fois ce nom de 
Bouillon. 

Il nous sera donc impossible de dire comment cet acte de fon- 
dation est devenu la propriété de la famille de Charette. 

Pour la fondation faite à la chapelle de Miséricorde, par Jean 
Régnier, en 1672, la chose nous sera plus facile. Elle vint à la 
charge des Charette par la famille de Montullé, laquelle était 



(*). En 1710, la présidente de Montbert faisait encore aux Jacobins un 
con.-.timt de 83 livres de rentes. (Voyez l'Inventaire des Archives départe- 
mentales.) 



— 32 — 

alliée à la famille Régnier. Un François de Montullé avait, en 
effet, épousé Marie Régnier, la sœur de Jean Régnier ('). 

Au reste, à défaut d'autres données, les actes de notre recueil 
concernant l'hôpital du Sanitat nous renseigneraient suffisam- 
ment sur ce dernier point, puisque Jeanne de Montullé, la veuve 
de Jacques Charette de Montbert, y prend les titres et qualité 
d'héritière en partie de feu Jean Régnier. 

Nous croyons donc avoir surabondamment démontré que notre 
registre a dû être formé pour la famille de Charette, et, hâtons- 
nous de le dire, le fait n'est pas indifférent au point de vue de notre 
histoire locale, car cette maison, honorablement représentée 
encore aujourd'hui dans notre ville, est foncièrement nan- 
taise et ses membres y ont rempli à de très nombreuses re- 
prises, les plus importantes fonctions. « Le nom de Charette, 
« écrivent les auteurs du Livre doré de l'Hôtel de ville de 
« Nantes, le nom de Charette, popularisé par le général yen- 
ce déen, est celui d'une famille essentiellement nantaise et entiè- 
« rement associée à notre histoire municipale et judiciaire. Sept 
« maires de Nantes, des échevins, des prévôts, des sénéchaux, 
« de nombreux députés aux États de Bretagne, prouvent que 
« cette maison, qui paraît à la réformation de Fégréac, en 1440, 
« est honorablement liée aux fastes de la ville i 2 ). » 

Nous disions au commencement de cette notice que l'intérêt 
de ces actes de fondations n'échappait à personne ; il nous paraît 
inutile d'insister sur ce point. 

Nous ne détaillerons donc point tous ces actes, qu'on cher- 
cherait en vain dans nos dépôts publics, à l'exception de deux 
ou trois des moins importants, et nous ne nous mettrons pas en 
peine de démontrer quel précieux appoint ils apportent à l'his- 
toire religieuse et hospitalière de notre ville. Nous demanderons 



(') Nous connaissons une fondation faite à Nort par François de MoniulhS 
et Marie Regoier, son épouse, en 1052. (Archives départementales, G. 529.) 

( 2 ) Le livre duré de l'Hôtel de ville de Nantes avec les armoiiies cl les 
jetons des maires, par Alexandre Perthuis et S. de la Nicollirre-Teijeiro. 
Nantes, imprimerie Jules Griosard, 1873, 2 vol. in-4". Cf., p. 212. 



— 33 - 

cependant à insister sur la fondation faite à la chapelle de Mi- 
séricorde, la pièce capitale, le titre le plus précieux de notre 
recueil. 

L'histoire de cette chapelle, de l'origine de cette chapelle, 
aujourd'hui détruite, sise autrefois en la paroisse de Saint-Si- 
niilien, près de l'emplacement occupé actuellement par le cime- 
tière de Miséricorde, forme un des chapitre? les plus curieux de 
l'histoire de Nantes. La légende pieuse « de cette bête féroce 
de forme extraordinaire que l'on croit cependant tenir un peu du 
crocodile. » - comme la définit le recteur de Saint-Similien, 
Lebreton de Gaubert, (») — qui se trouvait dans la forêt occu- 
pant, jadis la partie nord des environs de la cité des Nam- 
netes et qui dévora pendant deux ou trois ans un grand 
nombre de personnes; de cette bête monstrueuse, enfin, vaincue 
par l'intervention toute puissante de la Vierge Mère, en l'hon- 
neur de laquelle fut alors élevée cette chapelle, a vivement 
frappé tous ceux qui se sont occupés d^s origines de cette cité. 

Et cependant on sait peu de choses, on a relativement peu de 
titres et de documents concernant cette chapelle. Plusieurs 
fondations ont dû y être faites, on n'en connaît que quelques- 
unes et encore ne les connaît-on que d'une manière incomplète. 
L'importanie fondation faite par Jean Régnier, en 1672, que nous 
reproduisons ci-après, n'est connue que par une courte analyse. 
« L'acte de fondation est perdu ,» écrivait avec douleur, en 1880, 
feu M. l'abbé Gallard, qui s'était spécialisé par ses recherches 
sur la paroisse Saint-Similien et sur la chapelle de Miséricorde, 
qui en dépendait ( 2 ). 



( 4 ) Manuel, ou livre contenant différentes prières, instructions, la vie et 
les litanies de Saint Similien : avec des Noies historiques sur l'église de ce 
saint et la station solennelle de la chaptdh- de Notre Daine-de-iMiséricorde; 
dédiés aux paroissiens de Saint-Similien de Nantes par V. (vénérable) et D. 
(Discret) Messire René Lebreton de Gaubert. Nantes, chez Valar fils aîné, 
1773. lu-12 de 232 p. et 2 f. 

( 2 ) Notre-Dame de Saint-Similien. Extrait de l'histoire de la paroisse 
Saint Similien de Nantes (par l'abbé Gallard). Nantes, imprimerie de l'Ouest, 
1880. In- 12, cf., p. 112. 



— 34 — 

Ce n'est donc pas sans une légitime satisfaction que nous pu- 
blions aujourd'hui la teneur intégrale de ce titre, que l'on avait 
tout lieu de croire perdu sans retour. 

Puisse la mise au jour de cet acte appeler d'une façon plus 
spéciale l'attention des chercheurs sur cette partie de notre ville 
et sur cette ancienne et vénérée chapelle ! Ce coin de notre his- 
toire locale a-t-il été, en effet, complètement fouillé? A-t- on fait 
tout ce qu'il fallait pour être fixé complètement, par exemple, sur 
la villa gallo-romaine signalée, dès 1806, à Miséricorde, par l'ins- 
pecteur voyer de la ville, Fournier ?... Et cependant, de nos 
jours encore, les fossoyeurs, en creusant les tombes du cimetière 
de Miséricorde, ramènent fréquemment avec la terre des débris 
gallo-romains assez significatifs. N'y aurait-il pas là de cu- 
rieuses recherches à faire ? 

Quoiqu'il en puisse être, nous voulons borner ici ces con- 
sidéra lions, et nous exprimons, en terminant, l'espoir que cet 
ensemble de pièces plaira à tous ceux qui s'intéressent à l'his- 
toire de notre ville. 

Elle est exacte et belle cette pensée que contient l'épigraphe 
choisie par Brun, en 1765, pour ses Antiquités et anecdotes de 
Nantes : « Noscere patriam civis est. » 



§ I. — Paroisse Sainte-Croix. 

1549, 10 novembre. — Fondation par Guillaume Symon, «iew de la Pillar- 
dière et de la Folliette, notaire royal à Hautes, d'une metse de Requiem, 
le mardi de chaque semaine, à l'autel de la Madeleine, moyennant une 
renlt annuelle de 30 livres, monnaie de Bretagne. 

A l'issue de la messe dominicalle, ce jour de dismanche dixiesme 
jour de nouembre, l'an mil cinq cens quarante neuff, dicte et 
célébrée en l'eglize parochiale de Saincte Croix dud. Nantes, par 
douant nous notaires royaulx jurez et establiz en la comté et 
seneschaussée dudict Nantes, se sont comparus et représentez 
en la chappelle deSainct Martin, contigue a la dicte eglize Saincte 



— 35 — 

Croix, missire Jehan Cormeraye, vicaire soubz curé de larîicie 
église Saincte Croix, nobles gens, m\s$\mFrançoys Gabard, docteur 
en droicts, s r de la Maillardière, Maistre Gilles Spadinc, s r de la 
Nycolliere, Pierre Gyraud, s r de Clermont, Je/^m Allaire, Mathu- 
rin Viuien, Jacques Gnurdet, maistre Pierre Bodin, Eslienne 
Bouschcr, maistre Bertrand Lebret, Yues Pigeaud, Guillaume 
Gourdet, Robert Delahaye, Jehan Lemercier, Guillaume Gaul- 
tier, Germain Maufaye, Guillaume de Bouguenaye, Jehan Luce, 
Pierre Rocher on, Geoffroy Goguet, Jehan Boytleau, Pierre Bi- 
seul, Pierre Prost, les tous parroyssiens de la dicte parroysse, 
Raymond Genesle, Christofle Allys et Yuon Couppenje, à présent 
procureurs fabricqueurs et paroyssiens de l'eglize parochiale de 
Saincte Croix et plusieurs aultres parroyssiens et habitans de la 
dicte parroysse, ensemble congregez et assemblez en forme de 
corps politicque, représentons la plus saine et maire partye des 
parroyssiens d'icelle parroysse. Sur la remonstrancefaictepar syre 
Pierre Bernard, s r de la Houdiniere ausdietz parroyssiens et ha- 
bitans d'icelle parroysse, comme maistre Guillaume Symon,s T de 
ia Pillardiere et de laFollietle, notaire royal et procureur juré en 
la court de Nantes et l'un des dicts parroyssiens, détenu de lon- 
gueur de malladie long temps et sain toulteffuiz d'entendement, 
voullanl disposer de. sa conscience et des biens que Dieu luy a 
prestez, auoyt délibéré et ordonné, moyennant le bon voulloir 
dejdits curé et parroyssiens de la dicte parroysse, erriger et dotter 
en ice.le parroysse, ù l'autier delà Magdelaine, une messe de /te- 
quiem h nulle., a diacre et soubz diacre, àjamays au temps adue- 
nir, à chaincun jour de mardy, par les prebtres du cooeur de la 
dicte eglize presens et aduenir, queulx seront tenuz y assister 
assemblement in aïbis, à la dicte messe du commencement juc 
à la fin, à commencer le dict seruice Séjour de la vigille de Noël 
prochain venant ; et seront lesd. prebslres qui célébreront lad. 
messe, chaincun en son endroict ou celui qui fera le diacre à lad. 
messe, tenuz de frire prier pour l'âme dud. Symon et ses père et 
mère, parans et amys trespassez ; et à l'issue d'icelle messe, seront 
lesd. prebstres tenuz aller inalbis, sur la tombe et sépulture dudict 



— 36 — 

Si/mon, dire lesaulme de de profundis et aultres oraisons acous- 
tumées. Oultre, fournyront les dicts parroyssiens de deux cierges 
allumez sur ledict aultier, durant ladicle messe, auec et tous 
aornemens d'église requis et nécessaires pour faire ledict ser- 
vice. Ilcm, a ledict Symon délibéré d'ordonner, fonder et dotter, 
à jamais en l'aduenir et h perpétuité, en la dicte église, ung 
cierge de cire compectante et honneste, quel sera allumé pour 
seruir, chaincun an, au temps aduenir et a perpétuité, dempuis 
la vigille de la feste du sacre, tant de jour que de nuict, au 
deuant la saincte et sacrée hostie, — corpus domini — reposante 
en ladicte église, toutes les octaues après et jusqu'ad ce que la 
dicte saincte hostie soyt remise au sacraire de la dicte église. En 
oultre, inconlinant après le salut dict, chaincun soir desdicts 
jours, en la dicte église, estre dict et chanté par lesd. prebstres 
du cueur d'icelle Libéra me Domine, l'oraison de De profundis, 
Fidelium et aultres oraisons acousfumées, audeuant du dict aul- 
tier de la Magdelainc et en l'endroict ou sera la sépulture dud. 
Symon, durant lad. vigille, jours et octaues dud. Sainet Sacre- 
ment, en commémoration de ses parans, bienfaicteurs et amys 
trespassez et, après le à\ct Libéra et oraisons estre dictes et para- 
cheuées, soyt baillé, chaincun desdicts jours, ausd. prebstres 
dudict cueur deux pains blancs de quatre deniers pièce et deux 
potz de vin d'Orléans ou Anjou et du creu de hors pays, bons et 
compéetants, par les procureurs? et fabricqueurs de ladicte église. 
Et, pour la dottation et fundation perpétuelle desquelles choses, 
led. Symon auoyt baillé, ceddé, quicté, délaissé et transporté 
ausdicts parroyssiens et fabricque d'icelle parroysse le numbre de 
trente liures monnoye de Brelaigne de annuelle et perpétuelle 
rante, pour estre, iceluy numbre de trente liures monnoye de 
rente, baillé et distribué par les mains des fabricqueurs et pro- 
cureurs d'icelle parroysse, par chaincun dict an, de la forme et 
manière qui ensuist : Sçauoir, ausdicts vicaire et prebstres du 
cueur de la dietc église, pour le service et enlrelenement de 
lad. messe o notte, suffrages et oraisons, quinze liures tournois; 
auxd. recteur et vicaires, pour l'assurance dudict seruice, douze 



— 37 — 

sous dicte monnoye de rente ; au secretain de ladicte église, pour 
ses paines et vacations de attaindre les aornemens, allumer les 
cierges, sonner ladicte messe et faire auitres seruices requis vingt 
sous tournoy chaincun dict an. Et le parsur dud. numbre de 
trente liures monnoye de Bretaigne de rente, les dictes choses cy 
dessus fou'rnyes et entretenues et acomplyes, vieult et ordonne 
ledict Symon qu'il tourne au profilt et utillité desdiets parroys- 
siens et fabricque d'icelle parroysse, pour la seureté de Faire les 
acquêts et fournir lesdicts denyers ausdicls seruiteurs cy deuant 
nommez par chaincun dict an en l'aduenir. Et pour estre aux 
prières et oraisons desd. parroyssiens et habitans d'icelle par- 
roysse et pour seureté et assurance perpétuelle de ce que dessur, 
le dict Symon dict et déclare voulloir bailler et obliger du poye- 
ment et continuation d'iceluy numbre de trente liures monnoye 
de rente une maison en laquelle il est demourant à présent, 
contenant deux corps de logis joignant l'un l'aullre, auec leurs 
apartenances et dépendances, situés en cesle dicte ville de 
Nantes, l'un d'iceulx haboulant, par le deuant, à la rue de la 
Poyssonnerye de cesle dicte ville et l'aultre, par le derrière, a la 
rue et paué qui conduist à la lecterie de la dicte ville, au Bouflay 
dudicl Nantes, des deux boults, d'un couslé maison apartenante 
à la veuffve et héritiers Mathurin Bernard et a noble homme 
missire Allain de la Bouexière, sgr dudict lieu, garde naturel de 
ses enffans du mariaige d'il et damoyselle Françoise Spadinc, sa 
compaygne, d'une et auitres partyes. Et gencrallement sur l'obli- 
gation et ypothecque de tous et chaincuns ses biens meubles, 
heritaiges presans et futurs quéulxconcques, chamcune partye 
d'iceulx a ce specificquement ypothecquez et obligez et sans 
diuision en quelque fief, lieu, terres et jurisdiction qu'ils soient 
sys et situez, au choys et élection desd. parroyssiens, qui se 
pouront prendre sur les biens dudict Symon, pour le seruicc 
et continuation de la dicte rente, en tel lieu et endroict que bon 
leurs semblera , neantmôins especiale ypothecque cy dessus 
assigne sur la dicte maison. Laquelle remonstrance ouye et après 
lesdicts nommez et chaincun cy dessus ensemble congregez et 



— 38 - 

assemblez en forme de corps polliticque et représentais la plus 
saine et maire parlye desd. parroyssiens et habitans d'icelle par- 
roysse, auoir ouy et entaudu ce que dessus, ont d'un commun 
assentement accepté et acceptent lesdicts dotation et fundation 
de la forme deuant dicte ; ledict Symon fournissant à ses offres 
et promesses et non aultrement; et, à ce faire tenir et acomplir 
se sont obligez lesd. parroyssiens en forme de corps polliticque 
sur tous et chaincuns les biens de la dicte fabrique. Et suyuant 
lequel voulloir et consentement des dicls parroyssiens et habitans, 
après, nous dicts notaires soubzcripts, nous estre en présence 
dudict Bernard et mesme de>dits Chrislofle Allys et Raymond 
Geneste, à présent procureurs fabricqueurs de ladicte parroysse 
de Saincte Croix, ou dict jour transportez au loger et maison 
dudict maistre Guillaume Symon, en ceste dicte ville, cy deuant 
bournée et describte, lequel après s'estre submys il, ses biens, 
par son serment, au pouuoir distroict, jurisdiction, coerction, 
seigneuries et obéissance de notre dicte Cour et y auoir, pour il 
et ses dicts hoirs, prorogé jurisdiction à y estre troictez, pour- 
suivis et convenus, comme par leur propre barre et jurisdiction 
ordinaire, sans auchune exception et que luy a esté leu et au 
long donné entandre le voulloir et consentement desd. vicaires, 
parroyssiens et habitans de ladicte parroysse de Saincte Croix, a, 
en présence de Margarite Gérard, sa femme et compagne 
espouse, promys et s'est obligé, promect et s'oblige, par son 
serment et sur l'obligation et ypothecque diuisement et expres- 
sément de la dicte maison, o ses cave, ediffice et super fice, apar- 
tenances et dépendances queulxconcques, sytués es parroysses 
de Saint Saturnyn et Saincte Croix, en ceste ville de Nantes et 
generallement de tous et chaincuns leurs aullres biens meubles 
et aultres héritaiges, presens et futurs, chaincune partie d'iceulx 
obliger pour le tout, au choix et élection desdicts parroyssiens, 
sans que la spécialité desroge à la generallité, poyer, seruir et 
continuer, par chaineun dict an, en l'adueuir, ausdits parroys- 
siens, procureurs et fabricqueurs, qui seront pour l'aduenir et à 
la fabricque d'icelle parroysse ; lesdicts Geneste et Allys, à pre- 



— 39 - 

sent procureurs et fabricqueurs et nous notaires soubzsignez, 
pour lesdicts parroyssiens, acceptans ledict numbre de trente 
liures monnoye de Bretaigno, de annuelle et perpétuelle rente, 
par les termes et feste de Noël et Sainct Jehan Baptiste prochaine 
venante, par ce que le dict seruice sera commencé estre faict et 
dict à ladicte feste de Noël prochaine venante et continuer à 
l'aduenir, de la forme deuant dicte. Et, en deffault de poyement 
par chaincun terme, a le dict Symon voullu et consenty que 
lesdicts parroyssiens, procureurs et fabricqueurs d'icelle par- 
roysse et chaincun puissent faire procéder à exécution sur 
ses biens meubles et heritaiges et de ses hoirs ou detempteurs 
d'icelle maison et de ses aultres heritaiges, en deffault dudict 
poyement et iceulx faire vendre et explecter somairement, comme 
gaiges tous ju^ez et suffisamment gardez et o jugement de cour 
et de ce jour d'heure en aultre et sans aultre moyen ne mistère 
(sic) de justice et mesme d'en pouuoir demander et auoir assiepte, 
à faulte que la dicte rente ne seroyt bien et deueme:it poyée et 
continuée. Et oultre que au deffault de poyement et par chaincun 
dict terme, lesdicts procureurs et fabricqueurs d'icelle parroysse, 
qui seront pour l'aduenir, pouront faire procéder par voye d'ar- 
rest, neantmoins la coustume de ce pays, tant sur les louaiges 
des detempteurs de la dicte maison, que sur les fruicts et leuées 
de ses aultres heritaiges ou iceulx heritaiges faire meptre en 
cryées et saisyes, en faire vante et ce sans aultre decrect de 
juge, moyen ne mistère de justice, tant pour areraiges ou de ce 
que en restera et sera deu, que mises ensuys et qui en suiurontà 
cause de ce. 

Dict et conuenu entre les dictes parties, que lesd. Symon, 
ses hoirs ou cause ayant, se pouront lors et esfoiz que bon leur 
semblera, franchir et libérer dud. numbre de trente liures mon- 
noye de Bretaigne de rente, poyant et baillant ausdicts parroys- 
siens et fabricque de ladicte parroysse de Saincle Croix, par 
chaincun douze deniers monnoye de rente, vingt sous dicte 
monnoye, auec les areraiges d'iceluy numbre de rente, s'auchun 
sont dus lors dudict franchissement, mises des contracts preal- 



— 40 — 

lablcment poyés et aultres mises raisonnables s'aulchunes sont, 
le tout par ung seul et unicque poyement. Oultre, a promys et 
s'est obligé ledict Symon, sur l'obligation et ypothecque de tous 
chaincuns ses biens meubles et heritaiges, présans et futurs 
queulxconques, faire ausdiels parroyssiehs fabricqueurs el habi- 
tans d'icelle parroysse bon, loyal et vallable deffaus, garantaigé 
et jouissance dudict numbre de trente liures de rente, h jamays 
par heritaiges et au temps aduenir, nonobstant droict, usement 
ou coustume de pays à ce contraires ou desrogatoires. Et tout 
ce que dessus, ont les dictes partyes et chaincune, pour ce que 
à elle touche et est leurs faict, promys et juré, par leurs sermens 
et sur l'obligation de leurs biens predicls, tenir, fournir et acom- 
plir, sans jamais reuocation en faire, ne en contreuenir par plè- 
gement, opposition, aueu, arrestz, ne aultrement, en aulchune 
manière. A quoy elles ont expressément renoncé et renoncent 
et nous, de leur assentement et à leurs requestes, les y auons 
par le jugement de nostre dicte cour, jugez, condempnez, les y 
jugeons et condempnons. En tesmoing de ce, nous auons faict 
meptre et apposer le scel eslably aux contracts de notre dicte 
cour à cests présentes, qui ont été octroyées et consenties en la 
dicte chappelle de Sainct Martin et mesmes en la maison dudict 
Symon, les dicls jour et an. 

Signé : Richard (Prcscns fui) et Mouraud (Passe), notaires 
royauix. 

En marge est écrit : Maistre M. Richard passe et le registre 
vers moi Mouraud. Receu pour le présent contrat, registre et 
minute deux fois mis au netxL st. (sous tournois.) 

Receu pour mes vacations du présent acte et avoir signé le 
registre et grosse dix soulz tournois. (Parchemin). 

1675, 5 mars. — Reçu par la fabrique do S'e Croix à Jacques Charette, 
Sgr de Mnntcbert, de la somme de 36 livres tournoi-;, montant de la fonda- 
tion contenue <larn l'acte q<ii précède. 

Ce jour cinquième de mars mil six cent soixante et quinze, 
après midy, par nostre cour de Nantes, auec soumission et pro- 



— 41 — 

rogation de jurisdietion y jurée, a esté presant noble homme 
Rolland Guiton, aduoeat en la cour, premier fabricqueur Tau 
dernier du la paroisse de Saincte Croix de Nantes, demeurant 
dite paroisse, lequel a receu contant et réellement devant nous, 
an louis d'argent ayant cours, de haut et puissant seigneur Mes- 
sire Jacques Charette, seigneur de Monlcbcrt * et autres lieuxs 
Conseiller du Roy et son premier président en la chambre des 
Comptes de Bretagne, demeurant à son hostel, rue du chasteau, 
paroisse de Sainct Denis, sur ce presant et acceptant, la somme 
de trante six liures Tournois, pour une année eschuë à la feste 
de Noël dernier, de pareil nombre de rante, deuë chacun an, 
par ledit seigneur de Montebert, à la fabricque de Saincte Croix 
du dit Nantes, sur un logier au dit seigneur apartenant, sçitué 
rue du chasteau 2 , au terme de l'acte de cet effect, qui est aux 



(») Jacques Charette, fils d'écuyer René" Charette, sieur delà Brelonnière 
et de Charlotte de Cornulier, né à Nantes le 23 octobre 1637, baptisé en 
l'église paroissiale de Saint-Denis, le 15 novembre suivant, eut pour parrain 
Jacques Ilaoul de la Guibourgère, alors évêque de Saintes. 

( 2 ) On a vu dans l'acte de fondation de 1549 que le sieur Symon avait, 
pour sûreté du paiement de la rente de 30 livres de Bretagne ce qui équi- 
vaut à 36 livres tournois), hypothéqué une maison sise près du Bouffay. Un 
acte du 11 juin 1589. conservé aux Archives départementales de ta Loire - 
Inférieure (Arch. eccl. S j rie G. 467 — Liasse) portant transaction entre le 
général de Sainte-Croix et les successeurs de feu le dit sieur Symou, nous 
apprend que cette hypothèque fut, à cette date, transportée sur une autre 
maison rue du château. Au dos de cet acte, on lit ces lignes, qui donnent 
de l'affaire un résumé intéressant et clair et montrent comment celte fonda- 
tion était tombée dans la famille de Charette : « Le <iit Guillaume Symon 
« aïant fondé, le 10 novembre 1549, une messe de Requiem, chantée à diacre 
« et soudiacre, tous les mardis de l'année, a l'autel de la Madelaine en Sainte- 
« Croix de Nantes, avec un cierge ardent pi <cé au chœur de la dite église, 
« devant le Saint-Sacrement pendant l'Octave du Sacre, pour tout quoi il 
« assigna 30 livres monoie ou 36 livres tournois à la fabrique de rente 
« annuelle sur Fhipothèque spéciale d'une sienne maison près le Bouffay, 
« laquelle ayant été dans la suite vendue par la veuve et enfans de François 
« Simon, fis du fondateur, sans charger l'acquéreur de païer ladite rente, 
« les paroissiens s'opposèrent à l'appropriemenl, ce qui donna occasion à la 



— 42 — 

archiucs de la dite paroisse, de laquelle dite somme de trante six 
liures, pour la dite année escheuë, le dit sieur Guiton se tient 
contant et en quitc le dit sieur, sauve préjudice de l'année cou- 
rante. 

Fait a Nantes, en l'hostel du dit seigneur de Montebert, sous 
son seing et dn dit sieur Guilon^ les dits jour et an. Ainsy signé 
au registre : Jacques Charetle, Rolland Guilon fabriqueur, Moc~ 
quard, notaire royal et Delalande, notaire royal qui a le dit 
registre. (Cop. nol. pap. Un double de cette quittance se trouve 
aux Archives départementales. Archives ecclésiastiques, série G. 
467. — (Liasse), 

1689, 3 janvier. — Franchissement par dame Jeanne de Montulé, veuve de 
Jacques Charette, de la rente fondée eu 1549. 

Le troisiesme jour de Januier mil six cens quatre vingts neuf, 
auant midy, par la cour de Nantes, avec submission et proroga- 
tion de jurisdiction y jurée par sermant, ont comparus noble 
homme Bonnauenture Démarques, sieur de la Canterye, aduocat 



« présente transaction, par laquelle ladite veuve reporte ladite rente sur une 
« autre maison, rue du chàieau à elle appartenant alors et depuis venue à 
« M rs Charnue de Montebert. dont la ve>.ve du 1er président de la chambrfl 
« des comptes de ce nom fit le franchissement a la paroisse en 1688 (par 
« l'acte imprimé ci-apres qui ne fui rédigé que le 3 janvier 1689), et dont 
« les deniers furent touchas par M. de Valleton, Prévfll de Nantes, créancier 
« de la paroisse, à l'occasion de l'empiunt l»»r» de la réédification de 
€ l'église. » 

Dans le même dépôt, même liasse se trouve un exploit du 2 juillet 1597, 
par le sergent roynl, à la demoiselle Gour Jet, dame de la Folliette, Vvc de 
Francoys Simon, en demande d'arrérages de la rente constituée par l'acte 
de 1549. 

Ajoutons, pour compléter ces renseignements, que la maison de la 
rue du Château, tur laquelle fut transportée l'hypothèque, par l'acte du 
Il juin 1589, existe encore HUjourd hui Elle forme le no 10 de la rue Bxsse- 
du Château et est encore connue sous le nom d'Hôtel deMoutberl. Occupée 
il y a quelques années par un fabricant d'ornements d'église, elle a servi 
depuis d'entrepôt de chiffons. Quelle déchéance! 



— 43 — 

en la Cour, maistres Claude Geslin, sieur de la Geslinière, procu- 
reur au prezidial et prouoslé de Nantes et Guillaume Lemoyne, 
sieur de la Jarrye, l'an presant, procureurs fabricqueurs de la 
paroisse de Saincte Croix de cette ville de Nantes, y demeurans, 
lesquels, en consequance de l'acte du chapitre et délibération ca- 
pitullaire des parroissiens de la dicte parroisse, du vingt six dé- 
cembre dernier, raporté par Lrjay et notaires royaux, sur 

le papier des chapitres et délibérations de la dicte parroisse, ont 
receu contant et réellement de dame Janne de Montullé, veufvue 
de deffuuct missire Jacques Charette, viuant cheualier, seigneur 
de Montebert et autres plasses, conseiller du roy, premier prezi- 
dant en sa chambre des comptes de Bretagne, demeurante à son 
hostel, audict Nantes, rue du Chasteau, paroisse, de Sainct 
Denis, sur ce presante, la somme de sept cens vingt liures de 
principal, en espèces de louis d'argeant et autres monnoyes ayant 
cours, jusques à la concurance, pour lefranchissemant et admor- 
tissemant enthier et perpétuel du nombre de trente six liures 
tournois de rante, contenue en Pacte de fondation faicle par def- 
funct maistre Guillaume Symon, viuant sieur de la Pillardière, 
pour le fond, dottation et entretien d'une messe de Requiem à 
haulte voix, à diacre et soubzdiacre, à l'hostel de la Madelaine, 
tous les jours de mardy de chascune sepmaineet autres prières et 
oraisons y contenues en la dicte esglize parroichiale de Saincte 
Croix ; icelle fondation raportée par Muuraud et Richard passez, 
le dix de nouembre mil cinq cens quarante neuf, représentée par 
lesdicts sieurs fabricqueurs, par lequel il apert que la dicte rante 
est franchissable, toulies fois et qualités, à raison du denier vingt; 
de la quelle dicte somme de sept cens vingt liures de principal, 
les dicts sieurs fabriqueurs se sont contantes et en ont quitté et 
quittent la dicte dame de Montebert, laquelle a encore payé à 
maistre Gilbert Vatrin, aussy procureur ausdicts prezidial et pro- 
uosté dudicl Nantes, l'an dernier fabricqueur de la dicte paroisse 
de Ste Croix, sur ce presant, la somme de trante six liures tour- 
nois, aussy en louis d'argeant ayant cours, pour une année de la 



— 44 — 

dicte rante eschue à la îeste deNouel dernière passée, de laquelle 
somme de trante six îiur^s le dict Vatrin s'est pareillement con- 
tante et a quitté et quitte la dicte dame de Monlebert et promis 
acquitter vers ses consorts, Tan dernier fabricqueurs de la dicte 
parroisse de Saincte Croix, au moyen desquels paymans le dict 
nombre de trente six liurcs de rante foncière demeure franchy et 
admorty en principal et arrérages de rante, et ont les dicts sieurs 
Démarques, Geslin et Lcmoyne rendu et desliuré presantemant 
une grosse sur parchemin dudict acte de fondation, signée des 
dits Mouraud et Richard, comme sollue et payée, franchye et 
admortye, vers les lesdits fabricqueurs et parroissiens de ladicle 
parroisse de Saincte Croix, en principal et arrérages de rante, 
generallemant et enthieremant,saus nulle ny aucune reseruation, 
promeltans, lesdicls sieurs fabricqueurs en charge, de faire seruir 
et dire les messes, seruices, prières, oraisons et autres charges, 
clauses et conditions speeiflyées par la dicte fondation, en l'eglize 
parroichiale de Saincte Croix, à jamais à perpétuité, suiuant et 
conformemant à la dite fondation, promis, juré, renoncé, obligé, 
condempné, etc. Faict et passé audit Nantes, eslude de Lebrcton, 
notaire royal, soubs les seings desdites partycs; ainsy signé au 
registre : Jannede Montullc, B. Démarques, C. Geslin, Guillaume 
Lemoyne, Vatrin, Verger, no re royal et Lebrcton, n rc royal regis- 
trateur. Signé : Verger et Lebrcton. fCop. not.pwp.J 



§ II. — Couvent des Jacobins. 



1613, 14 juin. — Fondation par René Cliaretle et Renée de !a Rouexière., fa 
femme, de trois messes basses, en la chapelle de Notre-Dame de Pitié, 
moyennant une rente annuelle de 50 livres tournois. 

Devant nous notaires tabellions royaulx héréditaires jurez de 
la cour de Nantes soubz signez, ont esté presans Escuier René 



— 45 — 

Charette{ 1 ), naguères seneschal et maire dudîct Nantes et darnoi- 
zelle Renée de la Bouexiere, sieur et dame de la Bretonniere, la 
Guydonniere et a Ja dicte damoizelle deubmant à sa requeste auo- 
torizée de son dict mary, demeurant audict Nantes, paroisse 
Saincte Radegonde, lesquelz après s'eslre deubmant submis à 
nostre cour dudict Nantes et y auoir pour eulx, leurs hoirs et 
successeurs, prorogé de jurisdiction, sans enpouuoir décliner ny 
excepter, ne vouilant estre ingratz du bien temporel quil a plu a 
Dieu, père de miséricorde, duquel procède tout bien, leur donner 
en ceslc mortelle vie, cognoissant que des dicts biens ils ne sont 
que dispensateurs, desquels il fault rendre compte deuant sa 
sacrée diuinilé et majesté, désirant de tout leur cœur faire chose 
laquelle soict à l'honneur souverain de la sacro saincte trinitté, 
espérant paruenir à la gloire perdurable et pour demourer en la 
mémoire et bonne souuenance et auoir part aux sainctes prières 
qui se feront à l'aduenir par les prieurs religieux et couuent des 
frères prescheurs Jacobins de Nantes et en celles qui se font jour- 
nellement en toutte l'eglize calholicque, appostolicque et romaine, 
ont de leur bonne et pure vollonté, fondé, dotté et légué à l'église 
dudict couuent des Jacobins de Nantes, (roys messes à basse voix, 
à estre dictes et célébrées, à jamais et perpeluitté, en l'honneur 
de ladicte sacro saincte trinitté, scauoir, une au jour de lundy de 
l'office du saiuct esprict, jusques au décès du dict sieur et après 
son decex de l'office de Requiem, une aultre au jour de mercredy 
de l'office de Nostre Darne etl'aultreaujourde vendredy de l'office 
de la passion de Nostre Seigneur Jésus Christ de chacune sepmaine 
de l'an, à l'aduenir, à l'heure de huict à neuf heures du matin, par 
les Religieux du dict couuent, pour prier Dieu pour lesdiclz sieurs 
et damoizelle, leurs deffuncls pères et mères et aultres leurs pa- 



(*) René Charette était fils de Jean et de Jeanne de Ruais. H avait épousé : 
1° Anne Martin ; 2<> Renée de la Bouexiere. Il fut maire de la ville de Nantes 
de i6ll à 1613, et fut inhumé aux Jacobins, dans 1 enfeu de sa famille, le 
26 mars 1621. 

1885. - 2° Sim. 5 



— 46 — 

reins et amyz, tant viuants que trépassez et, à la fin de chacune 
dicelles, sera par le religieux qui la dira et célébrera dict le 
psalmede De profundis el l'oraison Fidelium elle tout en la cha- 
pelle de nostre dame de pitié, qui est vis à vis de la chappelle 
de Nostre Dame, du cousté dextre en allant au coeur de la dicte 
eglize, dans laquelle chappelle, les dietz sieur et damoizelle 
feront clore et accommoder à leur disposition, lorsque bon leur 
semblera el y feront ung enfeu qui sera pour eulx et les leurs 
en particulière prohibition à tous aullres, s'il plaist au prieur et 
religieux dudict couuent le permettre. Et pour ce faire leur 
donnent lesdietz sieur et damoiselle de la Bretonniere la somme 
de cinquante Liures Tournois, chacun an de rante, payable par 
main sur tous leurs biens et meubles et heriltaigers, presans et 
futurs et speciallement sur une maison leur appartenant sytuée 
derrière l'eglize des Carmes, paroisse de Saincte Croix, bournée 
d'ung cousté, au maistre (le nom de baptême est resté en blanc) 
Paris, Pierre de la Haye, venelle entre deux, d'aultre couslé, au 
sieur Anthoine Bariller, payable au terme de Sainct Jan Batiste, 
par une main et ung seul payemant, sans diuision de personnes 
et biens, ce que les diclz Prieur et Religieux dudict couuent au- 
roient accordé et accepté, en leur ehappitre chai pitrant et chap- 
pitre tenant pour cest etîect, après le son de leur cloche capi- 
tullaire, ou entre aultres estoient presans, frères Nirollas Richard, 
docteur en théologie et prieur, Guillaume Durand, Jacques Lon- 
guespêc, aussy docteur en théologie, Jacques Ragot, souprieur, 
Francoys Masson, Charles Thibaud, bacheliers, Pierre Masson 
et Louis Binard, prebtres, les tous religieux et profeetz dudict 
couuent, représentais la plus grande, maire et saine partye de 
tous les religieux d'icelluy et faisant pour eulx et leurs succes- 
seurs, prieurs, religieux dudict couuent et ont promis garantir 
eux tous ladicte chappelle et enffeu sans que personne y puisse 
estre enterré que les dietz sieurs et damoizelle et les leurs et pro- 
mettent aussy faire célébrer lesdietz seruices de troyes messes 
aux jours et offices cy dessus déclarez, en leur payant chacun an 
ladicte somme de cinquante liures tournois, audict terme de 



— 47 - 

Sainct Jan baptiste de chacun an, à commancer à dire la pre- 
mière messe, lundy prochain et continuer à l'aduenir auxdictz 
jours et heures et le premier payemant au terme de Sainct Jan 
Baptiste prochain, en ung an prochain venant à continuer à l'ad- 
uenir, chacun an, ainsy quilz eschoieront; et seront tenuz lesdictz 
religieux auparauant commencer les dictes messes faire sonner 
une cloche dudict couuent, pour aduertir lesdictz sieurs et da- 
moizelle et les leurs d'assister ausdictes messes, si bon leur 
semble, laquelle chappelle contiendra en longueur environ vingt 
ung pied et de largeur douze pieds environ et en icelle pourront 
lesdictz sieur et damoizelle de la Bretonniere ou les leurs, à leurs 
despans, faire appozer leurs armoyries en telz endroictz de la 
chappelle que bon leur semblera et en la muraille d'icelluy en- 
grauer une table d'airain ou sera rapporté sommairement l'efiect 
des presantes conuentions ad perpétuant rei memoriam. Et à faire 
fournir ad ce que dessus, les dictes partyes Font ainsy de cha- 
cune part vuullu et consanty, promis et juré tenir par leur foy et 
sermant et les dicts prieur et Religieux par leurs sainctes ordres, 
sur l'hippoteeque et obligation de tous et chacuns les biens et 
reuenus du dict couuent, sans jamais aller ny faire au contraire 
en aulcune manière, à quoy elles ont, de chacune part, renoncé, 
mesme la dicte damoizelle, au droict Villeian, à Tespittre Diui 
Adriani et aultres droictz introduictz en faueur des femmes, luy 
desclaré que s'est à dire qui est que femme ne peult s'obliger 
pour aultruy ni mesme pour son mari, sans l'expresse reuoutia- 
tion, aultrement en pourroict estre relleuée, ce quelle a dict bien 
entendre, et lesdits prieur et religieux, aux droicts canonicques 
et eclesiasticques quils pourroient alléguer, empeschants l'exé- 
cution des presantes ; partant y ont esté par nous notaires souhz 
signez, de leur consentemant, auecque le jugement de nostre 
dicte court, jugées et condempnées, les y jugeons et condemp- 
nons,tesmoing le scely estably. Faict et consenty audict couuent, 
au chappitre dudict lieu, conuenu entre partyes que lesdictz prieur 
et damoizelle pourront neantmoyns, eux ou leurs heriltiers, après 
leur decex, bailler aultre hippotecque spécial ausd. religieux, si 



— 48 — 

bon semble à iceulx prieur et damoizelle et leurs herittiers, après 
leur deces, sans que ladicte rente se puisse franchir pour quelque 
cause que ce soit, par ce que les dits prieur et religieux ne pour- 
ront aussy discontinuer à faire îesdictz seruices, aultremant sera 
la dicte rente employée à faire pareils services en aultres eglizes 
que les dicts sieurs et damoizelle ou les leurs aduiserout. Consenty 
comme deuant soubz les seings desd. partyes, le quatorziesme, 
jour de juiug mil six cent treze après midy. Aiusy signé au 
registre, René Char 'cte ; Renée delà Bouessiere; Richard prieur; 
Durand docteur,- Longuespée docteur ;f. I. Ragon, souprieur ; 
frère François Masson bachelier; Thibault bachelier; Biiiard ; 
f. Masson; Ionneaux, notaire royal et Guihard, notaire royal, qui 
a le dict registre. {Cop. not. pap. — Un double de cet acte aux 
Archives départementales, Série H. 304.) 

1619, 28 mai. — Seconde fondation, par le même, d'une messe de Requiem 
moyennant une rente annuelle de 70 livres tournois. 

Gomme ainsy soict que dès le quatorziesme de juign mil six 
cens treze, escuyer René Charele et damoizelle Renée de la 
Bouexiere, sa compagne, sieur et dame de Ut Bretonniere et d'Ai- 
grefeille, auroient fondé, enl'eglize des Jacobins de Nantes, troys 
messes à basse voix, à eslre dictes et célébrées à jamais à perpé- 
tuité, en l'honeur de Dieu, sçauoir, une au jour de lundy de 
l'office du Sainct esprict, une le mercredy (le l'office de nostre 
Dame et une aultre au jour de vendredy de l'office de la Saincte 
passion de nostre Seigneur Jt-sus Christ, de chacune sepmaine 
de l'an, par les religieux dudil couuent, pour prier Dieu pour les 
âmes desdils sieur et darne de la Bretonniere fondateurs, leurs 
deffunetz père et mère et autres parans et amys trépassez, en 
outre, à la charge qu'à la fin de chacune d'icelle, il seroit par les 
religieux qui diront et célébreront lesdites messes, dict ung De 
profundis ou l'oraison Fidelium, le tout en la chappelle de Nostre 
dame de pitié, du coslé dexlre, en allant au cœur de ladite eglize, 
auquel enlleu ne pourront estre enterrez aultres que lesdits 
sieurs de la Bretonniere et compagne et les leurs yssus d'eulx et 



— 49 — 

hoirs principaux dudit sieur delà Bretonnicre, ains rîemoureroit 
iceluy enffeu prohibitif à tou; autres du voulloir et consantemant 
desd. prieur et religieux dud. eouuent. En-faueur de quoy, auroient 
lesdits sieur et dame de la Bretonnicre donné audits eouuent et 
religieux la somme de cinquante liures, chacun an, de rante, 
payable par main, sur tous leurs biens meubles et herittaiges, 
presans et futurs, et spetiallemant sur une maison appartenante 
audit sieur de la Bretonnicre, sytuéeen la rue des Carmes, par- 
roisse de Saincte croix, ainsy qu'elle est plus amplemant contenue 
et déclarée par ledit acte de fondation, sans que ladite rante se 
puisse franchir pour quelque cause que ce soit. De ce jour, par 
nostre court de Nantes, auecque deue submission cle personnes 
et biens et prorogation de juridiction y jurée par sermantpar les 
partyes cy après, pour elles et les leurs, sans en pouuoir décli- 
ner ny excepter, en droit a esté presant ledit sieur de la Breton- 
niere, demourant audit Nantes, paroisse de Saincte Radegonde, 
tant en son nom, que comme procureur de deffunctes damoi- 
zelles Anne Martin, sa première femme, et damoizelle Renée de 
la Boucxicre, sa segoude femme et compagne, d'une part, et 
humbles religieux et deuots orateurs, les prieurs et religieux du 
eouuent des Jacobins de Nantes, estant congregez et assemblez 
en leur chappitre et entre aultres Nicollas Richard, docteur en 
théologie, prieur dudit eouuent, Jacques Longucspée, aussy doc- 
teur en ladite faculté de téologie, Jacques Ragot, soubz prieur, 
Louys Binard, Bominicque Robert, Iuon Puinaud, Pierre 
Rigouays, Guillaume Chaslet et Bernard Becot, faisans iceulx prieur 
et religieux, tant pour eulx, que pour leurs successeurs, prieur 
et religieux dudit eouuent, d'autre; lequel sieur de la Brcton- 
niere et ou dict nom, augmentant sa deuotion et conformemant 
à l'intention et vollonté de ladite deffuncte damoizelle Anne Mar- 
tin, sa première femme, laquelle ledit sieur de la Bretonnicre 
auroit désiré accomplir, ayant faict bastir et constougre ladicte 
chappelle cy dessus suyuant la promesse qu'il luy auroict faicte 
et depuis à damoizelle Renée de la Bouexivre, sa segonde femme 
et compagne et qui de ce ï'auroient chacunes d'elles prié et chargé 



— 50 — 

sur sa consciance, lors de leurs deces,en presance de plussieures 
personnes, a fondé à perpétuité, chacun de tous les aultres jours 
de l'an, oultre ceux cy dessus mentionnez, en la fondation de 
l'année mil six cens treze, en la dicte eglize des Jacobins, en 
la dicte chapelle de Nostre Dame de pitié, ung De profanais ni 
l'oraison Fidelium, parce que la messe à basse voix du Sainct 
esprit, qui se debuoit dire le lundy par la première fondation, 
se dira le dimanche à basse voix et le lundy celle de Requiem, le 
lendemain de la feste des morts et le quatriesme de juillet mil six 
cens sept, que decebda damoizelle Anne Martin, sa première 
femme et le mercredy sixiesme de décembre mil six cens dix 
sept, que decebda damoizelle Renée de la Bouexiere, segonde 
femme dudit sieur de la Bretonniere, ou le jour qu'il decebdera, 
au lieu des basses messes cy dessus fondées ausdits jours, se 
diront aultant de grandes messes de Requiem et, à la fin ce cha- 
cune d'iceiles, Libéra me domine, De profundis et l'oraison Fide- 
lium, sur leur tombeau et enffeu le plus deuottemant que faire ce 
pourra, pour estre dictes et célébrées par les dits religieux dudit 
couuent et lesdites grandes messes seruyes de diacre et soubz- 
diacre, le tout pour prier Dieu pour leurs âmes et de leurs parans 
et amys trespassez et le jour de la feste de Noël, les troys messes, 
à basse voix aussy,se diront à l'intention des fondateurs et touttes 
lesdites messes cy dessus entre les dix et unze heures. Et fourni- 
ront à dire lesdites messes lesdits religieux, sçauoir,au jour que 
se diront les dites messes à basse voix, d'ung cierge seullemant 
et, aux jours que se diront les grandes messes, deux cierges, et 
pour le dict effect, oultre la somme de cinquante liures mention- 
nez en la fondation de l'an mil six cens treze, ledit sieur de la 
Bretonniere et audict nom a donné la somme de soixante et dix 
liures, chacun an de rante, qui est, pour les deux fondations, la 
somme de six vinglz liures tournois de rante, chacun an, payable 
à la feste de Noël et Sainct Jan, par moiclié, pour estre la dicte 
somme de six vingtz liures de rante, prinse et payée, sçauoir,sur 
les biens dudit sieur de la Bretonniere, la somme de cinquante 
liures et sur les biens des dites damoizelles Martin et la Bouexiere, 



- 51 - 

la somme de soixante et dix Mures par moitié. Ce que ledit sieur 
de la Brelonniere auroict amsy egallé et departy pour bonnes 
considérations, quoyque chacune ficelles damoizelles de la 
Bouexiere et Martin eussent voullu et désiré payer chacune une 
moitié de ladicte fondation, mesmes de ce que cousteroitla cons- 
truction de ladicte chappelle, des frays de laquelle construction 
ledit sieur de la Brelonniere veult et entend leur succession de- 
meurer déchargée, parce que ne pourront estre enterrez en ladicte 
chappelle et enffeu aultres que lesdits sieurs de la Brelonniere, 
ses enffans et leurs hoirs principaux. A quoy Faire et audict nom 
ledit sieur de la Brelonniere a obligé tous et chacuns ses biens 
presans et futurs, mesmes ceux desdites damoizelles à la conti- 
nuation et payemantde ladite rante de six vingtz liures par cha- 
cun an et spetiallemant oultre la maison mentionnée en la pre- 
mière foudation la mestayrie de la Barbiere, deppendant de la 
maison de la Bretonuiere, syluée en la paroisse de Vigneu, sans 
que la rante se puisse franchir, pour quelque cause que ce soit, 
sauf que ledit sieur delà Brelonniere, ses enffans et héritiers, pour- 
ront donner aultre hippotecque cy après, si bon leur semble, 
soit sur les biens dudit sieur de la Brelonniere, ou sur les 
biens desdites damoizelles, quoy que soict, à la proportion que 
chacun est fondé au payemaut de ladite rante, pareeque aussy 
lesdits prieur et religieux ne pourront discontinuer à faire lesdits 
seruices cy dessus, aultremant sera ladicte rante employée à faire 
lesdits seruices en aultres eglizes que lesdits sieur et ses enffans 
et héritiers aduiseront. Et sera en la volonté dudit sieur de la 
Brelonniere, enffans et ses héritiers, de faire engrauer une table 
d'airain au dedans de ladicte chappelle et enffeu et en icelle la 
teneur de la presante fondation ad perpeluam rei memoriam et 
au dessus ses armes et desdites damoizelles, ses femmes, le tout 
sans desroger aux aultres poinetz et conditions de la première 
fondation. Et, à faire et fournir le contenu ;tux presanles, lesdites 
partyes l'ont ainsy voullu et consanly, promis et juré tenir par 
leur foi et sermantet les dits prieur et religieux par leurs sainctes 
ordres, sur l'hippotecque et obligation de tous et chacuns leurs 



- 52 - 

biens et reuenus dudit couuent, sans aller ny venir à jamais au 
contraire, à quoy elles ont, fie chacune part, renoncé, mesmes ledit 
sieur de la Bretonniere, audit nom de procureur clesdites damoi- 
zelles de la Boucxiere et Martin, suiuanl le pouuoir luy donné 
par elles au droict velleian, à l'espitre Diui Adriani et aullres 
droiclz faictz et introduictz en faueur des femmes, leur déclaré 
et faict entendre lors desdits veux respectifîz et deuotion à faire 
et consantir la dicte fondation et auroict les enffans desdits sieur 
de la Bretonniere, Martin et de la Bouexiere et hoirs principaux 
dudit sieur delà Bretonniere et de ses enffans, soit de faire conti- 
nuer lesdits seruices bien et deubmant et pour ledit effect inter- 
poser l'auctorité de Monsieur le Senechal ou de Monsieur son 
lieutenant et de Monsieur le procureur du roy à Nantes, parce que 
ledit sieur de la Bretonniere dabondant, autant que besoign est, 
et lesdits prieur et religieux et couuent, tant pour eux que pour 
leurs successeurs, prieurs et religieux, pour l'effroi despresautes, 
se sont submis et ont prorogé de juridiction à la cour de Nantes, 
pour y estre conuenuz, traictez et poursuiuiz, comme par leurs 
propres barre et juridiction, sans en pouuoir décliner et excepter, 
pour quelque cause que ce soit, renonçant lesdits prieur et reli- 
gieux à leurs priuillaiges, faictz et introduictz pour et en faueur 
des ecclesiasticques. Partant, ont esté lesdites partyes cy dessus, 
par nous notaires soubz signez, de leurs consantemant, auecque 
le jugement de nostre dicte cour, jugez et condempnez, les y 
jugeons et condempnons, tesmoing le secl y estably. Faict et 
consanty, audict couuent et chappitre dudit lieu, le vingt qua- 
triesme jour de may mil six cens dix neutî, après midy, soubz 
les seings desdites partyes et de nous notaires soubz signans. 
Ainsy signé au registre, René Charc/e; Richard prieur ; Longues- 
pee docteur,- f. J. Ragot; Binard; f. Yves Primaud ; f. D. Ro- 
bert; Caris Charles Rigouaist; f. le Becot ; Chauveau, notaire 
royal et P. Guihard, notaire roy;d,qui a led. registre. 

Signé, Guihard. 

(Cop. not. parch. — Un double aux Archives départementales 
de la Loire-Inférieure.) 



— 53 



1678, 2 octobre. — Fondation par damoizelle Marie Bouillon, d'une messe 
haute, tous les lundis, moyennant la somme une fois payée de 1600 livres 
tournois. 

Daultant que damoizelle Marie Bouillon, demeurant en ceste 
ville de Nantes, Grande rue, paroisse de Sainte Croix, considé- 
rant autant quelle le peult faire, les grâces quelle a reçeues et 
reçoit journellement de l'adorable main du Tout Puissant, auroit, 
pour témoignage et recognoissance, et aussy pour prier Dieu pour 
le repos de son âme et de ses parents et amis trespassez, formé 
dessein de fonder et léguer, en l'église conuentuelle des révérends 
pères Jacobins dudict Nantes, où elle a une deuotion particulière, 
une messe haulle, tous les lundis de l'année, quy sera ordinaire- 
ment du Saint Sacrement et, en cas que ce jour la, il y ayt feste 
double, elle sera du jour, un salut d'exposition du saint sacre- 
ment pendant vespres ou compiles, selon le temps, auquel seront 
chantées l'hymne Pange linrjua et l'antienne Sub luom (sic) auec 
les oraisons du saint sacrement et de la vierge, et ensuit Depro- 
fundis et Fidel/'um et le Stabat, après complies, dans la chapelle 
de Nostre dame de pitié, quy est dans la dicte église, à commancer 
demain prochain, tenant lundi troisiesme du présent mois et con- 
tinuer de la manière à perpétuité, et qu'elle auroit déclaré aux 
Reuerands pères, prieur, procureur et religieux Jacobins dudit 
Nantes et iceux priez d'accepter la dite fondation, offrant leur paier, 
une fois payée, la somme de seize cens livres tournois, sur quoy 
lesdits Reuerands Pères, prieur, procureur et religieux Jacobins 
dudit Nantes s'estant assemblez capitulairemant, auroient arresté 
l'acceptation delà dite fondation. Et pour ce, deuant nous notaires 
roiaux de la cour de Nantes soussignez, auec sumission et proro- 
gation de jurisdiction à la cour dudit lieu, sans en pouuoir décli- 
ner ni excepter par les parlyes cy après, pour quelques causes 
que ce soit et puissent estre, ont comparus les dits Reuerands 
pères, prieur, procureur et Religieux Jacobins dudit Nantes, repré- 
sentés es personnes de Frère Jan Honj, humble prieur, frère 



— 54 — 

Estienne Lory souprieur, frère Gabriel Guerry, frère Julien 
Guillou, professeur en théologie, frère Yves Cosson, professeur en 
théologie, frère Isaac Duplessix, procureur, frère Michel Le 
Marchand, frère François Billccoq, frère Rodolphe Gendrol, 
frère Jacc/ues du Boishardy, frère Jan Hyacinthe Lebel, frère 
Pierre Martin, frère Jan Rosselin, frère Jacques Le Vaillant, 
frère George Simow, sacriste, frère Claude Lapostolle et frère Jan 
Vanderhorst, faisant la plus saine parlye des dits religieux, d'une 
part et ladite demoiselle Bouillon, d'autre part, entre lesquels le 
nom de Dieu tout premier invocqué, a esté accordé et arresté ce 
qui ensuilt : Quy est que lesdits Reuerands pères, prieur, procu- 
reur et religieux Jacobins dudit Nantes ont promis, promettent 
et s'obligent, pour eux et leurs successeurs, prieur procureur et 
religieux de leur couuent, de dire et cellebrer a jamais à l'adue- 
nir, dans leur église, une messe haute, tous les lundis de l'année, 
quy sera ordinairement du saint sacrement, et en cas que ce jour 
là il y aist feste double, elle sera du jour, un salut d'exposition 
du saint sacrement, pendant vespres ou complies, selon le temps, 
auquel seront chantées l'hymne Pange lingua et l'antienne Sub 
tuum avec les oraisons du saint sacrement et de la vierge et en- 
suite De profondis et Fidelium et le Stabat, après complies, dans 
la chapelle de Nostre dame de pitié, quy est dans la dite église, 
le tout à l'intention de ladite damoiselle Bouillon et de ses parents 
et amis trépassés, à commencer demain lundi prochain troisiesme 
du présent mois, à perpétuité, sans qu'ils puissent s'en dispenser, 
au moien de quoy, la dite damoiselle Bouillon a presenlemant 
comptant et réellement, deuant nous dits notaires, payé ausdils 
prieur, procureur et Religieux Jacobins dudit Nantes ladite 
somme de seize cens liures tournois, quy l'ont ^iie en paiement 
de louis d'argent et autres monnoies aiant cours, suiuant le dit 
du Roy, nostre sire, jusques à la concurance de la dite somme, 
dont ils en quittent ladite damoiselle Bouillon. Tout ce que deuant 
a esté par les dites parties ainsy voullu et consenty, promis, juré 
tenir, sans y contreuenir, sçauoir ladite demoiselle Bouillon, sur 
tous ses biens présents et futurs, et en tend que besoin a renoncé 



— 55 — 

u droit Villeian, à Pespitrn Diui adriani, à l'autantique, si qu'à 
Mulier et à tous autres droits, faits et introduits en faueurde son 
sexe, luy donné à entendre par nous dits notaires au long et quelle 
a dit bien entendre, et les dits prieur, procureur et Religieux Ja- 
cobins de Nantes, sur le temporel de leur dit couuent, partant 
de leurs consentements et requestes y ont estes par nous dits 
notaires, jugés et condemnés du jugement et condemnation de 
noslie ditte cour. Et pour omologuer 1rs présentes par tout ou 
estre deuera, ils ont nommés et constitués leurs procureurs gé- 
néraux et spéciaux, sçauoir, la dite damoiselle Bouillon, rnaitre 
(le nom est resté en blanc) et les dits prieur, procureur et Reli- 
gieux Jacobins dudit Nantes, maistre (le nom est resté en blane), 
auec tout pouuoir pertinand quand à ce. 

Fait et passé audit couuent desdits Reuerands pères, prieur et 
Religieux Jacobins de Nantes, pour leur respect, et en la demeure 
de la dite damoiselle Bouillon, pour son respect, sous les seings 
desdites parties, le deuxiesme jour d'octobre, mil six cens 
soixante dix huit, après midi. Ainsy signé en l'original frère Jan: 
Hory, humble prieur ; f. Estienne Lory, souprieur ; frère Gabriel 
Guerry ; frère Julien Gui/lou, professeur en théologie; f. Ives 
Cosson, professeur en théologie; frère Isaac Duplesseix, procu- 
reur ; f. Michel Lemarchand ; f. François Bi'lecoq ; f. Rodolphe 
Gendroii f. Jacques du Boishardy; LJeanhyac. Lebel; f. Pierre 
Martin ,• f. Jan Rosselin ,• f. Jacques Levaillant ; f. George 
Simon, sacriste ; fr. Claude Lapostolle ,• fr. Jan Vanderhorst ; 
Marie Bouillon,- Lrjay, notaire royal et Ducoin, notaire royal, quy 
a le dit original. Signé : Lejay et Ducoin, notaires royaux. (Cop. 
noU sur pet. pap.) 



1685, 17 janvier. — Concession par madame la Présidente de Montebert 
pour abatlrr la l«alustrade d^ tuiTau qui enclos sa chapelle de N e De de 
Pitié, dans lYglise des Jacobins. 

Le dix septiesme de januier mil six cens quatre vingts cinq, 
auant midy, deuant les notaires royaux de la cour de Nantes 



— 56 — 

soubsignés, auecq submission et prorogation de juridiction y 
jurée par serinant, a comparu dame Janne de Montullé, voulue de 
deffunt messire Jacques Charete, viuant Chevalier, seigneur de 
Montebert, la Guidoire, la Bretonnière et aultres lieux, conseiller 
du Roy, premier présidant en la chambre des comptes de Bre- 
taigne, tutrixe de leurs enfans, demeurante à son hostel au dit 
Nantes, rue du chasleau, paroisse de Sainct Denys, la quelle es 
dits noms et quallités, en l'honneur de Dieu, pour l'ambellisse- 
mant de son (ample et à sa plus grandre (sic) gloire, a permis et 
permet, par ses prisantes, que les humbles et deuots Religieux 
Jacobins de cette ville de Nantes fassent abastre et desmolir, 
quand bon leur semblera, la balustrade de luffeau, quy est à 
clore sa chapelle de Nostre Dame de Pityé, dans leur Eglize, 
par ce que lesdits Religieux seront obligés d'en faire faire inces- 
samant une aultre de bois de chesne ou de noyer, de pareille 
longueur et largeur, que celle de tuffeau, portant les armes en 
trois endroits dudit feu seigneur, premier présidant, son mary, 
laquelle permission et consanlemant a esté par les Reuerants 
pères Charles Guihart prieur et François Le Metaer, procureur 
dudict conuant, sur ce presant, de la manniere acceptée aux sus 
dites conditions et promis l'exécuter et accomplir sans y contre- 
uenir, sans aucunement desroger, preiudicier ny faire nouation 
aux actes faits entre les autheurs dudict feu Seigneur, premier 
présidant et les dits Religieux au subject de la ditte chapelle et 
fondation y speciffyée. 

Fait et passé audit Nantes, en la demeure de la ditte dame 
première présidante, soubs son seing et desdits prieur et procu- 
reur du dit conuant les dits jour et an. Ainsy signé au registre : 
Janne de Monlulé;U\ Charles Guihart, humble prieur, fr. Fran- 
çois Le Metaer, faisant pour le procureur, Petit, notaire royal 
et Lcbrclon, notaire royal regislraleur. 

Signé : Petit et Lebrcton u rc » royaux. 
(Cop. not. pap.) 



— 57 



§ III. — Chapelle de Miséricorde. 

1672, 15 mars. — Fondation par Jean Régnier, écuyer, d'un saint dans la 
chapelle de Notre-Dame de Miséricorde, mitel de la Vierge, eu la paroisse 
de Saint-Similien, aliàs, Saint-Sembin. 

Sur ce que Escuier Jan Regnyer(*), conseiller du Roy, audi- 
feur et secrétaire en sa chambre des Comptes de Bretagne, prieur 
corn manda taire du prieuré de Saincte croix en Sainct Martin et 
la Madeleine en bois, auroit déclaré à Messieurs les Recteur et 
prostrés de chœur de l'eglize pariochialle de Sainct Similien, 
allias Sainct Sembin, de Nantes, qu'il est dans le desseign de 
fonder et léguer à jamais à perpétuité, dans la chappelle Nostre 
Dame de miséricorde, asise en la paroisse de Sainct Sembin, à 
l'autel de la vierge, un salut pour estrc chanté par ledit sieur 
Recteur et prestres de chœur et sacriste dudit Sainct Sembin, 
tous les jours de l'octaue de Pasque de chacun an, à l'heure de 
six heures du soir ou enuiron, composé de la prose, suffrage 
et oraison de chaque jour dudit octaue, comme ils eschoiront, 
ainsi qu'il se dit en l'eglize cathedralle de Sainct Pierre de cette 
ville de Nantes, sans neantmoins estre chanté autrement que de 
leur plaiii chant acoustumé, l'antienne Salue regina, verset et 
oraison, en suille a haulte voix, et appres un De profundis aucc 
un Resquiescanl (sic) inpaceh haulte voix et, à la fin, la Salutation 
angelique répétée par trois fois, aussy à haulte voix, pendant 
lequel salut, il y aura deux cierges de cir blanche alumez sur 
ledit autel qu'ils fourniront à leurs frais ; et outre, seront obligez 
de dire ou faire dire une messe à basse voix a l'intention dudit 
fondateur, tous les ans, le lundy dudit octaue. de Pasque, enuiron 



(') Jean Regnyer, sieur de la Souchais, maire de Nantes de 1673 à 1675. 



— 58 — 

les huict heures du matin et encor, à la fin dudit octaue, une 
autre messe aussy à basse voix, chacun dit an et de se fournir 
d'ornemens et autres choses nécessaires à cet effect et le dit sa- 
criste deura faire tirer les cloches de ladite eglize pariochaille (sic) 
de Sainct Sembin, enuiron les cinq heures et demye du soir de 
chacun jour dudit octaue, pour assembler les prebtres dans ladite 
eglize, affin d'aller tous ensemble en surplis, chanter ledit salut, 
comme aussy, de sonner en ariuant la cloche de ladite chapelle 
de Miséricorde, pour appeller les prebtres audit Salut, et, à la fin, 
la faire tirer trois fois pendant qu'on chantera VAue Maria et d'y 
assister en surplis, ainsy que les prebtres de chœur, parce qu'il 
aura pareille distribution qu'eulx et qu'il sera loisible audit sieur 
fondateur de faire afficher, si bon luy semble, une petite placque 
de cuiure, en laquelle seront descritz les termes de ladite fonda- 
tion ; pour dot et sallaire duquel seruice et fondation ledit sieur 
Regnyer auroit offert la somme de quinze liures par chacun an 
de rante foncière, de quoy les dits sieur recteur et prebtres ayant 
donné aduis ausdils parroissiens, ils auroient par leur chapitre et 
assemblée capitullaire du treziesme du présent mois, pour l'hon- 
neur et gloire de Dieu, accepté ladite fondation, ainsy que les 
sieurs recteur et prebtres de chœur et sacriste et nomé ledit sieur 
recteur et les fubriqueurs à présent en charge, pour en passer 
l'acte auee ledit sieur Régnier. A ces causes, ont comparu deuant 
les notaires gardenotles du roy, en sa cour de Nantes soubz 
signez, auec submission et prorogation de jurisdiction y jurée, le 
dit sieur Regnyer, demeurant en cette ville de Nantes, paroisse 
de Nostre Dame, d'une part, et noble et vénérable et discret mis- 
sire Julien Gendron, prebtre recteur deladite paroisse de St Sem- 
bin, vicaire gênerai de Monseigneur l'euesque de Nantes et véné- 
rables et discretz missires Jan Guillou, Jan Moruan,Jan Arnault, 
Pierre Loquet et Pierre Reynaud, prebtres du chœur et ledit 
Rtgnault, sacriste de la dite eglize de Sainct Sembin et honorables 
personnes Jan Leduc et Daniel Dulion, fabriqueurs l'an présent 
de la dite paroisse de Si Sembin, à ce nouiez auec ledit sieur 
recteur par le gênerai desdits paroissiens, par ledit chapitre cy 



i 



— 59 — 

dessus datte, aparu et par eux retenu, d'autre part, entre lesquels 
a esté faict et accordé l'acte quy ensuilt, par lequel ledit sieur 
Régnier, percislant en son intention, a fondé et légué en ladite 
chapelle de miséricorde, audit autel de la vierge, le salut et ser- 
uice cy deuant speciffiez. que ledit sieur recteur, prebtres de chœur 
et sacristes, pour eulx et leurs successeurs aus dites charges, à 
jamais à l'aduenir, promettent et seront tenuz de dire et célé- 
brer pontuellement, suivant et conformément aux clauses et con- 
ditions cy dessus déclarées et désignées, à fournir de tous lumi- 
naires et ornemens requis à leurs frais, à commencer au jour de 
Pasques prochaine venante et continuer à jamais à l'aduenir dans 
un an, comme ils eschoiront, sans pouuoir délaisser ny retrancher 
ledit seruice pour quelque cau^e que ce soit, a quoy ladite fabrique 
et paroissiens de Si Sembin demeurent tenus et obligez d'auoir 
l'œil a faire obseruer et exécuter de poinct ladite fondation, selon 
l'intention dudit sieur fondateur et d'y obliger les prebtres de 
chœur et sacristes de ladite eglize, lors de leurs réceptions par 
cy-apres. Ladite fondation faite et accordée moyennant ladite 
somme de quinze liures de rente foncière annuelle et perpétuelle 
offerte par ledit sieur Régnier pour sallaire dudit seruice, laquelle 
somme il et ses successeurs demeurent obligez payer annuelle- 
ment es mains des fabriqueurs deladite paroisse de St Sembin 
lors en charge, au premier jour d*' juillet de chacun an, à com- 
mencer le premier payement au premier jour de juillet prochain 
et de la manière continuer par lesdits termes d'an un an, comme 
ils eschoiront, à perpétuité, de laquelle somme il demeurera qua- 
rante solz au profils de ladite fabrique et le surplus quy est treze 
livres pour lesdits service ; laquelle dite somme de quinze livres 
de rente ledit sieur Régnier a des à presant assignée et affectée 
sur ung logis luy appartenant, sillué à la fosse dudit Nantes, pa- 
roisse de Saincl-Nicollas, au derrière d'un autre logis apparte- 
nant au sieur Verrin, marchand, demeurant en la rue de la Cas- 
serie et cy devant au sieur Régnier, dans lequel logis affecté à la- 
dite rente, demeure l'appelé Aguesse, affermé deux cent cinquante 
livres par an, parce qu'en cas de vente dudit logis par ledit sieur 



re 



— 60 — 

Régnier ou ses héritiers, il leur sera loisible de porter ladite 
rente sur ung autre tond, bon et vallable, situé soubz trois lieues 
de cette ville de Nantes. 

Tout ce que deuant a esté ainsy et de la manière accordé, 
voullu et consenty, promis et juré tenir par les dites partyes ous- 
dits noms et quallitez, sans y contrevenir ; à ce faire se sont 
obligez, chacun en ce que le faict touche, sur tous leurs biens, 
rantes et revenus et ceux de la dite fabrique, pour, en cas de 
deffault, estre exécutez, saisis et vandus, suivant les ordon- 
nances royaux, dont et parlant y ont esté jugez et condamnez du 
jugement et aulhorité de noslre dite cour. 

Faict et passé audit Nantes, en la sacristie de Féglize du dit 
S. Sembin, le quinziesme jour de mars, mil six cent soixante et 
douze et ont signé ainsy. Signé au registre, J. Gendron; J. Guïllou, 
pbre du chœur ; /. Morvan, pbre; Arnaud, pbrc du chœur; 
P.Locquet, pbre du chœur; P. Rcgnaud, pbrc sacriste ; Jan 
Leduc; Dulion; J. Régnier; J. BrelcschëA\ù xe royal et Petit, no 
royal quy a led. registre. Signé : /. Breteschê et Petit. 

(Cop. not. parch.) 



1073, 15 juin. — Quittance d'une annuité de la rente fondée par l'acte 

qui précède. 

Gomme l'un des fabricqueurs l'an dernier de la paroisse de 
Sainct Simillien, j'ay reçeu dcMons. Regnierh somme de quinze 
liures, pour une année de la fondation par luy faite à la chapelle 
de Nostre Dame de Miséricorde, en la de paroisse de Saint Si- 
milieu, pour le sallut chanté en la dite chapelle, par Messieurs 
les recteur et prebtres de ladite paroisse, le soir du jour de 
Pasques et pendant l'octaue ladite année finie à ladite octaue de 
pasques dernière, dont je quite ledit s r Régnier et promet l'ac- 
quitter vers lesdits s 1 ' recteur et prebtres. A Nantes, ce quinziesme 
juin mil six cens soixante et traize. Signé : Bretonncau. 

{Pièce originale sur papier.) 



— 61 — 

1675, ii juillet. — Autre quittance. 

Nous soubz signez, procureurs fabricqueurs de l'églize de 
Saint Simillien de Nantes, confessons auoir ce jour receu de Mon- 
sieur Régnier, maire de la Ville dudit Nantes, la somme de 
quinze Hures, pour une année de la fondation par luy faite du 
sallut pandant l'octaue et la feste de Pasque, à la chapelle de 
Nostre Dame de Miséricorde, despendante de ladite eglize de 
Saint Simillien, desquelles quinze liures nous quitons ledit sieur 
Régnier et promettons l'acquiter vers tous. 

Fait au dit Nantes, ce jour unziesme juillet mil six cent soixante 
quinze. 

Signé : Guillard et Sargent. 

(Orig. pap.) 

4680, {9 novembre. — Autre quittance. 

Je soubsigne et confesse., comme un des fabriqueurs de la pa- 
roisse de S b Similien, auoir receu de Monsieur Régnier, l'un 
des antiens maires de Nantes, la somme de quinze liures, pour 
la fondation qu'il auroit faict, pour le salut célébré dans la cha- 
pelle de Nostre Dame de Miséricorde, pendant l'octaue de 
Pasques dernière, dont je le quitte. 

Fait ce 19 me nouembre 1680. 

Signé : A. Fouchard. 

(Orig. pap.) 

§ IV. — Hôpital du Sanitat. 

(685, 30 juin.— Quittance par la direction de l'hôpital à Jeanne de Montullé 
veuve de Jacques Charette de Montebert, de la somme de 2000 livres lé- 
guée audit hôpital par Jean Régnier. 

Le trantiesme Jour de Juin mil six cens quatre vingts cinq, 
après midy, deuant nous Notaires Royaux de la Cour de Nantes 
1885. — 2° Sem. 6 



— 62 — 

soubz signez, aueq submission et prorogation de Jurisdiction y 
jurée, ont comparu Monsieur M Pierre Guyot, sieur de la Poi- 
teuinière, conseiller du roy, Juge magistrat au siège presidial de 
Nantes et honnorable homme Pierre Viau, marchand audit Nantes, 
député de Messieurs les autres directeurs des pauvres renfermez 
de l'hospital gênerai du Sanitatde cette ville de Nantes, demeu- 
rant en cette ville de Nantes, sçauoir, ledit sieur de la Poiteui- 
nière, grande rue paroisse de Saint Saturnin, lesquels ont re- 
cogneu et confessé auoir, tant ce jour que cy deuant, eu et reçeu 
de dame Janne de Montullé, veufue de messire Jacques Qharette, 
viuant Gheuallier, Seigneur de Montebert et autres lieux, conseiller 
du roy et premier présidant en la chambre de ses comptes en 
Bretagne, faisant tant pour elle que pour le Seigneur de Mon- 
tullé, conseiller au parlement de Paris et pour la dame de Langan, 
ses frère et sœur, héritiers de feu escuyer 3 an Regnyer, con- 
seiller du roy et auditeur en la chambre de ses comptes en 
Bretagne, presant et acceptant, la somme de deux mille liures, 
par ledit feu sieur Regnyer léguée à ladite direction des pauures 
renfermez, par son testament et ordonnances de dernière vol- 
lonté du neufuiesme jour de may mil six cens quatre vingts un ; 
de laquelle somme lesdits sieurs Guyot et Viau se tiennent con- 
tants et en quittent la dite dame de Montebert; et, en cas que la 
dite direction et Sanital des pauures renfermez cesseroit et ne 
subsisteroit plus, en ce cas, sera ladite somme de deux mil 
liures deliurée aux pauures de l'hostel Dieu de ceste ville, suiuant 
l'intention dudit feu sieur Régnier. Et, pour plus grande assu- 
rance de ce, ont lesdits sieurs Guyot et Viau, et ou susdits 
noms, promis d'employer ladite somme de deux mil liures à la 
construction d'une maison qu'ils font bastir de neuf, en la rue de 
la Gasserye de cette ville, dont remplacement a esté donné à la- 
dite direction par les sieurs et dame Despinoze, laquelle maison 
ils ont affectée et hipotéquée speciallement pour la surette du 
fond de ladite somme de deux mille liures à restitution d'icelle, 
en cas, comme dit est, que ledit hospital gênerai du Sanitat ces- 
seroit et à cette tin seront lesdits sieurs directeurs tenus de faire 



— 63 — 

déclaration, dans les quittances des payemens qu'ils feront aux 
artizans quy construisent ladite maison, qu'il y en a la somme 
de deux mil liures, prouenant du don fait à ladite direction par 
le feu sieur Régnier, sans toutteffois que la speciallité desroge à la 
généralité des autres biens de ladite direction ; ce quy a esté 
ainsy voullu etconsenty. Et, à ce faire et iouir, y ont lesdits sieurs 
Guyot et Viau obligez et affectez tous et chacunsles biens meu- 
bles et immeubles, rantes et revenus de ladite direction, presant 
et aduenir, dont et partant y ont Iesdites partyes esté jugées et 
condamnez du jugement et condamnation de nostredite cour. 
Fait et passé audit Nantes, en la demeurance de ladite dame de 
Montebert, rue du Chasteau, paroisse de Saint Denis, lesdits jour 
et an. De laquelle somme de deux mil liures, il en est demeuré 
quinze cens liures entre les mains dudit Viau, les cinq cens 
liures ayant esté cy deuant payé aux artizans qui construisent la 
susdite maison. 

Ainsy signé au registre: Guyot; Viau; dame de Montullé; 
Bretesche, n re royal et Petit, n re royal quy a ledit Registre. 

Signé : Bretesche et Petit. 
(Cop. not. pap.) 



i69i, il avril. — Donation par la même audit hôpital d'une maison, sise 
à Nantes, pour afranchissement d'une rente de cent onze livres, 2 sols, 2 
deniers, fondée par Jean Régnier. 

D'aultant que feu escuyer Jan Régnier, vivant conseiller du 
roy, secrétaire et auditeur en sa chambre des comptes de Bre- 
tagne, auroit par son testament et ordonnance de dernière vol- 

lonté du mil six cent soixante..., ordonné qu'il seroit 

pris sur tous ses biens un fond qui peult produire de rente an- 
nuelle la somme de cent onze Livres, deux solz, deux deniers, 
laquelle dicte somme de cent onze livres deux solz deux deniers 
de rente, le dict feu sieur Régnier voulloit estre employée pour 
l'apprentissage d'un jeune garçon ou fille, comme il est plus am- 



— 64 — 

plement porté au dict testament, laquelle clause de testament 
dame Janne de Montulé, veufve du deffunct messire Jacques 
Charette, vivant Chevalier, seigneur de Monthebert, conseiller 
du roy, premier président en sa chambre des Comptes de Bre- 
tagne, héritière en partye du dict feu sieur Régnier, voullant 
exécuter et accomplir en la meilleure et plus seure manière qu'il 
se peult, et considérant, que dans la suitte des temps, il se pourroit 
faire que le dict fond et rente pouroit estre dissipé et perdu, s'il, 
n'estoit à quelque lieu certain et la vollonté du dict feu sieur Ré- 
gnier demeurer inexecutée et voyant d'ailleurs la dicte dame 
de Monthebert que dans l'hôpital gênerai de cette ville, estably 
au sanitat de la fosse de Nantes, on reçoit des garçons et des 
filles, pour estre instruitz dans la crainte de Dieu, et y apprendre 
touttes sortes de mestiers, pour gaigner leurs vyes, elle a proposé 
à messieurs les Directeurs du dict hospital général de voulloir 
accepter un logis situé à la fosse de Nantes, paroisse de Sainct- 
Nicolas, vallant de revenu la dicte somme de cent onze livres, 
deux solz, deux deniers et plus, pour tenir lieu de fond, pour 
satisfaire aux intentions du dict feu sieur Régnier; ce que les 
dictz sieurs directeurs ont accepté par delliberation du bureau 
du neufviesme jour du presens mois et an et se sont chargez 
pour eux et leurs successeurs, à jamais, soubz les clauses et con- 
ditions seullement quy seront marquées au presant acte. Pour 
ces causes, devant les notaires royaux de la cour de Nantes 
soubzsignez, auecq submission et prorogation de jurisdiction y 
jurée par serment, ce dix septiesme jour d'apuril mil six cent 
quatre vingt onze, après midy, ont comparus ladicte dame de 
Monthebert, demeurant à sa maison, au dict Nantes, rue du 
chasteau, parroisse de S 1 Denys, d'une part, et escuyer Jan Cha- 
rette, seigneur de la chapelle Gascherye et monsieur maistre 
Pierre Gwjot, sieur de la Poicteviniere, conseiller du roy, doyen 
de messieurs les conseillers du presidial de Nantes, députez de 
la dicte direction du dict hospital gênerai par la susdicte conclu- 
sion du bureau du dict jour neufviesme des dictz presant moys 
et an, demeurant en cette ville de Nantes, au paroisses de S 1 Vin- 



— 65 — 

cent et S* Denys, d'autre part ; entre lesquelles partyes et esdictz 
noms et quallitez a esté faict l'acte quy ensuilt, par lequel ladicte 
dame de Montebert et oudict nom a donné, ceddé, quitté, del- 
laissé, et de faict, par ces présentes, donne, cède, quitte et de- 
laisse, par fond et assiepte, ausdicts sieurs directeurs, acceptans 
pour la dicte direction du dict hospital gênerai, à jamais au temps 
aduenir, sçauoir, en la dicte maison sittuée au bas de la dicte 
fosse de Nantes, rue de la Herroniere, composée de salle basse, 
cave au dessoubz, deux chambres haultes, un grenier au dessus, 
et autres apartenances et despendances, comme en jouist à pre- 
sant Henry Auger, maistre de vaisseau, generallement et enthie- 
rement, sans réservation, bournée par le hault, un logement 
semant de maguasin, apartenant aux héritières du feu sieur \alle- 
ton, d'autre bout, par le bas, autre logis apartenant au sieur Oua- 
fert et ses enfans, d'un costé, par le derrière à (le nom est en 
blanc) et par le deuant, la dicte rue de la Heronniere, conduisant 
à l'eschelle Maschet, pour les dictz sieurs directeurs et hospital 
gênerai entrer en jouissance à la feste de S 1 Jan Baptiste pro- 
chaine, et en jouir et disposer comme de leurs autres biens 
reutes et revenus, à jamais, à perpetuitté, parce que la dicte dame 
de Monthebert et les siens pouront aussy à jamais, à perpetuitté, 
nommer de deux ans en deux ans, à commencer de la feste de 
S 1 Jan Baptiste prochaine en deux ans, un jeune garçon, ou une 
jeune fille de l'aage de dix ans au moins, pour estre, iceux gar- 
çon ou fille , reçeus par les dictz sieurs directeurs dans le 
dict hospital gênerai, noris, habillez et instruictz, tant dans la 
religion catholicque, apostolicque et romaine, que dans un mestier 
convenable à leur estât, jusques à ce qu'ilz le scachent parfaite- 
ment, tout ainsy que les autres enfans quy y sont admis, et, 
oultre ce, les dictz sieurs directeurs feront chanter un Libéra, 
dans la chapelle dudict hospiial, par les petitz enfans, tous les 
premiers jours de dimanche des douze moys de l'année, à l'issue 
de la messe le matin, à l'intention et pour le repos de l'âme 
dudict feu sieur Régnier et celles de ses parans et amys tré- 
passes ; et sera le nom dudict sieur Régnier escript sur les 



— 66 — 

registres de la dicte maison, parmy ceux des bienfaiteurs, et 
mesme poura la dicte dame de Montebert faire afficher, si elle 
veult, une plaque d'airain, au chœur de ladicte chapelle de la 
dicte maison, qui portera l'inscription en abrégé du presant acte, 
pour servir de mémoire à la postérité. Et, en cas que le dict 
hospital général ne subsisleroit, la dicte dame de Monthebert, 
pour elle et les siens, reserue de disposer dudicl don et de le 
transporter en tel autre endroict qu'ilz voiront bon estre. Tout 
quoy a esté ainsy et de la manière accordé, voullu et consenty 
par les dictes partyes, promis, juré tenir faire et accomplir respec- 
tiuement les unes aux autres, chascune en ce que le faict touche, 
sans jamais y contrevenir. Parlant de leurs consentemens et 
requestes, nous dictz notaires, les avons jugez et condempnez 
par le jugement et condempnation de nostre dicte cour. Faict et 
passé au dict Nantes, en lademeurance de la dicte dame de Mon- 
thebert, soubz les seings desdictes partyes. De plus, promet la 
dicte dame de Monthebert de faire agréer et ratiffier les présentes 
à monsieur de Montullé, conseiller au Parlement de Paris et à 
madame de Montullé, sa sœur, veufue de deffunct messire. ... 
du Boisbaudry, vivant seigneur de Langan, aduocat gênerai au 
parlement de Bretagne, aussy héritiers dudict deffunct sieur 
Régnier, et a fournir acte de ratiffication valiable dans deux moys 
prochains venans ; et, en cas qu'ilz ne les voudroient ratiffier, 
elles demeureront nulles et sans effect, sans que la dicte dame 
de Monthebert soict subjecte à aucuns domages et interestz. Les 
ditz jour et an, ainsy signé au registre, Jannede Montulè, Jan 
Charette, Guyot, Verger, notaire royal et Lebreton,no Te royal 
registrateur. — Signé : Verger et Lebreton. {Cop. not. pap.) 

■*- 
1691, 6 juin. — Ratification de l'acte qui précède par Jacques de Montullé. 

Pardcuant les conseillers notaires gardenoltes du roy en son 
chnstelet de Paris soubzsignez, fut presant messire Jan Joseph 
de Montulé, conseiller du roy en sa cour de Parlement et com- 
missaire aux requestes du pallais, demeurant rue de la Harpe, 



- 67 — 

paroisse de Sainct Severin, héritier en partye de feu JanRegnier, 
vivant escuyer, conseiller du roy, secrétaire et auditeur en sa 
chambre des comptes de Bretagne, lequel ayant pris communic- 
quation du contrat passé entre dame Janne de Montullé, veufue 
de messire Jacques Charette, vivant cheualier, seigneur de Mon- 
thebert, conseiller du roy en ses conseils, premier présidant en 
sa chambre des comptes de Bretagne, d'une part, et les sieurs ad- 
ministrateurs de l'hospital gênerai estably au Sanitat de la fosse 
de Nantes, d'autre part, par Verger et Lebreton, notaires royaux 
audict Nantes, le dix sept apuril dernier, portant donnation et 
délaissement faict par la dicte dame deMontebert, aussy héritière 
en partye dudict feu sieur Régnier, au profilt dudict hospital gê- 
nerai de Nantes, d'un logis sittué à la fosse dudict Nantes, par- 
roisse de St Nicolas, vallant de reuenu par an la somme de cent 
unze livres, deux solz, deux deniers, pour satisfaire au testament 
et ordonnance de dernière vollonté du dict deffunct sieur Régnier, 
duquel contract de donation coppye est cy dessus et des autres 
parts transcripte, a ledict sieur de Montullé déclaré auoir eu et a 
le dict contract de donnation et deliaissement pour bien agréable, 
le ratiffye, confirme et approuve, veult, consent et accorde, en 
tant qu'à luy est, comme héritier en partye dudict feu sieur Ré- 
gnier, qu'il sorte son effect et soit exécuté selon sa forme et 
teneur, promettant etc., obligeant etc., renonsant, etc.. Faict 
et passé en la demeure du dict sieur de Montulé sus déclarée, 
l'an mil six cens quatre vingtz onze, le sixiesme juin, et a signé, 
ainsy signé /: de Montulé, Lesecq, Delaunay et Raglan. 

Gollationné sur la dicte ratiffication cy dessus demeurée an- 
nexée à la minute de l'acte de donation des autres partz escripte 
quy est veue Lebreton, l'un des notaires soubz signez. Signé : 
Verger et Lebreton. 

(Cop. not. pap.) 



— 68 — 



i691, 2 juillet. — Déclaration par la même de la ratification du même acte 
par Monsieur de Montullé, conseiller au Parlement de Paris et Marie- 
Anne de Montullé, veuve de Gilles de Bois!>audry. 

Et depuis, ce jour deux de juillet, mil six cens quatre vingt 
onze, auant midy, a comparu deuant les notaires royaux de la 
Cour de Nantes soubzsignez, la dicte dame Janne de Montulé, 
dame douairière de Monthebert, dénommée en l'acte de traicté 
cy dessus, datte du dix sept d'apuril dernier, laquelle a déclaré 
que son intention a toujours esté de passer le dict acte, tant pour 
elle que pour Monsieur de Montullé, conseiller au parlement de 
Paris, et dame Marye-Anne de Montullé, veufue de deffunct mes- 
sire Gilles du Boisbaudry, viuant seigneur de Langan, conseiller 
du roy et son aduocat gênerai au parlement de Bretagne, aussy 
héritière dudict feu sieur Régnier, leur oncle, ausquelz elle se 
seroit obligée de le faire agréer et ratiffier ; et, de faict, ledict 
seigneur de Montulé l'auoit approuué et ratiffyé, par acte passé 
au Chastelet de Paris deuant Lesecq, Belaunay et Baglan, con- 
seillers notaires gardenottes du roy, le sixiesmejour de juin 
dernier, que ladicte dame de Monthebert a présentement apparu 
et retenu, pour y auoir recours, lorsque besoin sera, et a signé en 
son hostel audict Nantes, rue du Chasteau, paroysse de St Denis, 
lesdictz jour et an ; ainsy signé au registre, Janne de Montulé, 
Verger, notaire royal et Lebreton, notaire royal qui a le registre. 
Signé : Verger et Lebreton. 

(Cop. not. pap.) 



169i, 24 juillet. — Ratification de l'acte du 17 avril 1691 par Marie Anne de 
Montullé, veuve de Gilles de Boisbaudry, douairière de Langan. 

L'an mil six cens quatre vingtz unze, le vingt quatriesme jour 
du moys de juillet, auant midy, par deuant nous, notaires royaux 
héréditaires à Rennes soubzsignez, fut presante en sa personne, 
ladicte dame Marye Anne de Montulé, dame douairière de 



— 69 - 

Langan,cy dessusnommée, demeurante audict Rennes 5 sa maison, 
rue du four du Chapitre, paroisse de St Estienne, laquelle, après 
auoir elle mesme pris lecture des actes dont les copyes sont des 
autres partz, tant qu'elle a dict les bien sçauoir et entendre et de 
la dicte lecture se contanter, elle les a volontairement loué, ra- 
tiffyé et confirmé, veult, consent et entend qu'ilz ayent leur force 
et vertu, et sortent leur plein et entier effect, circonstances et 
despendances, tout ainsy et de la manière que sy elle auoit esté 
presante lors de la passation d'iceux, et ainsy elle Ta voulu. A ce 
faire nous l'auons jugée par l'authorité de nostre cour de Rennes, 
à laquelle elle s'est soubmise. Faict au dict Rennes, à nos estudes 
et à la dicte daine signé ; ainsy signé, Marianne de Montulé, Bou- 
tin, no! aire royal et Berlhelot, notaire royal. Gollationné sur la 
dicte ratification cy dessus demeurée annexée à la minute de 
l'acte de donnaiion des autres partz escripte, quy estveue Lebre- 
ton, l'un des notaires soubz signez et la presante coppye deliurée 
à la dicte dame de Montliebcrt y desnommée, ce premier jour 
d'aoust mil six cens quatre vingt unze. Signé, Vergé et Lebrcton. 
fCop. not. pap.J 

Le M i3 de Granges de Surgères. 



1885.— 2«Sem. 



UNE VISITE A CHAMPTOCEAUX 

3 juin 1885. 



Les excursions archéologiques exercent une heureuse influence 
sur les Sociétés, qui devraient souvent avoir recours à ce genre 
d'exploration. Elles resserrent les liens qui unissent entre eux les 
membres, donnent une nouvelle impulsion aux travaux, déve- 
loppent le goût des antiquités et permettent d'apprécier avec 
connaissance de cause les lieux et les monuments visités. 

Malheureusement, la Société de Nantes et du département de 
la Loire-Inférieure a trop rarement recours à ces voyages d'agré- 
ment. Le sol du vieux comté nantais est pourtant riche en 
ruines de toutes sortes, et laisse une grande latitude dans le choix 
des points à déterminer comme but d'une excursion. La der- 
nière dont il nous souvienne eut lieu, il y a quelque vingt ans, 
à Saint-Phiibert-de-Grand-Lieu, au tombeau de ce saint abbé, 
à l'époque où la nouvelle église se construisait pour remplacer 
l'ancienne. 

Voulant, non sans motifs, renouer celte excellente tradition, 
le président actuel eut la bonne idée d'organiser un petit voyage 
à Champloceaux, aujourd'hui du département de Maine-et-Loire, 
mais jadis du diocèse de Nantes. 

Le 3 juin, 1885, seize membres de la Société, répondant à 
l'appel de leur président, M. de Brernond d'Ars, se trouvèrent 
réunis à la gare de Nantes, vers huit heures et demie du matin. 
C'étaient MM. de Surgères, vice-président, qui prépare avec soin 
et persévérance l'iconographie bretonne ; Régis de l'Estour- 



— 71 - 

beillon, secrétaire général, inspecteur de la Société française, 
secrétaire de la Revue historique de l'Ouest-, Henri Lemeignen, 
bibliophile érudit, vice-président de la Société des Bibliophiles 
bretons; Léon Maître, archiviste du département, le successeur 
désigné de M. Bizeul dans l'exploration des gisements gallo-ro- 
mains ; Alcide Leroux, archéologue, poète élégant et gracieux 
a ses heures ; baron des Jamonnières, collectionneur de faïences 
et d'estampes; baron Bertrand-Geslin, fils d'uu géologue dis- 
tingué, dont la magnifique collection enrichit notre Musée d'his- 
toire naturelle, fondé par son aïeul, le maire de Nantes, auquel la 
ville est redevable de l'Ecole de dessin et du Musée des tableaux ; 
docteur Anizon ; Poirier ; Alexandre Perlhuis, possesseur d'une 
magnifique série de jetons des maires de Nantes et des Etats de 
Bretagne, de plaquettes rares et d'armes du moyen âge; S. deia 
Nicollière-Teijeiro, l'un des quatre survivants des fondateurs de 
la Société en 1845 ; Ludovic Gormerais; René Blanchard ; Jules 
Montfort, architecte, dessinateur habile, qui n'avait point oublié 
son appareil photographique, et enfin Henri Lapeyrade, secré- 
taire du comité. 

Un rapide résumé de l'histoire du lieu choisi comme but d'ex- 
ploration trouve naturellement ici sa place, pendant que les tou- 
ristes prennent leurs billets aller et retour et se serrent amica- 
lement la main en se donnant le bonjour. 

« Charnptoceaux, bourg de France (Maine-et-Loire), chef-lieu 
de canton, arrondissement et à 47 kil. N.-O. de Cholet, sur un 
coteau de la rive gauche de la Loire; pop. aggi. 375 hab., pop. 
totale 1559 h. Vignobles blancs très étendus, mais médiocres; 
chanvre, lin ; commerce de bestiaux. 

« Ce bourg était autrefois une petite ville assez importante, dé- 
fendue par un château fort. Elle fut successivement prise par 
Henri II, roi d'Angleterre, en 1173 ; par saint Louis, en 1230; 
par Jean, duc de Normandie, en 1341 ; enfin, le duc de Bretagne, 
en 1420, s'en empara et fit détruire la ville, le château et les 
fortifications. 
« On peut suivre sous les broussailles et dans les taillis les murs 



— 72 — 

de l'ancienne enceinte. A l'extrémité d'une espèce de parc, un 
chemin étroit tracé sur un roc taillé à pic conduit à travers les 
ronces au sommet d'une masse informe de débris de murs et de 
tours effondrées, ruines du château, autrefois séparé de la place 
par un large fossé cl par une double enceinte, dont les fonda- 
lions épaisses couvrent les flancs du monticule. Ce lieu a vu jadis 
de terribles combats, et le peuple l'appelle encore le Champ de 
bataille. » 

Tel est l'article du Grand Dictionnaire universel du XIX e siècle, 
de Pierre Larousse. Malgré sa concision et certaines inexacti- 
tudes, suites inévitables de l'abondance des matières traitées par 
l'auteur, il est néanmoins de nature à piquer la curiosité d'ar- 
chéologues en quête de documents, a la piste de vieilles cons- 
tructions, avides des choses du passé, amateurs ou collectionneurs 
de tout ce qui se rattache à l'histoire. 

Aussi nous allons essayer d'esquisser à grands traits les faits 
les plus saillants des annales de cette localité qu'on pourrait 
nommer une ville morte de la Loire, qui mérite en effet d'avoir 
été choisie comme but d'une exploration à laquelle elle a des 
titres tout particuliers, et qui faisait autrefois partie de l'évôché 
de Nantes. 

Champtoceaux, ou mieux Chateauceauîx, est un lieu qui, par 
son assiette exceptionnelle, dut être de tout temps remarqué et 
habité. Peut-être les premiers terrassiers qui élevèrent des rem- 
parts sur ses flancs abruptes et sauvages touchèrent-ils de leurs 
pioches une de ces curieuses cavernes à ossements remontant 
aux temps préhistoriques? .. 

Les Gaulois y résidèrent certainement. La partie supérieure 
d'un lampion, portant une bobèche, et conservée dans le cabinet 
du propriétaire actuel, ne laisse aucun doute à cet égard. Ce 
point, situé sur la frontière des Namnetes, des Andegavi et des 
ïeifalcs, fut peut-être alors le théâtre de grands événements, 
comme ceux qui s'y passèrent à l'époque féodale. 

Un joli denier en argent, de l'empereur Tibère, même prove- 



— 73 — 

nance, vient attester à son tour que les Romains surent égale- 
ment apprécier une position aussi remarquable. 

Nous voici maintenant en pleine période mérovingienne, et 
c'est Grégoire de Tours, le père de notre histoire, que nous 
citons. 

Il rapporte, que l'un des officiers du roi Glotaire I er , le duc 
Austrapius, quitta la cour vers les années 556 à 561, et entra 
dans le clergé, apud Sellence castrum, au diocèse de Poiliers/où 
il fut ordonné évêque, avec promesse de la future succession de 
Pientius, qui gouvernait alors l'Église poitevine. Glotaire précéda 
dans la tombe cet évoque, à la mort duquel Charibert, celui de 
ses fils auquel échut le Poitou, désigna Pascentius pour occuper 
le siège épiscopal, malgré les vives réclamations cT Austrapius. 
L'ancien duc retourna en qualité d'évèque dans son castrum. Là 
il dut faire face à la rébellion des Teifales (habitants de Tiflauges) 
et fut mortellement blessé d'un coup de lance. 

Continuant notre citation empruntée à l'auteur érudit de la 
Géographie de la Gaule au VI siècle ( 1 ), nous voyons qu'au 
début de l'année 768, « la reine Bertrade passe à Orléans, d'où, 
s'embarquant sur la Loire, elle va usque ad Sellus castrum super 
fluvium ipsius Ligeris. Pépin vient, peu de temps après, s'y re- 
poser près d'elle, et il y reçoit les ambassadeurs d'Almanzor, calife 
de Bagdad. Tous ces faits, ajoute notre auteur, sont également 
rapportés, bien qu'avec moins de détails, par tout un groupe 
d'annales franques, dont les Annales dites d'Eginhard offrent la 
rédaction la plus élevée, et qui ne nomment le castrum Sellus 
qu'une seule fois, à l'occasion de la fêle de Pâques de l'année 768, 
célébrée par le roi Pépin, disent-ils, in Castro quod diciliir Sels. » 

Telle est donc la forme primitive de ce nom, assez souvent dé- 
figurée dans les chartes du moyen âge par celle de Castrum 



(*) Géographie de la Gaule au VI* siècle, par Auguste Longnon. Paris, 
Hachette, 1878; article SELLENSG castrum, pp. 572-576. 



— 74 — 

cchum. Elle persiste cependant, comme nous le voyons dans la 
ratification du don de l'église de Chateauceaux à l'abbaye de Mar- 
moutiers par l'archevêque de Tours en 1144, qui s'adresse « di- 
lectisfiliis Amalrico et Theobaudo Crisinni,clero et populo Caslri 
Celsiacensi ( l ) ». Bien plus rapprochés de nous, LeBaud et d'Ar- 
gentré disent, sans aucune autre explication, qu'en 1224, Pierre 
Mauclerc fit le siège du château de CeNières ( a ). M. Longnon est 
donc parfaitement dans le vrai, lorsqu'il écrit : « On ne pourra dé- 
sormais reconnaître dans la seconde partie du nom de Chanteau- 
ccaux qu'un vocable gaulois dont le sens n'est pas encore 
défini. » 

Vers la fin du X e siècle, le comte évoque de Nantes, Guerech, 
mort en 987, revenant d'une expédition dans le pays de Mauges, 
rencontra un certain Renaud, surnommé le Thurringien (Turrin- 
guen) qui chassait les ours, les sangliers et les cerfs, avec ses 
chiens. L'ayant fait prisonnier, il le conduisit à Nantes, où il 
l'emprisonna, sous la menace formelle de ne jamais lui rendre la 
liberté. Mais l'intrépide chasseur trausigea avec le comte en lui 
promettant la moitié du gibier qu'il prendrait, et obtint de cons- 
truire à Chateauceaux une demeure pour s'y reposer : « ... Pe- 
tivit ut, apud Castrum Gelsum, domum sibi propter commodita- 
tem Ligeris ad hospitandum facere, coucederet. Qui vero minime 
ei credens omnino ilium denegavit. Attamen post morlem Ful- 
conis, fiîii Goffredi Grisonellge, concessionem hanc firmam et 
omni presidio munitam perfecit('). » 

Il y a bien loin delà à conclure, comme le fait M. Port, que ce 
Renaud fut le premier qui fortifia Champteauceaux. 

En 1224, nous dit Le Baud (*), « assiégea le duc Pierre le 
chnstel de Cclières, et l'assaillit. Mais Thibaut Crespin, seigneur 



(*) D. Morice, Pr., I, col. 590. 

(») D. Morice, Pr., J, col. 108; Chron. briOC, etc. 

(3) D. Morice, Pr, I, col. 33. 

(*) Lebautl, Histoire de Bretagne, chap. 30. 



— 75 — 

d'icelui chastol lui résista, et le répugnât vertueusement, » c'est- 
à-dire avec courage. Le Chronicon britannicum nous apprend 
que ce fut le 21 septembre, veille de la Saint-Maurice, que Pierre 
Mauclerc entra dans le château de Cellières anéanti: « castrum 
Cellarum diversis machinarum apultibusmaceratum. » D'Argentré 
emploie le même nom, et c'est la dernière fois que le vocable 
celtique, qu'il serait difficile de reconnaître si l'on n'y portait 
une certaine attention, paraît pour cette localité (*). 

Thibaut Crespin était un véritable détrousseur de grands che- 
mins. Retranché dans son aire inaccessible, il avait ravagé toutes 
les terres environnantes et, depuis vingt-cinq ans, dépouillait 
les pauvres nautonniers delà Loire, « desnudaverat, » et les laissai 1 
pourrir dans ses cachots pour étouffer leurs plaintes. C'était donc 
un acte de justice et d'humanité. Aussi le roi Louis VIII donna 
au vainqueur du brigand, qui fut conduit en exil, Champteau- 
ceaux, Montfaucon, avec toutes les terres de leurs dépendances, 
octobre 1224, sous condition de foi et hommage lige. 

Cependant, la famille de l'ancien seigneur ne s'éteignit pas avec 
lui. En 1363, nous voyons un Thibaut Crespin qui, « tant en son 
nom que comme curateur de Jehan Crespin son frère, se reconnaît 
homme de foi lige, pour raison de sa rente de Loire et de tout 
son domaine du fief Hallier... ( 2 ). » 

Chantoceaux resta ainsi dans le domaine de Charles de Bloiset 
de ses enfants, jusqu'à ce qu'il fui acheté par Olivier de Clisson, 
avec la seigneurie de Montfaucon. Marguerite de Clisson, fille 
du connétable, le fit rentrer dans la famille des Penthièvre en 
épousant le fils aîné de Charles de Blois. 

Toutefois, vers 1390, la place eut encore à soutenir un assaut, 
car Jean IV la fit saisir sur le connétable, ce qui valut au duc de 
Bretagne la lettre suivante du roi Charles VI : 



0) Chronicon britannicum. D.Morice, Pr. I, col. 108. 

(*) Arch. départ , E., 245. Inventaire de* titres de Champtoceaux. 



— 76 — 

« De par le Roy. 

« Très chier cousin, Nous avons sceu que vos gens ont pris 
naguêres le ehastel de Chasteauceaulx , que noire amé et féal 
connestable tenoit , et qui est de l'eritage de notre très chère 
tante la Royne de Sécillo, et du roy Loys son iilz, contre l'orden- 
nance que faite avions sur les discors d'entre vous et nolredit 
connestable. Pour laquelle melre à exécucion avons autresfoiz 
envoie par plusseurs foiz à nos grans fraiz et despens, noz mes- 
sages devers vous et devers lui , et aussi devers noire cousin le 
comte de Paintievre. Par la relacion desquelx noz messages qullz 
nous firent a leur retour, cuidions que vous et eulx deussiez eslre 
briesvement en bon acort. Si vous faisons savoir que de la prise 
dudit Chasteauceaulx, sommes bien merveillez , et y avons pris 
très grant desplaisir pour les inconveniens qui de ce pourront 
ensuir, se pourveu n'y estoit. Considéré que par plusseurs foiz 
vous aions delfendu toute voye de fait , comme fait avons à 
uotredit cousin de Pentievre, et à notredit connestable. Et pour 
y obvier et vous dire et exposer notre entencion et volante sur 
celte matière, et pour l'entretenement de l'exécution de notre 
dite ordennance, avons ordonné envoier noz messaiges solennelz 
par devers vous et devers nos dits cousin de Pentievre et connes- 
table, qui prochainement seront devers vous et devers eulx à 
l'aide de Dieu. Si vous mandons bien expressément sur la foy et 
la loyauté que vous nous devez, et sur quanque vous vous povez 
meffaire envers nous , que entre eux ne procédez ne faites ou 
souffrez procéder, par vos gens par voye de fait contre nolredit 
connestable, ne ses subgitz et amis, ne aussi contre notre cher 
cousin de Pentievre ne ses subgitz et amis ; sachans que se vous 
faisiez riens au contraire nous y prandrions grant desplaisir. Et 
pareillement deffendons nous toute voye de fait a notre dit 
connestable et à notre dit cousin de Pentievre. Et comme notre 
très cher et très amé oncle , le duc de Berry, nous ait monstre 
deux paires de lettres que vous lui avez envoiées, contenant que 
avant la prise dudit Chasteauceaulx, avez ordenné envoier vers 
nous vos messages, c'est assavoir votre chancelier, Jehan d'Acigné 



— 77 — 

et Jehan de Tréal , chevaliers , Bernart de Keroneuf voire prési- 
dent, et maistre Robert Brochereul, votre senneschal de Rennes, 
pour nous dire aucunes choses de votre volante ; et que pour 
cause de ladite prise, et pour double d'aucuns dont voz dites 
lettres font mention ne se sont voulu mètre en chemin , et que 
nous leur voulsissions ottroyer noz lettres de sauve garde , si 
qu'ilz y puissent venir plus seurement. Si vous faisons savoir que 
nous avons les dessus nommez pris en notre sauvegarde espécial 
et protection en venant devers nous y demourer, et retournant 
devers vous, comme notre dit oncle nous a requis de par vous, 
et vous en envoions noz lettres ouvertes sur ce ; et ce escrivons 
nous à notre dit cousin de Pentievre et à notre dit connestable. 

« Donné à Meleun, le iiii° jour de décembre (millésime resté en 
blanc), signé : Charles et Marihac. 

Et sur la suscription : A notre très cher cousin le duc de 
Hretaigne. » 

La copie est datée du château de l'Hermine , à Vannes , le 12 
décembre 1390 (»). 

La mort du duc Jean III, le 30 avril 1341, allait plonger le 
duché de Bretagne dans les horreurs d'une longue guerre civile. 
Par son importance, Charnpteauceaux était une place enviée par les 
prétendants. Jean de Montfort s'en saisit immédiatement, en fit 
augmenter les défenses et la confia à des soldats éprouvés. Lorsque 
le roi envoya le duc de Normandie au secours de Charles de Blois, 
il réunit ses troupes à Angers. « Et y avoit en ceste armée quinze 
mille combaltans de France et quatre mille Genevoys. Et fut 
l'armée mise aux champs en bel ordre. Et tirèrent droit a Nantes, 
par le costé de Poictou, joignant la rivière de Loire, et assiégèrent 



( 4 ) Arch. départ., série E., no t04, 

C'est probablement à cet événement que se rapporte la menlion suivante 
de l'inventaue analytique des archives anciennes de la mairie d'Angers, par 
M. C. Port, 1861, p. 179, CC. 3; frais du guet « pour cause de l'esmovement 
de la prinse du chastel de Chastoceaux. » 



— r 78 — 

la ville de Chantoceaulx, qui est en l'héritage du duc de Bretagne. 
Ceux de ia place, qui de par le comte de Montfort en avoient la 
garde, donnèrent moult affaire aux Francoys ; mais en la parfui 
ils la prindrent et y entrèrent, et y commit le duc de Normandie 
bonne garnison. * » 

Il est facile de comprendre ce que pouvait valoir une place qui 
« donnait moult affaire » à près de vingt mille hommes et comptait 
parmi ses tenanciers des chevaliers tels que Robert de Beauma- 
noir. Il existe, en effet, l'analyse d'un aveu rendu par ce vaillant le 
17 septembre 13G3, « par lequel il se recongnoist estre homme 
de foy, lige de force et d'ayde du seigneur de Chantoceaulx, pour 
raison de ce qu'il tient en ladite terre de Chantoceaulx, et qu'il 
doit le tiers d'un an et d'un jour de ligeuce, et la tierce partye 
d'une paire d'éperons dorez, renduz par chacune veille de 
Noe! ( 2 ). » 

Rien de saillant à noter pour les premières années du XV e siècle. 
Mais dans les mains de Marguerite de Clisson, comtesse de Pen- 
thièvre, toujours guidée par sa haine contre les Montfort, la place 
dut être l'objet de soins tout particuliers destinés à augmenter 
encore la force de ses remparts. 

Elle médita longuement un projet dont l'exécution devait, 
comme le lui avait prédit son père, aboutir à la ruine de sa 
maison. 

Dans les premiers jours de février 1420, feignant une réconci- 
liation, elle fit inviter Jean V, alors à Nantes, à venir la visiter. 
Le jeune prince, trop confiant, ne tint pas compte de plusieurs 
avertissements qui lui furent donnés. Il se rendit, avec son frère 
Richard, le maréchal de Bretagne et quelques seigneurs, à l'invi- 
tation de sa cousine qui, au pont de la Divatte, le fit arrêter et 
séquestrer dans ses châteaux de Poitou. 

L'aventure est trop connue pour en reproduire les détails. Mais 



(*) Alain Bonchart, le quiiri livre. 

(») Arch départ., série E, 245. Inventaire des titres de Chantoceaulx. 



- 79 — 

aussitôt la Bretagne, soulevée d'indignation a la voix de la du- 
chesse, met sut- pied une année formidable qui vient assiéger 
Ghantoceaulx. 

La place, nous dit Alain Bouchart, « Fut battue moult aspre- 
ment on plusieurs endroits. Et sans cesser de icelle battre et en- 
dommager, y fut le siège pendant plus de trois moys et plus. Et 
de jour en jour se augmentoit le nombre des gens de guerre du 
siège, et leur venoit de toutes parts vivres, finances et secours. 
Et estoient ceux qui estoient dedans la place en telle nécessité, 
que personne n'en eut sceu sortir. Et estoient contrains de eux 
tenir aux caves basses, pour les grosses boulles de fer et de pierre 
que l'on faisoit cheoir par engins sur leurs logis, qui tuoit et en- 
dommageoit tellement que à grant peine pouvoient-ils aller l'ung 
loo-is en l'autre, sans danser de mort ou d'eslre navrez lourde- 
ment. 

« Quand la coutesse de Panthevre vit la persévérance et la 
continuation de ceste rigoureuse guerre, que la place estoit ainsi 
battue, et la mort de plusieurs hommes et femmes qui occis 
avoient esté dedans, et chacun jour y en tuoit l'on... », elle 
comprit que toute résistance était impossible, et qu'il fallait se 

rendre. 

Elle fit prévenir son fils, qui amena le duc à l'armée assié- 
geante , le jeudi avant l'Ascencion 1420, suivant les uns; le 7 
juillet, suivant les autres. Il avait donc fallu trois mois à une 
armée nombreuse et agguérie , non pas pour prendre la place, 
mais pour ramener à composition. 

Et, continue notre chroniqueur, « la contesse, ses enfans et 
autres gens, estans dedans Chantoceaulx , vuidèrent la place 
avecques leurs bagues et joyaulx, et les laissa-t'on passer paisi- 
blement ainsi que promis avoit esté, et n'y laissèrent vaillant 
ung fer d'esguillecte. » 

Jean V voulut revoir le théâtre de ses souffrances et de ses 
angoisses, puis se retira immédiatement a Nantes. « Le surplus 
des Bretons, estans au siège, entrèrent dedans la place, laquelle 
ils abatirentet arasèrent, ensemble toutes les maisons, esglises 



— 80 — 

et plusieurs aultres bons édifices , sans en rien laisser , tellement 
qu'il n'y démolira closture, logis ne habitation qui ne fust total- 
ement ruiné jusques à la plaine terre !... » 

L'aspect actuel du plateau confirme de tout point ces détails. 

Depuis cette ruine complète, Chantoceaux n'a plus d'histoire, 
notons cependant deux ou trois faits : 

En 1565, le roi Charles IX, venant visiter sa ville de Nantes , 
fut splendidement reçu à Champtoceaux par le connétable de 
Montmorency, qui en était le seigneur. 

Les Ligueurs, qui s'y étaient fortifiés, sous le commandement 
de La Courbe du Bellay, y tinrent jusqu'à la fin ; et c'est de là, 
probablement, que partit le dernier coup de feu de la Ligue . 

Une pièce des archives municipales de Nantes (*) nous apprend, 
en effet, que Jean Carris, envoyé par la Communauté de ville à 
Angers, pour y traiter différents points relatifs à l'entrée 
d'Henri IV à Nantes, et particulièrement pour obtenir des passe- 
ports , reçut quarante écus au soleil pour ces passeports , et 
« pour recompenser ung tambour, qui auroit esté blécé , reve- 
nant avec luy, par les soldartz de la garnison de Chanlou- 
ceaulx. » 

A neuf heures moins un quart, le sifflet strident de la locomo- 
tive donne le signal du départ. Un soleil splcndide promet une 
journée magnifique aux excursionnistes placés dans les trois com- 
partiments d'un wagon réservé, grâce à l'obligeance de M. Resal, 
ingénieur de la Compagnie, et l'un de nos confrères. A Sainte - 
Luce, les yeux cherchent les feuillages des grands arbres au 
milieu desquels se cache le petit manoir de Chassay, maison de 
plaisance des évoques de Nantes chantée par Fortunat, apparte- 
nant aujourd'hui à M. le comte de Bondy. Puis voici Thouaré et 
son château, Mauves avec ses coteaux escarpés, dont les rochers 



(*) Arch. municip., série CC, n° 346. 



— 81 — 

pittoresques ont peut-être fourni des grottes aux populations pri- 
mitives. « Ici, nous dit M. Maître, voilà le clos Saint- Clément; 
dans la coulée, le chemin des Romains, nom caractéristique; le 
clos de Rome, pavé de ruines romaines. » A neuf heures et demie 
nous laissons le train à Oudon, et, pendant que tranquillement 
nous longeons à la queue leu leu, par un étroit sentier, la douve 
de la voie ferrée, pour atteindre la Loire, MM. Bertrand-Geslin 
et Maître vont prévenir le gardien de la lourde la visite au monu- 
ment pour quatre heures. 

Bientôt chacun prend place dans le bac, large toue plate dirigée 
par trois marins, dont une femme chargée du gouvernail, système 
mécanique peu compliqué, aux allures primitives, et remontant 
loin dans le cours des âges. L'un des matelots fait sur la rive 
l'office de cheval de halage pour remorquer l'embarcation, que, 
sans cette précaution, le courant entraînerait trop bas; l'autre, 
armé d'une gaffe, dirige l'esquiff tant bien que mal, lançant par- 
fois à son copain, d'une voix dolente et monotone, l'avertisse- 
ment : En mer ! pour mollir sur la corde. Le bateau quitte la 
rive avec son chargement scientifique et littéraire; la voile se dé- 
ploie, et l'ami Montfort, en véritable canotier expert, aide à la 
manœuvre en tirant la bouline, dont il explique, marinièrement 
parlant, le jeu et le rôle à ses confrères les terriens. La traversée 
s'effectue sans incidents notables ; les archéologues débarquent 
en titubant sur les planches mal assurées établissant une com- 
munication passagère entre le bac et la terre ferme. Les laveuses 
ouvrent de grands yeux ébahis et laissent tomber leurs badras 
pour contempler cette invasion d'habits noirs. 

M. Henri de la Touche, propriétaire de Champtoceaux, atten- 
dait les pèlerins. Les présentations ont lieu, et les visiteurs se 
mettent en marche, suivant les sinuosités de la route tracée sur 
le flanc est de la « montaignette, » pour atteindre le plateau. 

Dans une anfracluosité, un châtaignier immense élève ses ra- 
meaux puissants, dont la cime verdoyante n'atteint pas la hauteur 
de l'escarpement. C'est lu, nous dit M. de la Touche, l'escalier 
des Bretons, par lequel ceux-ci entrèrent dans la forteresse. Pen- 



- 82 — 

dant l'un des sièges nombreux qu'elle subit, vraisemblablement 
lorsque Jean de Monlforl s'en empara, en 1841, aussitôt après 
la mort du duc Jean III, son frère, un religieux de Marmouliers, 
attaché au prieuré de Champtoceaux, livra l'escalier aux assié- 
geants. En punition de sa félonie, raconte la légende, le moine 
vient errer la nuit sous l'arbre témoin de sa trahison ; et parfois 
le passant attardé aperçoit de loin le blanc fantôme de celui qu'un 
instant de faiblesse condamne à hanter éternellement le théâtre 
de son crime. 

En montant toujours, les visiteurs découvrent les parties basses 
de la vieille enceinte de la ville de Châteauceaulx, qu'une ortho- 
graphe par trop fantaisiste a transformé en Ghamptoceaux. Ça et 
là apparaissent des pierres disposées en feuilles de fougères, des 
briques romaines, des pierres taillées provenant du petit ou 
moyen appareil, attestant la haute antiquité de ces remparts. 
Leur épaisseur dépasse parfois quatre mètres ; et ces assises, dé- 
couronnées de leurs créneaux, bravent les efforts du temps, revê- 
tues d'un large manteau de lierre et de plantes parasites. 

Nous sommes sur le plateau. Devant nous, à gauche, s'étend le 
bourg moderne de Ghamptoceaux, avec ses constructions blanches 
et ses roules bien percées. A droite se profilent les fortifications 
de la ville, dont l'entrée est indiquée par un pont-levis jeté 
devant une porte en ogive, flanqué*; des soubassements de deux 
tours, datant au moins du XIV e siècle. 

Certes, elle devait avoir grand air, cette porte, lorsque, par ses 
lettres de 1350, le roi Jean en confia la garde « à ung nommé 
Alphonse, dict Peirès, de Hispania, à huict deniers de gaiges pour 
jour, en considération des services qu'il avoit faictz à Jehan, duc 
de Bretaigne (*). » 

Une simple grille en fer, moderne, remplace les lourds panneaux 



(') Arch. départ., E., 245, cass. 88. Inventaire des titres de Cham|>loceaux, 
délivrés au duc de Montmorency. L'analyse de ces lettres, qui ligure à l'In- 
ventaire sous la cote XXX, est du 9 décembre 1350. 



— 83 — 

de chêne massif, bardés de fer, du moyen âge. Au delà, s'étend 
le parc, admirablement vallonné, dont les 37 hectares com- 
prennent remplacement de la ville et du château. En longeant la 
muraille est, M. Montfort fait remarquer la construction formée de 
pierres posées à froid, le mortier versé par dessus s'infiltrant 
dans tous les joints, et la chaux, suivant l'ancienne méthode, 
éteinte sur le mur même qu'elle doit relier. 

Non loin de là se voient les ruines du prieuré de Champto- 
ceaux, fondé au milieu du XI e siècle, sous le coime de Nantes 
Hoël, en faveur des religieux de Marmoutiers. A un certain point 
de vue, elles forment comme le premier plan d'un vase aux bords 
déchiquetés, du sein duquel surgit la nouvelle habitation, avec 
ses nombreux clochetons et ses oppositions de tuf et de briques, 
charmant coup d'œil, que reproduit le tableau de cette jolie de- 
meure peint par Gustave Marquerie. 

C'est dans ce prieuré que le malheureux Jean V, après avoir 
été promené par les Pemhièvre, a Clisson, à Palluau et autres 
forteresses, afin de faire perdre ses traces, ramené à Champto- 
ceaux mourant de faim et de fatigue, fut reçu par les moines qui 
lui présentèrent une tranche de jambon, suivant les uns, un 
morceau de lard, suivant les autres. 

Une porte ogivale est décorée d'un timbre sculpté , dont 
l'écusson martelé, surmonté d'une crosse et accosté de quatre 
quatre-feuilles , laisse entrevoir une croix. Dans les bâtiments, 
veufs de leur toiture, se voient encore les restes de deux ou trois 
vastes cheminées du xvi e siècle, aux moulures élégantes, sous le 
manteau desquelles se rangeaient aisément huit ou dix personnes. 
L'église , fortifiée au temps de la Ligue, porte les traces des 
meurtrières ouvertes à cette époque. 

Plus heureux que Jean V et ses infortunés compagnons, les 
excursionnistes sont gracieusement accueillis dans les salons du 
moderne châtelain de Champtoceaux. Des fenêtres se déroule un 
panorama splendide formé par les îles de la Loire et les rives 
pittoresques de ce beau fleuve, dont les eaux scintillantes tracent 
un ruban argenté qui peut se suivre jusqu'à Montjcan. Un 



— 84 — 

déjeuner élégamment servi, assaisonné de verve et d'entrain, du 
à l'urbanité de M. et M me de la Touche , permet à chacun de 
se reposer des fatigues de la traversée, et de faire appel aux con- 
naissances historiques de notre amphitryon, qui raconte a ses au- 
diteurs attentifs les scènes émouvantes que vit Champtoceaux. 

Après le repas , l'excursion est reprise sous la conduite de 
notre hôte, dont la conversation intéresse au plus haut point en 
rappelant agréablement les faits et les souvenirs de son beau 
domaine, sur le lieu même où ils s'accomplirent. Lorsqu'en 
sortant de l'habitation moderne, le visiteur se dirige vers l'ouest, 
le tracé des murs de la ville apparaît au ras de terre ; et bientôt, 
les trois enceintes successives de douves larges et profondes 
ceignant les trois remparts de la forteresse viennent attester par 
leurs vestiges encore visibles et leurs vastes proportions la redou- 
table importance de ce château imprenable. Un épais tapis de ver- 
dure recouvre ces ruines amoncelées. Le lierre, les plantes les 
plus variées enchevêtrent leurs tiges fouillées et fleuries dans les 
interstices des pierres. Belle moisson pour nos amateurs de bota- 
nique, qui les recueillent avec soin et précaution, tout en admirant 
les effets d'ombre et de lumière que produisent les grands arbres 
au pied desquels un inextricable fouillis rappelle un instant 
l'aspect des forêts vierges d'Amérique. Ça et là un pilier éboulé, 
l'arête aiguë d'une pierre blanchie perce la mousse, comme pour 
indiquer l'ossature de l'immense squelette qui gît démembré 
depuis l'an 1420. 

Ici, dans la douve de la première enceinte, un énorme frag- 
ment de la tour principale, tombé tout d'une pièce, atteste, par 
sa masse informe, la solidité de la construction et l'effort gigan- 
tesque qu'il fallut pour le renverser. 

Là, c'est le mur des Sarrazins, c'est-à-dire des Romains, rap- 
pelant le murum sanacenicum de Saint-Léonard de Nantes. 
Voici l'escalier par lequel descendit un soldai, revêtu d'un cos- 
tume de Jean V, qu'on dit avoir été tué en arrivant sur la rive, 
afin de dérouter les assiégeants et de les décourager. 

Un long et étroit escalier, foulé sans doute par de nombreuses 



— 85 - 

générations ainsi que par les personnages marquants qui vinrent 
à Champtoceaux, donne accès au donjon, dont les piliers sup- 
portant le dernier pont-levis sont encore en place, laissant deviner 
la largeur des énormes fossés. 

Gomme elle devait être belle et fière de ses créneaux altiers, 
orgueilleuse de ses trois enceintes de remparts défendus par des 
douves infranchissables, la vieille forteresse, lorsque par ses 
lettres datées du 12 septembre 1365, « Loys, fils du roi France, 
duc d'Anjou, institue, établit et ordonne cappitaine et garde 
dudit chastel de Ghantoceaulx messire Guillaume Mauvygnet, 
pour ung an seullement, à vingt combattans, pour l'entretene- 
ment desquels et pour celuy dudit Mauvygnet, à lui ordonne 
pour ledit temps deux mille francs d'or, à prendre sur les recettes 
de la rivière de Loire, audit Ghantoceaulx, et autres lieux portés 
par lesdites lettres ('). » 

Là, sur ces arasements étages, nous sommes à 80 mètres 
au-dessus du niveau de la Loire. Quelle altitude devaient donc 
atteindre les créneaux de la haute tour, dont un fragment, vio- 
lemment arraché de son circuit, gît pantelant à nos côtés? L'es- 
pace renfermé dans ce donjon mesure certainement plus du 
double de celui occupé par le château de Nantes, qui, pourtant, 
excitait l'admiration du roi Vert-Galant. Gomment eût-il donc 
caractérisé celte magnifique position que les rois, les ducs, les 
plus riches soigneurs se disputaient à l'envi les uns des autres? 

La vue est admirable, l'horizon immense. A l'est, Ancenis, 
Saint-Florent, Monljean; devant soi, au nord, la Loire et ses 
chalands, qui paraissent des nacelles; la tour d'Oudon, qui semble 
perdue dans le fond de sa vallée; Clermont, et, dans le lointain, 
Nantes, avec ses toits d'ardoises éclairés par le soleil, dont les 
chauds rayons accompagnent nos pas alourdis par la chaleur. 

Ici, à la gauche du spectateur se voient les champs de bataille 



(») Arch. départ., série E, 245 ; inventaire des pièces délivrées au duc de 
Montmorency. 

1885. - 2e Sem. 8 



— 86 — 

couverts de moissons et de verdure. C'était là que l'artillerie an- 
glaise et bretonne faisait pleuvoir sur la ville et le château, à l'aide 
des massives bombardes, ces lourds boulais de pierre et de fer 
dont le poids énorme crevait les toitures et démolissait les mu- 
railles. De nombreux échantillons de ces projectiles sont groupés 
dans le parc. 

Il faut s'arracher à ce spectacle et redescendre jeter un coup 
d'œil a la tour du Diable ou de la Trahison, le cachot de Jean V, 
l'escalier que descendit le malheureux prince, qui, effrayé de sa 
captivité, répétait un jour à sa cousine, se faisant un jeu de le 
tourmenter : point ne me chau de ma seigneurie /... Triste aveu 
auquel l'implacable et altière Marguerite de Clisson, ajoutant la 
raillerie à sa vengeance, répondait par ce verset du Magnificat : 
Deposuit potentes de sede !!!... 

Un grand four de boulangerie a été récemment découvert. 
A côté, on en voit un second, beaucoup plus petit, dans lequel 
les nobles châtelaines, la vindicative Marguerite, faisaient cuire 
les gâteaux qu'elles pétrissaient de leurs nobles mains. Les visi- 
teurs se réunissent dans les ruines de la chapelle, et l'ami Mont- 
fort qui, après avoir photographié avec bonheur divers points de 
vue, nous a rejoints, croque en une minute la troupe entière, 
pittoresquement groupée. 

Un dernier adieu au château, où, par suite d'une chaleur 
intense, un léger rafraîchissement était des plus nécessaires ; 
puis nous redescendons par un chemin étroit et rapide qui con- 
duit à la rive, devant l'ancien pont a péage. Une immense digue 
transversale barrant le fleuve amenait forcément les bateliers a 
ce point. Ces péages ou Irespas de Loyre formaient un des plus 
riches revenus du domaine, et étaient sujets a beaucoup d'abus. 
Ainsi, Olivier de Clisson, ses gens et officiers « de la terre de 
Champtoceaux, au duché de Bretagne, prélevaient sur les mar- 
chandises passant par la rivière diverses sommes de deniers 
plus élevées qu'elles ne sont dues, notamment sur chaque inuid 
de sel, de bled : dix sols tournois au lieu de cinq \ laquelle per- 
ception s'opère avec vexations, saisie de marchandises, voies de 



- 87 - 

tait et arrestations, au mépris de la sauvegarde du Roi et au grand 
préjudice des marchands et de la chose publique ('). •> 

Un sergent fut chargé d'ajourner Glisson devant le Parlement. 
Il fut saisi , battu et obligé de s'enfuir au plus vite, pour ne pas 
être jeté dans les cachots. 

Après l'abolition des péages (1631), un moulin à eau fut établi 
sur ce pont , qui , par la forme de ses deux arches en ogives, 
pourrait bien remonter au XIV e siècle. 

Notre visite à Champtoceaux était une véritable révélation. Le 
voyageur, de son wagon, aperçoit le site; du bateau à vapeur, le 
touriste admire la position ; les Guides Jeanne ou Nantais con- 
tiennent quelques lignes. Mais combien peu connaissent le gise- 
ment et l'intérêt de ces ruines ! 

Merci donc, au nom de l'histoire, a M. le président de la 
Société. 

Merci, au nom de l'archéologie, à M. de la Touche, notre hôte 
d'un instant, notre complaisant cicérone. 

Il y a là tous les éléments possibles de la reconstitution com- 
plète d'une place forte du moyen âge, dont le rôle fut des plus 
importants et des plus dramatiques. Le châtelain, du reste, est 
tout disposé à réunir les éléments de l'histoire du domaine dont 
il apprécie la valeur. Chaque jour il cherche à faire revivre ce 
passé historique auquel les grands noms de Pépin, Pierre Mau- 
clerc, saint Louis, Glisson, Jean V, servent de date, en exhumant 
de ce vaste tombeau les restes qui attestent sa grandeur. 

Le bac reçoit de nouveau sa cargaison d'archéologues, et, des- 
cendant le fleuve, porté par un courant presque insensible, les 
dépose en face d'Oudon. Ce beau monument du XV e siècle, acquis 
par le département sous l'administration de M. le comte de 
Brosses, a été classé parmi les monuments historiques, par les 



(') Histoire de la Communauté des Marchands fréquentant la rivière de 
Loyre, uar Mautellier. — Orléans, 1877, p. 75. 



— 88 — 

soins et l'initiative de notre regretté confrère Armand Guéraud, 
qui en avait fait une étude complète, devenue assez rare aujour- 
d'hui. Il vient d'être l'objet d'une intelligente restauration. 

Ghamptoceaux fut fatal aux sires d'Oudon. Geoffroi, grièvement 
blessé devant cette place, dans l'armée du comte d'Anjou, au 
XII e siècle, ne survécut pas à ses blessures. Un autre de ses sei- 
gneurs, emprisonné avec Jean V, endura de telles privations et 
tant de misères, qu'il mourut peu après avoir recouvré sa liberté. 
Jean et Julien de Malestroit, frères, firent de leur château un 
atelier de fausse monnaie, qu'ils forçaient ensuite leurs vassaux 
d'accepter. Le roi François I er les fit assiéger, prendre, juger et 
exécuter à Nantes. 

M. Montfort établit son appareil devant la vieille tour et en 
prend une ou deux vues, tandis que d'autres visiteurs, intrépides 
et infatigables, gravissent, à l'aide d'échelles, les étages inférieurs, 
et montent jusque sur la plate-forme. 

Mais tout a un terme, même les excursions archéologiques les 
plus instructives. Le train arrive à la station ; les excursionnistes 
y prennent place, échangeant entre eux les agréables impressions 
de celte journée charmante qui restera classée parmi celles dont 
on aime à conserver le gai souvenir. 

S. DE LA NiCOLLIËRE-TEIJEmO. 



LA TERRE DE SION ET SES SEIGNEURS 



Il est des bourgades et des noms qui aujourd'hui semblent 
d'assez peu d'importance, et qui, pendant un bon nombre de 
siècles, ont eu néanmoins leur histoire : tel nous a paru la loca- 
lité de Sion, située à l'extrémité Nord de notre département, dans 
le canton de Derval. 

L'histoire de Sion n'est autre que celle des familles seigneu- 
riales qui se sont succédé dans la possession de la terre de ce 
nom ; à elles revient l'honneur d'avoir donné de l'éclat à Sion aux 
yeux de l'historien et de l'archéologue. 

On sait qu'avant le X e siècle, il est très difficile de distinguer la 
généalogie des familles ; les seigneurs n'avaient guère que leur 
nom propre ; mais à cette époque, ils prennent déjà le nom de 
leurs fiefs ou de leurs seigneuries. Dès le X e siècle, on voit le 
nom des seigneurs de Sion figurer avec celui des grandes familles 
du pays, comme Ghàleaubriant, Rougé, etc. ; on le trouve dans 
toutes les grandes affaires du duché de Bretagne, à la cour, à 
l'ost, dans les guerres. 

La riche et puissante famille de Sion paraît descendre des 
vicomtes de Dongcs, lesquels jouissaient d'une fortune immense ; 
elle était en même temps propriétaire de la terre de Frossay. 

Le premier seigneur de Sion, dont le nom nous est connu, est 
Gavallon de Sion ; il signe comme témoin, en 1070, dans une 
donation faite en faveur de Marmoutters parGuiheneucd'Ancenis. 

En 1144, Hervé était seigneur de Sion. Le Dictionnaire d'Ogée, 
à l'article Redon, insinue que le seigneur de Sion était puissant 
ou au moins redoutable pour ses voisins; il dit qu'en 1144, le 



— 90 - 

seigneur de Villarblez, craignant les déprédations d'Hervé, sei- 
gneur de Syon, s'était mis sous la sauvegarde de l'abbaye de 
Redon, et, pour ce service, s'était engagé à lui payer une rente 
annuelle de 13 deniers. 

En 1153, on trouve Alfred de Syon, témoin dans une donation 
faite à l'abbaye de Fontevrault par Hoël, comte de Nantes ; il 
signe : Alfredus de Syon prepositus Ecdcsiœ Nannetcnsis. 

En l'année 1172, c'est Guillaume de Syon, témoin dans une 
donation faite à l'abbaye de Buzay par Harscoët de Haiz. 

Dom Lobineau rapporte qu'eu 1201, ce même Guillaume de 
Syon fit, de son propre fonds, une donation à l'abbaye de Buzay. 

Auffroy de Syon, chevalier plus connu, possédait les terres de 
Syon, Dornuèche et leurs dépendances, lesquelles étaient consi- 
dérables. On croit que le château de Dornuèche dans la forêt de 
ce nom n'était guère qu'un rendez-vous de chasse. Auffroy faisait 
sa résidence habituelle au château de Syon. 

Gequi recommande ce seigneur, ce sont ses fondations pieuses. 
Trois de ces fondations nous sont connues. 

La première eut lieu en 1226, en faveur du monastère de la 
Roë, dans la forêt de Craon. 

La deuxième fut faite, en 1248, en faveur du moine deVillepot, 
— dépendant delà Roë, — à la charge de desservir la chapelle 
de Brillingaud, dans la forêt de Domnôche, en Syon. Voici 
comment on raconte l'origine de cet établissement. Au XI e siècle, 
un solitaire nommé Gorin avait une retraite au lieu nommé : le 
Breil; ayant entendu parler de la vie exemplaire des moines de 
la Roë, il demanda a être admis parmi eux. Il leur abandonna 
l'ermitage que lui avaient donné Jean de Breil -Ingaull, Boter- 
Bernard, Marquis et Gueznée, sa sœur; ce don du solitaire fut 
fait en présence d'Albéric. On sait que les moines de la Roë 
avaient une prédilection pour les établissements situés dans les 
forèis; presque toutes les forêts d'Anjou et de Bretagne peuvent 
le témoigner. 

C'est en faveur de ce premier sanctuaire que Auffroy fit une 
fondation. Voici ce qu'en rapporte dorn Lobineau : 



— 9i — 

« Aufredus de Syon, miles, etc.. capellaniae meae juxta 
herbergamentum meum de Domnèche in feodomo quod dicitur! 
herber Mariae, dedi etc... quod ut ratum et stabiie permaneat, 
sigillimei et sigilli Ducani ejusdem loci feci, munimine roboravi, 
anuo 1248. » 

Louise, femme d'Auffroy, assura aussi audit moine un revenu 
annuel de 10 sous sur sa terre de la Ghauvière, en Sion. 

La troisième fondation d'Auffroy fut en faveur des moines de 
Béré, en 1248. M. Léon Maître dit que cette fondation eut lieu 
en 1226 ; ce serait alors la même année que celle du monastère 
de la Roë. 

Cette fondation avait deux objets : le premier, d'ériger une 
chapelle apnd Syon, auprès de Syon, vraisemblablement auprès 
du château de Syon ; le second, de donner une maison avec une 
vigne, au moine chargé de desservir la susdite chapellu. Voici 
l'acte de fondation tel qu'il a été copié sur les registres de 
Marmoutiers : « Aufredus de Syon dédit monachis majoris 
monaslerii domum et vincam sacerdotis; Prior vero de Béré 
unum de monachis suis presbyterum apud Syon, qui celcbrabit 
in capellâ, quae consiruilur in honorem Dei , beatae Mariae Vir- 
giniset sancti Jacobi. » 

Cette chapelle devint l'église paroissiale après la destruction 
de l'antique chapelle du Breil, qui a dû être le berceau de l'église 
de Sion. D'après les termes de la donalion, le Prieur de Béré y 
envoya un de ses moines, et les moines de Béré devinrent rec- 
teurs de Sion. Ils administrèrent d'abord la paroisse par eux- 
mêmps; plus tard ils confièrent ce soin à des vicaires, dont 
quelques-uns furent fermiers du bénéfice de Sion. Le Concile 
de Trente ayant défendu aux moines de conserver des bénéfices à 
charge d'âmes, celui-ci fut vendu, en 1564, à Monsieur de 
Channe,sire du Bignon ; des prêtres séculiers administrèrent alors 
la paroisse en qualité de curés. Toutefois, l'abbé de Marmou- 
tiers conserva longtemps le droit de présentation à la cure de 
Sion ; il en jouissait encore en l'année 1722. 

Auffroy de Sion ne pourrait-il pas être regardé comme le père 



— 92 — 

de la paroisse de Sion, le fondateur du bourg, puisque c'est autour 
de cette chapelle qu'ont été bâties ses maisons. Cette fondation 
ne serait-elle pas le testament d'Auffroy, avant son départ pour 
la croisade avec saint Louis ? Le commencement du XIII siècle, 
c'est bien l'époque où les seigneurs faisaient à l'envi dos fon- 
dations pieuses : églises, chapelles, prieurés, maladries ! 

Nous nous permettons de dire, avec M. Léon Maître, que cette 
fondation ne peut être étrangère a la léproserie située tout près 
du bourg de Sion, à l'endroit appelé: Maladrie. Ce savant ajoute : 
a Après la disparition des lépreux , les seigneurs en firent une 
maison noble avec un pressoir banal , où tous les sujets de la 
châtellenie étaient contraints de porter leurs pommes à cidre. » 

L'héritier d'Auffroy fut Guillaume de Sion. Il était, croyons- 
nous, son frère; il eut deux enfants: un garçon nommé Gcffroy et 
une fille, dont le nom nous est resté inconnu. 

Au commencement de janvier 1276, on trouve Geffroy de 
Sion, chevalier, avec les autres seigneurs bretons, qui acceptent 
les propositions du duc de Bretagne. 

En 1294, il est à l'ost du duc de Bretagne. Le 19 août, les 
nobles de Bretagne s'étant réunis a Ploërmeî, chacun des 
seigneurs fit la déclaration des hommes qu'il devait fournir a 
l'armée du duc, lequel avait embrassé le parti d'Edouard, roi 
d'Angleterre. Le seigneur de Sion signe avec les autres seigneurs 
du bailliage de Nantes et reconnaît devoir au duc le quart d'un 
chevalier d'ost pour ce qu'il tient dudit duc en Saint-Père-en- 
Raiz et 10 livres d'ost pour chaque mesure de terre pour son do- 
maine de Frosseau ou Frossay. 

Cette même année 1294, Geffroy fonda le prieuré de Guermi- 
ton en la paroisse de Frossay et le donna à l'abbaye de Sainle- 
Marie-de-Pornic. 

Geffroy fut condamné par le duc de Bretagne dans un procès ; 
les rois de France, par plusieurs lettres patentes, avaient réglé 
que les appels des Bretons ne seraient reçus a la Cour qu'en cas 
de jugement injuste, et déni de justice, ou dans les cas qui regar- 
daient directement la supériorité royale. Geffroy de Sion et 



— 93 — 

Rolland de Dinan en avaient appelé injustement au Parlement de 
Paris en 1326 ; ils avaient, par différentes chicanes, fait traîner 
leur affaire jusqu'en 1330. Cette même année, ils furent ren- 
voyés devant leur duc et furent condamnés à l'amende. 

Geffroy ne laissa point d'enfants, ses deux nièces Jeanne et 
Anne héritèrent de ses biens. 

Jeanne, dame de Syon, dut se marier deux fois; en 1345, elle 
était mariée avec Armel de Châteaugiron, seigneur de Chàteau- 
briant. 

Et en l'année 1358 elle était veuve de Jean II, sire de Ricux ; 
elle mourut en 1360. 

De ce dernier mariage naquit une fille, Jeanne de Rieux, la- 
quelle se maria à un seigneur de Coulonces, en Normandie, et 
mourut jeune encore le 8 septembre 1395. 

Anne de Syon devint héritière de la terre de ce nom en 1360 ; 
elle se maria avec Alain de Saffré, chevalier de renom, qui nous 
est connu par une donation qu'il fit en l'église de Saffré ; son fils 
Alain ratifia cette donation en 1394. En voici du reste les disposi- 
tions : « Allain de Saffré, seigneur de Syon, époux de Philippe de 
Laval, de Chaloyan et de Retz, fils d'Anne de Syon et d' Allain de 
Saffré; le samedi après (effacé) 1394 ; comme autrefois M. Allain 
de Saffré, père de M. Allain de Saffré, chevalier pour le temps pré- 
sent, seigneur de Saffré et de Syon, eût fondé une chapellenic de 
Sainte-Marguerite, annexée à l'église parochiale de Saffré et 
ordonné en y celle trois messes être dites, servies et célébrées 
en ladite chapelle, par chaque semaine comme dit est, es chapelle- 
ries, ,. serviteurs d'icelle chapellonïe et eut ledit M. Allain défunt, 
promis soi obliger au temps de sa vie, bailler et asseyer en ses 
héritages, c 20 livres de rente, héritages qui les pourront valoir par 
chacun an en perpétuel héritage, sachent tous, etc.. 

Avec Anne de Syon, ou plutôt avec Geffroy, se termine la 
série des seigneurs portant le nom de seigneurs de Sion, après 
quatre siècles d'existence dans l'histoire. 

L'union des deux terres de Syon et do Saffré , selon le père 
du Paz, eut lieu par le mariage du seigneur de Saffré avec l'héri- 



- 94 - 

tière de Sion. Le château de Syon fut détruit à cette époque, 
les seigneurs du lieu fixèrent leur résidence à Saffré et en prirent 
le nom. Aussi, désormais, les noms de ces deux familles sont 
constamment confondus. 

Saffré n'était, à cette époque, qu'une simple chàtellenie relevant 
de Fresnay en Plessé. 

Allain de Saffré laissa comme héritière une fille du nom de 
Jeanne; elle était née en 1410, elle mourut le 28 octobre 1460. 

Elle épousa Jehan Tournemine : il était second du nom et fils 
de Jehan Tournemine et d'Isabeau de Beaumanoir. Le nom de 
Tournemine est un sobriquet donné dans le XII e siècle au comte 
Guillaume, de la famille des princes d'Anjou. Jehan Tournemine 
et Jeanne de Saffré s'intitulaient : sire et dame de Barratz ou 
Barrache, de Syon, de Saffray, de Bouloy, de la Hunaudaye. 
— La Hunaudaye est située dans la foret de Lanmeur, près Lam- 
balle. 

Le fils de Jehan fut Gilles Tournemine, sire de la Hunaudaye, 
de Bouloy, de Syon, de Saffray ; il était aussi seigneur deFrossay, 
deBrains,de Bouguenais, de Saint-Léger, de Saint-Aignan. Il 
épousa Marguerite de Belleville , dame de Fresnay en Plessé, de 
Ruffec etc. 

En l'année 1449, nous voyons Gilles Tournemine avoir le com- 
mandement de l'armée bretonne en Normandie. Deux ans plus 
tard, en 1451, Gilles disputa la préséance aux États de Bretagne: 
il fit recevoir son opposition contre les seigneurs de Derval, de 
Quintin et de Maleslroit, dont les terres venaient d'être érigées en 
baronnie par Pierre, duc de Bretagne. 

Saffré, qui n'était qu'une simple chàtellenie, fut créée chàtel- 
lenie bannerrette en 1451. 

La mort de Georges Tournemine arriva en 1474. 

François Tournemine, son fils, eut pour curateur Pierre Tourne- 
mine, seigneur de Barratz. — En 1477 , il s'intitulait : seigneur de 
la Hunaudaye, de Bouloy, de Syon, de Saffré. En 1494, il acquit 
la ehâtellenie-bannerrette deFresoay, supérieure à la châtellenie- 
bannerrette de Salïré. Sa mort arriva le 3 février 1500. 



- 95 - 

C'est do son temps qu'eut lieu ce trop fameux procès des Tour- 
nemine de la Guerche. Un -duel avait ou lieu sur la place du 
Bouffay de Nantes, le 20 décembre 1486, entre Robert de Beau- 
manoir et Pierre Tournemine; ce dernier fut vaincu et mourut 
peu après. Dans la même année, Beaumanoir rechercha In veuve 
de Tournemine, Marie de Viiliers, et le mariage eut lieu malgré 
les oppositions très vives des enfants de la douairière, Georges 
et Jean. Pour se venger, ils résolurent de tuer le seigneur de 
Beaumanoir, Jean Eder, leur beau-père. Pour réussir dans leur 
entreprise, ils feignirent de se réconcilier avec Eder, allèrent au 
Hommet, — le Hommet est en Normandie et Marie de Villiers 
était dame du Hommet ; — puis, à leur tour, ils invitèrent Ederet 
leur mère à venir a la Hunaudaye. Pendant plusieurs jours on s'y 
divertit: une partie de chasse au sanglier fut résolue. Mais bientôt 
le bâtard de la Hunaudaye, Georges, seigneur du Hommet, Jean, 
seigneur de Syon, et Jean Dubreil attaquèrent Eder par trahison, et 
lui donnèrent plusieurs coups mortels a travers le corps. En vain 
Eder cria et demanda confession, il fut achevé sur place. Son 
corps fut traîné sur le bord du chemin et resta là toulo la nuit ; 
le lendemain les auteurs du crime avertirent eux-mêmes la jus- 
tice de Lamballe. Après la levée du corps et le procès-verbal dos 
juges, le seigneur de la Hunaudaye fit enterrer le corps dans 
l'abbaye de Saint-Aubin- des-Bois. Le bâtard de la Hunaudaye et 
du Breil se retirèrent aussitôt dans la cité de Lantreguier pour 
jouir du droit de Minihy de Saint -Tugdual; sur leurs décla- 
rations, le lieutenant du prévôt deTréguicr accorda l'asile; néan- 
moins, le bâtard ne se trouvant pas en sûreté passa la mer. 

Le duc, instruit de cette lâche action, ordonna qu'on poursuivît 
les coupables. Après sa mort, Anne de Bretagne fit continuer les 
procédures. Georges Tournemine se défendit quelque temps, par 
son procureur, Rolland deBréhand ; mais à la fin il se laissa con- 
tumacer, ses biens furent confisqués. Jean Tournemine, seigneur 
de Syon, eut probablement le même sort. On ne mit point en 
cause la dame douairière, quoiqu'elle eût témoigné plusieurs fois 
le regret de s'être remariée. 



— 96 — 

Le fils de François Tournemine fut Georges ; il lui succéda 
en 1501. Il était baron de Rays, sire de la Hunaudaye, de Bouloy, 
baron du Hommet, seigneur de la Béraudière, de La Hardaye, de 
Sion, de Saffïé, de Fresnay. 

11 eut une fille, Françoise Tournemine; elle se maria avec 
Claude d'Annebault, maréchal de France. 

Claude d'Annebault, sieur de Saint-Pierre, de la Hunaudaye, 
du Hommet, époux de Françoise Tournemine, fille et héritière 
principale et noble de Georges Tournemine, vendit, le 25 
avril 1526, le lieu noble, château, pièce, terre, seigneurie et châ- 
tellenie, nommé Syon, etc., pour la somme de 6,000 livres, à 
noble et puissant Mathurin de la Chapelle, sietir de la Roche- 
Giffard, du Plessix, etc. 

Ainsi, comme on le voit, la terre de Sion, pendant près de 
deux siècles, a appartenu aux seigneurs de Safiïé, et est passée 
aux mains de la famille de la Chapelle de la Roche-Giffard, par 
acquisition du 25 avril 1526. 

La famille de la Chapelle est originaire de la basse-Bretagne ; 
elle existait dès le XII e siècle et habitait Sérent ou la Chapelle de 
Sérent à Molac, à 6 lieues de Vannes ; elle était propriétaire de 
la Roche-Giffard, qui n'était alors qu'un rendez-vous de chasse. 

Mathurin de la Chapelle, qui fit l'acquisition de la terre de Sion, 
était seigneur de la Roche-Giffard. Désormais les deux noms de 
Sion et de la Roche-Giffard se trouveront souvent ensemble. 

René do la Chapelle exerça une très malheureuse influence sur 
tout le pays de Sion et les environs. C'est avec la protection des 
grands que le protestantisme réussit à pénétrer dans la catholique 
Bretagne ; c'est la famille de la Chapelle qui implanta de très 
bonne heure l'hérésie de Calvin dans le pays de Sion ; elle était 
soutenue par les ducs de Rohan et les princes de Condé. L'his- 
toire rapporte que le seigneur de la Roche-Giffard, quelques sei- 
gneurs de Sion et du voisinage s'unirent pour faire un corps 
d'église ; ils appelèrent un pasteur, s'emparèrent d'une chapelle 
de l'église pour faire leur prêche ; les habitants de la localité pro- 
testèrent, force fut aux protestants de choisir un autre local: ils 



— 97 — 

se servirent alors des maisons et dépendances de Ja Roche pour 
l'exercice de leur culte. Disons en passant que bien des auteurs 
ont confondu cette maison de la Roche, située dans le bourg môme 
de Sion, avec la Roche-Giffard. 

René de la Chapelle était marié avec Renée Thierry, dame de 
Pocé. Ils eurent deux enfants: Louis et Judith, laquelle fut baptisée 
en octobre 1569 ; elle avait pour parrain M. Bonaventure Chauvin, 
sieur de la Muce, et pour marraine Françoise Tournemine de la 
Hunaudaye. 

René était propriétaire de Fougeray. — Fougeray était divisé 
en deux châtellenies principales: celle du château de Fougeray, 
siège du marquisat, et celle de Port-de-Roche,avecLaunay-Bazoin, 
Cherhal, la Venourie et le Lovray. — C'est de la première dont 
René était propriétaire, Ainsi, le 12 mai 1567, noble homme 
Guillaume Perreau et Julienne Dutertre, son épouse, rendent 
aveu pour la terre de la Galotière a haut et puissant seigneur 
René de la Chapelle, chevalier, gentilhomme, pensionnaire du roi, 
seigneur de la Roche-Giffard, Fougeray, Sion, etc., et confessent 
de lui tenir la maison et la métairie de la Galotière, paroisse 
de Derval, feuillette de Luzanger. 

René de la Chapelle était un enthousiaste protestant qui ne res- 
pectait guère les catholiques. L'histoire rapporte qu'en 1562, les 
émissaires du seigneur de la Roche-Giffard envahirent le couvent 
des Cordeliers de Saint-Martin situé dans la forêt de Teillaye. 
Les frères purent se sauver, a l'exception de deux, le P. Droua- 
doyne, gardien, homme vénérable, très exact observateur de sa 
règle et remarquable par son érudition, et le F. François Butault, 
laïque. Le premier fut cruellement massacré, le F. Butault fut jeté 
sur des charbons ardents, puis assassiné. Quelques années plus tard, 
d'autres religieux de Saint-François étant venu habiter Saint- 
Martin, les hérétiques recommencèrent leur œuvre d'iniquités. 
Le P. Jean Tissier, gardien, homme très recommandable par ses 
vertus, fut tué et son corps jeté dans le puits. Le martyrologe 
franciscain fait mémoire de ces trois saints martyrs au premier 
août. 



— 98 -- 

René demeura obstiné dans sa religion jusqu'à sa mort; en vain 
M. de Montpensier envoya-t-il une garnison, sous les ordres 
du capitaine Havardière, pour solliciter le sieur et la dame de la 
Roche d'aller à la messe; au contraire, le seigneur de la Roche se 
rendit en cour pour se plaindre de la garnison qui avait été mise 
à la Roche par M. de Montpensier, sans ordre de Sa Majesté; la 
garnison demeura 1<2 jours ; Madame, de son côté, resta constante. 

René mourut le 16 décembre 1577 en protestant; il fut enterré 
dans l'église du Temple de Fougeray. 

Renée, sa femme, dame de Pocé, mourut quatre ans plus tard, 
en 1581 ; elle fut enterrée à Saint-Sulpice, près la Roehe-Gifiard. 

Il ne faut pas conclure par ces lieux d'inhumation que René 
et Renée de la Chapelle soient morts catholiques; les seigneurs 
de la religion réformée jouissaient encore du droit de se faire 
enterrer dans les enfeux des églises paroissiales dont ils étaient 
seigneurs. 

Du reste, l'enregistrement de leur sépulture est fait de la 
main du ministre protestant de l'église de Sion, le célèbre 
Guinaud, dans l'ancien papier de Sion ; n'est-ce pas une preuve 
évidente que René et Renée de la Chapelle sont morts protes- 
tants ? 

Le fils de René, Louis de la Chapelle, hérita de son bien; en 
janvier 1581, il était marié avec une fille de la Touche -Morcau, 
Marguerite du Tillon. Louis de la Chapelle était ardent prolestant, 
ainsi que sa femme. 

Le 3 et le 7 avril 1583, des aveux lui furent rendus, par 
François de Castellan et Renée de Bellouan, son épouse, pour la 
terre et dépendances de la Fouaye en Sion. 

Les Ligueurs s'étant emparés par ruse de son château de 
Fougeray, il voulut le reprendre et en fit le siège, mais il fut tué 
d'un coup d'arquebuse tiré des remparts. Sa mort arriva en 
1595. 

Il laissa plusieurs enfants : deux garçons, Samuel et Ben- 
jamin, et une fille, Renée, laquelle épousa René d'Avangour, sei - 
gneur de Saffré, et de Kergrois ; nous venons, du reste, d'autres 



— 99 — 

alliances entre les familles de Saffré et celles de la Roche-Gifr'ard, 
qui avaient donné toutes les deux dans le protestantisme. 

Samuel de la Chapelle enleva l'héritière de Montbarot, Fran- 
çoise de Marec, fille de René de Marec de Montbarot, gou- 
verneur de Rennes de 1589 à 1598; il était protestant. Il fut 
tué à la chasse en 1625. Deux aveux rendus à sa mère et à sa 
veuve nous sont connus ; en 1626, c'est un contrat en rachat du 
fief de Limesle en Luzauger entre le propriétaire de la Galotière 
et haute et puissante dame Françoise de Marec, douairière 
de la Roche-Giffard, Fougeray, Sion, etc., veuve de haut et 
puissant seigneur Samuel de la Chapelle et tutrice de ses enfants 
mineurs. Le 19 octobre 1633 , c'est un aveu rendu par Marie 
de Carriou, veuve de Jehan de Castellan, mort le 29 mars 1633, 
et tutrice de leurs enfants , à fin de rachat pour la partie 
de leur terre de la Fouaye, dépendant de la châtellenie de Dom- 
nèche, relevant de Fougeray, à haute et puissante dame Margue- 
rite du Tillon. 

Henri de la Chapelle, fils de Samuel et de Françoise de 
Marec, fit ériger en marquisat les terres de la Roche-Giffard et 
de Fougeray en 1645 ou 46. Les aveux rendus avant cette époque 
ne lui donnent point le titre de marquis. Il s'était marié a Margue- 
rite de Chamballan. Un historié. 1 , rapporte qu'Henri de la Cha- 
pelle mourut en Hollande , où il s'était retiré pour cause de 
religion. Il est dit aussi dans l'acte de cession du monastère de 
Saint-Sauveur de Béré aux religieuses Ursuliues, que cette vente 
eut lieu par l'entremise de l'abbé de la Chapelle-Glain, prêtre de 
i'Oratoire, et oncle du marquis de la Roche-Giffard, mort depuis 
peu en Hollande, où il s'était retiré comme calviniste. Un autre 
historien, au contraire, dit qu'il fat tué à la bataille du faubourg 
Saint- Antoine, le 2 juillet 1652. Quoi qu'il en soit de ces versions, 
il est certain qu'il ne vivait plus en 1655. 

Il eut trois enfants : Henri, Marguerite et Henriette. 

Son fils Henri II de la Chapelle prit possession de la forêt 
de Teillaye en 1651 ; il épousa, en l'année 1656, Marguerite de 
Machecoul, fille de Gabriel de Machecoul ou de la Lande et de 



— 100 — 

Renée d'Avaugour. Henri II de la Chapelle était la teneur du 
pays : on est stupéfait de l'atrocité de ses crimes. Pour n'en citer 
qu'un exemple, il envoya son châtelain , premier officier de sa 
maison, piller l'église de Sion et profaner les saintes Espèces ren- 
fermées dans le tabernacle. On en trouve la preuve dans un 
vieux registre de la paroisse de Sainl-Sulpice : « Le huictième 
de janvier 1661, les sieur et dame delà Roche, accusez d'avoir 
bruslé ou faict brusler la chapelle de Sainct-Léonard et le couvent 
de Sainct-Martin lurent mis en arretz, leur chapelain convaincu 
du vol et emport du sainct Ciboire et du Sainct-Sacrcment de 
Sion, fut bruslé vif, » C'est à lui évidemment qu'il faut attri- 
buer ce fait raconté dans le Dictionnaire de Bretagne : « Le mar- 
quis de la Roche-Giffard, un jour de Fête-Dieu, se rendant au 
prêche des protestants, arrive auprès de l'église des catholiques, 
au moment de la procession de ces derniers. Il ordonne à son 
cocher de fouetter les chevaux et de passer a travers la proces- 
sion des catholiques ; ceux-ci lui barrent le passage. Le cocher, 
sur les instances du marquis, continue de presser les chevaux ; 
les marguilliers et les prêtres, armés des pieds de croix, frappent 
a coups redoublés sur les chevaux et le postillon, lequel tombe 
mort sur le terrain. Force fut au marquis de rebrousser chemin. » 
Le Dictionnaire de Bretagne dit que ce fut Jean Duboy, vicaire, 
qui frappa le postillon , mais la tradition du pays est que les 
marguilliers et les prêtres eurent une égale part à cet accident. 

En 1664, le marquisat de la Roche-Giffard et de Fougcray fut 
mis sous le séquestre, vendu aux requêtes du Palais à Paris et 
adjugé au maréchal de Créqui. Henri et sa femme quittèrent le 
pays, emportant des sommes considérables ; en 1672, ils étaient 
séparés de corps et de biens pour cause de religion. Henri , en 
1679, reud aveu au roi pour la baronnie de la Roche en Nort; 
Françoise de Marec , veuve de Samuel de la Chapelle , avait 
échangé cette terre avec Louis de Rohan contre la terre de la 
Chapelle de Sérent ; Jean-Baptiste de Cornulier l'acheta en 
1686. 

Henri II de la Chapelle avait deux sœurs ; après la vente 



— 101 — 

du marquisat de Fougeray et de la Roche-Giffard en 1664, 
Marguerite et Henriette vinrent se fixer au château de la 
Masserie, dans le bourg de Sion ; elles eurent pour apanage 
la châtellenie de Sion, laquelle fut irrévocablement séparée 
de Fougeray et de la Roche-Giffard, à l'exception des forges 
de la Hunaudière, des forêts de Domnèche et de Thiouzé, de la 
Cour de Limezle et des fiefs en dépendant. Dès 1665, Mar- 
guerite fit au roi la déclaration de la terre de Sion. Tous les 
aveux rendus dans la châtellenie de Sion depuis 1666 jusqu'en 
1681 sont rendus à Marguerite de la Chapelle; le dernier acte 
signé de sa main est du 4 mai 1683. En mourant, elle laissa sa 
succession à sa sœur Henriette. Henriette de la Chapelle avait 
épousé, en 1680, René Duboays, chevalier, comte de Saint-Gilles, 
en Vendée, lequel était protestant, ainsi que sa femme et sa 
belle-sœur. Henriette mourut en 1687 ou peut-être même aupa- 
ravant. Avec Henriette disparaît le nom de la Chapelle ; cette 
famille de la Chapelle, pendant un siècle et demi, a exercé l'in- 
fluence la plus malheureuse sur le pays. Observons aussi que 
les trois derniers seigneurs du nom ; de la Chapelle sont morts 
d'une manière violente. 

Gédéon-Henri Duboays était fils de René Duboays, il naquit 
en 1681 ; il est désigné communément sous le nom de comte de 
Meneuf, — la châtellenie de Meneuf est en Saint-Armel, près de 
Rennes ; — il avait aussi le titre de seigneur de Saint-Erblon, 
nom d'une terre de ce nom dans la paroisse de Saint-Erblon, à 
la porte de Rennes. Son mariage eut lieu avec Charlotte-Polixène 
de Goulaine, le 21 avril 1703. 

C'est lui qui fit bâtir le château actuel de la Masserie, dans le 
bourg de Sion, avec les pierres de l'ancien château de Sion. Il ne 
négligea rien pour rendre cette habitation agréable. Ses dépenses 
extraordinaires le rendirent exigeant envers ses vassaux; les 
vexations envers les voisins dont il voulait se procurer les ter- 
rains pour sa propre commodité ont rendu son nom odieux; il 
fit faire les chaussées des étangs du Mottay et de Launay ; les eaux 
des étangs couvrirent les terrains des voisins : de là encore mur- 
1885. — 2« Sem. 9 



— 102 — 

mures et procès; il accorda aux voisins lésés le droit de paccage 
dans l'étang. Il contraignit les gens du bourg a venir moudre a 
ses meules moyennant certaines redevances. Le prêtre Fournet, 
au nom de la population, lui intenta un procès. Il fit construire 
la halle sur la place du Martray, établit un marché, lequel se tenait 
le mardi de chaque semaine, et obligea les gens de la seigneurie 
à venir y vendre leurs denrées. Il avait aussi le droit de faire 
tenir quatre foires. 

Lors de la vente de la Fouaye, en 1716, le comte de Meneuf, 
comme premier seigneur, exerça son droit de retrait sur la ferme 
noble de la Lande et toutes ses dépendances ; vers 1750, il céda 
cette ferme pour 800 livres à Julien Judais, qui avait été son do- 
mestique et de qui il avait emprunté cette somme. 

Monsieur et Madame de Mejoeuf furent parrains de la petite 
cloche de Sion, le 13 mai 1720 ; ils l'avaient fait refondre à Sion 
même, par un fondeur de Rennes. 

Sur la fin de sa vie, le comte de Meneuf se convertit à la reli- 
gion catholique ; la comtesse ne fut pas étrangère a sa conversion, 
elle fut toute sa vie très fervente et très pieuse. Après avoir fait 
son abjuration à la Masserie, le comte fit des fondations pieuses ; 
il fonda une rente pour les pauvres de la paroisse de Sion, c'est 
ce que l'on est convenu d'appeler aujourd'hui le bureau de bien- 
faisance; il acheta le droit d'un lit pour un pauvre de Sion à 
l'hospice de Saint-Méen de Rennes. Ce droit a été perdu à la Ré- 
volution. La comtesse avait fondé auparavant, vers 1732, une 
rente de 50 livres pour une mission à donner dans l'église de 
Sion. La paroisse a joui trois fois du bienfait de la mission, puis 
à la Révolution celte rente s'est perdue. La mort de la comtesse 
de Meneuf arriva en 1736 ; son corps fut enterré dans l'église 
devant le grand autel, proche la sainte table. Le comte do Meneuf 
survécut bon nombre d'années ; en 1741, il se retira à Rennes. 

Il n'est peut-être pas sans quelque intérêt de donner ici les 
droits du comte de Meneuf et de ses successeurs ; presque sem- 
blables étaient les droits de beaucoup de petits seigneurs quelques 
années avant la Révolution « les avouants s'obligent à l'office 



— 103 — 

de sergcntiso, eueuillelle et amas des rentes dues à chacun des 
dits rolles et fiefs sous lesquelles ils possèdent leurs héritages à 
son tour et rang des autres consorts et d'en payer le contenu, et 
quinzaine après son institution , en un seul paiement , sauf le 
droit de revendu? , que tous ceux qui sont domiciliés dans ladite 
châtellenie — de Sion — sont obligés d'aller moudre leurs 
grains de toutes espèces aux moulins d'y celle châtellenie étant 
dans la banlieue desdits moulins et d'y payer le droit de mouture 
à raison du seizième, que dans ladite seigneurie, ledit seigneur a 
droit de haute, moyenne et basse justice, droit de gruerie, 
créations d'officiers, sénéchal, alloué-lieutenant, procureur fiscal, 
procureurs postulants , greffier, notaire, sergent et tous autres 
officiers pour exercer ladite juridiction , droit de sceau, pour- 
voyance de mineurs , inventaires , lots et ventes , épaves , déshé- 
rence de lignes, succession de bâtards, taux, amendes et confis- 
cation, droit de faire prendre un chêne avec tête sur le fief de 
Lorrae , de le faire traîner dans une charette par les sergents 
balayers qui sont chaque année institués et planter à la place 
publique dudit bourg de Sion le lendemain de la Pentecôte de 
chaque année ; droits de quatre foires par an et de marché au 
bourg dudit Sion auquel les hommes et sujets de ladite seigneurie 
sont tenus d'aller vendre et acheter leurs denrées et de prendre 
le droit de coutume et de primauté sur toutes sortes de mar- 
chandises qui y seront apportées également que toutes celles pas- 
sant sur ladite seigneurie; droits de prison et geôliers pour la 
garde des prisonniers, de justice patibulaire , piliers et ceps et 
poteau armoyés de ses armes avec collier à y mettre les délin- 
quants; que les bois de la seigneurie sont forestablcs; droit en 
toute l'étendue d'icelle de Me , garenne , chasse à toutes sortes 
de bêtes et de pêche prohibitive avec droit d'établir des sergents 
forestiers nécessaires pour la poursuite des délits qui arriveront 
d'y être faits ; droit de prééminence et de fondation avec lisière 
de ses armes au dedans et au dehors de l'église paroissiale dudit 
Sion et tous fermes droits comme appartient à seigneur châte- 
lain, haut justicier et fondateur. » 



— 104 — 

A la mort du comte do Meneuf, sa succession passa à des héri- 
tiers assez éloignés ; les biens dépendant de la succession furent 
possédés en commun jusqu'en 1780, c'est alors qu'eut lieu la 
liquidation de la succession. Le principal héritier fut le marquis 
de Juigné; les autres héritiers furent M. de la Garrelave, pro- 
priétaire de Lorme, en Sion, et M. de Gouyon. 

Le marquis de Juigné eut, pour sa part, le château de la Mas- 
serie et ses dépendances, les étangs, la Maladrie, la Gouloire avec 
les bois. C'est en son nom que se rendait la justice. 

Louis Leclerc, appelé le Marquis de Juigné, faisait sa résidence 
ordinaire au château de Montaigu, en Vendée. Des aveux rendus 
en 1782, 83, 84, 85, lui donnent de nombreux titres : « Très-haut 
et très-puissant seigneur Monseigneur Jacques-Gabriel- Louis 
Leclerc, chevalier, marquis de Juigné et de Montaigu, baron de 
Champagne et de la Lande, seigneur de Vieillevigne, Roche- 
Servière, Touvois, le Bois-Rouaud, le lac de Grand-Lieu, Sion, 
la Chapelle-Basse-Mer, Bodel, le Plessix-Auteuil, Neuchelles, 
Blarolles, Bretigny, Bellière, les Loges, la Baleine, lieutenant 
général des armées du roi, ci-devant son ministre plénipo- 
tentiaire près l'Impératrice de toutes les Russies. » 

La terre de Sion changea de mains en 1785 ou 86, soit par 
acquisition, soit par échange; le prince de Condéen devint le pro- 
priétaire. On sait que ce prince avait déjà, en l'année 1713, un 
droit de deux sous par livre ou de dix pour cent sur les forges 
situées en Anjou , Maine, Poitou, Bretagne, et qu'en 1776, il 
avait acheté de M. de Granvillc la forge de la Hunaudière et avait 
fait bâtir la fonderie. Voici les titres du prince de Condc tels 
qu'ils nous sont connus : « prince du sang, pair et grand-maître 
de France, gouverneur et lieutenant-général pour le roi en ses 
provinces de Bourgogne et de Bresse, colonel-général de l'infan- 
terie française et étrangère, duc d'Enguien, de Guise et de Bour- 
bonnais, baron de Châteaubriant, Dcrval, etc. » 

La terre de Sion fut confisquée en 1790 et vendue par la 
nation ; elle comprenait alors : le château de la Masserie, ses 
vergers et jardins , le Domaine , l'Auditoire , le cimetière des 



— 105 — 

Huguenots , la maison où se rendait la justice , la prairie de la 
foire, les étangs de Leuseraye, du Mottay et de Launay, les mou- 
lins de Queneuc, du Pont-Godalin, du Château et du Glaray, les 
fermes de la Couloire et de la Maladrie. 

Depuis lors, ces biens ont été divisés, ont passé en beaucoup 
de mains, ont eu en un mot le sort de presque tous les biens 
achetés à celte époque. 

Pour terminer, nous ajouterons ici le nom des propriétaires 
du marquisat de Fougeray et de la Roche-Giffard, parce que, 
une partie de la paroisse de Sion en faisait partie, même 
après 1644, année ou la seigneurie de Sion fut séparée du 
marquisat de Fougeray et de la Roche-Giffard. Ce fut le maré- 
chal de Créqui, marié à Catherine de Rougé, qui acheta alors 
le marquisat, auquel appartenaient, en Sion, les forges de la 
Hunaudière, les forêts de Domnèche, de Thiouzé, la Cour de 
Limezle et les fiefs en dépendant. Voici quels étaient les titres 
du maréchal de Créqui : « très haut et très puissant seigneur 
François de Bonne, sire de Créqui, maréchal de France, général 
des armées du roi, gouverneur pour Sa Majesté des pays et duchés 
de Lorraine, Barroyer et Luxembourg, marquis de Marennes, 
Fougeray et la Roche-Giffard. » — Il mourut en février 1687. La 
maréchale de Créqui demeurait à la Roche-Giffard; elle y vécut en 
protestante malgré la révocation de FÉdit de Nantes, et exerça une 
influence malheureuse au point de vue religieux. Elle mourut en 
1714. Catherine de Rougé n'avait point eu d'enfants. Sa succession 
passa aux enfants de Gilles de Rougé, son frère, décédé avant elle; 
Gilles de Rougé eut deux enfants, Louis et Innocente. Louis 
mourut jeune encore, laissant un enfant, Marie -Charles-François 
de Rougé, marquis du Plessix Bellière. Innocente-Catherine de 
Rougé devint héritière de son frère Louis ; elle épousa en pre- 
mières noces le marquis de Coët-au-Fao, homme violent, aux 
mœurs dissolues, la terreur du pays, protestant de cœur. Ayant 
été mandé à la Cour pour rendre compte de sa conduite, il se 
donna la mort vers l'année 1740. Innocente épousa en secondes 



— 106 — 

noces le duc d'Elbœuf, qui de concert avec elle vendit le mar- 
quisat de Fougeray et de la Roche-Giffard en 1748. Ainsi, 
dans l'espace d'un siècle, ce marquisat fut vendu deux fois, 
la première fois en 1644, la seconde en 1748. Deux proprié- 
taires en firent l'acquisition. M. Loquet, riche négociant de 
Grandville, en Normandie, acheta la terre de Fougeray pour la 
somme de 550,000 fr. -, il avait été, auparavant, fermier de cette 
terre. Elle comprenait la forge de la Hunaudière et ses dépen- 
dances, les deux fonderies avec les marais de Quéneuc, les forêts 
de Domnèche et de Thiouzé, la Cour de Limezle et les fiefs en 
dépendant. Disons aussi que la terre de Fougeray avait deux sièges 
de justice, l'un à Fougeray, l'autre à Pierric. La châtellenie de 
Sion, après 1664, faisait encore contrôler ses actes à Fougeray. 
M. de Grandville eut 5 enfants, un garçon et quatre filles : le 
fils fut guillotiné dès le commencement de la Révolution ; 
deux de ses filles épousèrent successivement M. Dumas; une 
autre épousa M. de la Rosière, de Saint-Malo; la quatrième, 
M. Picot de la Gaudinelais. Depuis 1853, une grande partie de la 
terre de Fougeray en Sion appartient à la famille Poydras. 

La terre de la Roche-Giffard, de sou côté, fut achetée par 
M. Delavau, directeur des forges de la Hunaudière, pour la somme 
de 72,000 fr. Par cet achat, la Roche-Giffard devint une simple 
châtellenie avec deux sièges de justice, l'un à Saint-Sulpicc, l'autre 
à Ercé-en-la-Mée, du ressort de Bain. M. Delavau était marié à 
Marie-Anne Baugin, de Nantes, laquelle mourut à Saint-Sulpice, 
regrettée des pauvres, dont elle était la Providence. Ils n'eurent 
qu'un garçon, qui épousa Mademoiselle Charct, de Nantes. Ils 
eurent deux filles : l'aînée se maria avec M. Foulon, de Rennes ; 
la seconde, appelée Sophie, épousa M. Guérin, négociant de 
Bordeaux, lequel mourut en 1816. Il y eut trois enfants de ce 
mariage : Sophie, l'aînée, mourut jeune encore en 1836 ; José- 
phine, qui a épousé M. Lanjamet de Vieuvillc; Auguste, à qui la 
Roche-Giffard échut en partage. Il se maria avec Mademoiselle 
d'Andigné, d'Angers, morte depuis a Rennes. Mais M. Auguste 



— 107 — 

Guérin , tout en faisant de l'Agriculture en grand et du 
commerce, vit une grande partie de sa fortune s'en aller, et la 
Roche-Giffard fut de nouveau vendue à M. Récipon, qui en 
est actuellement possesseur. 

Abbé Josnin. 



TABLE DES MATIERES 

DU DEUXIÈME SEMESTRE DE 1885. 



Procès-verbaux des séances va xvm 

Sainte- Marie de Pornic, par M. Léon Maître 1 

Fondations pieuses à Nantes (1549-1691), par M. le marquis 

de Granges de Surgères 29 

Une visite à Champtoceaux. 3 Juin 1885, par M. S. de la 

Nigollière-Teijeiro 70 

La terre de Sion et ses seigneurs, par M. I'abbé" Josnin ... 89 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX 

DES DEUX. SEMESTRES DE L' ANNÉE 1885. 



Séance du 1S janvier 1885. — Nécrologie de M. le docteur 
Merland. — Admission de MM. André Leraut, Félix Ghaillou, le 
comte Amédée de Béjarry et Paul Eudel. — Notice sur le Pont 
de VEcliellerie, par M. Louis Petit* — Communications de 
M. Léon Maître sur les fouilles faites à Nort, et de M. Pitre de 
Lisle sur des ruines gallo-romaines, près de Bois-de-Cené, chez 
M. Gustave de la Brosse. — Objets divers donnés au Musée ar- 
chéologique, par M. le baron Bertrand-Geslin, et communication 
de M. du Champ-Renou au sujet d'une pierre polie. 

Séance du 3 février. — Lettre de remerciement de M. Paul 
Eudel. — Communications de MM. l'abbé Chevillard et Alcide 
Leroux. 

Séance du S mars. — Admission de M. le vicomte Frotier de 
Bagneux qui, avec l'abbé Augereau, a publié les Mémoires de 
Pierre Devaud sur les guerres de la Vendée. — Communica- 
tions de MM. Léon Maître, de l'Estourbeillon et Félix Chaillou. 

Séance du 21 avril. — Nécrologie de M. le marquis de la 
Bretesche, par M. le marquis de Surgères. — Admission de 
M. Adelson Nogues, fils. - M. de l'Estourbeillon rend compte 
verbalement du dernier congrès de la Sorbonne. 

Séance du 12 mai. — Admission de M. Alfred de Veillechèze. 
— Communications de MM. Pitre de Lisle et Paul Poirier. — 
Notes de M. Alexandre Perthuis sur d'anciennes cartes à jouer. 

Séance du 2 juin. — Admission de MM. Olivier de Gourcuff 
et François Le Ghauff de Kerguenec. — Le Président fait une 
courte analyse de la brochure de M. Charles Baret sur les mi- 



— 112 — 

néraux de la Loire-Iûférieure, ei entretient la Société de la 
nouvelle publication la Revue historique de l'Ouest, fondée par 
MM. Gaston de Carné et Régis de l'Estourbeillon. — Ce dernier 
propose que la pierre tombale de Louis d'Avaugour, qui se 
trouve dans la paroisse de Mauves, soit demandée pour le musée 
de Nantes. 

Séance du 7 juillet. — Admission de MM. Anthime Menard fils, 
Henri Roumain de la Touche et le comte Alphonse de la Guère. 
— Nécrologie de M. Hippolyte Maugras. — Communications de 
MM. Alexandre Perthuis et le docteur Anizon. — Notes de M. Louis 
Petit sur une vue de la Bourse de Nantes, par Volaire, et de 
M. Félix Chaillou sur une ancienne flûte champêtre trouvée aux 
Cléons. 

Séance du S novembre. — Admission de M. le commandant 
Léon Dieu. — M. de la Nicollière-Teijeiro lit deux intéressantes 
notices : 1° Une rixe dans la rue de Briord au XVI 6 siècle ; 
2° Une épave de la place Bretagne. — M. le Président et M. de 
l'Estourbeillon, en annonçant la prochaine arrivée à Nantes de 
M. le comte de Marsy, directeur de la Société Française d'Ar- 
chéologie, entretiennent la Société du futur Congrès et des 
différentes excursions projetées. — Communications de MM. Léon 
Maître, Charles Perrion, de l'Estourbeillon et Emile Grimaud. 

Séance du î dr décembre. — Compte rendu par M. de la Nicol- 
lière-Teijeiro de l'ouvrage italien Li Abitazioni lacustri, offert 
par M. le commandant Léon Dieu. — M. Léon Maître soumet à 
l'assemblée le plan des fouilles faites à Petit-Mars, Mauves et 
Saint-Gêréon. — M. Henri Lemeignen parle de la nécessité d'or- 
ganiser le prochain Congrès. 



TABLE DES MATIÈRES 



PAR NOMS D'AUTEURS 



De Granges de Surgères (M is ). — Fondations pieuses à 

Nantes (/549-/6'9/). — 2 8 semestre 29 

Josnin (l'abbé). — La Terre de Sion et ses seigneurs. — 

2 e semestre 89 

De la Nicollière-Teijeiro (S.) — Une visite à Champ- 

toceaux. — 3 juin 1885. — 2 e semestre 70 

De Lisle du Dreneuc (Pitre). — Dictionnaire archéolo- 
gique de la Loire-Inférieure {arrondissement de 
Paimbœuf). — 1 er semestre 1 

Maître (Léon). — 1° Grand-Champ et ses origines. — 

1 er semestre 91 

2° La station gallo-romaine de Vieille-Cour à 

Mauves. — 1 er semestre 101 

3° Sainte-Marie de Pornic. -*• 2e semestre 1 



— 114 — 

Montfort (Jules). — Compte rendu d'un Mémoire sur 
les clochers du Finistère, de M. Bigot, architecte 
diocésain. — 1 er semestre 108 

Poirier (Paul). — De l'antiquité de la connaissance du 

fer. — 1 er semestre 82 



gantes. — Imp. V'acent Fwest et Emile Grimaud, place du Commerce, 4. 









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